PAROISSE
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1762, ont multiplié les efforts pour remplacer dans les collèges les professeurs qu'ils avaient exilés et organiser un nouveau système d'éducation. En combattant la compagnie de Jésus, en rédi- ' géant les comptes-rendus et les arrêts célèbres qui motivèrent l'édit royal d'expulsion, les Parlementaires poursuivirent d'abord un but politique. Ils voulaient en finir avec un ordre envahisseur, qui, sous prétexte de servir le pape, prétendait dominer le monde. Ils voulaient protéger les intérêts de l'Etat contre une congrégation religieuse qui à l'idée de la patrie substituait une idée de cosmopolitisme catholique. « Les jésuites, disait Monclar, procureur général au parlement de Provence, gouvernent avec le même empire une foule innombrable de personnes de tout âge, de tout sexe et de tout état, dont ils ferment les yeux à la lumière. Ceux qu'un tableau si fidèle n'effraierait pas seraient de ce nombre ! »
Mais les Parlements de 1762 n'attaquaient pas seulement les menées politiques de la compagnie de Jésus ; ils avaient en vue aussi et ils condamnaient avec la même sévérité ses méthodes et ses pratiques scolaires.
Dès le lendemain de l'expulsion, ils mirent vigoureusement la main à l'œuvre pour substituer un régime nouveau à celui que l'on croyait banni à jamais, a Le besoin est urgent, disait le rapporteur du Parlement de Grenoble, l'occasion unique, nous sommes dans un moment de crise: il faut le saisir ou tout est perdu. » En effet, dans le seul ressort du Parlement de Paris, il y avait trente-huit collèges à pourvoir de maîtres et d'administrateurs.
En môme temps qu'on improvisait des professeurs pour parer aux nécessités du moment, il fallait établir de nouveaux règlements; il fallait donner un corps à ce rêve que tant de nobles esprits caressaient, d'une éducation nationale conforme aux intérêts et aux besoins de la société civile, et exempte, s'il était possible, des vices de l'ancienne éducation.
On voit quelles idées, quelles méthodes les Parlementaires éminents de 1762 apportèrent dans leurs plans de réorganisation pédagogique. D'une façon générale on peut dire qu'ils se rattachaient dans le passé aux Jansénistes et à Rollin, qu'ils imitèrent en essayant de les dépasser, et que dans l'avenir ils préparaient l'Université française du xix^ siècle.
D'une part, en effet, il y eut de sérieuses tentatives pour réformer les programmes, pour améliorer les méthodes, pour introduire un esprit nouveau dans l'éducation.
D'autre part, les Parlementaires, depuis 1 762 jusqu'aux confins de la Révolution, ont travaillé à centraliser l'administration de l'instruction publique, à relier les diverses universités provinciales les unes aux autres, à établir l'unité pédagogique. Par là ils ont été les véritables précurseurs de la fondation de l'Université impériale.
[Gabriel Compayré.] PAROISSE. — Circonscription de territoire pour l'exercice du culte. Avant 1789, les mots paroisse et communauté d'habitants étaient synonymes. Aussi arrivait-il souventque des personnes âgées ou des ecclésiastiques employaient le mot paroisse dans leurs testaments pour désigner les communes. Afin de prévenir toutes contestations sur l'interprétation de leurs intentions, il a été convenu, entre le ministre de l'intérieur et le ministre des cultes, que le legs fait à une paroisse serait accepté par la fabrique s'il était grevé de services religieux ou affecté aux besoins du culte, et par la commune lorsqu'il serait destiné aux pauvres, à l'instruction primaire ou à d'autres œuvres communales.
On a exposé à l'article Etablissements ecclésias-
tiques les variations de la jurisprudence du Conseil d'Etat en ce qui concerne leur capacité de fonder et d'entretenir des écoles, et par suite d'acquérir pour cette destination. Nous y renvoyons le lecteur, en nous bornant à rappeler ici qu'il est aujourd'hui de principe que les paroisses, comme les diocèses, ne sont que de simples circonscriptions administratives sans personnalité civile, et que, seuls, l'Etat ou les communes peuvent recevoir des dons et legs dans un but scolaire. [Ernest Cadet.]
PAROISSIALE (ÉCOLE). — On appelait écnle paroissiale, sous l'ancien régime, tantôt l'école tenue par le curé de la paroisse ou par son vicaire (V. Écoles ecclésiastiques, paroissiales ou presbytérales, p. 777), tantôt les petites écoles dirigées par un maître laïque et placées sous la juridiction du chantre ou de l'écolâtre (V. Ecoles [petitesl municipales ou mercenaires, p. 781). Un livre très curieux du xvii* siècle, V Instruction méthodique pour l'école paroissiale, dressée en faveur des petites écoles, par M. I. D. B., prêtre (1654), fait connaître l'organisation de l'école paroissiale et le programme de son enseignemeiit : nous avons en plusieurs endroits donné des extraits de cet ouvrage, entre autres aux articles Lecture (p. 1536), Officiers (p. 2156), Paris (p. 2204).
PARRAVICIINI. — Louis-Alexandre Parravicini, éducateur italien, est né à Milan en 1799, et mort à Vittorio près Venise le 6 août 1880. Il est l'auteur de deux ouvrages qui ont une grande réputation en Italie : un livre de lecture intitulé Giamietto, et un Manuel de pédagogie.
