‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 292 sur 573 · PRINCES (ÉDUCATION DES) — 2435— PRINCES (ÉDUCATION DES · texte numérisé non relu

PRINCES (ÉDUCATION DES) — 2435— PRINCES (ÉDUCATION DES

« Je suis de l'avis de Plutarque qu'Aristote n'amena pas tant son grand disciple à l'artifice de composer syllogismes, ou aux principes de géométrie, comme à l'instruire des bons préceptes touchant la vaillance, prouesse, magnanimité et tempérance, et l'asseurance de ne rien craindre. Et avec cette munition, il l'envoya encore enfant subjuguer l'empire du monde... Les aultres arts et sciences, dit-il, Alexandre les honorait bien et louait leur excellence et gentillesse, mais pour plaisir qu'il y prinst, il n'était pas facile à se laisser surprendre à raflfection de les vouloir exercer. »

A Rome, sous l'empire, Néron grandit entre l'intègre Burrhus, son précepteur militaire, et Sénèque, son professeur de philosophie et d éloquence. On sait la suite : Néron couronne ses crimes par le meurtre de Sénèque, dont la mort stoique est encore ennoblie par le dévouement de sa femme Pauline. Burrhus était mort avant lui, non sans soupçon d'empoisonnement.

Marc-Aurèle est l'idéal du prince-disciple. Sa reconnaissance pour ses maîtres éclate dès la première page des Pensées. Parmi eux, le rhéteur Fronton tient le premier rang. C'est un honnête homme que cet Africain de Cirta (Constantine). Il vit et il meurt pauvre après avoir eu deux empereurs pour disciples. Il écrit à Antonin, qui vient de disgracier un de ses amis : « Je ne suis pas de ceux qui renient l'infortune et fuient les amitiés contractées en des temps meilleurs. » Pardonnons-lui sa rhétorique creuse et mesquine en faveur de son âme qui fut grande et pure. Aussi comme il est aimé de Marc-Aurèle! quelle confiance et quel respect! « Quel bonheur pour moi d'avoir un tel maître ! — Vous ne cessez de me guider dans le chemin de la vérité ! — J'ai senti, grâce à Fronton, tout ce que le cœur d'un tyran cache d'envie, de duplicité, d'hypocrisie, et combien, chez les grands, il y a peu de place pour les sentiments généreux. » Outre ces témoignage?, Fronton reçut de Marc-Aurèle le titre de consul, avec une statue. Les lettres de l'empereur au rhéteur portent cette suscription : « Marc-Aurèlo César à son illustre consul et maître. »

En France, à partir du xyi" siècle, c'est une préoccupation de la royauté de donner à l'héritier de la couronne une instruction digne de ses destinées. La vogue est d'abord aux humanistes et aux traducteurs. C'est Lefebvre d'Etaples, traducteur de la Bible, qui reçoit de François I^r l'éducation d'un de ses fils, puis Danès, l'élève de Lascaris et de Budô, chargé d'instruire François II; enfin Amyot, précepteur des deux derniers Valois. Un mot sur son préceptorat. Traducteur de Diodore de Sicile et simple abbé de Bcllozunne, Amyot a été désigné à la confiance de Henri H par le cardinal de "Tournon. Brantôme, qui ne l'aime pas, reconnaît qu'il a « bien nourry ce brave roi Charles IX», que ce prince lui doit le <i bon, orné et éloquent parler » dans lequel il excellait. Il refuse toutefois au fils du boucher de Melun ie mérite d'avoir communiqué à son élève « la grâce (du discours), la façon belle, le geste brave ». Il en fait honneur, ainsi que de la générosité, à M. de Cipierre, gouverneur du prince. Mais par dessus tout, Brantôme loue Amyot d'avoir élevé le roi « fort catholiquement », par la lecture et l'explication de l'évangile. Plutarque eut sa part dans cette éducation royale. La traduction, par Amyot, des Vies des hommes illustre^ parut on 156U, avec dédicace à Henri II. Il est vrai que la môme année paraissait la Paslorole des amours de Daphiiis et de Chloé, traduite de Longus : ce xvic siècle a des mœurs qui lui sont propres. Les biogrophies charmèrent Charles IX, qui ne voulait, dit Amyot, « lire un autre livre ». La traduc tion des Œuvres morales parut en lôT'J, avec dédicace à Charles. 1672, c'est la date de la Saint-

tion plus OQ moins élevée des succès d'examen : c'est une manière de récompenser le zèle de l'instituteur, quels que soient les résultats.

