‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 214 sur 573 · DE CL · texte numérisé non relu

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Vu le chiffre considérable de la population du département du Nord, l'administration y a placé, comme dans le département de la Seine, à la tête du service de l'enseignement primaire, un directeur départemental. Ce directeur, qui réside à Lille, avec le rang et le titre d'inspecteur d'acaciémie, a en même temps sous son autorité l'enseignement secondaire de la ville de Lille, tandis que l'enseignement secondaire du reste du département relève de l'inspecteur d'académie résidant à Douai, au siège du recteur.

Population cCâge scolaire. — En 1876 on comptait 218 331 enfants de 6 à 13 ans (110.^75 garçons et 107 750 filles), soit 14.37 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. En 1881 on compte 224 926 (enfants de 6 à 13 ans (112 247 garçons et 112 679 filles), soit 14.03 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. Il y a diminution dans la proportion quoiqu'il y ait augmentation dans le nombre total.

1. État de l'instruction primaire avant 1789. — Le département du Nord a été lornié de la totalité ou d'une partie des pays appelés Flandre française, Flandre flamingante, Hainaut français, Cambrésis, et de quelques territoires de V Artois et du V'ermandois.

Nous possédons une source précieuse de renseignements dans l'excellent ouvrage de M. de Resbecq. Histoire de L'enseignement primaire avant 1789 dans les coynmunes qui ont formé le départem2nt du Nord (Paris, 1878). Grâce aux savantes recherches de l'auteur, il nous est possible de présenter ici un tableau exact de ce que furent les écoles dans ce département avant la Révolution.

PÉRIODE FÉODALE ET COMMUNALE. — Cette Contrée subit, comme les autres, les effets désastreux de l'invasion des Barbares et de la féodalité ; et, malgré les efforts de Charlemagne, une nuit profonde pesa sur la socitHé, à peine dissipée çà et là par la lumière de quelque église ou de quelque monastère. Les lettres furent entièrement négligées : les écoles disparurent. On peut toutefois signaler quelques efforts de l'Eglise en faveur de l'instruction. Un Ordo du diocèse d'Arras de la lin du xc siècle porte la trace de l'existence de peiiics t'coles de grammaire et de chant que fiéquea-

taient plus ou moins des clercs et des laïques. Du reste, les documents font généralement doiaut pour cette longue et triste période.

La renaissance des écoles date des xii* et xiii» siècles. Deux influences la produisirent .'l'Eglise et les Communes. En 1179. le concile de Latran proclamait le. devoir de l'Eglise en matière d'instruction, et ordonnait d'établir dans chaque église cathédrale un maître chargé, moyennant im bénéfice qui assurât sa substance, d'instruire gratuitement les clercs de cette église et les écoliers pauvres. Un écolâtre devait aussi être établi dans U\< autres églises et monas-tères où des fonds étaient autrefois affectés à cet objet. Toute contravention à ce décret entraînait potir le délinquant la perle de son bénéfice ecclésiastique.

La révolution communale, raffranchissemcnt des villes, les droits et les devoirs nés de la liberté politique excitèrent les bourgeois à rechercher l'instruction nécessaire pour la bonne conduite de leurs affaires générales et particulières. Les administrations municipales fondèrent, dotèrent, entretinrent des écoles où l'élément laïque eut souvent une grande place.

Enfin, de la rivalité des deux pouvoirs, l'ecclésiastique et le laïque, sortit une émulation très profitable au développement de l'instruction. Chacun d'eux y vit un moyen de puissance, d'indépendance et de domination : les écoles en profilèrent. Dans ce grand mouvement surgirent quelques idées qui oe devaient triompher que beaucoup plus tard, telles que la liberté d'puseignement. Le règlement des écoles de Gand, œuvre des bourgeois, porte que quiconque en a la volonté, la capacité et les moyens, peut tenir école de plein droit dans la ville, sans que personne ait à s'y opposer. Et ce privilège, confirmé en 1192, ne fut retiré qu'en 1235 par la comtesse Jeanne. On trouve le même privilège à Ypres, où le droit d'enseigner dans les écoles inférieures appartient à tous ceux qui en sont reconnus capables. Il est même permis aux bourgeois de faire instruire leurs enfants à la maison.