La Société florentine pour l'instruction élémentaire avait mis au concours en 1833 la composition d'un « livre de lecture pour les écoles du peuple ». Parravicini écrivit son Giannetto à cette occasion, et en adressa le manuscrit à la Société florentine ; mais le jury décida qu'il n'y avait pas lieu à décerner le prix, et le concours fut renouvelé pour 1835. Parravicini corrigea son travail, qui cette fois fut couronné. L'ouvrage fut promptement réimprimé à Florence, à Turin, à Livourne, à Naples, etc., et devint populaire dans toute l'Italie; en 1875, Parravicini en publiait la cinquante-quatrième édition. A plusieurs reprises, le Giannetto a été remanié par son auteur. Dans les éditions les plus récentes, il comprend six parties en quatre volumes : 1° l'homme, ses besoins, ses devoirs ; 2° métiers, arts et sciences ; 3° notions de géographie ; 4° sciences naturelles; 5° récits sur les devoirs des enfants et des jeunes gens; 6° récits moraux tirés de l'histoire d'Italie.
Le Manuel de pédagogie [Manuele di pedagogia e metodica générale) fut publié en 1842 aux frais du gouvernement du canton de Tessin, où Parravicini passa quelques années comme professeur de pédagogie. C'est une compilation bien faite, mais sans originalité; l'auteur paraît s'être inspiré essentiellement de Milde et de Niemeyer.
PARVIS. — Nom donné au vestibule des cglisfjs, en souvenir de l'usage ancien qui faisait de ce vestibule la première école (parvisium, a paj'vis edocendis). Tel est du moins l'étymologie donnée dans le Hierolexicon de Macer. Selon d'autre, partis serait une corruption de paradis, et ce nom tirerait son origine des représentations dramatiques qui se faisaient jadis à la porte des églises.
PASCAL (Biaise). — Dans la 1I« Partie de ce Dictionnaire, Pascal est apprécié comme écrivain et philosophe. Ici, nous avons à parler de ce qu'il a pu faire pour l'éducation.
On sait qu'au commencement de 1C55, Pascal,
qui avait alors trente-deux ans, s'était retiré à
Port-Royal des Champs, et qu'il y vécut plusieurs
I années de la vie des solitaires, avec Arnauld, Ni-
Cole, Lancelot, de Saci, etc. Y pratiqua-t-il l'enseignement, comme plusieurs d'entre eux? Rien ne l'indique, et la chose est peu probable. Il ne semble môme pas qu'il ait jamais donné des soins particuliers h, aucun élève, comme Le Maître, par exemple, en donna au jeune Racine. Contribua-t-il pour quelque chose à la rédaction des ouvrages d'éducation de la communauté? Il est au moins l'auteur de la nouvelle méthode de lecture qui porte le nom de Port- Royal. On le sait de source certaine par la lettre que lui écrivait sa sœur, à propos de cette méthode, à la date du 26 octobre 1655 (V. l'article ci-après), et aussi par la lettre suivante qu'Arnauld, caché à l'hôtel des Ursins à Paris, écrivait, le 31 janvier 1656, à sa nicco, Angélique de Saint-Jean, abbesse de Port- Royal ; « Vous rii'ez de ce qui me donne occasion de vous écrire, dit Arnauld. Il y a ici un petit garçon d'environ douze ans qui ne sait pas lire ; j'ai envie d'essayer s'il le pourra apprendre par la méthode de M. Pascal. C'est pourquoi je vous prie d'achever ce que vous aviez commencé d'en mettre par écrit et de nous l'envoyer. » Assurément, cette invention n'ajoute pas grand chose à la gloire de Pascal; elle atteste au moins ce besoin de clarté et de rigueur qui est comme le propre de son génie, et qu'il portait dans les petites choses comme dans les grandes.
On sait également que les auteurs de la Logique de Port-Royal se sont inspirés de quelq.ues fragments composés par lui sur VArt de persuader et VEsprit géométrique, et qu'ils en ont inséré dans leur ouvrage les passages les plus saillants.
On sait enfin qu'il avait composé un essai d Eléments de géométrie d'après Euclide, qu'Arnauld trouva confus, et qu'ayant défié le célèbre docteur de faire mieux, celui-ci à son premier loisir tint et gagna la gageure, comme il avait fait pour la Logique. Pascal, quand il eut lu en manuscrit l'œuvre de son concurrent, la jugea si claire et si bien ordonnée, qu'il jeta la sienne au feu.
Qu'il ait pris part à la discussion de toutes les questions qui se débattaient alors à Port-Royal, et dont l'éducation des enfants faisait souvent le thème, on ne peut guère en douter. La réflexion suivante qu'on trouve dans ses Pensées en est comme un écho : « L'admiration gâte tout dès l'enfance, w Oh ! que cela est bien dit! qu'il a bien i) fait! qu'il est sage I etc. » Les enfants de Port- Royal, auxquels on ne donne point cet aiguillon de gloire et d'envie, tombent dans la nonchalance. » [I. Carré.]
