‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 279 sur 573 · POPULATION SCOLAIRE · texte numérisé non relu

POPULATION SCOLAIRE

DBS ÉCOLES

malenielles.

primaires.

TGT.^L.

[Ballet-Baz.] PORT-ROYAL ^PETITES ÉCOLES DE). — On

a donné le nom de Petites Ecoles de Port-Rot/at à de-s réunions formées de quelques enfants qu'on

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élevait loin du monde, dans les dehors de ce monastère. Ce n'étaient point, comme leur nom semble l'indiquer et comme on pourrait le croire, des écoles primaires dans lesquelles on se bornait à enseigner les éléments, ni des écoles préparatoires à l'enseignement qui se donnait alors dans les (ollèges de l'Université et qui ne commençait qu'à la sixième. Non : la plupart des jeunes gens qui les ont fréquentées en sont sortis avec une instruction complète. Si ce nom fut adopté de bonne heure et consacré pour les établissements d'instruction fondés par Port-Royal, c'est sans doute parce que les élèves y étaient peu nombreux ; mais ce dut être surtout aussi parce qu'on ne voulait pas paraître faire concurrence à l'Université, très jalouse de ses droits. On espérait que leur titre si modeste empêcherait qu'on en prît ombrage.

Historique des petites écoles. — Leur origine.

— Comment ces écoles prirent-elles naissance? Où et quand furent-elles d'abord établies? Quelles sont les persécutions qu'elles subirent? Où furent-elles transférées? Quand furent-elles complètement fermées? Autant de questions qui se lient à l'histoire du monastère de Port-Royal luimême, dont il nous faut d'aburd donner un aperçu.

Port-Royal est le nom donné à une abbaye de religieuses, située près de Chevreuse, à 25 kilomètres S. O. de Paris, et dont l'origine remonte à l'année 1204. En 1626,1a communauté s'y trouvant trop à l'étroit, sa supérieure, la mère Angélique Ariiauld, la transféra dans une rue du faubourg Saint-Jacques, à Paris. 11 ne resta au monastère df'S Champs qu'un chapelain pour y dire la messe ei des domestiques pour en soigner le temporel.

A Paris, la mère Angélique fut mise en relations avec le célèbre abbé de Saint-Cyian, et quelques années plus tard, en 1635, elle le demandait comme confesseur des religieuses. Ce fut un événement décisif pour les destinées de Port-Royal. Quoi qu'on puisse penser de Saint-Cyran, en effet, ce n'était point un homme vulgaire. Il en est peu qui aient, au même degré que lui, dominé les âmes et les consciences, et l'on peut dire que son action fut déterminante sur tous ceux avec lesquels il fut en rapport et qu'il prit sous sa direction. Une fois entré à Port-Royal, il en fit sa plaee d'armes et il pénétra de son esprit tout ce qui se rattachait paï un lien quelconque à cette communauté. Or l'éducation des enfants tenait une grande place dans ses idées de réforme et elle constituait un point important de sa doctrine. Aussi le voit-on, dès 1637, faire élever sous ses yeux, dans les dehors du monastère, avec ses neveux et le jeune Vitart, de la Ferté-Milon, les deux fils de M. Bignon, avocat général, qui l'avait pris comme directeur : il les avait confiés à M. Singlin, son disciple et son ami, qui devint plus tard le confesseur de Port- Royal. Quand il eut converti l'éloquent avocat Antoine Le Maître * et son frère de Séricourt. leur mère (la sœur d'Angélique, l'abbesse de Port- RoyalJ leur fit bâtir un pavillon près de la maison de Paris, et ils furent amenés par le voisinage à s'occuper aussi des enfants, sous la direction de Saint-Cyran. Lancelot*, qui venait de se mettre sous la conduite de l'illustre abbé, et chez lequel C'.'lui-ci avait reconnu une aptitude particulière pour l'enseignement, ne tarda pas à leur être adjoint (20 janvier 1638), et bientôt ils se trouvèrent réunis dix ou douze, tant maîtres qu'enfants. Ce fui le commencement des solitaires et des petites écoles.

Premier établis&ement à Port-Roijal des Champs.

— Mais bientôt Saint-Cyran était arrête et jeté in prison pour avoir défendu VAugvstifius, un ouvrage sur la giâce, de son ami Jansonius,

évêquc d'Ypres; peut-être aussi parce que Richelieu, à qui les jésuites l'avaient dénoncé, voyait àéjh en lui un Luther ou un Calvin naissant. « Le pasteur étant frappé, il fallait que les brebis fussent dispersées. » L'archevêque de Paris fit savoir aux solitaires, de la part de la cour, qu'ils eussent à déloger de la maison où ils étaient, « n'étant pas convenable qu'il y eût ainsi une troupe de jeunes gens domiciliés dans les dehors d'un monastère de filles ». La maison de Port- Royal des Champs, qui était alors inhabitée, présenta un asile tout prêt pour les recevoir. C'est là qu'ils se rendirent, emmenant avec eux les enfants; car ils avaient à cœur de continuer la bonne œuvre commencée par Saint-Cyran. Ctlui-ci, du reste, ne cessait pas de tout diriger malgré sa captivité, et il suppléait par ses lettres, écrites du donjon de Vincennes, aux visites qu'auparavant il leur faisait en personne au moins tous les deux jours. Mais deux mois s'étaient à peine écoulés qu'ils furent obligés de se disperser, à l'occasion du procès intenté à Saint- Cyran ; toutefois cela ne dura pas, et, vers la fin de 1639, ils purent rentrer dans leur désert, sans y être trop inquiétés. Saint-Cyran ne sortit de prison que le 6 février 1643, deux mois après la mort de Richelieu, et il mourut le 11 octobre de la même année ; mais sa mort n'amena aucun changement pour les écoles : il laissait des disciples animés de son esprit et fidèles à sa pensée. Les choses restèrent donc à peu près en l'état jusqu'en 1646, si ce n'est que le nombre des solitaires s'était considérablement accru et que celui des enfunts dont ils prenaient soin s'était aussi notablement augmenté.

Translation à Paris. — Cependant les religieuses n'avaient pas perdu le souvenir de leur maison des Champs, que la mère Angélique regrettait toujours, et comme elles se trouvaient alors plus de cent dans leur maison de Paris, elles résolurent de partager leur communauté. Une partie des sœurs retournèrent dans leur ancien monastère, qui fut restauré et agrandi. Il fallut leur céder la place : les solitaires se retirèrent dans les alentours ; mais on jugea bon de transporter les écoles ailleurs. Un homme tout dévoué à Port-Royal offrit une maison qu'il possédait à Paris, dans le cul-desac de la rue Saint-Dominique, près du Luxembourg : c'est là qu'on installa maîtres et élèves, vers la fin de 1646 ou au commencement de 1647. Il semble qu'il y ait eu à ce moment un établissement assez régulier. C'était une sorte de petit collège pour vingt-quatre enfants,distribués en quatre chambres, devant contenir six élèves chacune. Le directeur ou principal, qui était chargé de l'instruction religieuse et qui avait comme la surintendance de toute l'éducation, était M. Walon de Beaupuis, un jeune ecclésiastique que la grâce avait touché, et qui s'était placé sous la direction de M. Singlin, confesseur de Port-Royal. Les enfants avaient quatre maîtres chargés de les instruire : Nicole *, pour la philosophie et les humanités ; Lancelot, pour le grec et les mathématiques; Guyot* et Cousiel*, qui semblent avoir été plus particulièrement chargés du latin. Le dimanche, ils allaient à vêpres à Port-Royal de Paris, où ils entendaient le sermon de M. Singlin, qui avait succédé à Saint-Cyran comme directeur des religieuses. Commentl'enseignemeut était-il organisé dans cette sorte de collège? Les élèves y étaient-ils répartis dans les quatre chambres suivant leur âge ou suivant leur force ? Chaque classe avait-elle toujours le même maître, ou bien ces messieurs venaient-ils donner dans chacune, à tour de rôle, des leçons sur les matières qui leur étaient le plus familières? Il serait bien difficile de rien affirmer à cet égard. Il y avait certainement des exercices communs ; mais tout porte à croire que le plu» souvent chaque maître s'occuuait à part de chacun de ses écoliers,.

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ou qu'au moins il no réunissait que des élèves qui étaient à peu près de môme force et pouvaient niarclier du môme pas. Quoi qu'il en soit, la solide instruction et surtout l'éducation vertueuse qu'en y recevait firent vite apprécier ces école^i et leur acquirent une certaine réputation dans le public. Aussi le nombre des élèves augmonta-t-il rapidement, et M. de Beaupuis écrivait, dès 1648, que « la maison se remplissait si fort qu'il n'y aurait bientôt plus aucune place ».