A Lille, on assiste dès le xiii^ siècle au conflit des échevins et de l'écolâtre de Saint-Pierre qui revendiquent la nomination des maîtres d'école. Et cette lutte se prolongea pendant des siècles.

L'expansion de l'ordre des Jérômites, qui tenaient des écoles où ils enseignaient la doctrine chrétienne, la lecture, l'écriture, la langue nationale et le calcul; l'usage que prirent les citoyens, bourgeois ou artisans, de former des associations littéraires dites Chambres de rhétorique, où ils s'exerçaient à la lecture, à la poésie et peut-être à l'art de la parole, contribuèrent au progrès de l'instruction et par suite à l'extension de l'enseignement dans les diverses classes de la société. Il paraît certain que, dans les principales villes au moins, il y eut pendant cette période des écoles en assez grand nombre, les unes d'origine ecclésiastique, les autres d'origine municipale; une troisième catégorie comprenait les écoles issue, de fondations particulières. Il semble même que les ressources n'aient pas fait défaut à ces dernières. Au xii' siècle, à Cambrai, l'école de Saint-Géry donnait l'enseignement aux petits enfants. Un hospice-école, au siècle suivant, était fondé en faveur d'orphelins des deux sexes. A Douai, qui avait deux collégiales et de nombreux couvents, des clercs « tenaient escolles des petits enfants à apprendre leur créance et les instruire et conduire jusques à la grammaire ». Une école existait, dès le xii^ siècle, près de Saint-Amé : elle avait été fondée par deux membres du chapitre.

Mais, il faut bien le dire, les documents précis n'abondent pas encore et on est le plus souvent obligé de déduire les faits des pièces officielles, telles que décrets des mugiitrats, ordonnancos

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des souverains, actes des conciles, des synod^-s, instructions pastorales, — et de remplacer l'iiistoire authentique par des conjectures.

II. PÉRIODE HES LUTTES RELIGIEUSES. — Cependant si l'on en juge par les plaintes des évoques sur la ruine des écoles, le mouvement s'était ralenti à la fin du xve et au commencement du xvi^ siècle. La Réforme réveilla l'ardeur du clergé. Luther avait écrit en 1530 : « J'affirme que l'autorité a le devoir de forcer ceux qui lui sont soumis à envoyer les enfants à l'école. » L'Eglise et le souverahi s'emparèrent dé ce principe en faveur du catholicisme, et il devint une arme contre les idées nouvelles. Pour combattre la Réforme, ils favorisèrent Tinstruction élémentaire et s'emparèrent des enfants pour ne pas les laisser aux envahisseurs. U va sans dire que toute liberté disparaît de l'enseignement. Une ordonnance de Chai les-Quint prescrit aux inquisiteurs de s'enquérir de la conduite des maîtres d'école. On sait ce que cela signifiait. Un an plus tôt, en 1547, un maître d'école avait été exécuté à Gand pour avoir protesté contre la persécution. Conciles et synodes montrent le même zèle pour V éradication du mal. Les administrations municipales ne sont pas en reste. Le placard du magistrat de Valenciennes du l«r septembre 1563, prescrivant l'établissement de bonnes écoles, est suivi d'une lettre de la duchesse de Parme à ce magistrat lui annonçant le projet des jésuites d'établir une école publique à la maison des Fratres^ sans doute pour l'extirpation « de ces sectes qui sont saillies jusques en ces pays », suivant l'expression de l'archevêque de Cambrai. Le concile de Trente, par ses décrets, domine et dirige le mouvement. Il exige qu'auprès de chaque église il y ait au moins un maître qui enseigne gratuitement la grammaire aux clercs et aux enfants pauvres. Ses prescriptions sont nombreuses et précises. L'ordonnance de Philippe II du 30 juillet 1564 les rend obligatoires dans les pays de Flandres, Artois, châtellenies de Lille, Douai, Orchies. En 1565 on les rappelle aux évêques et autres gens d'église pour « l'entretainement des décrets et canons dudit Concile et même quant aux écoles ». On crée un peu partout des écoles dominicales où, le dimanche et les jours de fête, les enfants employés dans liudustrie et beaucoup d'autres sans doute venaient passer quelques heures. L'enseignement prend un caractère obligatoire, et des peines sont édictées contre les parents et maîtres qui n'envoient pas leurs enfants et leurs jeunes serviteurs à l'école.

