‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 318 sur 573 · RAUMER · texte numérisé non relu

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toutes les étroitesses de l'église à laquelle il se rattache. Mais on ne saurait méconnaître chez lai un certain nombre d'idées justes et neuves, dont une partie doit ôtre attribuée à l'influence do la philosopliie do Bacon. Sa doctrine pédagof^ique peut se résumer dans les aphorismes suivants, extraits de ses ouvrages :

1° Il faut suivre en tout l'ordre de la nature. Il existe un certain ordre naturel suivant lequel l'intelligence de l'homme saisit les choses; cet ordre doit être observé dans l'enseignement.

2° Il ne faut faire qu'une chose à la fois. On ne •doit passer à une nouvelle étude qu'après avoir achevé celle dont on s'occupe. Pour chaque langue, il faut s'en tenir à la lecture d'un seul auteur, qu'on étudie à fond et qu'on n'abandonne que lorsqu'on le possède entièrement.

3° Il faut répéter souvent la même chose. On ne peut se figurer à quels résultats il est posbible d'atteindre par la répétition fréquente d'une seule chose. De là cette règle, qu'il faut tous les jours •s'occuper d'un seul et même sujet, dans toutes les leçons, matin et soir, jusqu'à ce que la répétition 0:11 ait donné à l'intelligence l'entière possession. — Ce précepte et le précédent rappellent certains paradoxes de Jacotot. •

4° Il faut commencer par la langue maternelle. Et non seulement l'étude approfondie de la langue maternelle doit précéder celle des langues étrangères, mais c'est dans la langue maternelle que doivent être écrites les grammaires latine, grecque, hébraïque. — Cette reconnaissance du rôle qui doit appartenir à la langue maternelle, à une époque où toutes les études se faisaient en latin, «st un des principaux mérites de la pédagogie de Ratichius, qui sur ce point s'est peut-être inspiré <Je Ramus*.

5° Tout doit se faire sans contrainte. « On ne doit pas frapper les enfants pour les faire étudier. Par la contrainte et les coups on rend l'étude haïssable aux enfants. Cela est aussi contraire à la nature. Car on a coutume de battre les enfants parce qu'ils n'oiu pas retenu ce qu'on leur a enseigné; mais si tu les avais enseignés de la bonne manière, ils auraient retenu ton enseignement, et tu n'aurais pas besoin de les battre. Les faire pâtir de ton ignorance, et de ce que tu n'as pas su employer à leur égard la bonne méthode d'enseigner, c'est une criante injustice. L'esprit humain est ainsi fait, qu'il doit saisir avec plaisir ce qu'il doit retenir; mais par ta colère et tes coups tu ne fais que tout gâter. En ce qui concerne les mœurs et la vertu, c'est autre chose : là le châtiment est nécessaire, car la folie est dans le cœur de l'enfant, mais la verge l'en corrigera, comme le dit Salomon. » Et ailleurs on lit, au sujet de la discipline : « Le maître ne doit qu'enseigner : la discipline est l'affaire du scolarque; de cette manière l'élève n'aura pas de ressentiment contre son maître, mais s'attachera à lui de plus en plus, ce qui est très essentiel pour l'enseignement. » — Une pareille doctrine devait scandaliser les partisans de l'orbilianisme ; et l'on comprend qu'en la voyant appliquer, ils se soient récriés et aient dénoncé une discipline si relâchée.

^ 6° Il ne faut rien apprendre par cœur. En effet, c'est faire violence à l'intelligence que de l'obliger à s'attacher à des mots; aussi remarque-t-on que celui qui a l'habitude d'apprendre beaucoup par cœur, diminue ainsi son intelligence et la vivacité de son espi'it. Ce procédé d'ailleurs est inutile et peut être remplacé par de meilleurs moyens : car lorsqu'une chose a été bien imprimée dans l'intelligence par la fréquente répétition, la mémoire s'en saisit d'elle-même sans aucun effort.

