II. Ekssignbubnt professionnel
» Première année (2 heures par jour).
» Complément des cours primaires supérieurs. ~ Dessin et modelage. — Exécution d'après croquis cotés de solides géométriques réguliers de dimensions données.
» Travaux d'atelier. — i^" période : Travail du bois. — Un coffre, une planche à dessin. Assemblage à tenon et mortaise; assemblage oblique; assemblage à embrèvement; assemblage à entaille oblique à mi-bois. Croix de Saint-André. Traits do Jupiter divers. .
» 2« période : Travail du fer. — Exercices à la lime sur un morceau de fer méplat. Parallclipipède rectangle à base carrée de dimensions douncss ; le transformer en un prisme à base octogonale, puis de seize côtés; le mettra au rond à la lime. Ramener le cylindre au tour à une dimousioû donnée; y inscrire un prisme hexai;onaI.
MANUELLES (ÉCOLES) — 1832
MANUELS
» 3e période : Travail du bois. — Queues d'aronde diverses. Entures par quartiers à mibois; entures à sifflets (deux variétés) ; traits de ralioncc à queue d'aronde à mi-bois.
» 4e période : Travail du fer.— Confection d'outils : deux règles en fer de dimensions données; deux équerres simples, un compas d'épaisseur. Exercices de tour et de burin.
» Deuxième année,
» Complément des cours primaires supérieurs.
- Dessin et modelage. — Exécution d'une série graduée d'ornements composés d'éléments de solides géométriques arrangés symétriquement. Rosaces, etc.
« Trav'iux d'atelier [Z heures par jour). — !■■•= période : Travail du bois. — Tenon et mortaise avec moulure. Tenon à coupe d'onglet. Tenon et mortaise avec entaille à chanfrein. Assemblage à tenon et mortaise sur 1 arête.
» 2"^ période : Travail du fer. — Fausse équerre, compas à pointes. Étau à main.
« 3' période : Travail du bois. — Enfourchement sur l'angle. Embrèvem.ent à deux abouts. Tenon et mortaise à entailles. Assemblage oblique de deux cylindres. Une paire de presses ordinaires.
« 4' période : Travail du fer. — Tenailles à chanfrein. Clef à écrous.
» Exercices de tour. Exercices de burin. •
M Troisième année,
» Complément des cours primaires supérieurs.
— Dessin et modelage. Eléments d'architecture. Ordres et styles.
» Ornements de différents ordres et styles.
)) Dessin industriel. Notions théoriques de la composition et de l'assemblage des couleurs.
î; Principes généraux des applications du dessin à la céramique, au découpage des bois et des métaux, à la serrurerie artistique, à l'impression sur papier et sur étoffes.
» Chimie. — Exercices de laboratoire. Manipulations, analyses. Fixation des couleurs' (céramique, étoffes, etc.).
» Comptabilité. — Comptabilité industrielle. Etablissement d'un prix de revient : application à des outils et machines simples.
» Travaux d'atelier (5 heures par jour pendant le premier semestre, 7 heures pendant le second). — ire période : Travail du bois. — Confection d'outils. Bois à dresser d'onglet. Sergents en bois. Scie à tenon. Scie àarraser. Scie à chantourner. Un rabot. Exercices de tour à bois.
» 2e période : Travail du fer. — Confection d'outils. Une paire d'équerres en acier, l'une à chapeau. Un tourne-à-gauche. Travail au burin.
)) 3° période : Travail du bois. — Confection d'outils. Une varlope, une demi-varlope, une équerre, un trusquin, un bouvet ordinaire. Travaux au tour. Modèles.
» 4* période : Travail du fer. — Confection d'un trusquin. Exercices de forge. Exécution des éléments. Fabrication d'outils : burins, becs-d'âne, forets à percer, etc. Ouvrages au tour et au burin.
» Travail d'atelier complémentaire. — Après la clôture du cours de 3« année, les élèves pourront, sur leur demande, être maintenus à l'établissement pour y suivre, pendant la période des vacances, le travail d'atelier qui comprendra la journée entière. — Il leur sera alloué u.i prix de tournée. »
La pose de la première pierre de l'école nationale de Vierzon a eu lieu le •'< mai 18S3. A l'occasion de cette solennité, MM. Brisson, président de la Chambre des députés, et Ferry, ministre de l'instruction publique, ont prononcé des
' discours qui ont eu un grand retentissement.
Deux autres établissements nationaux devant servir de types des écoles manuelles d'apprentissage ont été créés, l'un par décret du 26 juillet 1882, l'autre par décret du 10 mars 1882. Ce sont l'écoie de Voiron, dont la construction est déjà fort avancée, et l'école d'Armentières, dont les travaux viennent de commencer (1884).
Pour la distinction à établir entre les écoles manuelles d'apprentissage et les écoles professionnelles ou techniques, V. Professionnelles {Ecoles) et Technique {Enseignement).
MANUELS DE L'INSTRUCTION FROIAIIvr..
— M. Littré définit ainsi le mot manuel : « Titre de certains livres ou abrégés, qu'on doit avoir, pour ainsi dire, toujours à la main et qui présentent l'essentiel des traités longs et étendus, écrits sur une matière. » 11 y a des manuels du baccalauréat, des manuels des ponts-et-chaussées, de chirurgie, etc. 11 y a aussi des manuels de l'instruction primaire. Ces derniers se divisent en deux catégories bien distinctes. Les uns rentrent davantage dans la définition donnée par M. Littré : ils résument des traités plus étendus sur les diverses branches de l'enseignement primaire; ils sont faits particulièrement pour las aspirants aux différents brevets de capacité ou certificats d'aptitude. Les autres s'en écartent quelque peu : ils contiennent des directions théoriques et pratiques, pratiques surtout, pour l'exercice même de la profession d'instituteur.
