‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 182 sur 573 · MNÉMOTECHNIE — 1940 — MOBILIER SCOLAIRE · texte numérisé non relu

MNÉMOTECHNIE — 1940 — MOBILIER SCOLAIRE

à empêcher le vice de naître et à faire éclore le germe tardif des vertus : la religion d'abord, ensuite les arts, les talents; les premiers éléments des sciences doivent aussi avoir leur place marquée, suivant les dispositions des sujets... La dernière époque depuis quatorze ans est celle qui demande le plus de dextérité et de pénétration... les mères seules peuvent remplir cette dernière tâche ; les institutrices les plus éclairées n'y emploiraient que le zèle de l'amour-propre, et il remplacerait mal le zèle de la tendresse. » Les tomes suivants, qui forment le cours d'instruction, sont occupés par des extraits des ouvrages de Tissot, de Nollet, des résumés d'histoire, de géographie, etc. : sèche compilation, sans vie et sans mérite aucun.

M""* de Mire mont avait aussi publié les Mémoires de la marquise de Crémy, écrits par elle-même (Lyon, 1766, 2 vol., et Paris, 1808, 3 vol.) : c'était, paraît-il, une autobiographie sous la forme dû roman.

MISSIONS SCIENTIFIQUES ET LITTERAI- RES. — Le ministère de l'instruction publique dispose d'un crédit annuel destiné à subvenir aux frais des missions scientifiques et littéraires qui peuvent être confiées par le ministre à des représentants autorisés de la science ou des lettres. Les travaux où sont consignés les résultats de ces missions forment un recueil intitulé Archives des missions scientifiques et littéraires, dont la troisième série, commencée en 1873, compte actuellement (1884) 8 volumes. Le service des missions scientifiques est rattaché au premier bureau de la direction du secrétariat.

Outre les missions ci-dessus, qui sont conférées sur le préavis d'un comité, le ministre peut charger un fonctionnaire, un délégué spécial, ou un simple particulier, d'une mission à l'étranger ayant pour but l'étude soit d'un ensemble de faits ou d'institutions, soit d'une ou de plusieurs catégories d'établissements, de méthodes d'enseignement, etc.; de ces missions, les unes sont gratuites, les autres non; elles donnent lieu, dans l'un et l'autre cas, à un rapport adressé au ministre par la personne à qui la mission a été confiée. . MIXTE (MODE). — V. Modes d'enseignement.

MIXTES (ECOLES). — V. Ecoles mixtes quant au culte et Ecoles mixtes quant au sexe.

MNÉMOTECHNIE. — Les procédés mnémotechniques ont pour but d'aider la mémoire à retenir des faits, des noms, des chiffres : à cet efi"et on a recours soit au rythme et à la rime (vers techniques), soit à la localisation (carré polonais de Jazwinski), soit à des associations d'idées arbitrairement créées entre les noms ou les chiffres à retrouver, et certaines phrases choisies de façon à se graver facilement dans le souvenir (procédé Aimé Paris). Dans les anciens collèges, on s'est longtemps servi de la Grammaire latine de Despautère, du Jardin des racines grecques de Lancelot, de la Pratique de la mémoire artificielle pour apprendre la chronologie, l'histoire et la géographie, du P. Buffier, écrits en vers techniques. De nos jours, M. Aimé Paris a créé tout un système de mnémotechnie, qu'il a enseigné dans des leçons publiques, et qu'il a fait connaître dans un ouvrage spécial {Principes et applications diverses de la mnémotechnie, 7* édition, Paris, 1833); l'abbé Moigno, adoptant le principe de la méthode Paris, a aussi publié en 1879 un Manuel de mnémotechnie, première partie : application à l'histoire. Le procédé de M. Jazwinski, connu sous le nom de carré polonais, a joui pendant un temps d'une certaine vogue. On trouvera, aux mots Paris et Jazwinski, un court exposé des systèmes mnémotechniques de ces deux inventeurs.

La mnémotechnie a produit parfois des résultats surprenants : l'abté Moigno raconte u qu'il

étonnait et agaçait le savant François Arago » en lui indiquant de mémoire les chiffres des altitudes des principales montagnes du globe, ou en lui récitant sans broncher les soixante premières décimales du nombre tt.