La base de l'instruction, c'est évidemment le catéchisme. Le progrès des mœurs et des idées, les nécessités de la vie forcèrent à étendre les programmes. Mais il est vrai de dire que l'enseignement fut toujours très modeste, qu'il se borna aux connaissances les plus élémentaires, ne dépassa pas l'écriture, la lecture, le calcul et les travaux à l'aiguille. Il est aussi question dans quelques documents de l'apprentissage d'un métier. Dans ces conditions l'enfant ne pouvait guère échapper à l'influence qui tendait à le dominer complètement.

Pour seconder l'œuvre du clergé, il se forma dans le xviie siècle des congrégations enseignantes dont l'action se fit sentir dans les provinces du Nord.

Quelques faits ne peuvent que confirmer ces renseignements généraux. Nous les prenons dans l'histoire scolaire de quelques localités qui appartiennent au département du Nord.

Vers 1478, à Lille, il se fonde au moyen de contributions volontaires les établissements dits des Bonnes-Filles oyx Orphelines de la Conception, et des Orphelins de la Grange ou des Bleuets : ce dernier subsiste encore et a été transféré à l'hospice Comtesse. Des legs et donations les en-

tretinrent et leur a«:surèrent une certaine prospérité. En 1450, les Sœurs ^me* s'établirent dans la ville et y élevèrent une maison où l'on enseignait les enfants. En 1554, Huber* Deliot fonde Vc'cole des Grisons, qui comprit bientôt une école dominicale avec 80 garçons et 20 filles et une école journalière donnant l'instruction à cent enfants {)auvros. V école de Bapaume date de 1005 : elle fut dotée par un marchand de drap, Guillaume Boilleux; elle s'alimenta aussi, comme la plupart des autres écoles, des subventions de la Bourse des pauvres i\i\xvQz.\x de bienfaisance) et de cotisations et donations personnelles. Nous trouvons ensuite un établissement d'Ursulines (Hj44), l'orphelinat de la Présentation de Notre-Dame (1646), l'école Stappaert ou hôpital Notre-Dame des Sept-Douleurs (1656), l'école gratuite dps Bons fils (1664), l'école de la paroisse Saint-Maurice (1670). Les écoles dominicales datent de 1584. Le magistrat les créa, sept bourgeois furent chargés de les organiser. Elles étaient destinées aux enfants de 8 à 18 ans « ne sachant leurs paternostres, créanches lire et escripre ». Les personnes ayant « enfants, serviteurs et tabliers, tant fils que filles, soubz leurs charges », devaient les envoyer à l'école le dimanche et fêtes à 8 heures et 1 heure sous peine de punition grave. En 1584 la comtesse d'Isenghien fonda l'école dominicale qui portait son nom. Et il résulte de certains passages des actes de l'époque que la ville possédait beaucoup d'autres écoles, relevant les unes de l'autorité civile, les autres de l'autorité ecclésiastique, recevant de nombreux élèves payants ou gratuits, entretenues par des donations, la charité privée, la Bourse des pauvres, et les revenus de la cité.

A Douai on remarque des écoles nombreuses et anciennes. Grâce à la sollicitude d'une municipalité jalouse de ses droits et soucieuse de ses devoirs, et à la charité privée, de nouveaux établi:sements se créent et se développent rapidement. Les fondations particulières principales sont : les filles de Sainte-Agnès (1586); l'hôpital de Notre-Dame (1632) ; les dames de Notre-Dame de Valenciennes; l'école de l'hôpital Saint-Julien (1591). Les écoles de paroisses comprennent l'école gratuite de fillettes (1579); l'école dominicale fondée par le doyen de Saint-Amé, Dufour (1633) ; les écoles de la paroisse Saint-Albin (1601) et de la paroisse Saint-Jacques (1582).