Les manuels de la première catégorie sont, on peut le dire, issus de la loi de J833. Cette loi, en créant deux ordres d'enseignement primaire, l'enseignement primaire élémentaire et l'enseignement primaire supérieur, établissait deux brevets correspondants. De là des manuels destinés à guider les candidats dans la préparation, d'une part du brevet élémentaire, de l'autre, du brevet supérieur, devenu, après la loi de 1850, le brevet facultatif ou complet. Les plus en vogue de ces manuels, sous le régime de la loi de 1833, puis sous celui de la loi de 1850, ont été les suivants :
Manuel d'examen pour le brevet de capacité d'enseignement primaire, conforme à la loi de 1850 et février 1853, à l'usage des uspirutits et des aspirantes, par MM. Ach. Meissas, Texte, B. Jullien, Sainte-Preuve et Chalamet; deux volumes, dont l'un pour la partie obligatoire, et l'autre pour la partie facultative. '
Manuel des aspirantes au brevet d'aptitude de maîtresse d'étude et au brevet d'institutrice de second ordre, contenant les réponses aux questions qui peuvent être adressées aux aspirantes sur les diverses matières de l'examen, par MM. Lamotte, Meissas, Michelot et Lesieur.
Manuel de l'institutrice, ou instructions propres à diriger les Jeunes personnes qui se destinent à l'enseignement public ou particulier^ suivi de questionnaires développés sur les matières qu'elles doivent étudier pour se présenter aux examens, par M^i" Collin.
Ces divers manuels, édités par la maison Hachette et C'e,ont été, après épuisement d'un grand nombre d'éditions, remplacés par le Manuel d'examen pour le brevet de capacité de Venseigjiement primaire, à l'usage des aspirants et des aspirantes, de MM. Berger, lirouard et Defodon, Brevet élémentaire, dont la dernière édition, conforme aux programmes nouveaux, a été allégée de l'enseignement religieux {Catéchisme et Histoire sainte).
Manuel des aspirants et aspirantes aux bi^eveis de capacité de l'instruction primaire, par E. Lefranc et L. Galais, que la maison J. Delalain refond en ce moment même pour l'approprier aux programmes actuels.
Manuel des aspira?its et aspirantes au brevet dt
MANUELS
MANUELS
capacilc, par MM. Marjin, Gréf/oire, Pérîgoi, Mau-\ court et Berger {Del or/ rave). Ce dernier se distingue en ce qu'il forme, pour chaque matière, I des volumes séparés, tandis que les autres réu-j nissent en un volume, en deux au plus, une , coUeciion de petits traites sur toutes les branches du programme légal, et sont, pour l'aspirant ou l'aspirante, une sorte d'encyclopédie plus ou moins portative, un vade-mecum qui peut être à chaque instant consulté.
Les manuels de la seconde catégorie, ceux qui ont pour but de guider les maîtres et maîtresses dans l'exercice môme de leurs fonctions, sont beaucoup plus nombreux; des directeurs d'école normale, des inspecteurs primaires, des praticiens éprouvés, des personnes que leurs goûts, leurs études, quelquefois leurs traditions de famille rapprochaient do l'enseignement à ses plus humbles degrés, ont tenu à faire profiter les jeunes maîtres d'une expérience laborieusement acquise, ou simplement de suppléer à cette absence d'éducation professionnelle qui a été une des plaies de notre instruction primaire jusque dans ces derniers temps.
En général, les manuels dont nous parlons s'adressent aux maîtres et maîtresses laïques. Les congréganistes se cantonnent le plus souvent dans leurs traditions et dans les directions une fois données par leur communauté. Ainsi, les trères des écoles chrétiennes n'ont point cessé, depuis leur origine, de se laisser guider par la Conduite des écoli'.s qui, modifiée peu à peu, est demeurée leur règle immuable, et qui donne à toutes leurs écoles un cachet particulier, immédiatement reconnaissable. Plus libre dans ses allures, l'enseignement laïque est susceptible de recevoir des formes et des directions diverses; il peut être conçu à des points de vue sinon opposés, du moins différents par certains côtés ; chacun peut en quelque sorte travailler à l'œuvre, y apporter son contingent de lumières, et chercher à y faire prévaloir ses idées. Cette circonstance explique le grand nombre des manuels que nous allons passer en revue.
Les plus anciens se rapportent naturellement à l'enseignement mutuel, qui a été comme la première phase de l'enseignement primaire laïque chez nous. Nous en citerons deux entre autres ;
Manuel pour les écoles primaires communales de jeunes filles, par il/"* Sauvan, inspectrice des écoles primaires communales mutuelles et simultanées de jeunes filles et des classes d'adultes de la ville de Paris (1834). — Cet ouvrage, l'un des plus anciens, le plus ancien peut-être du genre, n'est plus qu'une page d'histoire, tant sont loin de nous les écoles mutuelles et les premières écoles d'enseignement simultané de jeunes filles que M"« Sauvan fut chargée d'organiser et qu'elle inspecta si longtemps à Paris. Mais si les institutions ont vieilli, si les établissements ont disparu ou se sont transformés au point d'être aujourd'hui méconnaissables, l'esprit de charité, de pai faite convenance, de direction à la fois ferme et bienveillante, dont était animée M'i« Sauvan, demeure entier et toujours d'actualité. Cet esprit se révèle surtout dans le Cours normal des institutrices primaires, qu'elle publia plus tard et qui fut comme le complément de son Manuel. Là, M''" Sauvan se fait la collaboratrice de M. de Gérando, ou plutôt le supplée et le continue auprès des élèves du cours normal établi en 1831. Il s exhale de ce dernier petit livre un parfum d'honnêteté, de simplicité, de piété aimable et tolérante, qui charme et qui entraîne. Les futures institutrices des classes populaires sont guidées comme par la main, à travers les écueils de la vie et de lu profession. Conduite publique et privée, relations avec les enfants et les familles, inlluence
morale à exercer auprès des uns et sur les autres, moyens d'instruire et de moraliser en même temps, tout est prévu et exposé de manière à porter la conviction dans les esprits, à inspirer la prudence et la force, la patience et :e courage. Ea le lisant, on se prend à désirer qu'il soit lu encore par toutes les institutrices, que toutes les directrices d'école normale s'en imprègnent et le commentent, et qu'elles se préoccupent, comme M"* Sauvan, de l'éducation de leurs élèves, au moins autant que de leur instrmction.