Retour des écoles à la campagne. — C'était en 16:iO. Une nouvelle persécution venait de se déchaîner contre Port-Royal. Soit qu'on voulût, prévenir des mesures de rigueur qu'on avait des raisons de craindre, ou encore ôter un prétexte à la jalousie, on décida que l'école de Paris serait fermée et que les enfants seraient dispersés à la campagne. Mais cette fois ils furent partagés en trois bandes. On envoya au Chesnai (près de Versailles) les enfants de M. de Bernières, dans une maison qu'il offrit, et un certain nombre d'autres qui étaient liés avec eux. C'était probablement le groupe le plus nombreux, quoiqu'ils ne fussent guère qu'une vingtaine. C'étaient aussi les plus jeunes : ils n'avaient pas, pour la plupart, plus de dix à douze ans. On y reconstitua, sous la direction de M. de Beaupuis, une sorte de petit collège, comprenant quatre classes ou chambres, comme à Paris. Il y avait un maître dans chaque chambre. Un règlement, qui a été conservé, donne des détails assez précis sur la manière dont cette école était organisée et dont elle fonctionnait. Voici notamment quel était l'emploi de la journée, «i On se levait à cinq heures et demie...; on faisait la prière en commun dans la chambre ; puis chacun étudiait sa leçon, qui était de la prose pour le matin. A sept heures, chacun la répétait au maître, l'un après l'autre. On déjeunait ensuite ; puis on se remettait à sa table : chaque enfant faisait sa version, qu'on leur recommandait de bien écrire. La version faite, ils la lisaient au maître, l'im après l'autre. S'il restait du temps, on leur faisait expliquer la suite de leur auteur, qu'ils n'avaient point préparée {exercice colkctif). A onze heures, on allait au réfectoire. Les enfants dune même chambre étaient à une même table avec leur maître, qui avait soin de leur servir à manger et à boire. La récréation se passait dans le jardin, quand le temps le permettait, et il y avait toujours un des maîtres qui ne quittait pas les enfants, mais sans les gêner en rien dans leurs jeux. En hiver, ou encore lorsque le temps était mauvais, ils se retiraient dans une grande salle, où il y avait un billard, un tric-trac, des échecs, des dames, des cartes. Ces cartes étaient un certain jeu où l'on avait renfermé tout ce qui

regarde l'histoire des six premiers siècles La

récréation terminée, on s'occupait alternativement d'histoire et do géographie (cette leçon devait être commune); puis ils remontaient dans leur chambre, où jusqu'à quatre heures, sauf le moment du goûter jugé nécessaire surtout pour les petits, ils s'occupaient d'écrire et de préparer leur leçon de poésie, qu'on leur faisait dire comme la prose le matin, depuis quatre heures jusqu'à six hcuies. Venait alors le souper; puis la récréation. A huii, heures ils retournaient passer dans leur chambre une bonne demi-heure pour préparer ce qu'ils avaient à faire le lendemain matin. A huit heures et demie, on faisait la prière en commun : les enfants des différentes chambres, les messieurs et les domestiques y assistaient. Tous étaient couches à neuf heures. Les jours de congé, on sortait do 1 enclos et l'on allait vers Marly, Versailles ou Saint-Cyr, etc. » Ce règlement devait être, à peu de chose près, le même pour toutes les écoles.

D'autres enfants retournèrent à Port-Royal, non

plus dans l'abbaye comme autrefois, parce qu'elle était occupée par les religieuses, mais à la ferme des Granges, sur la hauteur. Il y vint plusieurs entants de qualité. Le jeune Ricme y fut admis aussi, en octo^jre IG5.'), par l'entremise d'une de ses tantes, religieuse au monastère. Il ne semble pas pourtant qu'il y ait jamais eu là une véritable école, comme celle du Chesnai, par exemple. C'était plutôt une réunion d'enfants de divers âges, généralement plus âgés que cnux du Chesnai, qui avaient sans doute des inaîtres en titre et un règlement commun, mais qui ne formaient pas pour cela des classes régulières. Lancelot et Nicole, qui les avaient suivis, devaient être leurs maîtres les plus habituels, Lancelot surtout.

Enfin, un troisième groupe fut mis aux Trous avec les Messieurs de Bagnols, dans un château qui appartenait à leur père, sous la direction d'un M. Borel, originaire de Beauvais, comme MM. de Beaupuis et Coustel. Mais cette troisième école semble avoir toujours été moins importante que les deux autres.

Il est probable, du reste, que ces distributions et ces classements de personnes n'avaient rien d'absolument fixe, et il arriva sans doute plus d'une fois que des maîtres, comme des élèves, passèrent d'une maison dans une autre, quand des raisons particulières l'exigeaient.

Ce fut certainement à cette époque, de 1650 à 1G56, que les Petites Ecoles furent le plus florissantes. <rest aussi le moment où se trouvent réunis les solitaires les plus illustres. Pascal * venait de prendre une cellule à Port-Royal-des-Champs. Arnauld était confesseur des religieuses depuis 1648 et collaborait à tout. C'est en 1654 que de Saci avait entrepris sa traduction du Nouveau Testament, et l'on sait qu'il y avait des conférences pour cet objet au château de Vauraurier, dans les dehors du monastère. C'est probablement à cette époque aussi que tous ceux qui s'y mêlaient d'éducation cherchaient à simplifier les méthodes d'enseignement, et qu'après discussion on arrêtait en commun les bases des ouvrages que devaient composer plus tard les uns et les autres. Le voisinage de tous ces hommes animés d'un même esprit, poursuivant un même but, ne pouvait manquer d'être singulièrement profitable aux jeunes gens dont on avait entrepris l'éducation, et que tous voulaient servir, chacun selon ses aptitudes et ses moyens.

Dispersion partielle des élèves, puis fermeture définitive des écoles. — En 1656, une nouvelle tempête s'abattit sur Port-Royal. Le docteur Arnauld venait d'être expulsé de la S^rbonne : il quitta le monastère des Champs et alla se cacher dans Paris. Tous les solitaires prirent fait et cause pour lui et Pascal commença à faire paraître ses Provinciales, Les jésuites, piqués au vif, n'en devinrent que plus acharnés contre eux : ils firent décider leur dispersion par le roi, le 6 mars 1656, en conseil de conscience. Les solitaires n'attendirent pas qu'on employât contre eux la violence ; ils s'éloignèrent de leur chère retraite, l'un après l'autre. Les écoliers, qui étaient alors une quinzaine à Port-Royal des (:hamps, partiront à leur tour le 20 mars et furent envoyés de diflérents côtés. Quand le lieutenent civil Daubray, qui avait reçu l'ordre d'aller congédier les maîtres et les enfants, se présenta aux Granges, il n'y trouva personne. Il alla ensuite au château des Trous. M. de Bagnols lui présenta ses trois enfants qu'il y faisait élever avec trois autres seulement. Le magistrat les y laissa. Il n'en fut pas tout à fait de môme au Chesnai. Daubray donna des ordres pour que les enfants qui s'y trouvaient fussent renvoyés à leurs parents, ne laissant à la maison que ceux de M. de Bernières, « qui étaient là chez leur pè.'-e ». A partir de ce moment on peut dire que les Pe-

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tites Ecoles n'existent plus. Il se reforma bien encore, dans ces trois endroits et même sur d'autres points, quelques groupes d'enfants qu'on élevait ensemble; mais c'étaient plutôt des éducations particulières : le faisceau était rompu. Toutefois l'acharnement des ennemis de Port-Royal était tel qu'ils ne laissèrent pas même subsister ces derniers vestiges. En 1G61, le lieutenant civil Daubray fit une nouvelle tournée, muni cette fois d'instructions décisives pour en finir avec ce qui pouvait encore rester des petites écoles. Comme •en 1656, il ne trouva personne aux. Granges; mais les quelques enfants qui étaient revenus chez M. de Bernières furent renvoyés à leurs parents, et ceux de M. de Bagnols, qui avaient perdu leur père en 1657, furent obligés de quitter leur château des Trous, où ils étaient restés avec leur précepteur, pour se rendre à Lyon, chez un de leurs parents, auquel ils furent remis par ordre du roi.

Telle fut la fin de l'établissement des solitaires €t de celui des écoles, qui y était comme annexé. Port-Royal ne se releva pas de ce coup : après des persécutions sans nombre, les religieuses virent fermer leur maison des Champs en 1709 : les bâtiments en furent rasés en 1710. La maison de Paris garda seule quelques religieuses ; elle disparut à son tour en 1790, avec tous les autres monastères.

En somme, ce n'est guère que de 1646 à 1656 que les écoles de Port-Royal ont été réellement constituées, puisque auparavant on s'était borné à de simples essais et qu'après 1656 on ne trouve plus que des débris. Il ne semble pas d'autre part que, même au moment où elles furent le plus nombreuses et le plus florissantes, elles aient réuni plus d'une cinquantaine d'élèves à la fois. Y eut-il en tout cent enfants qui passèrent par ces écoles et qui y firent leurs études, même partiellement ? Il serait difficile de l'affirmer. C'en fut assez pourtant pour former des hommes qui sont comme une race à part, pour créer un type qui se reconnaît parmi les générations du siècle et qui s'est même conservé au-delà ; c'en fut assez aussi pour marquer dans l'enseignement une trace profonde et qui dure encore. C'est ce double caractère que nous voudrions maintenant préciser.

L'éducation à Port-Royal. — Quand on parle de Port-Royal, de ses doctrines, de ses établissements, c'est toujours à Saint-Cyran qu'il faut remonter. C'est lui qui, par ses opinions, par son caractère, par les persécutions dont il fut l'objet et la manière dont il les subit, représente le mieux l'esprit de la Société ; c'est lui qui a formé l'âme de Port-Royal. Plus tard seulement l'influence d'Arnauld se fit sentir, quand déjà la tendance primitive avait un peu dévié. Mais, à l'époque des Petites Ecoles et sur cette matière de l'éducation en particulier, on peut dire que Port- Royal tout entier est imbu des idées de Saint- Cyran. Pour bien comprendre l'esprit qui animait les maîtres des Petites Ecoles, il faut marquer d'abord ce que fut l'esprit de Saint-Cyran et sa doctrine sur l'enfance.