A Cambrai, où les écoles datent de loin, nous voyons au xv^ siècle l'école des Pauvres (1499), l'école de Quérénaing (1604), la grande école des Pauvres ou école dominicale fondée en 1626 par Van der Bnrch, archevêque de Cambrai, la maison de Sainte-Agnès (16:^3).

A Valenciennes, les Jésuites fondent vers 1564 une école gratuite, appelée Maison des Bons-Enfants. En 1584, la ville établit à ses frais une école dominicale et la place sous la surveillance d'une confrérie composée de femmes et d'hommes. En 1611, création d'une école de filles, rue Capron ; en 1654, les Ursulines fondent une maison d'éducation.

Des documents authentiques témoignent de l'existence d'écoles dans toute la région du Nord pendant cette période, qui finit lors de la réunion de la Flandre à la couronne.

Période française. — Le pays scolaire passa sous le régime des déclarations royales de 1695, 1698, 1700 et 1724. Ce fut sans secousse, le régime nouveau ne différant pas sensiblement do l'ancien et restant animé du même esj'rit. D'ailleurs les évêques, qui sous la dominali.TQ espagnole avaient fini par être libres dans l'emploi des voies et moyens, ne le furent pas moins sous le gouvernement français. Le rôle de l'Etat se renfermait dans une haute protection et une appro-

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bation des établissements utiles. Les écoles continuaient à être à la charge des municipalités, quand elles ne jouissaient pas de revenus propres résultant de legs ou de donations. La direction morale et intellectuelle appartenait à l'Eglise, qui donnait à renseignement un caractère confessionnel.

En 1685, l'Etat ordonna une enquête sur la situation des écoles : mais il reste peu de souvenirs de cette mesure.

Les recherches faites dans les archives des diiïérentes localités du Nord permettent d'affirmer qu'à la fin du xviii* siècle la plupart des communes avaient au moins une école. Dans Tarrondissement d'Avesnes 109 communes en étaient pourvues ; dans celui de Cambrai 96 ; dans celui de Douai 17 ; dans celui de Dunkerque 48; dans celui d'Hazebrouck 14; dans celui de Lille 84; et enfin dans celui de Valenciennes 4ï.

Il sera utile de compléter cet aperçu par quelques détails sur les écoles, les maîtres et l'enseignement.

Organisation et surveillance des écoles, — Nous avons vu que les écoles se divisaient en écoles journalières et dominicales. Il y eut aussi des cours d'adultes dans quelques localités. On s'efforça de bonne heure de séparer les sexes, sans y réussir complètement. Il y avait deux classes par jour, le matin et le soir, ordinairement à 8 heures et à 2 heures. On parle aussi de la classe de midi à l'usage des enfants à qui leurs occupations ne permettaient pas de suivre les classes régulières. La classe commençait et finissait par une prière : il s^en disait ainsi quatre par jour. La discipline était un peu rude : la férule, le piquet avec pancarte, le bonnet d'âne, le pain sec en étaient les instruments principaux. On ne négligeait pas non plus les récompenses. Les élèves étaient rangés dans la classe par ordre de mérite : ils recevaient des bons points, des images, des livres, des prix annuels, des vêtements, de l'argent, des friandises à certaines époques de l'année. A Dunkerque, le premier élève était proclamé évêque des entants et on donnait une fête en son honneur. Ailleurs, ses maîtres et ses camarades le conduisaient processionnellement à l'église, et il ofl'rait chez lui une collation dont les frais regardaient le plus souvent les parents de ses condisciples.

Les vacances duraient un mois en août et septembre.