7° Il faut que les enfants aient de fréquentes récréations. Après chaque heure de leçon il faut une pause pour laisser aux élèves le temps de reprenl" Partie •

drc haleine. — A Kothen, l'un des griefs relevés contre liatichius, c'est que les récréations (£'r//MicA;slunilen) étaient très nombreuses.

8" Il faut de l'uniformité et de l'harmonie en toutes choses. C'est-à-diro que dans r«mseignement des langues, des arts et des sciences, la méthode d'enseignement doit ôtre la même et que les livres doivent être conçus d'après un même plan. Ainsi la grammaire allemande doit concorder avec la grammaire hébraïque et grecque, autant que les particularités des langues le permettent. C'est un secours précieux pour l'intelligence: cela permet de voir, par exemple, en quoi les langues s'accordent et en quoi elles diffèrent.

9° Il faut d'abord montrer la chose môme, avant que d'enseigner la manière d'être de cette chose. En d'autres termes, les règles ne doivent venir qu'en dernier lieu, après que l'élève connaît l'objet auquel s'appliquent ces règles; ce qui signifie, pour l'étude d'une langue : le vocabulaire d'abord (c'est-à-dire la lecture d'un auteur), la grammaire ensuite.

10° Tout par l'expérience et par l'induction {Per inductionem et expevimentum omnia). On ne doit admettre aucune règle ni aucun principe qui n'ait été soigneusement éprouvé et reconnu juste, sans s'occuper de ce que peuvent avoir écrit ou pensé les autres à ce sujet : car on ne doit rien fonder sur une autorité. L'autorité pure et simple n'a aucune valeur, s'il n'y a pas de bonnes raisons pour l'appuyer; la coutume et la tradition ne méritent point non plus d'être prises en considération^ car elles n'apportent aucune certitude.

Telles sont les idées qu'avait essayé de faire adopter aux écoles allemandes, cent cinquante ans avant Basedow — avec lequel il offre plus d'une ressemblance — , ce disciple de Bacon qui écrivait en tête de ses livres cette fière épigraphe : Vetustas cessitj ratio vicit.

Pendant son séjour à Kothen, Ratichius publia, aux frais de Louis d'Anhalt, une série d'ouvrages destinés à l'enseignement. Ce sont : une Encyclopédie universelle (en allemand et eu latin) ; une Grammaire universelle (en allemand, en latin, en grec, en hébreu, en français et en italien), un Livre de lecture en allemand {Lesebûchlein fur die angehejide Jugend)^ une grammaire latine (en latin), une grammaire grecque (en allemand), des traités de logique, de métaphysique, de dialectique et de rhétorique (en latin et en allemand), un dictionnaire latin-allemand, et diverses éditions de classiques. Dans un recueil imprimé en 1626 à Leipzig, par Rhenius, on trouve trois traités (deux en latin, un en allemand) que Rhenius dit « avoir reçus de son excellent ami Ratichius », ajoutant que a deux d'entre eux sont dus à la plume de collaborateurs de Ratichius à Augsbourg »; les titres de ces traités sont : Wolfgangi Ratichii in methodum linguarum generalis Introductio ; — R'itichianorum quorunaam Praxis et methodi delineatio in lingua lalina, qux et in Céeteris linguis exemplaris loco esse potest; — Artikel a<.if welche fûmehmlick die ratichianische Lehrkunst beruhet. C'est de ces trois écrits que sont extraits les préceptes que nous avons résumés plus haut.

Les premières études sur Ratichius faites au moyen de documents authentiques so trouvent dans une série de « programmes » publiés de 1840 à 18 '«6 par le Dr Hertiiann-Agathon Niemeyer, à Halle. Ensuite est venu M. de Hauiuer, qui lui a consacré un chapitre de son Histoire de la pédagogie. Parmi les ouvrages plus récents, on peut citer : \V. Ratichius oder Radtke im Licht semer Zeit, par Krause, Leipzig, 1S72; 11'. Radtke, nu Stôrl, Leipzig, 1876; Die dchte Méthode W.RatkeSy par J.-C.-G. Schumann, Hanovre, 1S76.

RAUIIES HAUS. — V. U7c/ie;vi.

RAUMER. — Karl von Raumer naquit eu 178*

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