PASCAL (Jacqueline). — Jacqueline Pascal, sœur cadette de Biaise Pascal, naquit le 5 octobre 1625, à Clermont-Ferrand, où son père exerçait les fonctions de président de la Cour des aides. Sa mère étant morte l'année suivante, son père vendit sa charge pour pouvoir se consacrer tout entier à l'éducation de ses enfants, et vint s'établir i\ Paris, en 1631. Comme son frère, la jeune Jacqueline donna, dès son enfance, des marques d'un esprit extraordinaire : à huit ans, elle faisait des vers qui étaient fort admirés; à treize, elle adressait un recueil de ses poésies à la reine, et celle-ci prenait plaisir à la voir et à lui parler; à quatorze, elle jouait dans une pièce devant Richelieu et elle en obtenait pour son père, qui avait été forcé de s'exiler pour avoir critiqué des mesures financières prises par le cardinal, la faveur de revenir d'abord, puis de rentrer au service du roi comme intendant des tailles à Rouen. C'est dans celte ville qu'en 1640 — elle était alors dans sa quinzième année — elle obtint un prix de poésie qui lui valut les éloges publics de Corneille, devenu par elle l'ami de sa famille. En 1647, elle suivit à Paris son frère Biaise à qui ce séjour était nécessaire pour les
soins que réclamait sa santé et « qui passait à la dévotion ». Déjà elle avait, elle autsi, lu les écrits des plus célèbres jansénistes; elle se mit en rapport avec Port-Royal et prit M. Singlin cornue directeur. Et» mai 1648, son père étant venu rejoindre ses enfants à Paris, elle lui demanda la permission de se faire religieuse; mais il la lui refusa, ne voulant pas qu'elle le quittât avant sa mort, « qui peut-être ne tarderait guère ». Ea 1649, elle l'accompagna h Clermont, où elle demeura dix-sept mois chez sa sœur, Mn»* Périer, menant une vie très retirée et uniquement occupée de prières et d'œuvres de chanté. Dans les derniers mois de 1650, elle revint à Paris, entretenant toujours un commerce secret avec Port- Royal et toujours décidée à se faire religieuse. Son père mourut le 24 septembre 1651 : libre alors de suivre la vocation qui depuis longtemps s'était déclarée en elle, le lendemain du jour où elle eut réglé avec son frère et sa sœur le partage de leur succession commune, elle se retira à Port-Royal des Champs. C'était le 4 janvier 1652; elle y fit profession, au commencement de 165-i, sous le nom de sœur Sainte-Lluphémie. En juin 1655, on la trouve sous-maîtresse des novices à Port-Royal et chargée, en cette qualité, de l'éducation des enfants. C'est alors qu'elle consulte son frère sur une nouvelle méthode de lecture qu'il avait inventée et dont elle se servait avec ses petites filles. Elle lui fait quelques objections et lui demande des explications. C'est encore en qua:ité de maîtresse des novices et aussi de sous-prieure de la communauté qu'elle composa, à la demande de M. Singlin à qui il fut adressé, le Règlement pour les enfants, qui a été imprimé à la suite des constitutions du monastère, en 1665. En avril 1661, un ordre de la cour enjoignit aux deux maisons (de Paris et des Champs) de renvoyer à leurs familles les pensionnaires qui s'y trouvaient. La persécution ne tarda pas à s'étendre aux religieuses elles-mêmes pour la signature du formulaire. Au mois de juillet de la même année, Port- Royal des Champs signa, comme avait fait la maison de Paris. La sœur Sainte-Eupliémie, qui avait longtemps protesté, finit par signer aussi; mais elle en mourut de chagrin, peut-être de remords, le 4 octobre 1661. Elle n'avait que trentesix ans.
C'est à deux titres que la sœur Sainte-Euphémie appartient à l'histoire de la pédagogie : elle discuta avec son frère les détails de la Nouvelle méthode de lecture, et elle rédigea le Règlement des écoles de filles de Port-Royal.
On avait toujours supposé que la méthode de lecture qui porte le nom de Port-Royal devait êire attribuée à Pascal. Mais on n'en a la preuve formelle que depuis qu'on a retrouvé, en 1845, une lettre que lui écrivait, à la date du 26 octobre 1655, du monastère de Port-Royal des Champs,, sa sœur Jacqueline, qui se servait alors de cette méthode pour apprendre à lire aux petites filles et peut-être aussi à ses novices. Voici cette lettre :
a Mon très cher frère, nos mères m'ont commandé de vous écrire, afin que vous me maiuliez toutes les circonstances de votre méthode pour apprendre à lire par be, ce, de, etc., où il ne (aut pas que les enfants sachent le nom des lettres. Car je vois bien comme on peut leur apprendre, par exemple, Jesu, en leur faisant prononcer Je-e je; ze-u zu; mais je ne vois pas comme on leur peut faire comprendre facilement que les lettres finissantes ne doivent pas ajouter d'e; car naturellement, suivant cette méthode, ils diront /« su se; sinon qu'on leur apprenne qu'il ne faut prononcer l'e à la fin que lorsqu'il y est ofTecùvement. Mais je ne vois pus comment leur apprendre à prononcer les consonnes qui suivent les voyelles, par exemple e;j; car ils diront e/ie, au liea
de prononcer en, comme veut souvent le français. De môme pour on, ils diront one ; et, même en leur faisant manger IV, ils ne le diront pas de bon accent, si on ne leur apprend à part la prononciation de Vo avec l'n. — Je n'en ai pas d^auties (d'objections) dans l'esprit; mais je crois que
vous les aurez prévues Sœur Eiiphémie, reli-
ligieuse indigne. »
Quelle fut la réponse de Pascal? On l'ignore : elle ne nous est point parvenue. Mais nous pourrions répondre pour lui à Jacqueline Pascal : qu'il ne faut pas décomposer les voyelles nasales en, on, i7i, un, puisqu'elles ne forment qu'un son et s'expriment par une s eule émission de voix (de même que ph, ch, gn, etc., qui sont des articulations simples, quoiqu'elles s'écrivent par deux lettres); — que souvent les consonnes finales ne se prononcent pas ; •— qu'il est, dans la langue, bien des choses dont il est impossible de rendre raison, bien des particularités qu'on ne peut ramener à des règles et que l'usage seul doit apprendre. Quoiqu'il en soit, cette lettre suffit à prouver que c'est bien de Pascal, et par le moyen de sa sœur Jacqueline, que la nouvelle métliode s'introduisit dans les écoles du monastère. Plus tard elle fut érigée en théorie par Arnauld au chapitre VI de la Grammaire générale dite de Port-Royal .