La surveillance des écoles regardait d'abord exclusivement les évêques et leurs délégués les écolâtres. Cette dignité était ordinairement conférée à un chanoine avec droit d'institution, juridiction et inspection sur les écoles d'un diocèse, d'une église ou d'une ville. Mais de bonne heure ce droit fut réclamé par l'administration civile : des conflits et des luttes éclatèrent, surtout dans les grandes villes. Le concile de Trente releva l'autorité des écolâtres. Les conciles provinciaux, les synodes, les évêques confièrent et recommandèrent l'inspection des écoles aux curés, aux doyens, qui devaient visiter les classes, s'informer fréquemment des progrès des élèves, interroger les enfants, sous peine de se voir frappes d'une amende. Ils veillaient aussi, sans doute, aux règlements relatifs à l'hygiène. En effet, un document de l'archiprêtre d'Ypres nous apprend que les classes devaient être blanchies deux fois par an, être régulièrement balayi^es, charffées dans l'hiver avec prudence, ventilées, aérées, ouvertes dans l'intervalle des classes. Philippe II parla à son tour : en 1587, il enjoignit k tous officiers, magistrats et gens de loi des villes et du pays plat d'assister dans leur œuvre les évêques et leurs délégués. L'inspection laïque s'exerça surtout par les cciievins et les ministres de la charité ou

Bourse des pauvres. Il semble que la disciplineait été sécularisée, tandis que l'instruction restait sous l'autorité du clergé.

Situation des maîtres. — Les instituteurs furent d'abord à la nomination du pouvoir ecclésiastique. Plus tard, Charles-Quint, en 1550, et Philippe II, en 1.^70, ordonnèrent le concours du magistrat et du curé ou de l'écolâtre pour l'institution du magister ou coustre. Dans la suite ce fut la règle partout, u Vue l'approbation de M. l'écolâtre de la collégiale de Saint-Pierre, nous permettons au suppliant de tenir école et enseigner la jeunesse » : telle est la formule adoptée à Lille à la suite du traité de 1734 qui mettait fin à un conflit de deux, cents ans entre la ville et la puissance ecclésiastique pour la nomination des maîtres.

A Douai les échevins proposaient les instituteurs avec l'approbation de l'écolâtre; mais ils avaient le droit de révocation. Dans quelques endroits la nomination était faite par le seigneur. Il existe d'ailleurs dans les archives un grand nombre de contrats entre les autorités civiles et religieuses, les fondateurs, les seigneurs, et des maîtres d'école prêtres ou laïques.

Il résulte des instructions dos évêques et des actes des conciles et des synodes que les conditions requises des instituteurs étaient d'avoir de bonnes mœurs et une foi exempte de toute hé» résie : cette dernière condition se retrouve partout et prime certainement la capacité professionnelle. On les préférait d'un âge mûr. Les archives nous montrent d'ailleurs de véritables dynasties d'instituteurs qui se succèdent de père en fils dans la même localité. A Bourbourg, en 1764, on les choisit au concours. Ce concours comprend une composition en orthographe sur. le flamand et le français, deux règles d'arithmétique : addition et multiplication, des problèmes sur les règles de trois et de société, et une page: d'écriture.

Le magister pouvait être clerc-laïque, fonction» complexes qui embrassaient tout le service del'église, depuis les cérémonies du culte où il fallait aider le curé, jusqu'à la sonnerie des cloches, l'entretien de l'horloge, le balayage <t et une foi* par semaine ôter les araignées somme de coutume ».

Quiconque voulait avoir école devait prêter le serment d'orthodoxie prescrit par la bulle de Pie IV en exécution des décrets du concile de Trente. En 1589, 32 maîtres et maîtresses prêtèrent ce serment devant les échevins dans la halle d& Lille. D'ailleurs ils étaient tenus par des prescriptions minutieuses. Dans certaines écoles ilsétaient assujettis à un costume déterminé comm» celui des élèves. On leur défendait de boire et manger dans les cabarets, de vendre des liqueurs,, de fréquenter les veillées et les danses et autres divertissements publics, de s'occuper de commerce, ou même par certains contrats de s'occuper des affaires de la commune.