Mais, en laissant de côté les circonstances exceptionnelles où un homme peut se voir obligé de réclamer de sa mémoire des tours de force de ce genre, il est rare que la mnémotechnie rende de véritables services. On peut toujours, croyonsnous, arriver à établir, entre les faits à retenir, des liaisons naturelles qui permettent de les retrouver les uns par les autres, à une seule condition ; c'est d'avoir étudié son sujet d'une façon assez approfondie pour avoir pu saisir les relations de cause à effet et les traits caractéristiques des détails essentiels. Personne n'éprouve aucune difficulté à retenir l'ordre de succession des rois de France de la famille de Bourbon, de Henri IV à Charles X, et on n'a jamais songé à en faire apprendre la liste par cœur : pourquoi? parce que chacun connaît par le menu les règnes de ces souverains. Par contre, on retient moins aisément la série des noms des premiers Capétiens, de Hugues Capet à Charles IV le Bel ; pourquoi ? parce que plusieurs de ces rois ne sont, pour beaucoup de personnes, que des noms auxquels elles ne rattachent le souvenir d'aucun fait intéressant. Que faut-il donc faire pour arriver à retenir les noms des quinze premiers Capétiens? Le seul procédé qui nous paraisse recommandable, cest une étude plus complète de l'histoire de France du x« au xiv^ siècle : quand l'esprit se sera familiarisé suffisamment avec les détails de cette période historique, qu'il y aura voyagé dans tous les sens et se sera complu à en considérer les divers aspects, la mémoire possédera, de façon à ne plus pouvoir les oublier, les noms et l'ordre de succession des rois, sans qu'injonction spéciale lui ait été faite d'avoir à les retenir. Quant à la chronologie, ne suffit-il pas de s'être créé, pour chaque siècle, quelques points de repère, autour desquels la connaissance des faits, bien plus précieuse que la mémoire mécanique des dates, permettra de grouper et de classer méthodiquement les événements dans leur ordre et en conservant leurs distances respectives? A supposer même qu'il s'agisse, dans un cas donné, de retenir une kyrielle de mots ou de chiffres, est-il vraiment besoin de procédés techniques pour y arriver? la simple mémoire do l'oreille, qui, après quelques répétitions, reproduit les syllabes dans un ordre donné, ne suffit-elle pas aux enfants pour retenir, par exemple, la table de multiplication ou la liste des sous-préfectures? Nous ne contestons pas, toutefois, que les procédés mnémotechniques ne puissent, à l'occasion, devenir des aide-mémoire efficaces, et nous ne songerions point à en proscrire absolument l'emploi raisonnable : mais nous pensons que, dans ce cas, la meilleure mnémotechnie est celle que chacun se fait à soi-même pour son usage personnel, d'après ses habitudes d'esprit, et que les systèmes conçus par un tiers et qu'on essaie de s'approprier de toutes pièces sont plus encombrants qu'utiles. [J. Guillaume.]

MOBILIER SCOLAIRE. — Sous ce titre, on entend les objets fixes, d'une utilité permanente, qui rendent la salle de classe propre â sa destination. Ce sont, en premier lieu, les tables-bancs pour les élèves et le bureau pour le maître.

La loi du 15 mars 1850 a inscrit à l'art. 37 l'obligation pour la commune de fournir à l'instituteur U7i mobilier de classe, et cette obligation, la loi du 10 avril 1867 l'a étendue aux écoles de filles et aux écoles de hameau. Mais les règlements scolaires n'ont jamais bien déterminé ce que devait être ce mobilier, et beaucoup a été laissé à l'arbitraire des municipalités. Aussi trouvait-on dans les

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écoles d'un même département, souvent d'un même canton, les mobiliers les plus disparates.

On a éié longtemps à reconnaître, en France, combien il importe d'établir le mobilier scolaire dans des conditions qui, en plaçant commodément les jeunes enfants pour lire et pour écrire, les préservent des attitudes vicieuses. Le dédain que le moyen âge montrait pour le corps continua longtemps d'être la loi de nos établissements d'instruction de tout ordre.

Sans remonter à l'enquête ordonnée en 1833 par M. Guizot, on trouve encore des plaintes nombreuses sur l'ameublement des écoles dans l'enquête ouverte, en décembre 1860, par M. Rouland auprès des instituteurs : 636 mémoires, sur les 1207 réservés, se plaignent d'une façon très vive du mauvais état et de l'insuffisance du mobilier. Le manque de tables en nombre suffisant, et par suite l'obligation pour les petits enfants de rester sur leur banc dans une position gênante, sont fréquemment signalés ; plusieurs mémoires constatent même la défectuosité de certains mobiliers neufs. Voici quelques-uns de ces témoignages, recueillis par M. Ch. Robert {Plaintes et vœux des instituteurs en 1861): « Il y a encore des écoles où les tables sont formées de quelques ais mal joints posés sur des tréteaux.» (Seine-et-Oise). — « Presque partout le mobilier est insuffisant et dans un état déplorable. Il consiste uniquement dans une chaise pour le maître, quelques mauvaises tables sans casiers, ni encriers, et des bancs le long des murs pour les enfants qui ne peuvent tenir aux tables.» (Deux-Sèvres). — « On voit des écoles somptueuses avec un mobilier misérable. Les tables sont disjointes, ou trop hautes pour les petits ou trop basses pour les grands.» (Meurthe).