Quant au Règlement des enfants, son auteur nous prévient qu'elle ne l'a rédigé que par obéissance et parce qu'on ne lui a pas demandé d'écrire comme il les faut conduire, mais comme elle les conduit; qu'il est dressé, par conséquent, sur ce qui s'est passé à Port-Royal des Champs pendant plusieurs années. Elle avoue néanmoins que, pour l'extérieur, il ne serait pas toujours facile ni même utile de le mettre en usage dans toute cette exactitude. « Car il se peut faire, dit-elle, et que tous les enfants ne soient pas capables d'un si grand silence et d'une vie si tendue, sans tomber dans l'abattement et dans l'ennui, ce qu'il faut éviter sur toutes choses, et que toutes les maîtresses ne puissent pas les entretenir dans une si exacte discipline, en gagnant en même temps leur affection et leur cœur, ce qui est tout à fait nécessaire pour réussir dans leur éducation. C'est donc à la prudence à tempérer toutes ces choses et à allier, selon la parole d'un pape, une force qui retienne les enfants sans les rebuter, et une douceur qui les gagne sans les amollir. »
Le règlement se divise en deux parties : règlement de la journée, règlement des enfants.
La distribution du temps n'y présente rien de bien particulier : à cet égard, lous les règlements se ressemblent, surtout ceux des maisons religieuses; ils ne diffèrent que par l'esprit qui les anime. Voici les principaux traits qui distinguaient celui de Port-Royal.
Les élèves se levaient à quatre heures, quatre heures et demie, cinq heures et même plus tard, selon leur âge, leur force, et le besoin de sommeil qu'elles pouvaient avoir. Elles s'habillaient prompiement et en silence, « donnant le moins de temps possible pour orner un corps qui doit servir de pâture aux vers et pour réparer les inutilités des femmes du siècle à s'habiller et à se coiffer. » Les plus grandes peignaient et habillaient les plus petites, en leur faisant répéter leurs prières. Puis venait la prière générale, qui était dite ni trop haut ni trop bas, lentement, distinctement, et avec de bonnes pauses. Elles faisaient ensuite leurs lits, « pendant que l'une d'elles apprêtait le déjeuner, ainsi que ce qui était nécessaire pour laver les mains, le vin et l'eau pour laver la bouche. » Pendant le déjeuner, on lisait le martyrologe, « afin qu'elles sussent de quels saints l'Église faisait particulièrement mémoire en ce jour, pour les honorer et se mettre
sous leur protection. » Elles se retiraient ensuite à la chambre destinée pour le travail, où elles devaient employer leur temps avec fidélité, gardant le silence très exactement. On les exhortait « à ne point suivre leurs inclinations en s'attachant à un ouvrage plutôt qu'à un autre », à être toujours prêtes à quitter ce qu'elles étaient en train de faire, quand la cloche les appelait à autre chose. A huit heures elles assistaient à l'office : elles n'y étaient pas toutefois obligatoirement tenues; « il fallait même qu'elles le demandassent, selon leur dévotion, et on ne le leur accordait que comme une grâce. » Après la messe venait un exercice d'écriture, qui durait trois quarts d'heure ; ensuite elles apprenaient à chanter en notes. A onze heures, examen de conscience et prière. Puis venait le le dîner, où l'on prenait grand soin de ne pas les entretenir dans la délicatesse, les exhortant à manger de tout indifi'éremment, et même à commencer par celle de leurs portions qu'elles aimaient le moins, « par esprit de pénitence», et où l'on prenait bien garde pourtant si elles se nourrissaient suffisamment « pour ne pas se laisser affaiblir w. Il y avait ensuite récréation : les petites jouaient aux osselets, aux volants, etc. ; elles étaient toujours séparées d'avec les grandes, qui préféraient d'ordinaire s'entretenir ensemble, groupées autour de leur maîtresse et occupées à quelque ouvrage particulier. Elles ne devaient rien dire de ce qu'elles apprenaient au parloir; mais la maîtresse leur faisait quelquefois part des nouvelles qu'elle savait, afin de leur ôter le désir d'en apprendre par des voies illicites. On leur ordonnait sur toutes choses de ne rien dire contre la charité, et il leur devait suffire, pour se taire, de savoir que quelques-unes d'elles aimeraient mieux qu'on parlât d'autre chose. Après la récréation, elles se retiraient dans leur chambre. C'était le moment de l'instruction, qui avait pour objet l'évangile du jour, l'explication du catéchisme et toutes les pratiques de la religion. Elles pouvaient travailler pendant cette instruction, pourvu qu'elles n'eussent rien à demander à personne. Puis elles se faisaient réciproquement répéter leur catéchisme, chacune restant à sa place, et sans quitter leur ouvrage. Venait ensuite une lecture générale, faite à haute voix par quelqu'une de celles qui savaient déjà lire raisonnablement. A trois heures et demie, collation pour les moyennes et les petites : on en exemptait les grandes qui le demandaient, « quand on croyait que leur santé ne devait pas en souffrir ». A quatre heures, les plus grandes allaient aux vêpres, « si elles avaient mérité qu'on leur fît cette grâce ». — Pendant ce même temps, on instruisait les plus petites ; car encore qu'elles fussent présentes à tout ce qu'on disait dans la chambre pour les instruire, il y avait des choses qu'elles n'entendaient pas et qu'il fallait reprendre avec chacune d'elles en particulier. Après les vêpres une des grandes faisait une lecture; puis venait le souper, suivi de la récréation, qui ne durait jamais au delà de sept heures et demie; enfin, la prière du soir et le coucher. Été commj hiver, il fallait qu'elles fussent toutes couchées à huit heures et un quart. Les maîtresses visitaient alors chaque lit en particulier, pour voir si elles étaient couchées avec la modestie requise, « et si elles étaient bien couvertes, surtout en hiver ». Les dimanches et les fêtes, on gardait à peu près le même ordre dans les exercices de la journée, si ce n'est qu'on n'y faisait aucun travail de mains, qu'il y avait des récapitulations de ce qui était appris par cœur, qu'on y étudiait un peu d'arithmétique, que les offices y duraient plus longtemps et que les exercices de piété y étaient plus nombreux encore que les jours ordinaires.