Il n'est pas difficile de se faire une idée de leur situation morale : la plupart des instituteurs, courbés sous le joug de croyances immobiles, ne possédant qu'une instruction très élémentaire, sans initiative par position et par habitude, suivaient une modeste routine où la lettre avait plus do part que l'esprit. Leur situation matérielle valait ojieux. Les conciles et synodes, le souverain recommandent de rémunérer les maîtres d'écoles oa r«- CQideurs. La Bourse ou table des pauvre^ leur payait une allocation fixe pour Tinstructian des indigents, et ils percevaient une rétribution scolaire qui variait suivant l'âge et la culture intellectuelle des enfants. Quelquefois on y ajoutait une indemnité pour le chauffage, quand des enfants n'apportaient pas le bois en classe. On fournissait aussi, mais rarement, le mobilier aux maîtres, ou

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bien encore ils recevaient un habit, une paire de souliers. On payait aussi les services qu'ils rendaient à l'église en qualité de clercs. En général, le taux des salaires était débattu et un contrat passé entre le maître et le fondateur ou la paroisse ou l'administration communale. La plupart du temps les maîtres avaient droit à un logement. Dans la Flandre, ils jouissaient de terres qui étaient en beaucoup d'endroits la propriété de l'école.

Les élèves payaient de trois à quatre patars par mois (le patar valait 6 cent. 1/2), quand ils n'apprenaient qu'à lire, de cinq à neuf s'ils allaient jusqu'à l'écriture. On a calculé que le traitement d'un instituteur pouvait s'élever jusqu'à 300 livres, monnaie de l'époque. On distinguait souvent l'instituteur par son costume. Chez les Flamands flamingants, il portait culotte courte noire, bas noirs, souliers à boucles, frac noir ou casaque noire à longue queue ; un bicorne (Hick-hoed) orné d'un galon d'argent couvrait les cheveux qu'il devait porter longs. Il restait couvert pendant la classe. Au xv* siècle, les Instituteurs en Flandre, suivant l'usage de tous les Pays-Bas, formaient des associations ou Ghildes et étaient classés parmi les artisans. Ils assistaient à la messe de saint Grégoire, leur patron, et à l'office des membres décédés. Ces associations de protection mutuelle ont persisté dans les siècles suivants. Chaque membre payait une cotisation d'une livre petit parisis (62 cent. 1/2). Ces sociétés o'appelaient Kosterlyken-Eçndragh^ « ua .. n des Coustres ».

En outre, ils formaient entre eux de petits groupes qui se réunissaient pour des conférences. Mais en quoi consistaient ces conférences ? c'est ce quil reste à découvrir.

Le recrutement des bons maîtres a sans doute préoccupé certains esprits; mais il ne paraît pas que les projets ou tentatives pour fonder des séminaires à l'usage des maîtres et maîtresses aient été suivis d'effet, si ce n'est à Waast (Pas-de-Calais) où une dame de Dunkerque fonda par un legs de 8000 livres tournois en 1753 une sorte de petite école normale.

L'obligation scolaire. — On a vu que la gratuité était établie en faveur des enfants pauvres, que l'obligation était prescrite par les pouvoirs royal, ecclésiastique et communal. Les parents qui négligeaient d'envoyer leurs enfants aux écoles étaient passibles d'amende et de prison au pain et à l'eau. En cas de récidive, la peine pouvait aller jusqu'au bannissement, en tous cas on privait les indigents des secours de la Bourse des pauvres. A Lille, à Valenciennes, des sergents d'armes étaient chargés de rechercher les enfants rôdant dans les rues. Les maîtres étaient tenus de faire l'appel des élèves tous les jours : les intendants de l'école dominicale signalaient chaque mois les absents aux ministres de la charité. Mais il est bien certain que cette loi soulevait sans cesse des oppositions que la rigueur des châtiments ne réussissait pas toujours à vaincre. D^ailleurs, on obtenait facilement d'un maître d'école libre, indépendant du magistrat, un certificat de présence : cette fraude permettait d'éluder la

Louis XIV appliqua la loi de l'obligation aux enfants des réformés. Ils devaient être envoyés à l'école et aux catéchismes sous la menace des peinas les plus sévères.

L enseignement. — Ce qui domine dans l'école, c'est l'enseignement religieux; tout y est subordonné. Le but, c'est le catéchisme. Les matières de l'instruction religieuse sont déterminées par le concile de Cambrai (1565). C'est le symbole des Apôtres, l'oraison dominicale, la salutation angéliquy, le décalogue, les préceptes de l'Eglise, la

manière de se confesser en latin et dans la langue du pays.