En Amérique, dès 1854, l'ouvrage de Henry Barnard avait appelé l'attention sur l'importance d'un bon mobilier scolaire; en Allemagne, vers 1858, le D' Schreber, enfin, de 1863 à 1865, le D' Fahrner à Zurich et le D^ Guillaume à Neuchâtel, avaient provoqué une réforme des bancs-tables en signalant le tort causé à la santé des élèves. La question ne fut réellement posée en France qu'à l'Exposition universelle de 1867. Les modèles d'école présentés au Champ de Mars par la Silésie, par la Suède et par riUinois (Etats-Unis) révélèrent dans quelles conditions doivent être placés de jeunes enfants pendant les six heures qu'ils passent chaque jour k l'école pour que leurs organes ne reçoivent aucune lésion, aucun affaiblissement.

. Dans les écoles de Paris, M. Gréard fit d'abord répudier les longues tables recevant de 9 à 12 élèves, pour y substituer des tables de 3, 4 ou 5 places au plus^ « construites de façon à assurer aux enfants la liberté de leurs mouvements, aux maîtres la facilité de la surveillance et de l'enseignement, de façon aussi à obvier à ces entassements qui créent et qui propagent les maladies épidémiques. » (Gréard, Rapport au préfet de la Seine, 1871-1872.)

^ La réforme fut poursuivie avec vigueur et facilitée par la création d'un magasin scolaire. De nouveaux modèles furent introduits en même temps qu'on profitait des essais tentés dans d'im- I)ortantes écoles libres, comme l'école Monge et l'école Alsacienne.

L'ameublement introduit par le mode mutuel existait encore dans bon nombre d'écoles de Paris; il consistait en de longues tables pour 10 élèves, ayant tout au plus 25 centimètres de large, avec des bancs de 10 à 12 centimètres, assez écartés de la table pour permettre les mouyements d'entrée et de sortie. Ailleurs, dans les écoles des frères, c'étaient de lourdes tables, plus larges, mais non plus commodes, faites sur le même modèle, qu'il s'agît d'enfants de six à sept ans, ou d'élèves de treize à quatorze ans. Partout |

les élèves étaient dans des conditions gênantes, le» plus jeunes obligés de s'asseoir sur le bord du banc et d'élever l'avant-bras pour atteindre la table, les plus âgés se courbant sur des tables trop basses et repliant leurs Jambes sous le banc.

L'étude si complète et si méthodique présentée par M. F. Buisson, sur les 47 modèles de bancs tables figurant à l'exposition de Vienne, acheva de démontrer que, comme l'avait dit M. Gréard, « rien n'est indifférent, rien n'est insignifiant dans ce détail de l'organisation matérielle des classes; qu'une classe bien aménagée, bien ordonnée, où l'élève entre avec un sentiment de plaisir mêlé de respect, le dispose et le contraint moralement, pour ainsi dire, à l'application et au travail. »

Il fut établi que la table-banc devait s'accommoder A l'enfant, et non l'enfant a la table, et les observations de Fahrner, de Louis Guillaume, de Hermann Cohn devinrent le point de départ des recherches des constructeurs.

M. Buisson a résumé ainsi qu'il suit les conditions d'une bonne table-banc d'après l'ouvrage de M. l'inspectear Prausek, Die Verbesserung der Volksschule, publié à Vienne en 1868 : « Les meilleurs bancs d'école sont ceux qui sont construits de telle sorte que les enfants qui y sont assis puissent poser les pieds à plein sur le sol, en ayant les jambes dans la position verticale et les cuisses dans la position horizontale; qu'ils puissent par conséquent écrire sans courber le dos d'une façon anormale; qu'ils n'aient besoin que de s'approcher un peu du pupitre, d'étendre un peu l'avant-bras et de le lever très modérément; qu'enfin ils trouvent sur leur banc un dossier commode. » [Rapport sur l'Exposition de Vienne, p. 56.)