Pour Saint-Cyran, l'homme est un être déchu; sa nature a été viciée par le péché originel. Sans doute le baptême lui a rendu l'innocence perdue et le chemin du ciel lui est rouvert ; mais il reste faible, son innocence est fragile; elle est comme une santé ébranlée par quelque terrible maladie. Une guérison est intervenue, mais les rechutes sont probables ; elles sont terribles, elles sont peut-être sans relèvement. Sans doute, même si l'on tombe, l'absolution présente encore un recours ; mais pour l'absolution, la grâce est nécessaire et l'on ne peut compter sur la grâce : Dieu l'accorde à qui il veut. Donc la meilleure assurance que nous

ayons (et peut-être la seule), c'est de conserver l'innocence que le baptême nous a rendue. Or, cette innocence, mille dangers la menacent. Jaloux du bonheur des hommes, le démon leur tend mille embûches; il attaque les enfants et ceux-ci sont incapables de le combattre; il faut le combattre pour eux. C'est là précisément le but de l'éducation qui doit éclairer leur raison obscurcie, redresser et fortifier leur volonté pervertie. ce II faut toujours prier pour les âmes et toujours veiller, faisant garde , comme en une ville de guerre. Le diable fait la ronde par dehors : il attaque de bonne heure les baptisés ; il vient reconnaître la place ; si le Saint-Esprit ne la remplit pas, il la remplira. » Il n'est rien en quoi ou puisse mieux servir Dieu ni être plus utile à l'Etat que d'instruire des enfants et de les former à la vertu. Cette fonction n'est point un petit emploi : il n'y a pas de profession plus haute ni plus digne de l'application des hommes les plus distingués. Aussi Saint-Cyran y employa-t-il les uns et les autres en toute occasion, sans que les plus considérables crussent avoir le droit de s'en plaindre, et il disait souvent « qu'à la mort une des plus grandes consolations que nous pouvions avoir était si nous avions contribué à la bonne éducation de quelque enfant, que cet emploi suffisait pour sanctifier une âme ».

Ainsi, conserver l'innocence des enfants et Jésus- Christ même qui habite en eux, après qu'ils lui ont été consacrés parle baptême; défendre cette pureco contre la concupiscence, c'est-à-dire contre toute les mauvaises inclinaisons de leur nature corrompue, contre l'envie du démon et la rage qu'excite en lui le bonheur des hommes, contre les ruses qu'il invente et les assauts qu'il leur livre : tel était l'objet principal de l'éducation selon Saint- Cyran. Tout, dans le système de Port-Royal, va découler de cette conception primitive ou s'y subordonner.

Tout d'abord on écarte, d'une part, la vie de collège, où le contact d'un grand nombre d'enfants insuffisamment surveillés fait courir à l'innocence trop de dangers; d'autre part, l'éducation particulière dans la famille, où les enfants sont trop isolés et où la faiblesse des parents est trop souvent une cause d'impuissance pour le maître. On préfère le préceptorat, une sorte de moyen terme préconisé par Erasme dans son Traité du mariage chrétien^ c'est-à-dire le système des chambrées, où quelques enfants seulement sont réunis sous la direction d'un même maître, à la campagne, dans une maison particulière. « Cin!i ou six enfants étant ensemble, dit Coustel, ils peuvent prendre du divertissement et ainsi s'entretenir dans la gaieté et l'enjouement qui est convenable à cet âge : ce qui est absolument nécessaire à eaux qui étudient; et, en effet, ceux qui sont engagés chez des personnes de qualité ne trouvent rien de si incommode qu'un enfant tout seul, qui ne peut ni toujours étudier, ni toujours se divertir. D'un autre côté, un seul précepteur peut suffire à l'instruction de cinq ou six enfants ; il lui serait impossible de les exercer, autant qu'ils en ont besoin, s'ils étaient en plus grand nombre et de différentes leçons. Enfin, on évite ainsi la corruption que le trop grand nombre d'écoliers apporte. »

De la même pensée découlent les conditions auxquelles on acceptait les élèves dont on se chargeait : on n'en voulait point dont on ne fût absolument les maîtres, et si l'on en voyait quelqu'un dont l'exemple fût nuisible aux autres, on le renvoyait, sans qu'aucune considération particulière fût capable de le faire garder.

De là enfin le soin avec lequel on choisissait les maîtres chargés d'instruire les enfants et môme les domestiques charges de les servir. « Comme

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il est presque impossible que des enfants qui sont encore entièrement assujettis aux sens ne fassent pas ce qu'ils voient faire aux autres, on tâchait de les instruire plus encore par des actes que par des paroles Met toutes les précautions étaient prises pour qu'ils n'entendissent ni ne vissent jamais rien qui put blesser la modestie ou la pureté si délicate en cet âge.

C'est ce môme souci de ne rien mettre entre leurs mains qui pût éveiller dans leur âme une pensée ou une image malsaine, qui inspira l'idée (le composer à leur usage des éditions expurgées de plusieurs auteurs anciens. La coutume suivie ailleurs de n'étudier le grec et le latin que dans les auteurs profanes n'était guère approuvée à Port-Royal ; mais on reconnaissait que là seulement était la source du bon langage. D'autre part, l'intérêt même des vérités de la religion veut qu'elles soient exposées et défendues dans un style formé par les écrivains de la Grèce et de Rome : on se résignait donc à faire passer les enfants par CCS lectures profanes. Mais que de craintes! On souhaite de former leur langage; mais on veut avant tout défendre leur innocence. Que de sûretés on prend pour que ces âmes tendres puisent dans les auteurs ce qui est utile pour la langue, mais n'y rencontrent jamais ce qui pourrait atteindre les mœurs!

Quant aux romans et à tous ces livres où s'enflamment les passions des jeunes gens, on en interdisait la lecture absolument. On sait quel acharnement mit Lancelot à vouloir empêcher Racine de lire les Amours de Théogène et de Charicle'ty et par quelle ténacité plus grande encore celui-ci parvint à goûter enfin la douceur du fruit défendu.

Le théâtre était l'objet d'une proscription plus sévère encore. Nicole en vint à traiter les faiseurs de comédies d'empoisonneurs publics ; ce qui amena la riposte de Racine dans ses deux fameuses Lettres à Vauteur des Vidonnaires. Lancelot aima mieux renoncer à l'éducation des princes de Conti, dont il s'était chargé, que de les conduire à lu comédie, comme on voulait l'y contraindre.

Montaigne était d'avis qu'on fît voyager un jeune homme, afin qu'il vît le plus de choses possible, et c'était une coutume généralement admise de faire voyager les jeunes gens pour compléter leur éducation. M. de Saci la dé^-approuvait; car il considérait d'abord et avant tout le salut. Or, pour lui, les voyages, c'était la tentation se présentant sous des formes nouvelles et par cela même plus dangereuses. Il disait que « voyager, c'était voir le diable habillé de toutes sortes de façons, à l'allemande, à l'italienne, à l'espagnole et à l'anglaise, mais que c'était toujours le diable, crudelis ubique ».

Ce même souci du salut primant tout, même le désir du progi es, avait fait bannir l'émulation des écoles de Port-Royal. Point de ces concours si chers aux jé.suites et à l'Université elle-même; point de ces luttes dans lesquelles on cherche à briller plus que les autres: si elles peuvent, en

gâter

qu'on cherciiât à y développer, c'était l'émulation avec soi-même, émulation éminemment morale, qui naît du progrès même qu'on a fait dans la voie qu'on s'est tracée, du désir toujours entretenu de se rapprocher chaque jour davantage de l'idéal qu'on s'est formé.

L'idce qu'on se faisait à Port-Royal de l'éducation avait enfin cette dernière et naturelle conséquence, c'est que la surveillance y devait être incessante. Regaidantleursélèvescommedesdcpôts que Dieu leur avait confiés et dont il leur demanderait compte, comme des proies toujours guettées par le démon, les maîtres ne les quittaient

l"' Partie.

jamais, a La dévotion qu'on a pour les enfants ne sert de rien, dit Lancelot, si l'on manque à un seul point de la vigilance cofilin».elle qu'on doit exercer sur eux, car c'est là le capital; et l'on se trompe, lorsqu'on pense avoir bien fortifié la place de tous côtés, si on laisse seulement une porte à l'ennemi pour y entrer. »

Quant à ce qu il fallait faire auprès des enfants, Saint-^^yran le réduisait ordinairement à trois choses : « Parler peu, beaucoup tolérer et prier davantage.» Il n'aimait pas qu'on tint aux en fan ts de j,'rands discours de piété, ni qu'on les lassât d'instrucion. Il voulait qu'on attendît pour leur parler une reU' contre, une occasion, un de ces moments où le maître sent qu'il parlera utilement, et parce que lui-même est bien inspiré, et parce qu'il voit l'élève bien disposé à recevoir ses paroles. Etant donnée la manière dont les élèves étaient recrutés et conduits, on conçoit que la discipline devait être toute paternelle. Alors que le fouet était encore une véritable institution dans tous les établissements d'instruction, les châtiments étaient fort rares à Port-Royal, et l'on n'y recourait qu'après avoir épuisé tous les autres moyens de répression ou d'excitation. On recommandait aux maîtres de supporter patiemment les fautes et les faiblesses des enfants, de ne pas se montrer trop exacts avec eux, ni s'inquiéter trop, de se contenter de les préserver des fautes principales et de fermer les yeux sur leurs petits manquements. Aux maîtres trop impatients et trop prompts à la sévérité, M. de Saci disait souvent « qu'il est difficile de blancli r une jeune tête ». Enfin, comme dernière ressource, comme moyen suprême d'action, là où tous les autres avaient été impuissants, la discipline de Port-Royal, fidèle à la pensée religieuse dont elle procédait tout entière, recommandait aux maîtres la prière. D'après Saint-Cyran, ceux qui plantent et arrosent ne sont rien ; c'est Dieu seul qui, possédant toute la vertu, produit tout l'effet. C'était donc à lui qu'il fallait demander et rapporter tous les progrès des élèves. Le maître n'est que l'instrument d'un succès dont Dieu est le véritable auteur. Et si la réussite ne répond pas à ses efforts, vers qui devra-t-il se tourner ? vers Dieu encore, qui n'a pas voulu l'aider, peut-être parce qu'il ne l'a pas jugé digne.

