‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 244 sur 573 · PARLEMENTS · texte numérisé non relu

PARLEMENTS

Institutions complémentaires. — Il est pourvu aux besoins dos enfants pauvres ou délaissés par les caisses des écoles et par une caisse dite des pupilles. Une caisse des écoles est fondée depuis longtemps dans chaque arrondissement. La caisse des pupilles a pour objet d'assurer l'éducation des enfants que leurs familles ne pourraient élever elles-mêmes, en les plaçant dans des pensionnats primaires libres choisis après une enquête minutieuse. Les enfants admis dans ces internats ne peuvent y être reçus qu'à l'âge de six ans et ne peuvent y rester au delà de l'âge de treize ans. A partir de cet âge, l'administration, si les familles le désirent, leur assure l'apprentissage d'un métier manuel en les admettant dans ses établissements d'enseignement professionnel. A cet effet, le conseil municipal, non content d'avoir établi la gratuité absolue dans les écoles primaires supérieures, a créé un certain nombre de bourses d'entretien, qui peuvent être accordées aux familles dignes d'intérêt, pour leur permettre de faire suivre à leurs enfants les études primaires supérieures et de se priver du salaire que les enfants auraient pu leur rapporter s'ils avaient embrassé immédiatement un travail manuel.

Ainsi se sont continuées ou plutôt achevées les réformes entreprises par M. Gréard pendant la période de son administration. Les conseils élus qui se sont succédé depuis 1871 ont prodigué, on peut le dire, des millions pour mettre l'instruction primaire à la hauteur des besoins de la cité parisienne. En dehors des sommes considérables qui ont été affectées à la construction de nouveaux locaux, au renouvellement ou à la transformation du matériel, la ville consacre annuellement plus de 24 millions et demi (24 565 601 francs) à l'entretien de ses écoles et aux services qui en sont les accessoires obligés.

Un développement si marqué de l'enseignement primaire public n'a pu que hâter la décadence de l'enseignement libre, au moins des écoles libres laïques. Ces derniers établissements ne sont plus qu'au nombre de 722, dont 161 pour les garçons et 561 pour les filles. Par contre, l'enseignement libre congréganiste a trouvé un élément de prospérité au moins momentanée dans la laïcisation des écoles communales. Cette grave mesure, commencée en 1879, a reçu son dernier complément en 1883. En général, les frères et les sœurs dépossédés ont ouvert des établissements libres dans le même quartier (67 pour les garçons et 139 pour les filles). Le plus grand nombre de leurs élèves les y ont suivis. D'un autre côté, les écoles communales où ils avaient été remplacés se sont promptenient remplies et, en définitive, la laïcisation, loin de nuire à l'instruction primaire, en a étendu le bienfait à un plus grand nombre d'enfants.

Tels sont, d'une part, la marche qu'a suivi l'enseignement populaire à Paris, de l'autre le degré de développement auquel il est parvenu. A celte heure, on peut dire que la capitale de la France se trouve à la tête du mouvement qui emporte les sociétés modernes vers l'instruction populaire, et par suite vers l'émancipation intellectuelle et morale des masses. [E. Brouard.]

PARIS (Aimé). —Aimé Paris, né à Quimper, le 19 juin 1798, mort à Paris le 29 novembre 1866, est l'un des trois fondateurs de l'école musicale Galiu-Paris-Chevé. Il commença ses études au collège de Laon, fit sa rhétorique au lycée Charlemagne, suivit les cours de l'École de droit de Paris, et fut reçu avocat en 1818. Bientôt après il quitta le barreau, à la suite d'un vol dont il fut victime de la part d'un client qu'il venait de faire acquitter en police correctionnelle.

Il avait étudié la sténographie de Gonen de Prépéan ; son esprit méthodique et rigoureux réduisit aux règles les plus simples l'alphabet sté-

nographiqne do celui-ci. Dès 1820 il était le sténographe du Courrier Français ; ei 1822 il passa en la môme qualité au Constitutionnel, où il resta cinq ans, chargé du compte-rendu des séances du Parlement.

Ayant eu l'occasion de suivre en 1«2I, les cours de musique de Galin •, il se passionna pour le maître dont il devint le disciple convaincu et l'ami dévoué.

Nourri des travaux de Destutt de Tracy * et de Leraare *, il fit de la philosophie des si;,'nes l'objet constant de ses études. S'étant initié auxprocétlés mnémoniques de Grégoire de Fénaigle, il reconnut et redressa les points faibles de la ihéorir; de celui-ci et réussit à faire delà mnémotechnie * un système facilement praticable. Il obtint des succès qui dépassèrent ses espérances. En 182-, il fut nommé professeur à l'Athcnée royal de Paris; il ouvrit à Paris des cours publics qui eurent beaucoup de vogue; il entreprit, entre les sessions parlementaires, dans les grandes villes de France, une série de conférences publiques sur la mnémotechnie, la sténographie et le système d'enseignement musical de Galin. Le succès à Lyon, Rouen et Nantes en 1823 avait été aussi grand qu'à Paris. Mais un préfet ombrageux fil fermer le cours d'Aimé Paris, sous prétexte que les points de repère mnémoniques dont il faisait usage contenaient des allusions malveillantes contre le gouvernement de Louis XVIII. L'interdiction ne fut levée qu'en 1828 ; dans 1 intervalle Aimé Paris dut aller faire ses cours en Belgique, en Hollande et en Suisse. De 1823 à 1834, cinquante-quatre cours publics dans quarante grandes villes de France et de l'étranger furent faits par Aimé Paris avec un succès qui ne se démentit point.

A partir de 1834, Aimé Paris se voua à la vulgarisation de l'enseignement musical d'après le système de Galin, reléguant au second plan la mnémotechnie et la sténographie qui lui avaient valu sa grande notoriété et l'avaient fait vivre jusqu'alors. De 1834 à 1866, année de sa mort, Aimé Paris consacra à cette œuvre toutes ses forces; il fut puissamment secondé par sa sœ.ur Nanine Paris, et, à partir de 1844, par Emile Chevé *, docteur en métiecine, son cousin, devenu son heaufrère par suite de son mariage avec Nanine Paris. La part d'Aimé Paris dans l'œuvre commune fut la création de la langue des durées, invention originale dont la commission pour l'enseignement du chant a récemment reconnu le mérite.

Aimé Paris fut un savant distingué, un pédagogue éminent, un inventeur ingénieux. Le lecteur qui voudrait avoir une idée plus complète de ses travaux pourra consulter trois feuilletons d'Alexis Azevedo, son disciple, dans VOpinion nationale des 25 août, 1" et 8 septembre 186o. réunis plus tard en une brochure ayant pour titre : Aimé Paris et ses inventions. [Paul Guilhot.]

pauli<:mi:nts, pauleme>'taiues. — Nous consacrons sous ce titre quelques lignes à l'indication d'un fait historique dont les détails sont racontés ailleurs, dans plusieurs articles spéciaux: l'action des Parlements français du xviii^ siècle pour réorganiser l'enseignement des collèges, après l'avoir enlevé aux jésuites *. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail, ni à exposer les idées particulières de Guyton de Morveau *, de La Chalotais *, de Rolland *. Mais tous ces hommes ont été animés d'un même esprit ; ils ont collaboré à une œuvre coiumune, et il peut être utile de les réunir dans une vue d'ensemble, afin Je mieux définir rintention et la portée de leur entreprise pédagogique.

D'une part, ce sont les meaibres des Parlements qui ont rivalisé d'ardeur et d'énergie pour obtenir l'expulsion des jésuites ; ce sont eux, dauire part, qui, après l'avoir obtenue eu

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