La seconde partie de ce règlement présente un plus grand intcrêt pédagogique. Il y est traité des
dispositions qui doivent animer les maîtresses et de la manière dont elles doivent se comporter, de l'union qui doit exister entre elles et particulièrement entre la maîtresse de chambre et son aide, des discours qu'on doit tenir devant toutes les élèves et do a qu'il faut dire à chacune, des pénitences qu'on peutleur imposer dans le général et dans le particulier ; de la confession, de la communion, de la confirmation et de la prière ; puis, des lectures; enfin, des malades et de leurs besoins corporels. Ici, les réflexions sensées abondent.
Avant tout les maîtresses auront beaucoup de charité et de tendresse pour leurs élèves ; elles se donneront à elles sans réserve, et à moins qu'une nécessité absolue ne les y force, elles ne les quitteront pas un instant ; elles perdront plutôt l'office que de les laisser seules. Toutefois cette gar.le continuelle n'exclura pas une certaine confiance qui leur fasse plutôt croire qu'on les aime et que ce n'est que pour les accompagner qu'on est avec elles : ainsi elles désireront cette surveillance plus qu'elles ne la craindront. On fera en sorte que les enfants remarquent une parfaite union entre la maltresse de chambre et la sœur qui lui est donnée pour compagne; il faut que cette dernière, elle aussi, ait une grande autorité; aussi ne la dédira-t-on point de ce qu'elle aura fait ou ordonné, quand même ce ne serait pas bien, mais on se réservera de l'avertir dans le particulier. Les exemples ne servent pas moins à l'instruction des enfants que les paroles : aussi faut-il se surveiller pour ne leur en montrer que de bons ; « car le diable leur donne de la mémoire pour les faire ressouvenir de nos moindres défauts, et il la leur ôte pour empêcher qu'elles ne se souviennent du peu de bien que nous faisons. » Il faut se comporter de telle sorte qu'elles ne puissent pas remarquer d inégalité dans notre humeur, en les traitant quelquefois avec trop de mollesse, et d'autres fois sévèrement : ce sont deux défauts qui se suivent d'ordinaire. On n'aura point avec elles une trop grande familiarité ni on ne leur témoignera pas une trop grande confiance ; mais on leur montrera une vraie charité et une très grande douceur dans tout ce dont elles auront besoin et même on les préviendra. On les traitera fort civilement et on ne leur parlera qu'avec respect. Quand il sera nécessaire de les reprendre, on aura soin « de ne jamais les contrefaire ni les pousser en les rudoyant » : au contraire on leur parlera avec une grande douceur, et on leur donnera de bonnes raisons pour les convaincre : ce qui empêchera qu'elles ne s'aigrissent et fera qu'elles recevront bien ce qu'on leur dit. On ne montrera point trop d'exigence: il est des fautes qu'il vaut mieux faire semblant de ne pas voir. Quelquefois il faut les reprendre ouvertement, en public; il est des avertissements qu'il vaut mieux ne leur doimer qu'en particulier. Comme punition on leur faisait porter un manteau gris, on les faisait aller sans voile ou sans scapulaire au réfectoire; on les privait d'aller à l'église pour un ou plusieurs jours, selon la grandeur de la faute; on les y faisait se tenir à la porte ou en quelque endroit séparé des autres, « en prenant bien garde toutefois que la privation d'aller à l'église ne leur fût indifférente ». Enfin on leur faisait demander aux sœurs, au réfectoire, de prier pour elles, expriraani la faute dans laquelle elles étaient tombées ou la vertu qui leur manquait.
Ces extraits indiquent suffisamment quel esprit animait tout ce règlement. Sans doute tout y concourait à la piété ; on élevait les enfants bien plus pour le ciel que pour la terre. El il eût été difficile de demander autre chose à des femmes imbues des idées du Saint-Gyran(V. Port-l{'>i/al),qvLi regardaient les t^etiles âmes qui leur étaient confiées comme des dépôts sacrés dont elles auraient
à rendre compte à Dieu lui-même. Mais à côté dos pratiques austères qui étaient la conséquence de la doctrine janséniste, quelle connaissance approfondie de l'otifance et de la manière dont il faut la traiter! Et comme la nature reprend ses droits dans ces mille petits soins dont la sœur Jacqueline veut qu'on entoure <c ses chères colombes »! Quelle sollicitude inquiète elle éprouve pour tout ce q ui touche à leur santé et même à leur bien-être !
On vient de voir quelle était l'éducation proprement dite au couvent de Port-Royal ; mais quelle y était l'instruction? quelles études y faisait-on ? Autant qu'il est permis d'en juger par le règlement, les programmes d'enseignement y étaient fort restreints, et ces écoles étant bien plus pour la piété que pour l'instruction, comme le dit un des solitaires, on conçoit que l'étude de de la religion en ait fait à peu près tout le fond.