Ainsi, l'homme est déchu ; l'enfant qui naît est un malade, il est vicieux de nature. Le baptême lui rend l'innocence, mais cette innocence est précaire ; autour d'elle, l'ennemi éternel rôde, s'ingéniant et rusant pour ressaisir cette proie qui a été sienne; contre cette attaque sans trêve lutte sans répit la vigilance des maîtres ; ils combattent pour garder à Dieu les âmes des enfants ; mais en combattant, ils savent que leur effort est vain, si la grâce ne les soutient, et cette grâce. Dieu ne l'accorde qu'au moment et dans la mesure qu'il lui plaît: telle est, en résumé, la doctrine de Saint- Cyran et de Port-Royal tout entier. Doctrine sombre et devant laquelle on ressent comme un mouvement d'effroi! 11 y a comme une angoisse dans cette éducation qui est un drame où se joue le salut ; au fond de ce dévouement sans bornes, il y a une sécheresse ; dans le sourire de ces maîtres qui se mêlent aux jeux dos enfant^, scus l'apparence de l'abandon, il y a de la tristesse et un douloureux sentiment de pitié. Ce charme de l'enfant, cette puissance communicaiive de pureté qui sanctifie la famille, cette innocence qui, sans le savoir, impose le respect, toutes ces choses douces et saines qu'a chantées le poète de notre siècle, Saint-Cyran ne les voyait pas ; ou bien, iea voyant, il s'en détournait, il s'en défiait. Il y a dans son œuvre un amour ardent, non pour les enfants qu'il élève, mais pour Jésus- Christ qu'ils p rtent en eux. Il lui manque l'humain et glorieux désintéressement des tendresses paternelles.

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Mais, une fois ces réserves laites, et si, nous détournant du principe, nous considérons les applications, quelle hauteur de vues dans cette manière de concevoir l'éducation 1 Comment ne pas admirer ce respect profond de la personne humaine et particulièrement»de l'âme de l'enfant, ce saint trcmblementen présence de cette énigme, l'enfant, qui peut devenir un saint ou un démon, cette charité qui le dispute avec une sollicitude incessante à tous ses mauvais penchants, ce sentiment profond de la terrible responsabilité qui pèse sur quiconque a charge d âmes, et, pour tout résumer en un mot, cette haute estime pour la fonction d'éducateur qu'on regarde comme la plus digne des hommes les plus distingués ? Et si l'on pénètre dans le détail, que de vues sages et pratiques sur la manière dont on doit se comporter à l'égard des enfantsl

L'instruction à Port-Royal. — « Comme ces écoles étaient plus pour la piété que pour la science, dit un des solitaires, on ne pressait pas si fort les enfants pour les études; mais on leur en donnait pourtant de solides principes. » Cette pensée caractérise tout l'enseignement de Port- Royal.

Nous ne sommes dans ce monde que pour y faire notre salut : c'est à ce soin que nous devons employer notre vie et toutes nos facultés. Hors de là tout est vain. Montrer à l'enfant le but que doit atteindre l'homme et l'y acheminer: tel est l'objet de l'éducation. Or, parmi les moyens qui peuvent conduire à ce but, l'un des principaux est l'instruction. Il faut étudier pour savoir ce qu'on doit faire; il faut apprendre à bien parler et à bien écrire, parce qu'il faut être en état de servir Dieu, en défendant les vérités de la foi. Les écoles qu'on fondera auront pour fin la piété plus que l'instrurtion ; l'étude des belles-lettres et de la science n'y sera point l'objet capital ; mais on ne les négligera pas et même on leur donnera tout le soin possible.

Avant tout l'instruction sera générale et elle aura pour butde porter les esprits jusqu'au point où ils sont capables d'atteindre. Ce sont les qualités solides qu'on cherchera surtout à obtenir et l'on tiendra peu aux qualités biillantes, « qui peuvent être aussi dangereuses qu'utiles ». L'instruction embrassera toutes les facultés; mais il en est une qui sera l'objet d'une culture toute particulière, c'est le jugement^ parce qu'elle a dans la vie une importance capitale. Ici il faut écouter Nicole : « Il n'y a rien de plus estimable que le bon sens et la justesse de l'esprit dans le discernement du vrai et du faux, dit-il dans la préface de la Logique. Toutes les autres qualités de l'esprit ont des usages bornés ; mais l'exactitude de la raison est généralement utile dans toutes les parties et dans tous les emplois de la vie... Ainsi la principale occupation qu'on devrait avoir serait de former son jugement et de le rendre aussi exact qu'il peut être, et c'est à quoi devrait tendre la plus grande partie de nos études. On se sert de la raison comme d'un instrument pour acquérir les sciences, et l'on devrait, au contraire, se servir des sciences comme d'un instrument pour perfectionner sa raison, la justesse de l'esprit étant infiniment plus considérable que toutes les connaissances spéculatives auxquelles on peut arriver par le moyen des sciences les plus véritables et les plus solides ; ce qui doit porter les personnes sages à r.e s'y engager qu'autant qu'elles peuvent servir à cette fin et à n'en faire que l'essai et non l'emploi des forces de leur esprit. » Et ailleurs, dans son Traité de l'éducation d'un prince : « Former le jugement, dit-il encore, c'est donner à un esprit le goût et le disceineinent du vrai ; c'est le rendre délicat à reconnaître les faux raisonnements un peu cachés ; c'esi lui apprendre à ne se pas payer

de mots ou de principes obscurs, à ne se satisfaire jamais qu'il n'ait pénétré jusqu'au fond des choses ; c'est le rendre subtil à prendre le point dans les matières embarrassées et à discerner ce qui s'en écarte; c'est le remplir de principes de vérité quiluiserventàlatrouver dans toutes choses et principalement dans celles dont il a le plus besoin. »

En second lieu, comme on ne se propose aucune vue intéressée, aucune vue humaine, on consultera surtout là raison et l'on se mettra assez peu en peine de ce qui se fait, quand on croira avoir trouvé quelque chose de mieux. « Suivre la raison plutôt que la routine », telle est encore une des maximes de Port- Royal. De là cette sympathie pour Descartes, malgré certaines hardiesses de sa philosophie : c'est de l'esprit du cartésianisme que relèveront les réformes qu'on tentera en pédagogie.

En troisième lieu, ce qui était un trait distinctif de l'éducation à Port-Royal, nous l'avons dit précédemment, c'est l'ardent amour qu'on portait aux enfants dont on était chargé et le soin avec lequel on tâchait de leur épargner toute peine inutile : de là les réformes qui auront pour but de leur aplanir les difficultés ; car il y aura toujours dans les études ample matière à les habituer au travail, à exercer leur volonté, leur énergie propre.

Enfin on ne fera rien à la légère. C'est en instruction surtout que l'expérience est indispensable pour juger du mérite des méthodes : celles qui semblent les plus ingénieuses manquent souvent leur efi"et par telle ou telle cause que la pratique seule découvre. Aussi n'est-ce qu'après qu'ils auront été essayés et perfectionnés par un long usage, que les procédés de Port-Royal serontconsignés dans des ouvrages pour être livrés au public.

Nous allons voir ces principes généraux présider à tout le travail de réformation qu'entreprendront les solitaires.

Et d'abord, pour partir de Va b c, on avait été frappé à Port-Royal du temps que les enfants mettaient à apprendre à lire et de la peine que leur donnaient ces premiers commencements. Pascal crut en trouver la principale cause daus ce fait, que la méthode suivie d'ordinaire n'était rien moins que rationnelle, et il inventa la méthode qui porte son nom. Sa sœur Jacqueline qui, sous le nom de sœur Sainte-Euphémie, s'était faite religieuse à Port-Royal-des-Champs et y enseignait à lire, en fit l'essai (voir l'article Jacqueline Pascal). Plus tard, Arnauld en donna une exposition méthodique dans le sixième chapitre de la Grammaire générale.