Les défauts de la plupart des anciennes tables peuvent se ramener à trois principaux :

1° La trop grande hauteur du banc, qui ne permettait pas aux jeunes enfants de poser leurs pieds sur le plancher : ils étaient perchés plutôt qu'assis et avaient une tendance à ramener leurs^ jambes sous le banc;

2° L'intervalle entre le bord antérieur du banc et la verticale passant par l'arête de la table, ou ce qu'on a appelé la distance, était de 10 à 12 centimètres et obligeait l'élève à se pencher en avant, à appuyer sa poitrine sur le bord de la table, et à ne reposer sur le banc que de quelques centimètres;

3° La distance verticale du banc à la table était souvent exagérée et obligeait l'élève à lever notablement l'avant-bras pour écrire. Cet intervalle reçut le nom de différence; il était fréquemment exagéré; cette exagération était signalée par les docteurs Guillaume et Eulenburg comme la cause des déviations de la colonne vertébrale ou de la scoliose, et le docteur Hermann Cohn lui attribuait le développement de la myopie par l'habitude que contracte l'élève de regarder de très près son livre ou son cahier.

A ces trois défauts graves des anciennes tables venaient s'ajouter la largeur insuffisante du banc et l'absence de dossier. L'enfant était mal assis, avait le fémur insuffisamment soutenu et, pour se reposer, changeait sans cesse de positon.

La plupart des défauts de notre mobilier sco- i laire tenaient à l'usage du mode mutuel. Les tables adoptées dans les écoles mutuelles, nous l'avons dit, étaient longues et n'avaient guère que 25 centimètres de largeur, les bancs de 15 ?i 18 centimètres. La disposition des tables en amphithéâtre, sur une profondeur de 8 à 10 mètres, avait fait tenir peu de compte de la taille des élevés : ou le banc était trop élevé, ou la différence (distance du banc à la table) était excessive.

Oii pourra se rendre compte des défauts du

mobilier alors en usage par l'examen du devis presque officiel qui avait été dressé pour une classe de 100 élèves (Rendu, De la loi de Venseignement, p. 292, 1852):

Mobilier de classe pour 100 élèves.

Bancs pour le vestibule fr. 50

Planches ou crochets pour les paniers 50

9 bancs et 9 tables avec tiroirs, pour la salle

de classe 300

Estrade en sapin 50

Bureau du maître avec pupitre 25

1 tableau noir 10

1 poêle en fonte et accessoires 80

1 fontaine 15

6 chaises communes 12

Petit corps de bibliothèque 12

Crucifix 10

Horloge 20

Les premières réformes consistèrent à remplacer le banc continu par des sièges isolés, plus larges et légèrement inclinés vers le dossier; à rendre la distance nulle, et à maintenir la difjférence entre le sixième et le septième de la taille de l'élève. Ce modèle ne fut qu'une transition; il avait l'inconvénient d'être établi sur un plancher qui rendait les mouvements difficiles et laissait s'accumuler des poussières dans la salle.

Le Bapport sur l'Exposition de Philadelphie était venu montrer alors quel soin on apportait, de l'autre côté de l'Océan, à l'ameublement des écoles, et l'Exposition universelle de 1878 fit voir dans les écoles de Belgique, de Suisse, d'Autriche, du grand-duché de Luxembourg, des bancs-tables mieux appropriés que les nôtres.

Enfin la conférence si pleine de faits que fit M. de Bagnaux à la Sorbonne apporta la conviction dans tous les esprits sur l'urgence de réformer le mobilier de toutes nos écoles, depuis la salle d'asile jusqu'à l'école normale. Les recherches se poursuivirent de toutes parts et l'on finit par arriver à des types satisfaisants. On ne se contenta plus de la distance nulle, on chercha, pour les jeunes enfants surtout, à faire avancer le banc de 4 à 5 centimètres sous la table; c'est ce que les Allemands appellent la Minus-Distanz et ce que nous avons appelé la distance négative.

^ La difficulté était de l'obtenir sans que l'élève fût gêné pour entrer à sa place, et qu'il pût se lever facilement quand il en est besoin. Diverses combinaisons furent présentées. Les unes rendaient la table mobile et la faisaient glisser vers l'élève dans des rainures (système Kunze, table d'Olmutz). D'autres coupaient la table en deux parties : la plus laro;e était fixe et l'autre se repliait à charnière (système Fahrner, Parow^ et Liebreich). Enfiu la table était montée sur deux bras de levier et pouvait être amenée vers l'élève quand il avait pris sa place, ou être repoussée quand il devait se lever (système Cardot).