àlanuel complet de V enseignement mutuel ou instructions pour les fondateurs et les directeurs fies écoles d'enseignement mutuel, par M. Lamotte, inspecteur spécial de l'instruction primaire du département de la Sein", et M. Lorain, proviseur du collège royal de Saijit-Louis. — Ce que fit Mi'e Sauvan pour l'enseignement mutuel des fi!!es, MM. Lamotte et Lorain le faisaient ou l'avaient fait déjà pour l'enseignement mutuel des garçons. A répoquG où les auteurs donnaient la seconde édition de leur ouvrage (1842), l'enseignement mutuel perdait du terrain et l'enseignement simultané en gagnait d'autant. Aussi, dès 1841, i!s avaient fait paraître leur Manuel complet (renseignement simultané, comprena7it la méthode d'en' seif^nement mixte, ou instructions pour les fondateurs et les directeurs des écoles d'eneignement simultané avec plan d'école. Ces deux ouvrages, le dernier surtout, intéressent encore aujourd'hui, parce qu'ils nous font assister comme à l'enfance de l'art et qu'ils nous montrent, par les détails auxquels ils descendent, combien les instituteurs d'alors avaient besoin d'être guidés, et comment aussi les traditions de propreté, d'ordre et de discipline se sont établies dans nos écoles primaires.
Manuel de l'instituteur primaire, ou principes généraux de pédagogie suivis d'un choix de livres ù l'usage des maîtres et des clives, et d'un précis historique de l'éducation et de l'instniction primaire, par A. Méeder. — « On a reproché à ce livre d'être trop court. Ce reproche, très fondé s'il s'agissait d'un cours complet et raisonné da pédagogie, perd de son importance à l'égard d'un résumé pour servir de base à l'enseignement des écoles normales, et aux méditations des instituteurs. » Cette appréciation de l'ouvrage est de l'auteur lui-même (seconde édition, Strasbourg, 1833). Et, en effet, on y trouve plus de définitions, de règles, de préceptes, d'aphorismes, dirions-nous volontiers, que de développements sur les matières de la pédagogie théorique ou pratique Du reste, l'historique et le catalogue annoncés dans le titre absorbent presque la moitié du volume. Il se termine par deux tableaux présentant d'une part un programme détaillé de l'enseignement, d'un autre un emploi du temps, qui prouvent que les éléments essentiels d'une organisation scolaire ne sont point d'invention nouvelle.
Cours pratique de pédagogie destiné aux élèvesmaitres des écoles normales primaires et aux instituteurs en exercice, par M. Daliyault, directeur de l'école normale primaire d'Aleiiçon. — Cet ouvrage répond bien à son titre de guide pratique et mériterait particDlièrement la dénomination de manuel. Peu ou point de théorie, mais des directions dogmatiques, tant pour la conduite personnelle de l'instituteur que pour l'organisation de l'école et des études, pour la rédaction de l'emploi du temps, le choix des méthodes et des procédés, etc. Si l'on pouvait faire un reproche à M. Daligault, c'était de trop guider les maîtres et de ne point préparer, chez eux, cette élévation d'esprit qui autorise l'initiative et une certaine confiance en soi-même. C'est là, du reste, une critique qui peut s'appliquer à la plupart dos wa-
MANUELS
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nuels du genre : rinstituteur y trouve, sur tous les point", une voie toute tracée et dont il semble qu'il ne lui soit point permis de s'écarter.
Leçons fie pédagogie. Conseils relatifs à V éducation et à leyiseignement dans les écoles primaires, par J.-F.-A. Dumouchet, ancien directeur de l'école normale de Versailles, recteur de Vacadémie de la Haute-Saône. — M. Dumouchel semble compléter M. Daligault. Il est plus théorique que pratique. Il insiste particulièrement sur les qualités que doit réunir l'instituteur et sur les devoirs qu'il a à remplir. Son livre est une sorte de traité de morale à la fois générale et spéciale, spéciale aux instituteurs bien entendu. C'est un signe du temps : au moment où son livre et le précédent parurent (les éditions que nous avons sous les yeux datent de 1853), [on parlait beaucoup aux instituteurs de leurs devoirs, peu ou point de leurs droits.
Manuel de rinstituteur primaire ou résumé des conférences faites aux i?istituteurs du Loiret, far MM. Pinet, Brouard et Mettas. — Ce manuel, (jui contient en effet le résumé des conférences faites aux instituteurs du Loiret, réunis à Orléans en 1854, sous la présidence de M. Villemereux. alors inspecteur d'académie et devenu plus tard inspecteur général de l'instruction primaire, renferme en outre, sur l'organisation du service scolaire, des données auxquelles il a été fait ensuite de nombreux emprunts .construction des locaux et des mobiliers, organisation pédagogique des écoles, système disciplinaire, etc.) Il a été comme l'expression des idées que chercha à faire prévaloir à cette époque M. Villemereux.