L'usage était d'apprendre à lire dans des livres latins, et voici la singulière raison qu'en donnait encore, en 1G86, Fleury, dans son Traité des études : « On fait lire d'abord en latin, dit-il, parce que nous le prononçons plus coirme il est écrit que le français. » Il est vrai qu'il n'approuve qu'à demi cet usage et qu'il ajoute : « Mais je crois que le plaisir qu'aurait un enfant d'entendre ce qu'il lirait et de voir l'utilité de son travail l'avancerait bien autant; c'est pourquoi je voudrais lui donner bientôt quelque livre français qu'il put entendre. »• On pense bien qu'ici encore Port-Royal va rompre avec la coutume ; il préférera, pour l'enseignement de la lecture, les livres français aux livres latins; car, «comme les enfants entendent leur langue naturelle, ils comprendront avec bien moins de peine ce qu'ils liront en cette langue qu'en une autre dont ils n'ont encore aucune idée. »

Sans attacher une importance exagérée à la beauté de l'écriture, « car il ne faut faire état des choses qu'autant qu'elles peuvent servir à leur fin, et récriture n'ayant d'autre fia que la lecture

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ne doit être estimée qu'autant qu'elle rend la lecture facile », ou ne la négligeait pas pourtant. On accoutumait les enfants à écrire assez gros, à bien former et arrondir toutes leurs lettres, en y gardant toujours une juste proportion et en prenant garde à toutes les choses qui peuvent contribuer à rendre une écriture nette, lisible et agréable. Ou se servait de transparents « qui donnent le moyen de former ses lettres sur celles qu'on prend pour modèles ». On choisissait comme exemple quelque sentence de l'Ecriture ou quelque belle maxime de morale, dont les enfants puss'^nt se ressouvenir toute leur vie, et on leur y faisait remarquer comment les mots s'écrivent, ce qui leur apprenait en même temps l'orthographe ; « car il ne faut jamais négliger, quand on le peut, de joindre ensemble diverses utilités ». Il semble aussi, d'après une lettre de Fontaine, qu'on doive à Port-Royal l'usage des plumes de métal, qui ont fait gagner bien du temps aux élèves et leur ont épargné bien des petites misères.

Quand les enfants savaient lira et passablement écrire, on les mettait à l'étude du latin. Mais tandis que, dans l'enseignement public d'alors, cette étude se faisait en latin, à Port- Royal elle se faisait en français. Elle consistait en deux choses : l'étude de la grammaire et des règles et l'explication des auteurs.

Nicole, dans son Traité de l Education d'un prince, discute les principales opinions qui- se débattaient alors sur l'usage de la grammaire, et il se prononce contre ceux qui voudraient qu'on n'en eût point du tout, qu'on apprît le latin par l'usage, comme les lanRues vulgaires, et par la lecture des auteurs. «C'est, dit-il, obliger les enfants à apprendre cent fois ce qu'il leur eût suffi d'apprendre une fois. » Lancelot, à son tour, critique un procédé imaginé par le père Condren, le second supérieur de l'Oratoire, qui l'avait introduit au collège deJuilly, et que Richelieu regardait comme une invention très heureuse : il consistait à résumer les principales règles de la grammaire sous forme de tableaux que l'élève devait embrasser d'un coup dœil. Lancelot disait fort judicieusement « que de pareils tableaux sont plus utiles pour se rappeler ce qu'on a appris que pour apprendre ce qu'on ne sait pas ».

On mettait donc, à Port-Royal, une grammaire entre les mains des élèves et, tandis que le Despautère dont on se servait partout ailleurs était eu latin, cotte grammaire, composée par Lancelot, était en français. « Puisque le seul sens commun, dit-il, nous apprend qu'il faut toujours commencer par les choses les plus faciles, et que ce que nous savons déjà doit nous servir comme d'une lumière pour éclairer ce que nous ne savons pas, il est visible que nous devons nous servir de notre langue maternelle comme d'un moyen pour entrer dans los langues qui nous sont étrangères et inconnues. Proposer les premiers éléments d'une langue qu'on veut enseigner dans les termes mêmes de cette langue, n'est-ce pas supposer que l'élève sait déjà ce qu'on veut lui apprendre? » Et s il a cru devoir mettre ses règles eu vers français, c'est sans doute parce que le Despautère qu'il imitait, et qu'il voulait seulement éclaircir et abréger, les donnait en vers latins. Il croyait d'ailleurs que la mesure et la rime aideraient à les retenir.

Pour l'étude du latin, on ne débutait pas par le thème, quoique ce fût alors l'usage général, mais par la version. Ne croyant pas qu'il fût possible qu'un enfant écrivît en une langue qu'il ne savait pas et dont il avait seulement appris les régies, on mettait entre les mains des élèves des traductions d'auteurs faites à leur usage ; on les leur faisait lire plusieurs fois, on les leur faisait

même apprendre par cœur; et c'est alors seolenirnt qu'on les mettait dans la .'icture et l'explication du texte latin. Guidés par l'idée générale qu'ils avaient du sujet et bien aises de reconvibltre dans le latin qu'ils lisaient le français qu'ils avaient lu dt'^jà et qu'ils entendaient, ils se familiarisaient vite avec l'air et le tour des auteurs, et ils arrivaient, nous dit-on, à Tâ^e de dix ou douze ans, sans avoir subi les ennuis de feuilleter un dictionnaire, par des traductions orales, c'est-à-dire par des exercices vivants et animés, à avoir déjà beaucoup d'acquis.

C'est alors seulement qu'on les appliquait à écrire en latin et à faire des thèmes. Ces thèmes eux-mêmes n'étaient le plus souvent que la reproduction libre de ce qui avait été lu et expliqué. Il ne semble pas, du reste, qu'à aucun moment des études on pratiquât à Port Royal le thème tel que nous l'entendons aujourd'hui, c'est-à-dire la traduction exacte, littérale, d'un morceau français en latin ; on lui préférait les extemporalin. qui conduisaient plus vite l'élève à s'exprimer en latin ; et c'était là surtout le but qu'on visait. On évitait aussi, par cette méthode, l'inconvénient qu'il y a à faire traduire en latin des choses qu'un Latin n'a jamais dites.

On s'inspirait du même principe dans la traduction du latin en français, dont Le Maître avait rédigé les règles pour le jeune du Fossé. On ne cherchait point à y être précis, exact et littéral, comme nous le faisons aujourd'hui; maison s'essayait à bien rendre la pensée de l'auteur qu'on traduisait et à le faire parler en français, comme il eût sans doute parlé, s'il eût dû s'exprimer dans notre langue. « Il suffit que je ne fasse rien pensera Cicéron que ce qu'il a pensé, dit Guyot dans une de ses préfaces; mais il ne faut pas quo je le fasse parler comme il a parlé, c'est-à-dire que je le fasse parler latin avec des termes français; il faut que ceux qui me liront puissent, grâce à la traduction, entrer dans son sens, quoique l'ignorance de la langue leur en ferme l'entrée. »

L'exercice des vers latins était en grand honneur chez les jésuites; il était moins apprécié à Port-Royal, où l'esprit était plus sévère et où Ton cherchait moins à briller. On en usait pour ceux qui avaient des dispositions et auxquels il pouvait être utile; mais on en délivrait ceux qui y auraient; dépensé un trùViil stérile.

La lecture et l'explication des auteurs : tel était certainement le fond des études à Port-Royal. On la commençait de bonne heure, aussitôt que les enfants savaient les déclinaisons et les conjugaisons, avec les règles les plus générales de la syntaxe, et on la continuait sans désemparer jusqu'à la fin des études. En dehors des livres qu'on expliquait dans la classe, chaque élève avait un auteur à lire en son particulier, et il y avait un jour de la semaine destiné à faire la revue do ces lectures particulières.

Voici maintenant ce qui caractérisait surtout l'explication des auteurs.

La fin qu'on s'y proposait étant de faciliter aux élèves l'intellii^ence des textes, le maître n-^ négligeait rien pour le leur rendre accessible. L'explication était toujours précédée ou accompagnée d'un plan de l'ouvrage résumant les faits, et mettant chaque personnage dans son milieu, ainsi que de tous les renseignements historiques, gf^ographiques, mythologiques, « sans lesquels les élèves sont souvent bien empêchés ».

Avec les commençants on s'arrêtait aux mots plus qu'au sens de l'auteur, et l'on cherchait dans les textes qu'on expliquait l'application dos règles de la grammaire. Plus tard, on s'arrêtait davantage au sens et l'on ne se contentait pas de dire : a Ceci est bon, cela est mauvais ; mais ou et donnait les raisons.

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On exerçait beaucoup la mémoire des enfants; mais on ne voulait pas qu'ils apprissent rien par cœur qui ne fût excellent; « car les choses qu'on apprend par cœur sont comme des moules et des formes que les pensées prennent plus tard, lorsqu'on veut les exprimer; de sorte que, lorsqu'on n'en a que de bons et excellents, il faut, comme par nécessité, qu'on s'exprime d'une manière noble et élevée. »

Mais on s'essayait surtout à leur former le jugement, et pour cela on leur laissait une honnête liberté de demander l'éclaircissement de toutes les clioses qu'ils n'entendaient pas; on les prévenait même, quand ils étaient timides, en les interrogeant.

On ne craignait pas les digressions « qui vont quelquefois à quoique chose de plus utile que l'explication elle-même ». Mais c'était surtout la morale qui devait être l'objet principal de ces digressions. L'usage devant en être continuel, on croyait que l'étude aussi devait en être continuelle. « On ne saurait trop tôt la commencer, dit Nicole, parce qu'on ne peut trop tôt commencer à se connaître, et elle est d'autant plus commode que toutes choses peuvent y servir; car on trouve partout les hommes et leurs défauts. » Toutefois on avait soin que cela se fît d'une manière si proportionnée à l'âge des élèves et h la qualité de leur esprit, que non seulement ils n'en fussent pas chargés, mais même qu'ils ne s'en aperçussent pas. On tâchait qu'ils sussent toute la morale, sans savoir presque qu'il y eût une morale ni qu'on eût eu dessein de les en instruire, en sorte que, lorsqu'ils l'étudiaient plus tard dans le cours de leurs études, ils s'étonnaient d'en savoir par avance beaucoup plus que ce qu'on leur enseignait.