D'autres constructeurs avaient recours, pour arriver au même résultat, à la mobilité du banc, soit en le relevant comme dans les bancs américains ou dans la table de Wolf et Weiss de Zurich, soit en le faisant avancer vers la table (système Kaiser et Bonnet).

Tous ces moyens mécaniques ont eu peu de succès auprès des instituteurs. Ils y voient des causes d'accidents ou de contestations entre les élèves de la même table, et ils redoutent de fréquentes dégradations dans les parties mobiles. Aussi, dans le règlement du 17 juin 1880, l'administration n'avait-elle pas cru devoir donner autre chose que des indications générales, laissant le choix entre les tables à pièces fixes et les tables à pièces mobiles. Comme celles-ci coûtaient au

moins le double des autres, on vit généralement adopter la table à deux places, à distance nulle et avec barre d'attache au milieu; tablette inclinée de 12 à 15 degrés; banc un peu moins long que la table, avec dossier continu. On évita d'avoir aucune traverse dans la partie inférieure pour que le balayage de la classe se fît facilement.

Voici les réflexions qu'inspire à M. le Dr Javal, rapporteur général de la commission d'hygiène (1884), l'usage du nouveau mobilier scolaire : «Une faut pas se le dissimuler : plus un mobilier répond aux desiderata de l'hygiène de la vue, plus l'élève s'y trouve enclavé, et c'est là un grand inconvénient; il est extrêmement fatigant pour les enfants de garder une immobilité absolue, témoin la difficulté de les photographier. Il faut donc, dans la mesure du possible, leur laisser un peu d'espace libre, et c'est pour ce motif que le dossier ne doit pas être notablement plus haut que la tablette à écrire. Pendant les moments de repos, les élèves ne manquent pas de profiter de cette disposition pour appuyer un bras sur le dossier en se mettant plus ou moins de côté. L'emploi des mobiliers nouveaux serait intolérable si l'on n'exécutait pas les prescriptions relatives aux interruptions qui doivent couper la classe, et si l'on ne permettait pas quelques changements d'attitude aux enfants; il sera sage de grouper les élèves autour du tableau ou d'une carte de géographie toutes les fois que cela pourra se faire sans inconvénient.

» On préférera, ajoute M. Javal, le mobilier à une ou à deux places. Quand on fera usage du mobilier à plus de deux places, le siège ou la tablette seront mobiles. Dans le système à une place, il est préférable que les supports du banc et de la table soient en fonte. On s'attachera à élever l'ensemble du mobilier au-dessus du parquet; il faudra alors ajouter un appui pour les pieds ; cet appui ne doit être qu'une planchette horizontale ou inclinée. »

Une des prescriptions les plus importantes des règlements scolaires de l'Allemagne, c'est l'obligation pour l'instituteur de mesurer chaque année la taille des élèves et de les placer dans des tables adaptées à leur taille. Les recherches auxquelles se sont livrés à Paris M. Cardot, à Marseille M. le docteur Nicati, ont étabh : 1° que la taille des élèves des écoles primaires était comprise entre 0°i,98 et l°i,54; 2° qu'un même type pouvait convenir aux enfants dont la taille ne s'écarte pas de plus de 12 à 13 centimètres. Quatre types paraissent donc suffire pour les enfants de six à treize ans, et ce n'est qu'exceptionnellement qu'on peut avoir besoin d'un cinquième. Quand l'école doit, à défaut d'une école maternelle, recevoir des enfants de moins de six ans, il convient d'avoir pour ces enfants un modèle spécial avec tablette horizontale pour les exercices de la méthode Frœbel.

Cependant nous constatons qu'à l'étranger on se montre quelquefois plus exigeant: dans la Saxe et le Wurtemberg, ainsi qu'à iJâlc, on a adopté six types; mais, dans le grand-duché de Bade, on s'est arrêté à quatre, et à Berlin à trois. Le mieux serait, sans doute, qu'à mesure que l'élève grandit il fût placé dans une table faite à sa t^lle ; c'est cette idée qui avait donné lieu au siège mobile du système Bapterossc, qui se retrouve modifié dans les systèmes Liebreich, Lccœur et André ; mais, comme le dit M. Cardot, toutes les combinaisons qu'exige une pareille table sont d'une pratique difficile, et nécessitent l'emploi de clefs et d'autres outils qui augmentent le prix de revient de la table-banc.

Il est toutefois intéressant de rapprocher les deux échelles de dimensions: la première dressée, d'après les écoles de Pai is, par M. Cardot, et la seconde établie d'après les écoles allemandes.

Système Cardot {Historique de la toble-hanc, p. 31).