Il semble d'abord qu'on y lisait beaucoup. Tous les jours, à huit heures, une lecture était faite par la maîtresse; le stijet en était pris dans l'office du jour ou, quand arrivait la fête de quelque saint remarquable, dans la vie de ce saint. Elle était expliquée, commentée, de manière qu'elle fût bien comprise, et elle devait servir d'entretien pendant toute la journée. Dans l'après-midi il y avait une autre lecture, faite cette fois par l'une des élèves; mais la maîtresse était toujours présente pour l'expliquer « et parler dessus ». Il était permis et même ordonné aux élèves de faire des questions sur ce qu'elles n'entendaient pas, pourvu que ce fût avec respect et hutnilité, et quand on découvrait qu'elles n'avaient pas demandé qu'on leur expliquât certaines choses qu'elles n'avaient pas comprises, on les en blâmait. Ces lectures n'avaient jamais pour but le divertissement ni une vaine curiosité, mais bien les applications qu'elles pouvaient s'en faire à ellesmêmes ; elles allaient bien plus à les rendre bonnes chrétiennes, et à les porter à se corrig r de leurs défauts, qu'à les rendre vaines et savantes.
Indépendamment de ces deux lectures générales et de celles qui avaient lieu pendant lesrepa^, probablement aussi pendant certains travaux manuels, il y avait des lectures que les élèves faisaient en leur particulier ; mais on leur marquait ce qu'elles devaient lire, et il ne leur était pus permis de changer ni d'endroit, ni de livre; « car il se rencontre peu de livres où il n'y ait quelque chose à faire passer », dit la sœur Sainte-Euphémie. Là lecture fitiie, on leur reprenait le livre, et on ne leur en laissait d'autres dans le particulier que leurs Heures, la Théologie familière de Saitit- Cyran, les Paroles de Notre-Seigneur, une Imitation de Jësus-t.hrist et un Psautier latin et français. Les livres dont on se servait pour leur instruction générale, et qu'on ne voulait môme pas laisser entre leurs mains, étaient la Philotée, saint Jean Climaque, la Tradition de l'Église, les Lettres de Saiut-Cyran, la Lettre d un père Chartreux (traduite depuis peu) et les Méditations de sainte Thérèse sur le Pater. C'étaient encore quelques lettres de saint Jérôme, un traite de l'Aumône chrétienne, quelques endroits du Cheinin de perfection de sainte Thérèse, les Vies dos Pères du désert, et d'autres vies de saints et de saintes, a capables de les édifier et de leur inspirer l'atnour des vertus chrétiennes ».
Gomme on ne faisait lire, dans les lectures générales, que celles qui savaient déjà lire raisonnabletnent, afin que toutes pussent profiter de ce qui était lu, on exerçait en particulier colles qui avaient encore besoin de se fortner à bien lire. Quant aux toutes petites (il y en avait qui n'étaient âgées que de quatre ans), les plus grandes, celles surtout qui avaient dessein de se faire religieuses, les prenaient à tous les inomeats de la journée, dans une chaïubre à part.
Si peu varié que fût le thème de ces lectures, puisqu'elles n'avaient trait qu'à des choses de religion et de piété, on conçoit qu'elles pouvaient suffire pourtant pour leur apprendre à bien lire, et pour leur fournir l'occasion de parler et d'exercer leur jugement.
On cultivait aussi beaucoup leur mémoire, « pour leur ouvrir l'esprit, les occuper et les empocher de penser à mal. » Trois quarts d'iieure, ciiaque dimanche après la messe, étaient spéciaement consacrés à des récitations qui avaient pour objet: laThéologie familière, qu'elles devaient savoir tout entière, l'Exercice de la Sainte Messe, le Traité de la confirmation, toutes les hymnes en français qui étaient dans leurs Heures, et puis tontes les latines du Bréviaire. Beaucoup, parmi celles qui étaient venues jeunes au monastère, savaient le Psautier tout entier.
On écrivait trois quarts d'heure tous les jours, « d'une écriture assez grande, ferme et régulière », et avec des plumes d'acier. Les plus petites écrivaient simplement leur exemple ; celles qui étaient plus savantes copiaient quelque passage d'auteur, quand on le leur avait permis. Elles pouvaient s'écrire l'une à l'autre des lettres, des billets, des sentences, mais seulement quand elles en avaient obtenu la permission, et à condition que cette correspondance passât par les mains de leur maîtresse.
On apprenait de l 'arithmétique, le dimanche seulement : les grandes, de une heure à deux; les petites, de deux heures à deux heures et demie. La leçon était donnée à ces dernières par les plus grandes. Cette sorte d'enseignement mutuel se pratiquait aussi pour le chant, qu'on apprenait même aux plus jeunes; et il semble qu'il donnât de bons résultats; car une chose qu'on admirait tout particulièrement, au témoignage de Racine, c'est la manière grave et touchante dont les offices étaient chantés à Port-Royal.
Enfin les travaux manuels n'étaient pas négligés : on accoutumait les jeunes filles à aimer beaucoup l'ouvrage et à porter partout avec elles de quoi travailler, afin de ne point perdre de temps dans certaines rencontres que l'on n'aurait point prévues. Chacune d'elles devait même se réserver quelque ouvrage particulier auquel elle eût alTection, et dont elle ne pouvait s'occuper que pendant les récréations. C'est ainsi qu'elles faisaient des gants d'estame (sorte de tricot), et que la plupart d'entre elles y avaient, paraît-il, le plus grand goût.