Enfin on habituait les élèves les plus avancés à faire des analyses de tout ce qu'ils lisaient et à composer des recueils des plus belles expressions et des plus belles pensées qu'ils y avaient rencontrées, de manière à s'en faire une petite bibliothèque portative. Chacun faisait ces remarques et ces extraits suivant la fin qu il se proposait. Nous en avons un spécimen dans les notes de Racine, qui nous ont été conservées. Evidemment, quand ils en étaient arrivés à un certain point, les élèves travaillaient surtout seuls : on se contentait de les diriger et de les guider. Ceci dut être particulièrement vrai pour la rhétorique et la philosophie (car on allait jusque-là avec ceux qui persévéraient). L'enseignement de ces matières plus élevées consistait essentiellement dans la lecture des auteurs qui en ont traité et dans les explications auxquelles cette lecture donnait lieu.

Conclusion. — Il reste à formuler un jugement sur le mérite des écoles de Port-Royal, sur les services qu'elles ont rendus et qu'elles auraient pu rendre, sur l'utilité que présente aujourd'hui pour nous l'étude de cette œuvre si tôt interrompue.

La célébrité des Petites Écoles fut grande. On peut, comme le fait remarquer Uacine, juger de leur utilité par les hommes de mérite qui s'y sont formés : «De ce nombre ont été les MM.Bignon, l'un conseiller d'Etat et l'autre premierprésidentdu grandconseil; M. de Harlay et M. de Bagnols, aussi conseiller d Eut, et le .élèbre M. Le Nain de Tilleniont, qui a tant édifié ''Église et par la sainteté de sa vie et par son grand travail sur l'histoire ecclés'asti lue. » Tl aurait même pu en citer encore d'autres qui le furent pas sans gloire; il aurait ))u surtout se citer lui-même, quoique des espriis comme le sien trouvent l'occasion de s(3 former j)aitout. Cependant il ne pouvait sortir do là une influence large et durable sur la société. Le système des Petites Ecoles ne pouvait être généralisé.

Elles-mêmes n'auraient pu durer sans subir de modification. Elles étaient un moyen terme entre l'éducation publique et l'éducation privée. Cet internat restreint, où un petit nombre d'élèves était enseigné par un groupe relativement nombreux de maîtres choisis, entraînait une dépense excessive d'argent et d'efforts. Ce fut comme un exemple, un modèle, un essai où l'on obtint des résultat.s exceptionnels, grâce à des circonstances particulièrement heureuses et qu'on ne pouvait réunir ailleurs. Si elles se fussent ouvertes à un plus prand nombre d'élèves, l'esprit originel se serait forcément modifié. L'action des maîtres devenant moins intime, moins constante, il eût fallu suppléer à cette action diminuée par la punition et par l'émulation. Et puis, comment aurait-on recruté les riiaîtres? Il fallait pour les écoles de Port-Royal des apôtres, et tous les temps n'en produisent pas également.

Si les jésuites firentàPort-Royal une guerre à outrance, les Petites Écoles sans doute ne furent point, comme on l'a dit, la cause de cette violence sans merci : habiles à discerner les conditions qui assurent le succès, ils devaient redouter peu une institution qui n'était pas capable d'agrandissement ni de durée. La Société de Jésus poursuivait dans Port-Royal autre chose : un esprit diamétralement opposé au sien, qui lui disputait l'empire des consciences et la direction des âmes. Ce qu'elle dut voir de plus mauvais œil dans les Petites Écoles, ce qui dut l'irriter comme une menace, ce sont les livres qui en sortirent et qui portaient au delà de cette maison étroite les méthodes nouvelles; c'est par là surtout que Port-Royal pouvait avoir inie influence sur les choses de l'éducation. Ces livres jetaient une lumière sur les méthodes des jésuites; ils en éclairaient les défauts ; ils pouvaient détourner de la Société la faveur publique, entamer cette renommée de grands éducateurs dont les jésuites étaient jaloux et qui était pour eux un instrument puissant de domination.

C'est par ses livres, en effet, que Port-Royal se survit; c'est par eux qu'il peut être utile encore. Les Petites Ecoles sont mortes; mais les livres composés pour les Petites Écoles offrent aujourd'hui encore aux hommes d'enseignement, placés dans des conditions si différentes, une matière féconde de méditations. Que d'inspirations encore nous pouvons y chercher! La critique, par exemple, qu'ils ont faite de la vie de collège et des éducations absolument privées reste toujours fondée; et c'est peut-être dans l'application de cette idée d'un nombre limité d'enfants réunis sous ia direction d'un bon maître (soit à l'intérieur de nos lycées transformés ad hoc^ soit dans leurs alentours) que se trouvera un jour la solution de cette question de l'internat, qui préoccupe tant aujourd'hui, et à juste titre, les meilleurs esprits. Et si l'on descend dans les détails de leur pratique d'enseignement, que d'idées justes ! Que de fois des citations empruntées à leurs livres (au Règlement des études d'Arnauld notamment) pourraient servir de considérants aux mesures et aux changements qu'un esprit nouveau a introduits dans nos programmes universitaires! Ajoutons qu'on y retrouve sur les sentiments dont le maîtie doit être animé à l'égard de ses élèves, sur la manière dont il doit se conduire envers eux, sur le soin qu'il doit mettre à développer chez eux les qualités solides de l'esprit, des choses que Rollin n'a peut-être pas dites avec la même force et des pages (lui resteront parmi les meilleures de la pédagogie française.

On consultera surtout sur Purt-Royal [Histoire de Povt-Hoynl de . Sainte-Beuve, en 6 volumes^ avec une table alphabéti(|ue et analytique des matières et des nouis, librairie Hachette (nouvelle édition, 1811). L'ouvrage qui reproduit le plus com-

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plètcraent et le plus fidèlement les idées de Port- Royal sur l'éducation est peut-ôtre celui de Coustel : Bèfjles (le l'éducation des enfants, 1G87, 2 vol. in-12. Malheureusement il n'a pas été réimprimé et il est aujourd'hui assez rare. [I. Carré].

POiiTALIS. — Joseph-Marie Portails (1778- 1859) était nis de Jean-Étienne-Marie Portalis, qui fut ministre des cultes et de l'intérieur de 1804 à 1807. Il remplit diverses fonctions, tant administratives que judiciaires, sous l'Empire et la Restauration, et en 1827 reçut le portefeuille de la justice dans le ministère Martignac. Ce fut en cette qualité qu'il présenta au roi le rapport en suite duquel fut rendue la première des deux célèbres ordonnances du 16 juin 1828 : cette ordonnance constatait que « parmi les établissements connus sous le nom d'écoles secondaires ecclésiastiques, il en existait huit qui s'étaient écartées du but de leur institution, en recevant des élèves dont le plus grand nombre ne se destinait pas à l'état ecclésiastique, » et que ces huit écoles « étaient dirigées par des personnes appartenant à une congrégation religieuse (les jésuites) non légalement établie en France » ; elle disposait que ces huit établissements seraient à l'avenir « sourais au régime de l'Université », et que désormais « nul ne pourrait être ou demeurer chargé soit de la direction, soit de renseignement dans une des maisons d'éducation dépendantes de l'Université ou dans une des écoles secondaires ecclésiastiques, s'il n'avait affirmé par écrit qu'il n'appartenait à aucune congrégation religieuse non légale.ment établie en France ». Portalis sortit du ministère en 1829, à l'arrivée au pouvoir de M. de Polignac. Il fut alors nommé premier président de la cour de cassation. Il prit sa retraite en 1852, et entra au Sénat, où il acheva sa longue carrière.

PORTES ET FI-INÊTRES (IMPOT DES). — Les écoles communales, ainsi que tous les bâtiments affectés à un service public, ne sont pas assujetties à la contribution des portes et fenêtres. Mais cette exemption ne s'étend pas aux personnes qui y sont logées. (Loi du 28 avril 1832, art. 27.) Les instituteurs communaux, comme les proviseurs, principaux, directeurs, censeurs, professeurs et autres personnes logées dans les établissements publics d'instruction, sont donc imposables pour les ouvertures de la partie des locaux qui sert à leur habitation personnelle.