Taille des enfants

Hauteur de l'arête antérieure de la table au-dessus du plan

cher *

Largeur de la table

Hauteur du siège au-dessus du plancher

Larfjeur du siège

DiFFÉRBivcB : hauteur de la table au-dessus du siège

DiSTANCB : 1° quand la tablette est approchée

2» quand elle est éloignée

Hauteur du dossier au-dessus du siège

Distance entre le dossier et le bord de la table

Moins de i-"

l»,iO

al-.lO.

àl-,20.

àl-,3o.

44co

49eii

55cm

1»,35 âl",oO.

Plus de l-,50.

70ca

Système Erismann [Handbuch der Hrjgieine, II. Theil, p. 70).

Taille des enfants

Hauteur de la table ^du côté de

l'élève)

Hauteur du siège au-dessus du

plancher

Largeur du siège

DlFFÉBENCB

Distance

Hauteur du dossier au-dessus du siège

98 à 409cin

no à mcm

121 à 131cm

132 à 142cm

143 à 153cm

VI (l)

154 à 164cm

165 à 175cm

Plasdel75cm

(1) Les tailles VI, VII et VIII ne sont pas rencontrées dans les écoles primaires ordinaires.

L'idéal serait, sans doute, que chaque enfant eût un pupitre isolé, comme dans les types Andrews de Chicago et Stevens de Baltimore; mais jusqu'ici l'usage ne tend pas à s'en répandre dans les écoles européennes, et c'est ia table à deux places qui a partout obtenu la préférence. La surveillance du maître sur le travail des élèves s'exerce alors facilement, et, avec la distance nulle ou la distance négative, l'élève trouve dans le passage latéral, qui est au moins de 50 centimètres, la place pour se tenir debout quand il est interrogé. Au delà de deux places, la discipline est difficile à assurer et le maintien de Tordre demande au maître une attention et des efforts qui le détournent de sa tâche et usent ses forces en pure perte.

Le modèle exposé par la Suède en 1867 a inspiré un industriel dieppois, M. Robert Dufresne, qui a meublé une école établie dans un faubourg de Dieppe de bureaux à une seule place construits en sapin du Nord à un prix peu élevé. Quelques modèles ont été aussi présentés, par le docteur Claparèdcen 1878, par MM. Bouvier et Bonnet en 1882, mais on les regarde comme peu propres aux écoles ordinaires, d'un prix élevé, et devant trouver place seulement dans les écoles normales, ou peut-être dans les écoles supérieures.

En construisant les tables scolaires, on a songé à employer la fonte et le fer pour donner plus de légèreté aux meubles et assurer mieux la circulation de l'air dans l'école. Les bancs ainsi construits n'ont pas été généralement accueillis avec faveur, surtout dans les petites localités. La fonte ne résiste pas toujours à un choc un peu violent, et, si un pied se casse, comment le faire réparer promptement, facilement? Puis l'ajustement ou le rac-

cordement des parties en bois avec les parties en fonte se fait au moyen de vis qui, si le bois n'était pas bien sec, peuvent s'ébranler, être enlevées même ; avec les enfants, il faut tout prévoir. Cependant nous croyons devoir signaler les pieds en fer forgé de la maison André de Neuilly, qui donnent au banc scolaire une grande légèreté et sont d'une solidité à toute épreuve.

Dans les tables à deux places, les élèves ont, pour placer leurs livres et leurs cahiers, un casier placé sous la table, de 45 centimètres sur 25 de profondeur et 12 de hauteur. On a plusieurs fois remplacé la planche du fond par un grillage en léger fil de fer afin d'assurer mieux la surveillance et la propreté. H est bon que la planche inférieure du casier soit placée de façon à ne point gêner l'élève et qu'elle n'avance pas autant que la table. Dans la table-banc de M. Robert Dufresne, cette case des livres et des cahiers se trouve placée en avant de la table, de sorte que l'élève est obligé de se lever pour en reiirer ce qui lui est nécessaira; c'est un inconvénient, mais le système offre cet avantage que tout le bagage de l'écolier se trouve sous l'œil du maître. Quelquefois, la partie mobile de la table permet d'établir une case fermée, comme dans le pupitre du docteur Claparède, ou celui de Sandberg, de Stockholm. Ce détail du banc scolaire a son importance, et il est bon que les maîtres veillent à ce que rien de suspect ne puisse se dérober à leurs regards.

