‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 291 sur 573 · PRIMES · texte numérisé non relu

PRIMES

vraie, c'est l'embarras très grand où nous met, nous pères et mères du xix^ siècle, le conflit intérieur entre nos idées rationalistes et nos sentiments religieux. Il était très simple de dire aux enfants : « Priez, » quand on pouvait de bonne foi répondre à toutes leurs questions sur Dieu, sur ses attributs, sur l'âme, sur le libre-arbitre et la providence, sur l'avenir et sur le passé de chaque homme et de l'humanité. Tout cet ensemble de doctrines, dont chacune peut-être était bien faible, mais toutes fortement liées, donnait une sorte de solidité aux réponses des parents et à leur conclusion pratique: Priez! Aujourd'hui nous n'avons plus cette force, et il ne dépend pas de nous de feindre qu'il n'y a rien de changé. Idées, langage, croyances, impressions, tout a pris une autre allure : les hommes de nos jours n'affirment plus avec cette imperturbable assurance dogmatique, ceux du moins qui se sont détachés des croyances traditionnelles et qui, reconnaissant la souveraineté de la raison et de la conscience, les opposent aux prétentions de toutes les églises et de toutes les orthodoxies. Beaucoup de points réputés jadis clairs ou du moins incontestables nous laissent des doutes aujourd'hui, et la probité veut que nous le confessions même devant nos enfants.

De là notre scrupule à nous servir avec eux de certaines formules qui pour eux sont des images toujours fraîches, simples, vives, pleines de sens et de charme, mais qui pour nous sont aussitôt doublées d'un dogme qui nous arrête, d'un article de credo que nous refuserions de signer. De là enfin la conséquence à laquelle nous nous laissons dériver peu à peu, malgré nous, de renoncer à la prière, à la prière de famille et à la prière individuelle de l'enfant : « Plutôt, disons-nous tout bas si nous ne le proclamons, plutôt ne pas prier que prier avec des mots ou avec des arrière-pensées et surtout avec des doubles sens avoués ou inavoués. » C'est un reste de catholicisme dogmatique qui nous poursuit jusqu'au sein du protestantisme ou de la libre pensée; nous finissons par admettre, qu'avant de prier il faut avoir une suite bien ordonnée de notions théologiques bien précises : pour prier Dieu, il faut bien savoir qui est Dieu, il faut bien croire à sa personnalité, etc. C'est là le sophisme théologique qui fait tant de mal à la vraie religion.

Non, prier, ce n'est pas souscrire à un formulaire; prier, ce n'est pas savoir; prier est un mouvement de l'âme aussi complexe, mais aussi naturel que rêver, qu'espérer, qu'aimer. On prie comme on pleure ou comme on chante, sans pouvoir rendre compte de tout ce qui justifie le chant ou les pleurs, de tout ce qu'ils présupposeraient logiquement.

Dégageons-nous donc et de la prière dogmatique et de la prière scolastique et de la prière mystique : il nous restera, pour nous et pour nos enfants, la prière humaine, la seule éternellement vraie et bonne. Laissons les diverses communions enseigner et perpétuer suivant leurs rites les formes hiératiques de la prière confessionnelle telle qu'elles la conçoivent, mais gardons pour l'éducation de la famille la prière qui convient à l'enfant et à l'homme sans distinction de lieu, de temps ni de culto, celle qui jaillit du cœur et qui l'inonde d'un flot de pensées, d'espérances, de joies, de saintes résolutions; celle qui élève l'âme sans l'exalter, qui la calme sans l'endormir, qui fait rêver, mais pour mieux agir; celle qui est un chant, mais un chant de vie et de courage, un soupir, mais suivi d'un élan, un appel à Dieu mais aussi un effort de l'homme; celle enfin qui ouvre à chacun au fond de lui-même une sorte de sanctuaire où il se ressaisit et ressaisit Dieu, à sa manière : humble et délicieux sanctuaire sans prêtre et sans autel, sans dogme et sans miracle, où

Tâmo se retrempe, où la conscience s'affine, où la volonté s'affermit, où l'orgueil se fond, où la raison écoute parier le cœur, où l'homme s'aperçoit qu'il est homme et se souvient de l'invisible; d'où nul n'est sorti une seule fois sans avoir été remué d'une émotion qui ne se confond avec aucune autre et sans avoir entendu résonner profondément en lui-même un mystérieux sursum corda !

PRIEUR DE LA COTE-D'OR.— Né à Auxonne en 1763, mort à Dijon en 1832. Officier du génie, comme son ami Carnot, et auteur de divers travaux relatifs à l'application des sciences physiques à l'agriculture et à l'industrie, il fut élu en 1791 membre de l'Assemblée législative par le déparlement de la Côte-d'Or, et réélu ensuite comme député du même département à la Convention, où il siégea sur les bancs de la Montagne. Il avait fait partie du comité d'instruction publique de la Législative; à la Convention, il fut membre du comité de salut public, d'août 1793 jusqu'après le 9 thermidor, et s'y occupa surtout de la fabrication des armes et du matériel do guerre. Il prit une part active à la fondation de l'Ecole centrale des travaux publics, devenue l'Ecole polytechnique. Membre du Conseil des Cinq- Cents de 1795 à 1798, il rentra dans la vie privée après le 18 brumaire. On a de lui un Rapport sur l'École centrale des travaux publics (messidor an III) et plusieurs travaux relatifs au système décimal des poids et mesures.

PRIEUR DE LA MARNE. — Né en 1760, mort à Bruxelles en 1817. Avocat avant la Révolution, il fut élu député aux Etats-généraux par le tiersétat de Châlons-sur-Marne, et en 1792 fut envoyé à la Convention par le département de la Marne. Il entra au comité de salut public en juin 1793,. en sortit après le 9 thermidor, y fut de nouveau appelé en vendémiaire an III, mais fut bientôt définitivement mis à l'écart par la réaction. Proscrit en prairial an III, il resta caché jusqu'à l'amnistie de brumaire et rentra ensuite dans la vie privée. Il fut banni de France en 1816 comme régicide. Il avait, en 1791, présenté à l'Assemblée constituante un Rapport sur l'établissement des sourds-muets. Le 15 septembre 1793, il prit part à la discussion soulevée dans la Convention par la célèbre pétition du département de Paris, et ce fut sur sa proposition que la Convention décida d'étendre à toute la France les trois degrés d'instruction qu'elle venait de décréter pour Paris. (V. Convention, p. 542.)

PRIMAIRE (ÉCOLE). — V. Écoles primaireSy p. 781.

PRIMAIRE (ErvSElGlNT.ME^T). — V. Enseignement primaire.

PRIMES. — Le système de primes accordées, par l'Etat aux écoles primaires, à proportion du nombre des élèves qui fréquentent régulièrement l'école et qui passent un examen satisfaisant dans les diverses branches du programme, est usité en Angleterre, où il porte le nom de payment ôi/ results (paiement d'après les résultats). C'est en 1862 que M. Lowe, alors chef du département d'éducation, fit de ce système la base du Code scolaire publié cette année-là sous le nom de Revised Code; et depuis, malgré les réclamations du personnel enseignant et des écrivains pédagogiques, le principe du payment by residts a toujours été maintenu par le gouvernement, quel que fût le parti au pouvoir. En 1883, M. Mundella a introduit dans le Code scolaire une disposition destinée à atténuer dans une certaine mesure les inconvénients du « paiement d'après les résultats » ; il a décidé la création, sous le nom de merit grant,, d'une prime spéciale accordée à toute école sur laquelle l'inspecteur aura fait un rapport favorable, indépendamment de la propor-

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