[Ernest Cadet.] PORTIEZ. — Louis Portiez, né à Beauvais vers 1760, venait de se faire recevoir avocat à Paris lorsqu'il fut élu membre de la Convention nationale par le département de l'Oise. Il intervint à plusieurs reprises dans les discussions sur rinstruction publique : on a de lui un Discours sur L'instruction publique, très insignifiant, prononcé dans le débat qui eut lieu en décembre 1792; un discours intitulé Opinion sur les discours de Fourcroy, Bouquier et Thibaudeau (2 nivôse an II), da.MS lequel il proposa la création d'écoles de législation et de morale publique (V. Convention, p. 564), enfin une brochure traitant Des voyages et de leur utilité dans l'éducation (an 111). Elu ensuite membre des Cinq-Cents, il y présenta, dans la séance du 19 fructidor an VI, un rapport sur le Prytanée. Sous le Consulat, il fut d'abord membre du Tribunat, puis devint directeur des €coles de droit de Paris. Il est mort en 1810.

l'ORTrGAL. — I. Résumé historique, jusqu'en 1878. — La fondation du royaume de Portugal remonte à la première moitié "du xiie siècle Des cette époque il y avait des écoles dans quelques monastères. En 1288, le roi dom Denys fonda une université dont le siège fut d'abord Lisbonne ; transférée à Coïmbre en 1307, cette université cmigra à deux reprises, dans le courant du xiv« siècle, de Coïmbre à Lisbonne et vice versa, et

fut enfin définitivement réinstallée à Coïmbre en 1537. L'infant dom Henri le Navigateur créa vers 1430 à Sagres une académie nautique, de laquelle sortit cette léjrion d'illustres navigateurs portugaisauxquels onduttant d'importantesdécouvertesau xvo et au xvi* siècles. Durant Cîtte période où la puissance du Portu;.'al prit un si grand essor, les sciences et les lettres furent cultivées avec un certain éclat; citons, parmi les professeurs de l'université, le naturaliste Garcia de Horta, l'astronome Thomas de Torres, le mathématicien Pierre Nunes. Mais l'introduction de l'inquisition sous le règne de Jean III, et l'arrivée des jésuites en 1540, portèrent un coup fatal au dév' loppemont des études en Portugal non moins qu'à la prospérité matérielle du pays. Lesjésuiles fondèrent à Evora, dès 1559, une université à eux; et après la conquête espagnole en 1580, ils parvinrent à s'emparer aussi de la direction de l'université de Coïmbre,dont ils peuplèrent les chaires de leurs créatures et à laquelle ils firent imposer de nouveaux statuts. Un historien portugais, M. Coelho da Rocha, apprécie en ces termes les résultats de la double domination de l'inquisition et de la Société de Jésus: « L'inquisition causa les maux les plus graves. De sa conduite ténébreuse naquirent la méfiance et la dissimulation, qui devinrent le caractère habituel du peuple... L'influence des jésuites fut fatale aux lettres. Bientôt il ne fut plus permis de lire d'autres livres que ceux que les pères de la Compagnie avaient faits ou choisis. Il en résulta l'effacement et le manque d'émulation des hommes de talent; il en résulta que, tandis que les autres nations marchaient dans la voie de la science et du bon goût, le Portugal rétrogradait sensiblement. Les écrivains qui s'illustrèrent encore pendant le xvii« siècle ne furent que les fruits tardifs du siècle précédent. » La restauration de l'indépendance nationale par la dynastie de Bragance (1640) ne modifia pas cet état de choses, et l'on a pu dire que le Portugal dormit un sommeil de deux siècles, depuis la bataille d'Alcacer, où périt dom Sébastien, jusqu'au jour où l'énergique Pombal entreprit de doter son pays d'un système sérieux d'instruction publique.

On sait que le ministre Pombal, nourri des idées delà philosophie du xviiie siècle, fut le premier homme d'Etat qui osa porter la main sur la Société de Jésus : il chassa les jésuites du Portugal en 1759, et détruisit leurs établissements. Aussitôt après, il créa une direction générale des études qui donna une vie nouvelle aux études classiques ; il fonda à Lisbonne le collège des nobles et une école de commerce, réorganisa l'université de Coïmbre, et s'occupa également de rinstruc;ion du peuple, qui avait été totalement négligée jusqu'alors : l'ordonnance du 6 novembre 1772 fonda aux frais de l'Etat 440 écoles élémentaires dans le royaume et 15 dans les îles. Le nombre de ces établissements fut augmenté dans les années suivantes, et en 177!) il s'élevait à 720. Mais à la mort du roi dom Joseph, Pombal fut dis gracié et son œuvre détruite. Pendant quarante années, sous les règnes de Pierre III et de donha Maria, le Portugal resta stationnaire, tandis que TEurope entière subissait l'influence de la Révolution française. La révolution de 1820 marqua enfin un nouveau réveil. Le congrès national vota une constitution que le roi Jean VI dut accepter, et dont une disposition « garantissait l'instruction primaire à tous les citoyens » ; des écoles nouvelles furent créées, le traitement des instituteurs fut augmenté, une pension do retraite leur fut assurée. Mais dès Tannco suivante lo souverain foulait aux pieds la constitution jurée ; le décret du 18 décembre 1823 ferma toutes les écoles libres qui s'étaient ouvertes, et la loi du 25 juin 1824 abrogea la législation de 1820. Une seconde con-

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stitiitîon, en 182C, à ravènement de la reine donha Maria II, garantit de nouveau à tous les citoyens Tinstruction primaire gratuite ; mais la réaction dirigée par dom Miguel fit bientôt fermer un grand nombre d'écoles, et aucun progrès ne put être réalisé tant que dura la guerre civile, qui se prolongea jusqu'en 1834.

Lorsque le triomphe du parti constitutionnel permit d'inaugurer un régime libéral, une loi de 1835, due au ministre Rodrigo da Fonseca Magalhâes, organisa l'instruction publique : en ce qui concerne l'enseignement primaire, elle instituait des écoles normales, créait une inspection, augmentait les traitements du personnel enseignant et proclamait à la fois l'instruction obligatoire et la liberté d'enseignement. Une autre loi moins radicale fut substituée à celle-ci en 1836; mais ni l'une ni l'autre ne fut exécutée. C'est en 1844 seulement que fut promulguée une loi organique de l'instruction publique destinée à durer et à porter des fruits.

La loi de 1844, qui est restée en vigueur jusqu'en 1878, plaça à la tête de l'instruction publique un conseil supérieur, siégeant à Coïmbre, et présidé par le ministre de l'intérieur; elle ordonna qu'il y aurait un lycée dans toutes les capitales de district (comme l'avait déjà fait la loi de 1836) ; prescrivit la création d'écoles normales; divisa l'enseignement primaire en deux degrés ; laissa le traitement des instituteurs à la charge de l'Etat (c'était le système inauguré par Pombal), en y ajoutant un léger supplément à payer par les municipalités; prévit la création d'écoles de filles; confirma la gratuité de l'instruction primaire, et rendit la fréquentation de l'école primaire obligatoire de l'âge de sept ans à celui de quinze. Cette dernière disposition resta lettre morte. La liberté de l'enseignement fut maintenue.

Une école normale d'iostituteurs fut établie à Lisbonne. Abolie en 1868, le décret du 14 décembre 1869 la remplaça par cinq établissements du même genre placés dans les villes de Lisbonne, Coïmbre, Porto, Evora et Vizeu. Mais l'école de Lisbonne fut la seule qui fonctionna ; les quatre autres ne purent être ouvertes, les autorités des districts où elles devaient être placées n'ayant pas satisfait aux prescriptions de la loi.

En 1863 fut fondée à Lisbonne une école normale d'institutrices.

Le conseil supérieur de l'instruction publique dirigea de Coïmbre l'enseignement primaire pendant quinze ans, de 1844 à 1859; à cette dernière date fut créée, sous le ministère de M. Fontes Pereira de Mello, une direction générale de l'instruction publique auprès du ministère de l'intérieur,assistée d'un conseil consultatif; cette réforme facilita la marche de l'administration, mais n'apporta d'ailleurs aucun changement dans la situation des écoles et des maîtres. Des projets de loi sur l'instruction primaire, qui n'aboutirent pas, furent présentés en 1860, 1862 et 1867. Le gouvernement dictatorial qui exerça le pouvoir durant quelques mois en 1H70, à la suite du coup d'Etat du maréchal Saldanha, créa un ministère de l'instruction publique, et voulut réformer l'instruction primaire par la loi du 16 août 1870; mais les innovations de ce régime tombèrent avec lui, et jusqu'en 1878 les choses restèrent dans l'ancien état, sauf quelques améliorations de détail, comme une augmentation du traitement des instituteurs, accordée en 1875. Une école normale de district, c'est-à-dire établie aux frais des autorités d'un district avec une subvention de l'Etat, fut ouverte en 1876 à Angra do Héroïsme, dans l'île de Terçeira (Açores).

On trouve un exposé de l'organisation de l'instruction primaire telle qu'elle existait à la veille de la loi reformatrice de 1S78, dans une brochure

publiée en français par le gouvernement portugais à l'occasion de l'Exposition universelle de Paris. D'après cette publication officielle, les dépenses de l'Etat pour l'instruction primaire s'élevaient, au budget de 1877-1878, à 301 296 milréis, ou 1 673 870 francs (un milréis vaut 5 fr. 60 c); les gratifications accordées aux instituteurs et aux institutrices par les municipalités s'élevaient à52 0î0 milréis, ou 289 110 francs. La population du royaume, y compris les îles (les Açores et Madère), étant de 4 429332 habitants, le nombre des écoles officielles était de 2190 écoles de garçons avec 106 362 élèves, et de 608 écoles de filles avec 35 104 élèves; celui des écoles privées, de 705 écoles de garçons avec 30 COi élèves, et de 1007 écoles de filles avec 26 061 élèves. Le personnel de» écoles primaires publiques comprenait 2069 instituteurs et 533 institutrices.