Un détail qui n'est pas non plus à négliger, c'est la place de l'encrier, toujours à la droite de l'élève et dans le plat bord de 8^10 centimètres qui se trouve au-dessus de la tablette. Nous avons dit à l'article A-^CJ-zcrquelles sont les conditions à rechercher dans la forme des encriers et les soins qu'il

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faut prendre pour éviter toutes les malpropretés auxquelles ils donnent lieu. Nous reconnaissons que le banc Kunze a l'avantage, sur ce point, d'offrir des garanties spéciales, en fermant complètement l'encrier par le glissement de la tablette.

Dans les écoles où l'on emploie beaucoup les ardoises, il est bon que, sur le côté ou en avant du pupitre, une place leur soit réservée entre deux petites tringles. Elle servira aussi aux grands cahiers. Pour les modèles d'écriture ou de dessin, le placement en est facilité au moyen de petites tringles articulées qui peuvent se rabattre sur le bord extérieur du pupitre. M. S. Moret, de Perpignan, a même imaginé pour le modèle d'écriture un petit support en fer-blanc qui reçoit à droite le cahier de l'élève avec une pente déterminée : c'est une complication d'une utilité contestable; dans des clas-es nombreuses la conservation de ces petits appareils serait difficilement assurée.

Il importe, croyons-nous, dans la recherche d'un bon mobilier scolaire, de ne pas pousser trop loin les exigences et de s'en tenir à ce qui est essentiel, savoir: préserver l'enfantdes attitudes qui gêneraient le jeu de ses organes, assurer les bonnes conditions de la vision et favoriser les habitudes d'ordre et de propreté. Sur ce dernier point, le meilleur mobilier ne saurait suppléer à l'action directe et continue du maître, nous ajouterons même à son exemple, et cette réflexion nous conduit à parler du bureau du maître.

Dans nos classes, aujourd'hui, il n'y a plus lieu d'avoir cette haute estrade d'où le maître, dans le mode mutuel, commandait et surveillait les mouvements des groupes. Il doit, de sa place, dominer toute la classe, mais il ne doit pas s'y tenir constamment, et son rôle est d'aller voir de près le travail des élèves, pour rectifier leur attitude et donner à chacun, discrètement, le conseil qui lui est utile. Il n'a donc besoin que d'une table placée sur une plate-forme de 30 c. de hauteur et renfermant les registres scolaires, les cahiers de notes et les ouvrages qui servent d'ordinaire au maître. Il doit y être placé à découvert, pour que son attitude soit une leçon indirecte. L'habitude d'étendre la plateforme sur toute la largeur de la classe, comme aux Etats-Unis, nous paraît devoir être recommandée. C'est là que se placent les visiteurs de l'école, là que les élèves sont appelés pour un exercice au tableau noir ou à la carte murale. A droite et à gauche de la plate-forme peuvent être disposés le meuble de la bibliothèque et celui du petit musée scolaire.

Les objets qui doivent compléter le mobilier de l'école sont : 1° un poêle, s'il n'y a pas un calorifère dans le sous-sol, et, comme appendice, un thermomètre placé à une distance de plusieurs mètres du poêle ; 2° une pendule œil-de-bœuf mise en regard du maître; 3° une fontaine avec sa cuvette; 4° une cloche à la main ou suspendue, pour donner le signal de l'entrée en classe.

La judicieuse disposition de tous ces objets, leur bon état de conservation sont autant d'indices des qualités morales de l'instituteur. On peut, sur l'aspect de la salle de classe, sur l'état de la table du maître, juger de la valeur de l'éducation qui se donne, et il est bien rare que ce jugement ne soit pas confirmé par un examen plus approfondi des choses. On ne saurait trop insister sur ce qu'a d'efficace ce langage des objets extérieurs et sur l'importance dont seront pour les nouvelles générations ces habitudes de propreté, ce goût de l'ordre qu'on veut leur inspirer par le soin apporté à l'installation matérielle des écoles.

Ecoles maternelles. — Le mobilier de ces établissements, tel que l'avaient constitué les traditions et le décret du 21 mars 1855, était loin de donner satisfaction aux hygiénistes. Que devaientils penser notamment de ces petits bancs de préau,

uniformément bas, aussi bien pour les enfants d» cinq à sept ans que pour les bébés de deux à trois ans, bancs toujours dépourvus de dossier, ou auxquels le mur sert de dossier, ce qui est pis. Les enfants n'y pouvaient tenir en place, et on le comprend de reste. Les bancs latéraux de la salle des exercices sont aussi défectueux : ceux qui régnent le long du mur reçoivent les enfants les plus avancés; c'est là qu'ils doivent écrire ou dessiner. Le jour leur vient surtout des fenêtres du mur opposé, aussi les voit-on se courber et incliner leurs ardoises en avant.

