TAUX
On voit par ce tableau que le nombre des diplômes délivrés (344) se répartit à peu près également (174 pour les hommes et 170 pour les femmes) entre les aspirants et les aspirantes, et que par suite les écoles normales d'instituteurs et celles d'institutrices ont bénéficié de l'institution du certificat dans une proportion sensiblement la même. On voit aussi que le nombre des diplômes délivrés dans l'ordre des lettres est un peu plus élevé que celui des diplômes de l'ordre des sciences (176 contre 168); que le nombre des femmes diplômées dans l'ordre des lettres est supérieur de 10 à celui des hommes {9-i contre 83) ; qu'au contraire le nombre des hommes diplômés dans l'ordre des sciences dépasse de 14 (91 contre 77) le nombre des professeurs femmes du même ordre d'enseignement, d'où cette conclusion, qui n'est pas pour surprendre, que les hommes réussissent généralement mieux dans les études scientifiques et les femmes dans les études littéraires.
De tels résultats, appréciés dans leur ensemble, sont de bon augure pour l'avenir, et l'on peut prévoir .e jour où, malgré la porte que le certificat d'aptitude ouvre sur la direction et l'inspection, il n'y aura plus dans les écoles normales primaires que des maîtres et des maîtresses pourvus du titre envié de professeur. 11 est certain que ce jour-là un grand progrès aura été réalisé et que l'enseignement des écoles normales sera renouvelé au grand profit de l'enseignement dans les écoles primaires. [E. Jacoulet.l
V. au Supplément, article neglements organiques, le programme de l'examen du professorat tel que l'établit 1 arrêté du 18 janvier 1S87.
PROFESSIOIVINEL (E.\SEIGrM:MI KT). — Ce mot a été employé en France avec deux significations diff"érentes : tantôt il a servi à désigner, — et c'est le sens qui paraît le plus naturel, — renseignement technique préparant à l'exercice d'une certaine profession ; tantôt, au contraire, on a appelé de ce nom un enseignement qui n'a rien de technique, l'enseignement général qui convenait aux élèves se destinant aux diverses profes-
sions du commerce et de l'industrie, par opposition à l'enseignement classique.
Résumons le plus brièvement possible les faits historiques qui se rattachent à l'une et à l'autre de ces significations.
Dès le xviiie siècle, on avait commencé à sentir lo besoin de créer, à côté des collèges classiques et au-dessus des petites écoles, des établissements destinés, soit à enseigner l'apprentissage d'un métier, soit à donner certaines connaissances générales propres à préparer les commerçanis, les agriculteurs, les industriels à l'exercice de leur profession. Citons, parmi les tentatives faites à cette époque, le pensionnat de Saint-Yon (V. La Salle^ p. 1518), l'école d'arboriculture fondée par Moreau * de la Rochette, l'école de Popincourt, dirigée successivement par HerbaulL*et le chevalier Pawlet *, l'école de Liancourt fondée par le duc de La Rochefoucauld *. Pendant lépoque révolutionnaire, un décret, rendu à la suite d'une pétition des autorités constituées et des sociétés populaires du département de Paiis (15 septembre 1793), ordonna qu'au-dessus des écoles primaires il y aurait trois degrés progressifs d'instruction : « le premier pour les connaif'sances indispensables aux artistes et ouvriers < e fous les genres; le second pour les connaissai;cvs ultérieures, nécessaires à ceux qui se destine t aux autres professions de la société; et e troisième pour les objets d'instruction doit l'étude difficile n'est pas à la portée de tois les hommes ». Ce décret fut rapporté le lendemain ; la partie relative aux écoles destinées « aux artistes et ouvriers » avait été surtout vivement critiquée; Cambon avait dit : a On veut encoie nous faire croire qu'on ne peut bien faire un soulier que le compas à la main et dans une académie, tandis que les souliers ne doivent être faits que dans la boutique d'un cordonnier. »
M. Duruy (dans VInstruclion du 2 octobre 1863, relative à l'enseignement professionnel des lycées impériaux) dit que a l'enseignement professionnel, institué par le décret du 15 septen bre 1793, fut organisé dans les écoles centrales par celui du 7 ventôse an III; qu'il fut restreint par la loi du 11 floréal an X et détruit par le décret du 17 mars lb08, qui supprima les écoles centrales. » Nous venons de voir que le décret du 15 septembre 1793 n'a vécu qu'un jour. Quant aux écoles centrales, l'enseignement qu'elles dc;vaient donner et qu'elles donnèrent ne fut point l'enseignement professionnel, même au sens très large où M. Duruy entend ce mot; ce fut un enseignement universel, embrassant l'ensemble des connaissances humaines, y compris les langues anciennes, les belles-lettres, l'histoire et la législation (V. Ecoles centrales). Les écoles centrales furent supprimées par la loi du 11 floréal an X (le' mal 1802); quand vint le décret du 17 mars 1808, il y avait six ans déjà que les lycées avaient pris leur place.
Mais si les écoles centrales n'ont pas été des établissements d'enseignement professionnel, ni au sens large de l'expression, ni, à plus forte raison, au sens restreint, cet enseignement ne fut-il donné nulle part, de 1793 jusqu'à la fin de l'empire ? Oui, il eut ses établissements spéciaux : ce furent, d'abord, l'école nationale de Liancourt *, organisée en 1795 sous la direction de Crouzet*; puis le Prytanée * de Compiègne, transformé en 1803 en école d'arts et métiers, et auquel fut réunie l'école de Liancourt (cette école de Compiègne fut transférée en 1806 à Châlons) ; et l'école d'arts et métiers de Beaupréau, créée en 1812 (Irans^férée en 1815 à Angers).
La Restauration conserva les deux écoles d'arts et métiers ila troisième, celle d'Aix, ne fut créée qu'en 18 i3). En outre, elle institua dans les col-