Une réforme sérieuse de l'enseignement primaire a été accomplie par la loi organique du 2 mai 1878, œuvre d'un ministre libéral et patriote, mort depuis, M. Sampaio. Cette loi a remis aux municipalités l'administration des écoles primaires, qui depuis l'époque de Pombal était restée entre les mains du pouvoir central ; mais en même temps elle a créé une inspection destinée à faire sentir d'une façon efficace l'action de ce pouvoir partout où il est nécessaire. Elle a été complétée sur quelques points par la loi du 11 juin 1880. Il nous reste à exposer l'économie du système institué par ces deux lois, et la situation actuelle de l'instruction primaire en Portugal.

II. Lois de 1878 et de 1880. Situation actuelle de l'instruction primaire. L'enseignement secondaire et supérieur. — Matières d'enseignement. Obligation. Gratuité, Ecoles. — L'enseignement primaire se divise en deux degrés : élémentaire et complémentaire.

L'enseignement élémentaire comprend, pour les garçons : la lecture, l'écriture, les quatre règles avec des nombres entiers et des fractions, les éléments de la grammaire portugaise, les principes du système métrique décimal, les principes du dessin, la morale et la doctrine chrétienne; pour les filles, il comprend les mêmes matières, avec les travaux à l'aiguille en plus. Sont dispensés des leçons de doctrine chrétienne les élèves qui appartiennent à une autre religion.

L'enseignement complémentaire comprend, pour les garçons, les matières suivantes : lecture et récitation de prose et de vers ; calligraphie et exercices d'écriture; arithmétique et géométrie élémentaire et leurs applications les plus usuelles; grammaire et exercices de langue portugaise; système légal des poids et mesures; éléments de chronologie, de géographie et d'histoire portugaises; dessin linéaire et ses applications les plus communes ; morale et histoire sainte ; notior.s élémentaires d'hygiène; notions élémentaires d agriculture ; gymnastique ; chant choral ; droits 1 1 devoirs du citoyen. Pour les filles, les quatre dernières branches d'enseignement sont supprimées ; on leur enseigne en échange les devoirs d'une mère de famille, et divers ouvrages féminins, tels que la tapisserie, la fabrication de la dentelle et (les fleurs artificielles, la manière de prendre mesure et de faire un patron.

Trois ans après l'établissement des écoles normales prévues par la loi, et selon les conditions^ spéciales des ditrérentes localités, il pourra être ajouté, pour les garçons, à l'enseignement du preuiicr degré les branches suivantes : gymnastique, chant choral, notions élémentaires d'agriculture; et à l'enseifjnement du second degré : la comptabilité; les éléments de l'économie rurale, industrielle ou commerciale, selon les localités ; les rudiments de la physique, de la chimie et de l'histoire naturelle. Dans les écoles de filles, on pourra

PORTUGAT.

PORTUGAL

de mômo ajouter, au premier degré, la gymnastique et le chant choral; au second degré, l'économie domestique, le dessin d'ornement appliqué aux ouvrages dit femme, la comptabilité et les rudiments des sciences physiques et naturelles.

La fréquentation de l'école primaire élémentaire est obligatoire pour tous les enfants de six à douze ans. On trouvera à Tarlicle Obligation le détail des dispositions qui doivent assurer l'exécution de la loi sur ce point.

Les juntes de paroisses et les commissions d'encouragement sont tenues de fournir aux enfants indigents des vêtements, des livres et les autres choses indispensables pour (ju'ils puissent fréquenter l'école.

L'enseignement primaire est gratuit.

Les écoles primaires sont de deux catégories : les écoles d'enseignement élémentaire, et les écoles comprenant à la fois renseignement élémentaire et l'enseignement complémentaire. Dans tous les chefs-lieux d'arrondissement, une école au moins pour chaque sexe doit donner l'enseignement complémentaire.

Dans toute paroisse il doit y avoir, dans la règle, une école primaire élémentaire pour chaque sexe. Deux ou plusieurs paroisses peuvent se réunir pour entretenir en commun une école de l'un ou de l'autre sexe, pourvu que le nombre total des élèves ne dépasse pas soixante. A défaut d'écoles spéciales pour chaque sexe, il peut être établi une école mixte, où les élèves de sexe différent se rendent de deux jours l'un. Dans les grandes villes, il peut être établi, sous le nom d'écoles centrales, des écoles ayant un personnel de trois à quatre instituteurs ou institutrices.

Les municipalités qui subventionnent des écoles libres du premier ou du second degré, où l'enseignement est donné gratuitement aux élèves pauvres, sont dispensées d'entretenir une école publique.

Dos cours du soir pour les adultes doivent être établis par les municipalités.

Dans les localités où les circonstances s'opposeront à la création immédiate d'une école, les municipalités] doivent établir des cours temporaire?, dont la durée ne sera pas inférieure à six mois.

Les municipalités doivent organiser des commissions d'encouragement [commissoes promotoras de beneficencia e ensino) qui veilleront à la fréquentation régulière des écoles, viendront à l'aide des élèves indigents, accorderont des prix aux meilleurs élèves, etc.

Personnel enseignant. — Les instituteurs et institutrices (qui portent le titre de professores et pro (essoras) sont nommés par le conseil municipal, sur la proposition de la junte scolaire locale, par voie de concours sur titres.

Pour pouvoir être nommé soit instituteur [professer), soit adjoint [ajudmite), il faut être muni du brevet de premier ou du second degré, selon récole. S'il ne se présente aucun candidat diplômé, l'enseignement peut être confié à titre provisoire à un candidat non pourvu du brevet. La première nomination des instituteurs et institutrices est toujours temporaire, et ne peut devenir définitive qu'après trois ans de bons services.

Les traitements se composent de trois éléments : traitement fixe, gratification de fréquentation , et gratification d'examen.

Pour les écoles élémentaires, les traitements minima des instituteurs de l'un et de l'autre sexe sont les suivants : traitement fixe, 100 milréis dans les communes rurales, 120 milréis dans les communes urbaines, et 150 milréis à Lisbonne et à Porto ; gratification de fréquentation, 50 réis (environ 2a centimes) par mois et par élève qui aura assisté aux cinq sixièmes des classes; grati-

fic-ition d'exarneri, 1 milréis par élève qui aura subi avec succès l'examen final.

Pour les écoles complément'»ire8, les traitements fixes minima sont de 180 milréis '200 mil réis à Lisbonne et à Porto): le chiffre des gratifications de fréquentation et d'examen est le môme.

Tous les six ans, les instituteurs et les institutrices recevront une augmentation d'un quart du traitement.

Les adjoints et adjointes reçoivent, dans l'enseignement élémentaire, 45, 60 et 75 milréis ; dans l'enseignement complémentaire, 70 et 90 milréis, selon l'importance des communes. Ils touchent en outre la moitié de la gratifination pour les élèves qui excèdent le chiffre de soixante.

Les pensions de retraite sont égales au chiffre total du traitement après trente ans de services; à la moitié après vingt ans, au tiers après quinze ans de services.

Examens. — Chaque année ont lieu, devant des juges spéciaux, des examens destinés à constater les connaissances des élèves qui ont achevé les cours d'enseignement primaire du premier et riu second degré. Le certificat d'études primaires du degré complémentaire donne droit à ladmission dans les lycées sans examen nouveau.

Ecoles normales. — Les écoles normales sont de deux classes : celles de première classe, à Lisbonne et à Porto, préparent des instituteurs et institutrices de l'enseignement complémentaire; celles de seconde classe, qui devront être au nombre de dix au moins, préparent le personnel de l'enseignement élémentaire. Les traitements du personnel enseignant sont à la charge de l'Etat; les autres dépenses restent à la charge des districts respectifs; ces traitements sont, dans les écoles de première classe, de 400 milréis pour les maîtres et 300 milréis pour les maîtresses ; dans celle de seconde classe, de 300 et de 240 milréis respectivement.

Inspection. — Le royaume est divisé en douze circonscriptions d'inspection scolaire, dix pour le continent et deux pour les îles. Dans chaque circonscription, il y a un inspecteur nommé et rétribué par le gouvernement. Le traitement des inspecteurs est de 400 à 500 milréis, plus des gratifications variables. Les circonscriptions sont divisées en cercles, placés chacun sous la surveillance d'un sous-inspecteur nommé et rétribué par le gouvernement, avec un traitement de 240 milréis, plus une gratification annuelle. Dans chaque chel-lieu d'arrondissement, il y a une junte scolaire de trois membres, nommée par les conseils municipaux ; dans chaque paroisse, un délégué paroissial nommé par la junte .scolaire.

Dépenses de l'instruction primaire. — Les traitements des instituteurs et institutrices, adjoints et adjointes, sont à la charge des conseils municipaux, ainsi que le logement du personnel enseignant, la maison d'école et le mobilier scolaire.

L'Etat, qui jusqu'en 1878 avait payé directement les instituteurs, se borne à accorder des subventions aux municipalités dont les ressources sont insuffisantes.

Les écoles normales, comme nous l'avons vu, sont entretenues à frais communs par l'Etat et les districts.

Renseignements statistiques. — C'est seulement à la date du !«' juillet 1881 que la nouvelle législation a été mise complètement en vig eur. et que l'administration des écoles primaires a passe du pouvoir central aux conseils municipaux. A co moment le nombre des instituteurs était d. 2 4^2, celui des institutrices de 848 ; bi instituteurs et 43 institutrices seulement avaient pas>o par une école normale.

Voici les chiffres officiels relatifs à l année scolaire 1883-1 88 i :

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