On apprenait à lire, à écrire, à chiffrer, et dans certaines écoles à travailler dans quelque art ou métier. Les filles recevaient d»i8 'eçons de couture, de tricot, etc. La grammaire et lorthographe étaient comprises dans la lecture et l'écriture. Les petites écoles ont été longtemps désignées sous le nom û'écoles de grammaire. Dans la Flandre flamingante l'instituteur exerçait les élèves à U culture dans les terres de l'école.

Les livres de classe étaient simples et pea nombreux. Ils étaient l'objet de la plus sévère surveillance. L'ordonnance du 28 août 1660 édicté le» peine les plus atroces contre ceux qui publient, copient, achètent ou vendent des livres entaché» d'hérésie. On ne peut se servir que de livre* approuvés par l'Université de Louvain. En 1510, Philippe II impose aux instituteurs le serment de n'enseigner aucun livre réprouvé, suspect ou autrement scandaleux. Les évoques reproduisirent ces règles et veillèrent avec soin à leur exécution. Les contrats même en portent l'empreinte : <« Le» élèves ne peuvent se servir d'aucun livre qu'aa préalable ils les aient fait voir audit sieur curé ou représentant. » Et ce qui nous reste des manuels à l'usage des classes trahit l'étroitesse du cadre où se mouvait l'enseignement.

Conclusion. — En résumé, avant 1789, les écoles étaient nombreuses dans les contrées qui ont formé le département du Nord ; l'instruction y était certainement plus répandue, plus générale que dans d'autres provinces françaises. Mais it ne faut pas s'exagérer le mérite de cette instruction qui, subordonnée à un principe confession nel^ ne cessa d'être très élémentaire et superficielle. La preuve que l'on cherche à tirer du nombre de» conjoints ayant signé leur acte de mariage n'est pas concluante. Il est bien démontré, sans doute, que de 1758 à 1790, 53 ou 54 0/0 des conjoints et 3G ou 37 0/0 des conjointes ont su écrire leurs noms au bas de leur acte de mariage ; et que pour Tannée 1789, ces chiffres se sont élevés à 58 et à 38. Mais encore aujourd'hui beaucoup savent signer qui sont incapables de tracer une lettre en dehors de leur nom! Dira-t-on qu'ils ne sont pas illettrés?" Les cahiers des Etats-Généraux, qui révèlent une certaine détresse, semblent confirmer notre opinion. Clergé, noblesse et tiers état demandaient de créer ou de multiplier les écoles, de perfectionner l'éducation et l'enseignement de la jeunesse, d'en charger les ordres réguliers, d'établir la gratuité.

2. Développement de l'instruction primaire depms 1789 et état actuel. -— La révolution, le

CONSULAT, l'empire, LA RESTAURATION. — La RévO-

lution ruina le vieil enseignement primaire comme les autres institutions du passé.

Tandis que les pouvoirs publics proclamaient la nécessité et le devoir d'une instruction nationale, posaient le principe de la gratuité et rendaient des décrets destinés à transformer le système scolaire selon l'esprit moderne, les maîtres, sous l influence du clergé, refusaient le serment civique et se retiraient de fait. Les écoles se fermèrent. Les archives du département du Nord témoignent des efforts des communes pour appliquer les décrets de la Convention réorganisant l'enseignement primaire. Le décret du 29 frimaire an II penuetcait au premier venu d'ouvrir une école sans autre condition qu'une déclaration faite à la mairie. Un certificat de civisme tenait lieu le plus souvent de capacité intellectuelle et morale. En plus d'un endroit, des instituteurs indignes s'introduisirent ainsi dans l'enseignement. On a conservé les plaintes formulées à cet égard en l'an IV par la municipalité de Douai,

Le décret de la Convention du 27 brumaire

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an IIT, confirmé sur ce point par la loi du 3 brumaire an IV, établit des jurys d'instruction cliargés d'abord de nommer les instituteurs, et plus tard de les examiner seulement, la nomination étant réservée à l'administration du département. En 1794, le jury de Dunkerque comprenait le professeur de mathématiques et d'hydrographie du port, un maître de pension de l'enseignement secondaire et un négociant connu pour son instruction et son amour des beaux-arts.