Ce plan d'études, qui nous paraîtrait aujourd'hui tout à fait insuffisant, satisfaisait les meilleurs esprits du xvn^ siècle. « Il n'y eut jamais d'école, dit Racine, où les vérités du christianisme fussent plus solidement enseignées. Mais on ne se contentait pas d'y élever les jeunes filles à la piété; on prenait aussi un très grand soin de leur former l'esprit et la raison, et on travaillait à les rendre également capables d'èire un jour ou de parfaites religieuses ou d'excellentes mères de famille. On pourrait citer un grand nombre de filles élevées dans ce monastère, qui ont depuis édifié le monde par leur sagesse et leur vertu, et l'on sait avec quel sentiment d'admiration et de reconnaissance elles ont toujours parié de l'éducation qu'elles y avaient reçue. » Boileau, de son côié, dans sa satire sur les femmes, semble citer comme étant hors de pair l'épouse « aax vertus dans Port-Royal instruite ». Quelque cas que nous fassions de ces témoignages illustres, nous nous proposons un autre idéal d'éducation pour nos jeunes filles. Nous voulons qu'elles sachent antre chose que cela; nous voulons qu'elles reçoivent, comme les garçons, une éducation qui développe toutes leurs facultés et les mette à uicnie de remplir dans la société les différents
devoîrs qu'elles ont à y remplir. Mais nous n'avons guère que des éloges à donner à la manière dont la sœur Sainte-Euphémie entendait la pratique de l'enseignement. Quand elle dit, par exemple, que la lecture doit toujours être instructive, bien expliquée et comprise, par suite faite avec intelligence et d'un ton naturel, elle parle d'or, et nous ne pouvons que souscrire à ces sages recommandations. Evidemment elle était une maîtresse ea pédagogie pratique.
En résumé, il y a bien à critiquer dans le règlement de Port-Royal -. cette discipline exacte imposée à des enfants, ce silence continu, ce renoncement à toute attache terrestre et humaine, ce refoulement de toute expansion et de toute gaieté; et l'on ne peut songer, sans un sentiment de pitié compatissante, aux journées mornes et tristes dans lesquelles s'écoulait toute la jeunesse de ces pensionnaires. Ajoutons que le régime de leurs études, restreint à la connaissance de la religion, était loin de donner un aliment suffisant à toutes les facultés de leur esprit. Toutefois ces défauts tiennent plus à l'époque à laquelle le règlement fut composé et à l'esprit particulier qui l'inspira qu"à Jacqueline Pascal elle-même. Ce document, qui conserve une réelle valeur et offre encore aujourd'hui un intéressant sujet d'études» est reproduit en entier dans le volume que M. V. Cousin a consacré à Jacqueline Pascal (lib. Didier, Paris, 1845). [L Carré.]
PAS-DE-CALAIS (Département du). — Superficie, 6G06 kilom. carrés. Population : 819 022 habitants en 1881, au lieu de 793 140 en 187G. Densité moyenne de la population par kilom. carré: 124 habitants, au lieu de 71 habitants, chiffre de la densité moyenne de la France. 6 arrondissements, formant 8 circonscriptions d'inspection primaire, savoir : Arras (r*), Arras (2e), Béthune, Boulogne-sur-Mer, Montieuil, Saint-Omer, Saint- Pierre-lès-Calais et Saint-Pol ; 44 cantons, 904 communes, dont 424 de 500 habitants et au-dessus.
Le service de l'inspection primaire dans le département du Pas-de-Calais est réparti comme suit :
NOMBRE 1
là
d'écoles
d'élèves I
es
ta
Arras (d")
Arras (2")
Bétliune..
Boulogne.
It
Montreuil.
St-Omer..
il 872
St-Pierre.
ii 187
Sl-Pol. . . .
Population d'âge scolaire. — Eu I87G on comptait 110441 enfants de 6 à 13 ans (50 480 garçons et 53 061 filles), soit 13.92 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. En 1881 on compte 113 796 enfants de 6 à 13 ans (57 253 garçdns et 56 543 filles) soit l-i.89 enfants dage scolaire pour 100 habitants. C'est une diminution de 0,03 unf mts de 6 & 13 ans par 100 habitants pour une période de cinq années, tandis que pendant la même période la population totale s'est accrue de 25 882 habitants.
1. Ëtat de l'instruction publique avant 1789. — Los renseignements publiés jusqu'ici sur l'état des écoles dans l'ancienne province d'Artois se réduisent à bien peu de chose. On sait qu'il avait
PAS-DE-CALAIS
PAS-DE-CALAIS
éli-, fondé h Calais, vers la fin du xvii« siècle, deux écoles pour l'éducation des enfants des matelots; do plus, en 1701 et 1703, les frères des écoles cliiétienncs y établirent deux écoles, l'une dans la ville même, l'autre au faubourg de Court-Gain. A Saint-Omer, plusieurs fondations avaient pourvu à l'instruction gratuite des enfants pauvres, entre autres celle des Bleuets et celle du jardin Notre- Dame ; cette dernière maison, dotée par l'évoque Jacques BlazîEus, n'avait pas moins de douze nialircsscs en 17 1 7.
