‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 181 sur 573 · MIREMONT (M"" DE · texte numérisé non relu

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transporter dans les deux ; elle resserrait, au contraire, tous les liens qui les unissaient à leur famille, à leurs concitoyens, à leur patrie Mais la religion chrétienne, plus sublime dans ses vues, paraît avoir négligé tous les soins d'ici-bas... Noire respect par ses dogmes augustes se montrera bien mieux dans une attention scrupuleuse à ne pas la tirer de l'enceinte sacrée des temples, que dans un empressement aveugle à la transporter au milieu de spectacles où tout ne peut être digne de ses regards. L'objet de nos fêtes nationales doit être seulement le culte de la liberté, le culte de la loi. Je conclus donc à ce qu'on n'y môle jamais aucun appareil religieux ; et je crois entrer ainsi dans les intentions que vous avez manifestées, et donner une preuve de ma profonde vénération pour la foi de nos pères. >»

Le discours sur l'établissement d'un lycée national se compose de deux parties distinctes. Dans la première, l'auteur rappelle les principes généraux d'après lesquels il voudrait organiser l'éducation nationale, et ajoute à l'exposé qu'il en a déjà fait des considérations nouvelles très intéressantes. C'est là qu'on trouve ce passage auquel nous avons fait allusion plus haut, et qui jette une lumière si inattendue sur tout un côté des idées politiques et sociales de Mirabeau. « La société, dit-il, n'existe que par les individus : en conséquence, non seulement elle doit exister pour eux et consacrer, s'il le faut, à la défense de chacun la force de tous ; mais elle doit surtout respecter elle-même cette existence particulière, la seule qui soit de la nature, la seule dont aucun inté.rêt ne peut légitimer la violation.... Les peuples chez lesquels le législateur avait fondé sur d'autres principes la durée de l'association semblent, à l'inverse de nous, n'avoir existé que par elle et pour elle : la patrie n'était pas seulement le centre de ralliement des citoyens ; c'était, en quelque sorte, la source de tout leur être, le seul point par lequel ils sentissent etgoûtassent la vie... Quant à nous, il en est tout autrement. Nos institutions, et celles de nos voisins, se rapportent presque uniquement à la propriété. C'est par la propriété que nous tenons au système social : nos habitudes ont suivi la direction que ce ressort devait leur imprimer ; et la fortune publique s'est fondée sur le libre développement des fortunes particulières. Il s'ensuit de là que tout ce que les individus peuvent faire par eux-mêmes, ne doit être fait que par eux, et que le gouvernement ne doit prendre sur lui que les entreprises dont l'exécution leur serait entièrement impossible. » Appliquant ce principe à l'éducation, Mirabeau arrive naturellement à regarder celle-ci comme une simple branche d'industrie, et à déclarer que, « suivant la rigueur des principes, le législateur ne doit d'autre éducation au peuple que celle des lois elle-raômes et d'une administration libre et sage. »

Mais de même qu'il a déjà fait fléchir la a rigueur des principes » en faveur d'une organisation des écoles et collèges par les pouvoirs publics, Mirabeau, par une nouvelle désertion de la théorie pure, juge opportun de proposer la création par l'Etat d'un vaste établissement national dont l'objet serait « de procurer à l'élite de la jeunesse française les moyens de terminer une éducation dont le complément exige, dans l'état actuel, le concours des circonstances des plus rares et des secours les plus étendus. » Cent élèves, choisis dans tous les départenients, y seraient entretenus aux frais de la nation, et y auraient pour professeurs « les philosophes, les gens de lettres, les savants et les artistes les plus célèbres. » Toutes les branches du savoir humain seraient enseignées dans ce lycée national. Mais la chaire à laquelle Mira-

beau attache le plus d'importance est celle de méthode et de grammaire universelle : c'est sous ce nom qu'il désigne la chaire de philosophie, en vertu de ce principe do Condillac, que l'art de raisonner et l'art de parler sont une S'ente et même chose, et qu'une langue bien faite est une véritable méthode analytique. « Destinée à compléter l'éducation d'une jeunesse choisie, par l'apprentissage raisonné de ce qu'on peut appeler l'art universel, cette école encyclopédique embrasse sommairement toutes les connaissances humaines ; mais c'est surtout en allumant le flambeau qui les éclaire, en donnant à l'instrument qui les crée ou les perfectionne toute la perfection que lui-môme il peut atteindre. La chaire de méthode en sera donc la base; les autres chaires s'y rapporteront comme à leur centre commun ; elles lui resteront subordonnées, comme à leur régulateur; et leurs leçons développeront, par des exemples variés et pratiques, ce qu'elle aura renfermé dans des maximes plus abstraites, plus générales. »

Le dernier discours, sur l'éducation de l'héritier présomptif de la couronne, est surtout un discours politique, ainsi que l'indique la seconda partie de son titre, qui parle de la nécessité d'organiser le pouvoir exécutif. La royauté, dit Mirabeau, est indissolublement liée à l'existenco même de la constitution ; l'autorité royale est la meilleure garantie d'une sage liberté politique : mais il faut que celui qui est appelé à l'exercer soit pénétré de l'esprit que la Révolution a fait éclore, et accepte franchement les principes proclamés par la constitution. De là la nécessité d© donner à l'éducation de l'héritier présomptif do la couronne un caractère conforme à ces principes, a L'éducation du prince futur doit avoir surtout pour objet de nourrir en lui tous les sentiments et toutes les idées de l'égalité, de lui en donner toutes les habitudes, et de n'offrir à ses regards que des images qui lui retracent cette égalité précieuse, l'attribut le plus respectable de la nature humaine. Elle doit aussi le pénétrer d'un respect religieux pour les lois, et lui rendre si familiers les principes qui leur servent de base, que non seulement il devienne leur plus zélé défenseur, mais leur juge le plus éclairé. »

Les quatre discours que nous venons d'analyser ne sauraient être mis, pour la hauteur des vues et la hardiesse des idées, sur le même rang que les plans d'instruction publique élaborés par les comités de la Constituante, de la Législative et de la Convention; leur auteur — quel qu'il soit — n'a pas mérité, croyons-nous, « l'une des plus belles couronnes qu'il reste à la philosophie à décerner » (lettre de Mirabeau à Reybaz) ; mais ces pages contiennent sur la question de l'éducation la doctrine d'un parti considérable, dont l'influence fut grande au début de la Révolution, du parti qui procédait de Turgot et des économistes; et, à ce titre, elles offrent à l'historien un intéressant sujet d'étude. [J. Guillaume.!

IHIRE3IOINT (M°i^ de). — Anne d'Aubourc <lc la Bove, comtesse de Miremont, née à CEuilly (Aisne) en 1735, morte en 1811, est l'auteur d'un volumineux ouvrage intitulé Traité de l'éducatto): des femmes et cours d'instruction, Paris, Pierres, 1779-1789, 7 vol. in-8. Le traité d'éducation occupe le tome pr. M'^e de Miremont, qui divise l'éducation des filles en trois périodes, trace au?; mères le programme suivant: a De la naissance à sept ans, les enfants n'exigent que des soms purement relatifs à la santé et à la connaissance des inclinations, que les uns montrent plus tôt. les autres plus tard; néanmoins il entre dan.s nos vues de leur faire apprendre toutes les choses de mémoire, dès qu'il sera possible de leur eu faire un jeu. — Depuis l'âge de sept ans jusqu i quatorze, le principal objet doit être de travailler

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