Un placard de Valenciennes, convoquant les candidats à l'examen, les invite à « réunir aux talents la douceur de caractère, les mœurs et la bonne conduite, si indispensables à ceux qui veulent instruire la jeunesse. Les candidats doivent être en état d'enseigner à lire, à écrire, l'arithmétique et les éléments de la morale républicaine, qui n'est en eflTet que la morale naturelle adaptée au gouvernement qui nous régit. »

De 1794 à 1796, le jury d'Haï,ebrouck institua 58 instituteurs primaires, celui de Cambrai 111 et celui de Valenciennes 100.

En l'an VI, dans tout le département, 334 écoles sur 377 étaient pourvues de maîtres approuvés par le jury ; certaines écoles comptaient jusqu'à !50 et 200 élèves.

Cette création d'écoles fut intelligemment secondée par les administrateurs des districts et du département. La municipalité de Lille se distingua entre toutes par son dévouement à l'instruction populaire, en améliorant le sort des instituteurs, en se montrant sévère sur la question de conduite et de capacité, en donnant à l'enseignement un essor vraiment libéral. Elle ne ménagea pas les encouragements. Et après la loi du l^"" mai 1802, elle sut défendre contre le sous-préfet les instituteurs restés fidèles aux idées de la Révolution,

Est-ce à dire pour cela que l'instruction primaire ait accompli de grands progrès à cette époque? Non, assurément. Le temps a manqué : les agitations civiles et la guerre ne favorisent pas les écoles.

Nous n'avons rien de particulier à ajouter, en ce qui concerne la période de l'Empire et celle de la Restauration, à ce qui a été dit à l'article général France. [Brunel.]

Statistique comparée de 1829 a 1882-1883. — Voici les données que nous possédons sur le "développement de l'instruction primaire dans le département du Nord depuis la fin de la Restauration, époque où fut faite la première statistique des écoles primaires.

Nombre des communes dépourvues d'écoles, — En 1837, le département comptait 8 communes n'ayant aucune école, et 293 communes n'ayant pas d'écoles de filles. En 1850, il y avait 9 communes entièrement dépourvues d'écoles. En 1883, on ne trouve plus de communes sans écoles; mais 26 communes de 500 habitants n'ont pas d'écoles publiques de filles.

Nombre des écoles primaires publiques et libres. — Le nombre total des écoles primaires, publiques €t libres, était, d'après l'^/manac/i de L'Université^ de 858 en 1821. Le progrès du nombre des écoles à partir de 1829 est résumé dans le tableau ci-après :

4829 d'après la statistique ofhc"» .

Écoles

Écoles

Total

publique*

libres

im

Division des écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles mixtes et écoles de filles.

Ecoles de garçons Ecoles mixtes Écoles d« filles Tota

853 (v compris les éc. mixtes) 480 1 333

68ft 161 802 1640

Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.

Écoles laïques

de garçons ^ fu ou mixtes ^ "

Écoles congréganistes

de garçons ou mixtes

de filles

Nombre d'instituteurs et d' institutrices ^ y compris les adjoints et les adjointes.

Instituteurs Institutrices

Total

laïques

congrégan.

laïques

congrégan.

Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.

Total des élève» Élèves gratuit»

1832 (année civile)

1876-77 (année scolaire).,

Manque

Manque

Gratuité

En 1832, il y avait 72 élèves inscrits sur 10 000 habitants; en 1840, 980; en 1863, 1422; en 1876- 1877, 1398, et 1591 en 1882-1883.

Ecoles maternelles [Salles d'asile).

Nombre

Nombre

des établissements

des élèvea

NORD

NORD

Nombre des cours d'adultes et de leurs auditeurs.

Nombre dei cour» Nombre des auditeur»

Homme» Femme»

Ilummo» Femme»

1850 i:iO 6

1879-80 4^2 loi

Brevets. — Le nombre des brevets délivrés de 1833 à 1882 inclusivement a été le suivant :

Instituteurs.

1833-1 850. 1 242 brcTCts élémentaires, 1 44 brevets supérieurs.

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