M. l'abbé Allaln, qui a recueilli ces détails dans son livre l'Instruction primaire en France avant la Révolution^ cite en outre les réponses faites par J.-B. Hennebert, cbanoine de Saint-Omer, au qiKîstionnaire que l'abbé Grégoire avait envoyé en 17!)0 à un certain nombre de correspondants. Voici ce document :
« Dans les écoles de compagne, l'enseignement se fait-il en français ? R. Assez généralement, excepté dans les écoles flamandes. — Les livres sont-ils uniformes ? R. Les catéchismes et les autres livres d'instruction varient selon les diocèses et les lieux. Je voudrais uniformité d'idiome, de lecture, et de principes. — Chaque village est-il pourvu de maîtres et de maîtresses d'écoles? R. Il y a des maîtres dans tous les villages, excepté dans les hameaux. Les maîtresses d'école y sont moins communes et plus ignorantes. Los vicaires devraient présider à l'enseignement et non être assujettis à tenir l'école. Cette sujétion les détourne de leurs études sérieuses. — Outre l'art d'écrire, de lire, de chiffrier et le catéchisme, enseigne-t-on autre chose dans ces écoles? R. Peu de choses au-delà. On y apprend encore à lire dans les Heures, la Vie des Saints et autres livres de piété. Je crois que Ion y proscrit avec raison le Pédagogue chrétien et les Sept Trompettes. — Sont-elles assidûment surveillées par MM. les curés et vicaires ? R. J'ai assez bonne opinion de MM. les curés et vicaires pour croire qu'ils se conforment aux intentions de MM. les évêques. Chaque doyen est chargé de cette inspection dans son district, où il est à portée de connaître ce qui s'y pratique. »
2. Développement de l'instruction primaire depuis 1789 et état actuel. — Statistique comparée DE 1829 A 1881-1882. — Voici les données (|ue nous possédons sur le développement de l instruction primaire dans le département du Pas-de-Calais depuis la fin de la Restauration, époque où fut faite la première statistique des écoles primaires.
Nombre des communes dépourvues d'écoles. — En 1837, le département comptait 11 communes n'ayant aucune école, et 708 communes n'ayant pas d'écoles de filles. En 1850, il y avait encore 33 communes entièrement dépourvues d'écoles. En 1878, on ne trouve plus qu'une commune sans écoles; mais 100 communes de 500 habitants n'ont pas d'écoles publiques de filles.
Nombre des écoles primaires publiques et libres. — Le nombre total des écoles primaires était, d'après VAlmanach de l'Université, de 861 en 1813 et de 917 en 1821. Le progrès du nombre des écoles à partir de 1829 est résume dans le tableau ci-après :
d'après la statistique officie .
Écoles
Écoles
publiques
libres
Total
Division fies écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles mixtes et écoles de filles.
École
Totil
de garçon»
mixte* d
e Qlle*
éc
coTfipris les
îles
ini\tcs
Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.
Écoles laïque» Écoles consrésanistes
de garçons ou mixtes
de GUe*
de filles
Tolal
Nombre d'instituteurs et d'institutrices, y compris les adjoints et les adjoiîites.
Instituteurs
Institutrices
^ ^fc.
Total.
Laïques.
Congrég.
Nombre total d'élèves et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.
Total des élèves Élèves gratuits
1832 (année
civile)
1876-77 (année
Manque
Gratuité
En 1832, il y avait 1230 élèves inscrits sur 10 000 habitants; en 1840, 1148; en 1863, 1491; en ISîtî- 1877, 1541, et 1647 en 1882-1883.
Ecoles maternelles {Salles d'asile].
Nombre
Nombre
des établissements
des élèves
lô 788
Sa £56
PAS-DE-CALAIS
PAS-DE-CALAIS
NOfnl^i'C des cours d'adultes et de leurs auditeurs.
Nomlire de cours Nombre o'aiiditeiirs Homiiies Femmes Hommes Femmes
Brevets. — Le nombre des brevets délivres de 1851 à 1883 inclusivement a été le suivant :
Instituteurs.
1851-1867, 970 brevets obligatoires,
élémentaires,
17 brevets complets.
4 — facultatifs.
ou complets.
Institutrices.
573 brevets obligatoires.
lS8t.
403 — élémentaires, 19 — 636 — — 51 —
8 brevets complets.
C6 — facultatifs ou complets, supérieurs.
En 1827 1829 la moyenne de l'instruction des conscrits était de 44.8 0/0; dans le département du Pas-de-Calais cette moyenne était déjà de 55 0/0, soit 10.2 0/0 au-dessus de la moyenne générale. La classe de 1883, Qn portant l'instruction des conscrits dans le département du Pas-de-Calais à 88.6 0/0, ne réalise ainsi qu'un progrés total de 33.6 0/0 pour la période de cinquante-quatre années qui s'est écoulée de 182'J à 1883, soit un progrès annuel de 0.62 0/0, tandis que pour toute la France le progrès a été durant la même période de 0.80 0/0.
Nombre de conjoints, sur 100, ayant signé leur acte de mariage.
Années
Hommes
Femmes
Hommes et femmes
Budget de l'instruction primaire. — Nous donnons ci-dessous le tableau des dépenses ordinaires de l'instruction primaire pour les vingtneuf dernières années, de 1855 à 1883 :
Certifient d'études primaires. — Les examens du certificat d'études primaires ont été introduits dans le départementdu Pas-de-Calais en 1874. En voici le tableau :
Nombre de candidats Certificats obtenus
Garçons Filles Garçons Filles
Résultats de l'instruction. — Les deux tableaux ci-dessous indiquent le degré d'instruction des conscrits et des conjoints :
Nombre de conscrits sachant au moins lire, de 1827 à 1883 inclusivement.
ANNÉES
NOMBRE DES CONSCRITS
Examinés
Sachant
au moins
lire
Combien pour 100
RÉTRIBU-
IDNALES
is
colaire.
SUBVENTIONS
TION
ANNÉES
«colaire