En vertu du Code scolaire révisé par M. Mundella, qui est entré en vigueur en 1883, la distribution des primes aux écoles anglaises se fait actuellement sur les bases suivantes:

10 Pour chaque élève fréquentant l'école (en prenant pour base de calcul la fréquentation moyenne) , il est payé à l'école 4 shillings 6 pence.

2° Une seconde somme de 1, 2 ou 3 shillings par élève est payée suivant que l'inspecteur aura signalé l'école comme passable, bonne ou excellente ; c'est le merit grant.

3» Pour l'enseignement des travaux à l'aiguille, 2 shillings par élève (en prenant pour base de calcul la fréquentation moyenne des filles seulement).

4° Pour l'enseignement du chant, 1 shilling par élève si ceux-ci ont appris à lire la musique ; 6 pence s'ils chantent seulement de mémoire.

5° Pour l'enseignement des branches élémentaires obligatoires (lecture, écriture, calcul), autant de pence qu'il y aura d'unités dans le chiffre du pourcentage des examens satisfaisants : c'està-dire que si la proportion des élèves qui ont réussi à l'examen est de 75 pour 100, le grant sera de 75 pence par élève, en prenant pour base du calcul le chiffre de la fréquentation moyenne.

6° Pour chaque branche facultative enseignée comme class subject, de 1 à 2 shillings par élève, selon que le rapport de l'inspecteur sera plus ou moins favorable (il ne peut être enseigné que deux class subjects au plus dans chaque division de l'école).

7° Pour chaque branche facultative enseignée comme spécifie subject (c'est-à-dire enseignée non à une classe entière, mais à un ou plusieurs élèves), 4 shillings pour chaque élève qui aura passé un examen satisfaisant.

La moyenne des primes obtenues, avec le système du code Mundella, a été d'environ 16 shillings par élève pour l'année 1883-1884.

PRINCES (ÉDUCATION DES). —De tout temps l'éducation des princes fixa l'attention des philosophes et des politiques, nulle part plus constamment que dans les pays de monarchie absolue. Là, toutes les fortunes dépendent du prince, et la conduite du prince dépend de l'éducation qu'il a reçue. Aussi voyons-nous en France, dès la renaissance des lettres, l'idée de l'éducation royale occuper dans les esprits la même place qu'y tient aujourd'hui le soin de l'éducation populaire. Depuis Rabelais jusqu'à M^^ de Genlis, on compterait une centaine d'écrivains ayant, à des points de vue divers, traité cette importante matière (V. à la fin de l'article les indications bibliographiques). Quand un sujet s'empare si fortement de l'attention d'un peuple, qu'il inspire des écrivains comme Bossuet, Nicole, Fénelon, Gondillac, c'est plus qu'un lieu commun, et il vaut la peine de s'y arrêter.

Passons en revue, dans l'antiquité d'abord, ensuite en France, les plus célèbres éducations royales.

En Grèce, c'est celle d'Alexandre, fils de Philippe. Son précepteur Aristote ne le reçut pas de première main. Il le garda de treize à dix-sept ans. D'après les témoignages anciens, il paraît s'être appliqué à mettre en équilibre, chez son disciple, l'instruction scientifique et l'instruction littéraire. La poésie ne fut pas sacrifiée, témoin cette édition d'Homère révisée par Aristote et qu'Alexandre portait partout avec lui. Quant au côté pratique et au côté moral de cette éducation, on sait le jugement qu'en a porto Plutarque, cité par Montaigne :

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