Manuel de Renseignement primaire. Pédagogie théorique et pratique, par Eugène Rendu. — L'auteur de cet ouvrage, partant de ce fait que le mode mixte s'est substitué partout au mode mutuel et au mode simultané purs, se propose d'établir « d'après quels principes ce mode d'enseignement doit être appliqué ; quelles règles président à la distribution du travail et à l'emploi du temps; par quels moyens on peut donner aux leçons un caractère d'utilité pratique et d'élévation morale tout ensemble, et faire servir l'étude des connaissances usuelles au développement de l'intelligence. » M. E. Rendu, en assignant à l'école primaire ce noble rôle, n'a fait que suivre une honorable tradition de famille. S'inspirant, pour la rédaction de son manuel, d'abord de sa propre expérience (édition de 1857), ensuite, comme il ne craint pas de le dire, des idées de M. Gréard, et s'étant assuré d'ailleurs, pour la plus récente édition (1882), la collaboration d'un inspecteur primaire distingué, M. Trouillet, il a largement contribué pour sa part à le mieux faire comprendre et à l'affermir.
Cours de pédagogie ou principes d'éducation publique à l'usage des écoles normales et des instituteurs, par Ambroïse Rendu fils. — Comme le précédent, le manuel de M. Ambroise Rendu a été récemment refondu, rajeuni pour ainsi dire, mis au courant des idée» actuelles, en matière de programmes et d'organisation pédagogique. Il a été en outre augmenté des dispositions législatives nouvelles. De l'avis de l'auteur lui-même, a il est composé en grande partie des conseils donnés par les principaux auteurs qui ont écrit sur l'éducation ».
Cours théorique et pratique de pédagogie, par Michel Charbonneau, directeur de l'école normale de Melun, etc. — Le cours de M. Char!>onneau a tous les caractères et présciite tous les avantages d'un manuel d'instruction primaire, à cause des directions pratiques qu'il contient dans sa troisième et dans sa quatrième partie, directions dans lesquelles l'auteur, comme la plupart de ses prédécesseurs, descend aux menus détails du mé-
tier. « Le ton de rouvrase, dit M. Bapet dans une introduction qui n'est pas la moins bonne partie du livre, est simple et modeste. C'est celui duo éducateur au milieu de ses émules, recherchant avec eux des moyens de se perfectionner dans un art qu'il cultive comme eux avec amour... Ce n'est point par ces qualités seules que se distingue le cours de M. Charbonneau. Aucun de ceux qui l'ont précédé n'a embrassé comme lui dans son ensemble la pédagogie de l'école primaire. »
Conférences de pédagogie et manuel des élèvesmaîtres et des instituteurs, par L. Mariotti, direc* leur de l'école normale de Versailles, etc. — Con^ férences faites par un directeur d'école normale à ses élèves, en vue de leur donner une direction morale et des conseils pratiques sur l'enseigno" ment. Sujets fort divers et un peu mêlés; on sent que l'auteur a voulu se conserver une grande liberté quant au plan et à l'ordre qu'il stiit, comme aussi quant aux matières qu'il traite.
Inspection des écolet, par MM. brouard et Defodon. — Sous ce titre, les auteurs ont fait un véritable manuel de l'inspecteur primaire, du délégué cantonal, etc. Ils ont voulu, à un moment où beaucoup de personnes — trop peut-être — prétendaient intervenir dans la surveillance des écoles, montrer quelle a été l'origine de l'inspection, quel en doit être l'esprit et quelles sont les limites dans lesquelles elle doit s'exercer. Aux instructions sur la matière, notamment aux belles instructions de M. Guizot, ils ont ajouté des aperçus sur la direction morale et matérielle des écoles et des salles d'asile, sur les devoirs professionnels des instituteurs, sur les méthodes et les procédés d'enseignement, etc., et c'est par là que [hmt livre prend rang parmi les manuels d'instruction primaire.
A cette catégorie d'ouvrages se rattachent par quelque côté une foule d'opuscules ou de traités qui peuvent être considérés comme des manuels incomplets ou d'un ordre à part, tels que les suivants :
Le Visiteur des écoles, par M. Matter (1838), qui avait pour but « de guider les personnes chargées plus particulièrement les unes de suivre les intérêts matériels des écoles, les autres d'en diriger les intérêts moraux. »
Le Guide des instituteurs ou Principes de pédagogie pour tinstruction primaire, par J.-B. Fornerout recteur d'académie (1852), dans lequel la pédagogie est surtout envisagée dans ses rapports avec l'éducation; etc., etc.
Les contrées voisines de la France et qui parlent sa langue nous ont fourni quelques manuels qui ne sont pas sans analogie avec les nôtres. La Suisse nous en offre deux, ceux de MM. Horner et Daguet ; la Belgique un, celui de M. Braun.
Guide pratique de l'instituteur. Notions élémentaires de méthodologie, par l'abbé Horntr, professeur de pédagogie, recteur du collège de Fribourg. — M. Horner ne croit pas devoir s'étendre sur la psychologie, sur des directions générales plus théoriques, plus littéraires que vraiment utiles à son avis. Au lieu de tracer les devoirs des instituteurs, il croit « plus important de déterminer, d une manière claire et sûre, les moyens pratiques de remplir leur tâche quotidienne. «Aussi s'applique-t-il surtout à exposer, avec un certain luxe de détails, dans les deux parties dont se compose son ouvrage, méthodologie générale et méthodologie spéciale, les méthodes et les procédés à suivre pour chacune des branches du programme scolaire. Il se montre particulièrement pratique dans sa seconde partie, où chaque chapitre se termine invariablement par une leçon-modèle sur le sujet.