La disposition du gradin ne valait pas mieux : les marches en étaient ou trop basses pour servir de sièges, ou trop élevées quand il fallait les descendre. Les enfants y restaient assis pendant une heure sans point d'appui ni devant ni derrière, et ils poussaient leurs pieds dans le dos de leurs camarades du rang inférieur.

Le décret et le règlement du 2 août 1881 vont, sans doute, améliorer notablement cet état de choses ; d'abord en exigeant que les enfants de plus de cinq ans aient une installation analogue à celle des écoles, c'est-à-dire de petites tables horizontales ou légèrement inclinées pour faire de petits dessins sur l'ardoise, des travaux de pliage, de tressage, des jeux de construction. II est vrai que l'instruction du 28 juillet 1882 se borne à dire que les bancs du préau (art. 13) seront désormais à dossier, et ne spécifie rien pour le reste. Mais on ne saurait maintenir le gradin qu'en le transformant et en y plaçant des sièges à dossier. Il importe que les lois de l'hygiène soient observées surtout dans le premier âge des enfants et qu'on ne laisse pas leurs organes s'atrophier dan» des salles mal disposées.

Ecoles normales. — Le mobilier des écoles normales laissait surtout à désirer à la salle d'études. On y trouvait d'ordinaire des tables à cinq ou six places, pourvues de pupitres fermés, quelquefois n'ayant qu'un casier ouvert. Les bancs, fixes ou mobiles, étaient toujours sans dossier. Il y avait loin de cette installation à celle des Etats-Unis, où chaque élève a son bureau isolé avec un siège commode. Aujourd'hui on tend, surtout dans les écoles récemment construites, à introduire un mobilier meilleur, et déjà les salles d'étude des écoles normales de Paris et de Melun constituent un notable progrès. La maison Garcet et Nisius a construit une table où le pupitre fermé est remplacé par une petite armoire placée du côté gauche, et dont la face extérieure est fermée par un grillage. On reproche à ce meuble d'être un peu lourd, de gêner le balayage et de préserver insuffisamment les cahiers et les livres de la poussière.

Le pupitre fermé a l'inconvénient du bruit que peut produire le couvercle en retombant et de l'espace insuffisant qu'il ofi'ré pour les objets classiques. Il est assez encombrant, aussi a-t-on préféré quelquefois la table ordinaire avec tiroir, en établissant des casiers le long des murs pour renfermer les livres. Il y a encore plus d'un essai à faire à cet égard; cependant le pupitre de la maison André avec ses pieds en fer forgé ofi'ré déjà un avantage incontestable de solidité et de propreté.

Les classes ordinaires des écoles normales pourraient ne renfermer que de simples tables sans aucun casier, mais il est bon que les sièges soient pourvus de dossier, surtout dans les classes de jeunes filles.

Autrefois il n'y avait pas de classe spécialement affectée aux leçons do sciences physiques ; on faisait si peud'expériences! Actuellement, toute écolo normale a un amphithéâtre où les élèves sont placés de façon à saisir tous les détails des expériences du professeur. Là pourraient se placer les

bancs en usage dans certaines écoles d'enseignement technique, où la table est remplacée par une planchette disposée à droite de l'élève à la hauteur néc(^ssaire pour écrire.

Les salles de dessin ont été aussi l'objet d'améliorations importantes. Des tables commodes ont été construites pour servir à la fois au dessin géométrifjue et au dessin d'ornement; nous citerons notamment le modèle Pillêt et le modèle Lecoq de la maison Garcet et Nisius. Enfin un hémicycle est disposé pour le dessin d'après des plâtres de grandes dimensions. Ce sont là des améliorations notables, si l'on se reporte au temps où la salle d'études servait parfois de salle de dessin et où le pupitre incliné recevait la feuille de dessin géométrique ou de lavis.

Nous no parlerons pas ici des ateliers servant aux ouvrages sur le bois ou le fer ou au cartonnage chez les garçons, ni des salles pour les travaux de couture et de confection chez les filles. Il y a là des conditions qui varient avec l'importance donnée à telle ou telle branche : partout il faut demander que l'espace et la lumière ne soient pas donnés avec parcimonie.

[B. Berger.] Comme complément des indications générales données ci-dessus, nous reproduisons le texte des conclusions adoptées par la sous-commission du mobilier, l'une des sections de la grande Commission de l'hygiène des écoles constituée par arrêté ministériel du 24 janvier 1882. Ces conclusions, publiées dans le rapport adressé par la Commission au ministre (juillet 1884), sont les suivantes :

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