Manuel de pédagogie suivi d'un résumé de Chistoire de l'éducation, à l'usage des personnes qui enseignent et des amis de l'éducation populairet
MANUELS
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par A. Vaque t, docteur honoraive en philoTophie de l'univenilé de Berne. — M. Daguet va plus loin que son compatriote M. Borner. Dans sa substantielle brièveté, son livre forme un traite complet qui comprend jusqu'à une histoire de la pédagogie. Une part assez considérable y est dailleurs faite aux méthodes et aux procédés ainsi qu'à leurs applications, et c'est ce qui lui donne son caractère pratique, son caractère de manuel, i Un critique y loue surtout les chapitres traitant i de l'éducation morale et de la discipline. [
Cours théorique et pratique de pédagogie et de ^ méthodologie, par Th. Braun, professeur de pédagogie et de méthodologie à l'école normale de j i'Etut à Nivelles, etc.— Cet ouvrage, qui constitue , peut-être le manuel d'instiuction primaire le plus j complet et le plus étendu, ne comprend pas moins de trois volumes. Le premier est consacré à la pédagogie et à la méthodologie générale : ce [ sont les principes. Le second, sous le titre de i méthodologie spéciale, contient l'application des j méthodes et des procédés aux différentes branches , d'études. Dans le troisième, l'auteur, après avoir j formé en quelque sorte l'instituteur, achève son , éducation professionnelle en le mettant en pré-| sence de lui-même, de ses devoirs à tous les points \ de vue, de sa situation, de ses programmes et de , la loi. Le livre de M. Braun témoigne d'une grande , expérience des choses de l'instruction primaire et dune grande habitude à les manier. On peut | regretter seulement d'y trouver trop de néolo- | gismes pédagogiques, par exemple l'énumération et la distinction des formes acroamatique, catédiétique, socratique, euristique, répétitoire,examinatoire, dialogique, etc.
Outre les manuels d'instruction p'>'imaire à proprement parler, il existe des manuels des sal/es d'asile. On connaît surtout ceux de M. Cochin, de Jl/œe Pape-Carpantier et de la Sœur Maria.
Manuel des salles d'asile, par J.-B.-M. Cochin (Hachette). — A l'époque où M"*' Mallet, W^^ de Pastoret et un comité de dames s'efiForçaieiit de seconder les vues de M. Cochin pour la création d'un certain nombre de salles d'asile à Paris, il n'existait aucun ouvrage dans lequel on se fût.occnpé à la fois du régime extérieur et intérieur des établissements publics d'éducation. M. Cochin enti éprit, vers 1S28, de combler cette lacune pour les établissements qui lui étaient chers. Plus tard, quand l'ordonnance du 22 septembre 1839 eut donné aux salles d'asile une existence légale, il compléta son premier essai et mit son Manuel d'accord avec les règlements en vigueur. Son ouvrage contint dès lors deux parties. La première traite de la fondation et de l'utilité des salles d'asile et de tout ce qui est nécessaire à leur organisation, à leur entretien, à leur surveillance. Dans la seconde, intitulée La direction des salles d'asile, l'auteur présente les considérations les plus propres à inspirer aux maîtres des petites écoles le dévouement que réclame l'exercice de leur profession, puis expose les méthodes qu'il convient de suivre pour le développement physique, moral et intellectuel des enfants du premier âge. On a reproché aux premières salles d'asile de n'être que des garderies organisées, des refuges destinés à prévenir le vagabondage et l'abandon des enfants piuvres. La lecture du Manuel de M. Cochin convaincra que si, par la force des choses, les salles dasile ont conservé longtemps ce caractère, si les exercices matériels, les évolutions, les mouvements automatiques, etc., y ont longtemps dominé, leurs premiers fondateurs en ont eu une conception plus élevée ; ils les ont considérées tout d'abord comme devant former un premier degré d'instruction et d'éducation.
V Enseignement pratique dans les salles d'asile ou Premières leçons à donner aux petits enfants,
suivies de chanwns et de feux peur les récrcutions Je l'eufuntr;. par Ai™** .Marie Pape-Carpantier. — Nouveau manuel des sa les d'agile à l'usage des filles de charité de Sai7it- i'inceut df Paul, par une sœur directrice de salle d'asile 'ia sœur Mario), — Au manuel de M. Cochin s'ajouta, vers 18iS, c'est-à-dire au moment où la salle d'asile, envisagée à son vrai point de vue, recevait momentanément la dénomination décote maternolle qu'elle porte aujourd'hui, un ouvrage qui devait, pour de longues années, y donner à l'enseignement sa forme, son caractère et sa mesure. Nous voulons parler du manuel de M^e Pape-Carpantier, qu'allait bientôt suivre celui de la sœur Maria (1854). (es deux ouvrages ont entre eux, sinon une telle ressemblance, du moins tant d'analogie qu'on les dirait calqués l'un sur l'autre. Tous deux prennent pour point de départ l'enseignement religieux donné au moyen de récits empruntés à l'histoire sainte et faits sur une série de tableaux enluminés qu'on retrouverait encore dans beaucoup de nos salles d'asile. Puis viennent l'enseignement approprié de la lecture, de la grammaire, du calcul, de la géographie, delà musique, du dessin, du système métrique ; des notions familières d'histoire naturelle, des leçons sur des sujets variés, \^leço7i de choses que la salle d'asile a introduite chez nous. La sœur Maria va plus loin que M°ie Pape-Carpantier : elle s'étend davantage sur l'instruction religieuse dogmatique, sur l'histoire naturelle, sur la gymnastique, sur les évolutions ; ses historiettes sont plus nombreuses ; son ton est plus doux, en quelque sorte pluslmaitr» nel. Mais Ma»e Pape-Carpantier reprend l'avantage par la profondeur des vues et par l'élévation des idées. On ne saurait trop relire la préface qu'elle a placée en tête do la première édition de son livre : c'est là que sont déterminées dune manière sûre et avec une sagesse qui n'a point été dépassée — si toutefois elle a été atteinte — la raison et la mesure des enseignements qui conviennent au premier âge. C'est dans ce livre aussi que, sans être autrement formulée que par les exercices et les leçons mêmes, se révèle, avec le caractère qui lui est propre, notre méthode française dei salles d'asile.
Manuel des maîtres, comprenant l'exposé des principes de la pédagogie naturelle et le guide pratique de la première année et de la deuxième année préparatoire de la période élémentaire, par M"^^ Pape-Carpantier. — Manuel de l'institutrice, comprenant l'exposé des principes de la pédagogie et le guide préparatoire pour une première et une deuxième année, par jlfae Pape-Carpantier et M. et il/nie Delon. — Dans ces ouvrages, M^ie pape- Carpantier, fidèle à ses principes, préconise la méthode naturelle, le procédé intuitif,les connaissances usuelles, les entretiens familiers, l'enseignement rendu sensible et attrayant, en un mot tout ce qu'elle a mis en usage dans ses chères salles dasile. Seulement, elle y élève l'enseignement d'un ou de plusieurs degrés, de manière à l'adapter aux petites classes d'écoles primaires et surtout à ce que nous avons appelé depuis les classes ou écoles enfantines.
Quels qu'ils soient, les manuels d'instruction primaire présentent un inconvénient qui résulte des matières mêmes dont ils traitent. D'une pari, les programmes, la législation, la réglementation de l'instruction primaire à ses divers degré» ont longtemps varié chez nous et peut-être varieroni-ila encore. D'autre part, la pédagogie, qu'on la considère comme science ou comme an, n est point tellement fixée qu'il ne s'y produise de conunuels changements, sinon quant au fond, du moins quant aux formes qu'elle revêt et à U langue qu'elle adopte. Dans ces conditions, les manuels ae pédaqouie théorique et pratique, à moins dètre soumis à des refoute» fréquentes et qui leur font
MANUELS
MANUELS
perdre le plus souvent leur unité ou leur originalité, vieillissent rapidement; bientôt ils retardent ■et appartiennent au passé.
Et pourtant, les manuels ont leur raison d'être ; on peut môme dire qu'à leur heure — l'accueil qu'ils reçoivent à leur apparition le prouve de reste — ils répondent à un besoin vivement senti.
Ceux delà première catégorie, les mawwe/s préparatoires aux examens, sont, pour le candidat, un programme, un résumé succinct, il est vrai, mais complet des connaissances dont il devra faire preuve, un maître toujours présent, toujours prêt à prévenir des oublis et à remettre sur la voie. Mais ici, l'abus côtoie l'usage. Un candidat qui ne «'est préparé que dans son manuel n'a qu'une science superficielle, sans ampleur ni profondeur, pour ainsi dire impersonnelle et toute d'emprunt. Il ne restera pas muet devant ses juges, mais il sera court; un examinateur tant soit peu clairvoyant s'apercevra bientôt qu'il a devant lui moins qu'un demi-savant, et surtout un futur maître insuffisamment formé, peu en mesure de communiquer un savoir qu'en léalité il ne trouve pas en lui-même.
Les manuels de la deuxième catégorie, ceux qui ont pour but de guider dans l'exercice de la profession, ont aussi leur utilité. Il n'est point sans avantage pour des maîtres qui souvent n'ont ni le loisir, ni la possibilité de lire des traités d'éducation développés, d'en trouver au moins la substance dans un manuel bien fait. D'un autre côté, il y a, dans toute profession, une partie purement technique, comme une somme de routine non seulement permise, mais nécessaire, un savoirfaire et un talent de mise en œuvre qui sont ordinairement le fruit de l'apprentissage préalable. Lorsque cet apprentissage a manqué ou se trouve insuffisant, le manuel peut y suppléer dans une certaine mesure. C'est toutefois à la condition de tomber entre des mains intelligentes. Autrement — et c'est là le danger des manuels — l'esprit se cantonne dans une manière de voir et de faire qui est toujours la même, dans des méthodes et dans des procédés qui peuvent être surannés ; il perd toute initiative et toute originalité, et devient réfractaire à tout progrès. [E. Brouard.]
MANUELS DE PÉDAGOGIE. — V. Manuels de l'instruction primaire.
MANUELS DES ASPIRANTS ET ASPIRANTES AU BREVET DE CAPACITÉ, MANUELS D'EXA- MEN POUR LE BREVET DE CAPACITÉ. — V. Manuels de V instruction primaire.
MANUELS DES SALLES d'ASILE. — V. Manuels de l'instruction primaire.
MANUELS D'INSTRUCTION MORALE ET CIVIQUE. — On a pris l'habitude de désigner sous ce titre une catégorie de livres classiques dont les quatre ou cinq dernières années ont vu paraître un nombre assez considérable. C'est après les conférences faites aux instituteurs à la Sorbonne, à l'occasion de l'Exposition de 1878, et l'arrivée de M. Jules Ferry au ministère de l'instruction publique en 1879, que l'attention fut attirée sur la nécessité de créer, à l'école primaire, un enseignement de la morale et des devoirs du citoyen. La question du caractère à donner à cet enseignement a été examinée, dans ce Dictionnaire même, à l'article Civique {Instruction)^ écrit en 1879. Le livre qui ouvrit la série des manuels d'instruction civique destinés aux élèves des écoles fut le Petit CitoyeJi de M. Jules Simon, publié en 1879 chez Hachette et G'e. Vinrent ensuite les Eléments d'inslructioJi morale et civique^ de M. Compayrô (1880-1881), et Vhistruction civique à Vé-cole, de M. Paul Bert (1882). Nous n'avons pas l'intention de donner ici la bibliographie de toute cette littérature fort intéressante et qui a été l'occasion de discussions
passionnées dans la presse et au Parlement : la lecteur pourra consulter à ce sujet une étude très complète de M. Boutroux, publiée dans le Revue pédagogique d'avril 1883. Nous nous bornerons à compléter ici ce qui a été dit à l'article Livres, p. 1626, au sujet des mesures spéciales que le ministre de l'instruction publique a été amené à prendre pour assurer, dans le choix des manuels d'instruction morale et civique, le res* pect de la neutralité de l'école.
Nous avons dit, à l'article Livres, que la section permanente du Conseil supérieur de l'instruction publique, saisie de la question par le ministre, avait émis l'avis que les dispositions libérales de l'arrêté du 16 juin 1880, relatif au choix des livres par les instituteurs eux-mêmes, devaient être maintenues, sous cette réserve que des circulaires ministérielles assureraient le complément de contrôle devenu nécessaire pour certains ouvrages par le respect de la neutralité que garantit la loi du 28 mars 1882. Les circulaires ainsi annoncées ont vu le jour en novembre 1883, et nous reproduisons ci-dessous les passages essentiels de ces deux documents.
Le premier est une circulaire aux recteurs, du 17 novembre 1883. Le ministre, après avoir rappelé sa déclaration au Sénat (31 mai 1883) et l'avis demandé par lui à la section permanente du Conseil supérieur, ajoute :
« C'est à la suite de cet avis, monsieur le recteur, que je vous ai demandé communication de la liste des livres adoptés dans chaque département de votre ressort par les conférences cantonales d'instituteurs pour l'année scolaire 1883-
» L'examen de ces listes m'a conduit à prendre quelques décisions qui contribueront, je l'espère, à faire mieux comprendre et mieux pratiquer le nouvel enseignement que la loi du 28 mars confie à nos instituteurs.
» D'abord, j'ai constaté que le nombre des traités ou manuels d'instruction morale ou civique inscrits dans la série A du catalogue était très inégal dans les différents départements.
» Il importe, en pareille matière, que la plus grande liberté de choix soit donnée aux instituteurs, et qu'elle leur soit également assurée sur tous les points du territoire. Aussi, après avoir fait relever les titres de tous les ouvrages inscrits dans cette série, et après avoir pris connaissance des observations de MM. les recteurs, ai-je jugé utile de fondre en une seule liste, plus étendue et plus compréhensive, celle des divers départements. Par ce moyen, il n'y aura pas un instituteur en France qui ne soit libre de choisir entre tous les manuels qui ont obtenu, ne fiit-ce que dans une seule académie, le suffrage de ses collègues.
» Je vous envoie cette liste générale en vous invitant à la faire publier dans chaque département de votre ressort....
» Il demeure bien entendu que cette listé pourra s'accroître chaque année, si des choix nouveaux sont faits par les instituteurs. Dès aujourd'hui, je suis informé que plusieurs livres tout récemment parus auraient sans aucun doute figuré dans les propositions de plusieurs départements s'ils étaient parvenus en temps utile aux conférences cantonales. Ces conférences seront réunies à nouveau aux mois de mars et d'avril prochains, et elles pourront compléter la liste actuelle.
» En même temps et pour donner à nos instituteurs tous les moyens désirables d'étude, de discussion et de comparaison, j'ai décidé que toute bibliothèque pédagogique qui en fera la demande avant la fin de l'année courante recevra par les soins de mon administration tous ceux
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.les ouvrages portés dans la liste ci-jointe qu'elle le posséderait pas encore. Nous obtiendrons ainsi ce, résultat que tous les instituteurs et institutrices du canton pourront, en quelques semaines, au moyen d'un service de circulation qui fera passer chaque volume de main en main, prendre connaissance de tous les manuels qui leur sont proposés, et choisir, après examen, celui ou ceux qu'ils jugeront convenir le mieux à leur école.
» Enfin, comme la valeur de l'enseignement nouveau doit dépendre, avant tout, de l'idée que s'en font les instituteurs et de l'effort personnel qu'il* y apportent, j'ai cru devoir m'adresser directement à eux dans une sorte d'instruction pédagogique concernant l'enseignement moral et civique, le caractère qu'il doit avoir dans les trois cours, l'usage et l'abus des livres, les mesures à prendre et les efforts à faire pour mettre la neutralité religieuse dans son vrai jour et à l'abri de toute atteinte. »
Le second document est la lettre aux instituteurs dont parle le ministre au dernier alinéa de la circulaire ci-dessus. Dans cette lettre, datée également du 17 novembre 1883, le ministre, en un langage élevé, explique aux instituteurs le caractère qu'il convient de donner à l'enseignement moral et civique à l'école primaire; et, ■abordant ensuite la question des livres, il s'exprime ainsi :
« Une seule méthode vous permettra d'obtenir les résultats que nous souhaitons. C'est celle que le Conseil supérieur vous a recommandée : peu de formules, peu d'abstractions, beaucoup d'exemples et surtout d'exemples pris sur le vif de la réalité. Ces leçons veulent un autre ton, une autre allure que tout le reste de la classe, je ne sais quoi de plus personnel, de plus intime, de plus grave. Ce n'est pas le livre qui parle, ce n'est même plus le fonctionnaire, c'est pour ainsi dire le père de famille dans toute la sincérité de sa conviction et de son sentiment.
» Est-ce à dire qu'on puisse vous demander de vous répandre en une sorte d'improvisation perpétuelle sans aliment et sans appui du dehors? Personne n'y a songé, et, bien loin de vous manquer, les secours extérieurs qui vous sont offerts ne peuvent vous embarrasser que par leur richesse et leur diversité. Des philosophes et des publicistes, dont quelques-uns comptent parmi les plus autorisés de notre temps et de notre pays, ont tenu à honneur de se faire vos collaborateurs, ils ont mis à votre disposition ce que leur doctrine a de plus pur et de plus élevé. Depuis quelques mois, nous voyons grossir presque de semaine en semaine le nombre des manuels d'instruction morale et civique. Rien ne prouve mieux le prix que l'opinion publique attache à l'établissement d'une forte culture morale par l'école primaire. L'enseignement laïque de la morale n'est donc estimé ni impossible, ni inutile, puisque la mesure décrétée par le législateur a éveille aussitôt un si puissant écho dans le pays.
» C'est ici cependant qu'il importe de distinquer de plus près entre l'essentiel et l'accessoire, entre l'enseignement moral qui est obligatoire, et les moyens d'enseignement qui ne le sont pas. Si quelques personnes, peu au courant de la pédagogie moderne, ont pu croire que nos livres scolaires d'instruction morale et civique allaient être une sorte de catéchisme nouveau, c'est là une erreur que ni vous, ni vos collègues n'avez pu commettre. Vous savez trop bien que sous le régime de libre examen et de libre concurrence qui est le droit commun en matière de librairie classique, aucun livre ne vous arrive imposé par l'autorité universitaire. Comme tous les ouvrages que vous employez, et plus encore que tous les autres, le livre de morale est entre vos mains un 1^* Partie.
aur.iliairc et rien de plus, un instrument dont vous vous servez sans vous y asservir.
» Les familles se méprendraient sur le caractère de votre enseignement moral si elles pouvaient croire qu'il réside surtout dans l'usage exclusif d'un livre même excellent. C'est à vous de mettre la vérité morale à la portée de toutes les intelligences, môme de celles qui n'auraient pour suivre vos leçons le secours d'aucun manuel; et ce sera le cas tout d'abord dans le cours élémentaire. Avec de tout jeunes enfants qui commencent seulement à lire, un manuel spécial de morale et d'instruction civique serait manifestement inutile. A ce premier degré, le Conseil supérieur vous recommande, de préférence à létude prématurée d'un traité quelconque, ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous ofiîent la classe et la vie do tous les jours pour exercer le sens moral de l'enfant.
» Dans le cours moyen, le manuel n'est autre chose qu'un livre de lectures qui s'ajoute à ceux que vous possédez déjà. Là encore, le Conseil, loin de vous prescrire un enchaînement rigoureux de doctrines, a tenu à vous laisser libre de varier vos procédés d'enseignement : le livre n'intervient que pour vous fournir un choix tout fait de bons exemples, de sages maximes et de récits qui mettent la morale en action.
>> Enfin, dans le cours supérieur, le livre devient surtout un utile moyen de réviser, de fixer et de coordonner; c'est comme le recueil méthodique des principales idées qui doivent se graver dans l'esprit du jeune homme.
» Mais, vous le voyez, à ces trois degrés, ce qui importe, ce n'est pas l'action du livre, c'est la vôtre. Il ne faudrait pas que le livre vînt en quelque sorte s'interposer entre vos élèves et vous, refroidir votre parole, en émousser l'impression sur l'âme des élèves, vous réduire au rôle de simple répétiteur de la morale. Le livre est fait pour vous, et non vous pour le livre. II est votre conseiller et votre guide, mais c'est vous qui devez rester le guide et le conseiller par excellence de vos élèves.
» Pour vous donner tous les moyens de nourrir votre enseignement personnel de la substance des meilleurs ouvrages, sans que le hasard des circonstances vous encliaîne exclusivement à tel ou tel manuel, je vous envoie la liste complète des traités d'instruction morale ou d'instruction civique qui ont été, cette année, adoptés par les instituteurs dans les diverses académies ; la bibliothèque pédagogique du chef-lieu de canton les recevra du ministère, si elle ne les possède déjà, et les mettra à votre disposition. Cet examen fait, vous restez libre ou de prendre un de ces ouvrages pour en faire un des livres de lecture habituelle de la classe; ou bien d'en employer concurremment plusieurs, tous pris, bien entendu, dans la liste générale ci-incluse; ou bien encore vous pouvez vous réserver de choisir vous-même, dans différents auteurs, des extraits destinés à être lus, dictés, appris. Il est juste que vous ayez à cet égard autant de liberté que vous avez de responsabilité. Mais quelque solution que vous préfériez, je ne saurais trop vous le redire, faites toujours bien comprendre que vous mettez votr^' amour-propre, ou plutôt votre honneur, non pas à faire adopter tel ou tel livre, mais à faire pénétrer profondément dans les jeunes générations l'enseignement pratique des bonnes règles et des bons sentiments. »
A cette lettre est jointe la liste des manuels d'instruction morale et civique adoptés par les conférences cantonales d'instituteurs et les commissions départementales pour l'exercice scolaire