‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 317 sur 573 · RAPET · texte numérisé non relu

RAPET

les qualités du bon insiituteup et sur le» conditions où il doit ôtre placé pour bien remplir sa lâche difficile (p. 432 à 435). «11 est certain, dit M. Rapet, que, quoi qu'on fasse, on n'arrivera jamais à faire de la profession d'instituteur une profession brillante qui tente les familles riches; mais il faut qu'elle devienne une carrière capable de satisfaire les légitimes désirs des jeunes gens des classes aisées... Dans un siècle où la recherche du bien-ôire préoccupe tous les individus, on ne peut T'u\n attendre du dévouement. Tout ce qu'on peut désirer, c'est que l'intérêt fasse remplir leur devoir à tous ceux que le sentiment de ce devoir ne porterait pas à l'accomplir avec zèle... Quand l'instituteur aura une position non pas brillante, mais honorable, quand il aura intérêt à tout faire pour ne pas la perdre, alors, au lieu d'un instrument de haine et de discorde, l'Etat aura dans chaque commune un fonctionnaire dévoué, un interprète de ses idées et de ses vœux. L'intérêt pourra alors féconder et entretenir en lui le dévouement qu'on aura su lui inspirer pour ses fonctions. Après y avoir mûrement réfléchi, nous pensons qu'on atteindrait le but avec un traitement qui serait en moyenne de 10)0 francs pour les communes rurales, mais qui s'élèverait progressivement de 800 jusqu'à 1200 francs pour ces communes, et à un chiffre plus élevé pour les villes.» Il y avait certes du mérite à parler ainsi quand les meilleurs projets rédigés de 1848 à 1860 se bornaient à demander 600 francs comme traitement minimum garanti par l'Etat.

Plusieurs autres mémoires de M. Rapet furent récompensés ou honorablement cités devant la même Académie. Couronné en 1848 pour son Examen critique du système d'instruction et d'éducation de Pestalozzi, resté inédit, M. Rapet remportait en 1857 le prix extraordinaire de dix mille francs fondé pour un Manuel d'économie politique à Ciisage des classes ouvrières, et dans la même séance il obtenait une mention hors ligne pour un mémoire sur le Rôle de la famille dans f éducation, où ses concurrents plus heureux furent Th. Barrau et Prévost-Paradol.

En 1843, il avait pris une part active, avec L.-C. Michel, dans la publication du Cours éducatif de langue maternelle du vénérable cordelier de Fribourg, le P. Girard, qu'il contribua beaucoup à faire couronner, en 1844, par l'Académie française. Plus tard, il rédigea, encore avec L.-G. Michel, une Grammaire ÇiW quatre parties, qui devait répandre dans les écoles primaires de France la méthode du P. Girard.

Tout cela n'épuise pas son infatigable activité, son labeur incessant, et il se fait une place considérable dans les journaux pédagogiques : d'abord de 1851 à 185.{ dans Y Education, que rédigent avec liai L.-G. Michel et M. Audley, puis dans le Bulletin de l'instruction primaire, qui s'y substitue de 1854 à 1857, et enfin dans le Journal des instituteurs, qui vient en dernier lieu. G'estdans ce recueil que M. Rapet a publié, avec un assez grand succès, un Cours d'études pour les écoles primaires, et un Plan d'études où il en exposait les principes.

M. Rapet avait été nommé chevalier de la Légion d honneur le 3 mai 1849, n'étant encore que sousinspecteur ; il devint inspecteur après la promulgation de la loi du 15 mars 1850, et fut élevé aux lonctiona d'inspecteur général par un décret du 14 juin 1x61 rendu sur la proposition de M. Rouland. Quelques mois auparavant, il avait eu l'insigne honneur d'être le premier lauréat du prix Halphen" qui lui fut décerné, après un vote unanime, sut ie rapport de M. Guizot.

M. R.ipet exerça pendant huit années l'inspection générale de l'enseignement primaire et fut admiti à la retraite le 15 avril 1869. Il ne continua

pas moins de servir la grande cause à laquelle il avait consacré sa vie en apportant dans toutes les commissions d'études le concours Je son expérience et de son érudition. Il prit aussi à tâche d'améliorer le livre que le plus cln^r de ses élèves, M. Gharbonneau *, directeur de l'école normale de Melun, avait écrit sous son inspiration {Cours théorique et pratique de péduf/oqie), dont la deuxième édition seulement avait paru lors de la mort prématurée de l'auteur ^aoùt 18''0 . L'ouvrage, corrigé par M. Rapet à chaque tirage, est arrivé aujourd'hui à sa douzième édition.

Après les événements de 1870-71, quand M.Jules Simon, alors ministre de l'instruction publique, songea à organiser un musée scolaire rattaché au deuxième bureau de la direction de l'enseignement primaire (arrêté du l^r juillet 1871), ce fut sur M. Rapet qu'il jeta les yeux pour en être le conservateur (29 avril 1872). On sait quelles difficultés rencontra bientôt après l'œuvre naissante, et les conflits qui surgirent avec la ville de Paris. Le musée ne put être créé, et il ne restait des travaux de M. Rapet qu'un cadre et un projet de règlement, quand l'idée fut reprise six ans après.

L'Exposition de 1878 venait de s'achever et laissait des documents importants à recueillir; le rapport de la mission envoyée au centenaire des Etats-Unis avait, à la veille de l'Exposition, montré ce que peut l'enseignement populaire dans une république; enfin l'élection de M. Jules Grévy à la présidence et le choix de M. Jules Ferry comme ministre de l'instruction publique permettaient de reprendre sous de meilleures auspices le projet d'un musée pédagogique. Un rapport du 13 mai 1879 fut suivi d'un décret conforme et, au budget de 1880, un crédit fut ouvert au nouvti'l établissement, installé provisoirement au palais Bourbon et bientôt après dans les bâtiments de l'ancien collège Rollin.

Pour donner une base sérieuse au musée, il fallait une bibliothèque d'une certaine importance et d'une composition spéciale. Elle existait chez M. Rapet qui, depuis de longues années, l'avait formée au prix de longues recherches et de beaucoup d'argent. M. Buisson, qui la connaissait, proposa au ministre de la faire acquérir par l'Etat après expertise. Les deux experts, MM. Colani et Louandre, dans leur rapport en date du 29 juillet 1879, font connaître quele catalogue de la bibliothèque pédagogique de M. Rapet se compose de 3842 fiches comprenant 4d(iO ouvrages représentés par plus de 5000 volumes et par un très grand nombre de brochures ou plaquettes renfermées dans une centaine de cartons. Ils en font ressortir les groupes principaux et déclarent a qu'il serait déplorable que le gouvernement français laissât se disperser une bibliothèque qui est assurément unique dans notre pays et qu'on ne reconstituerait pas sans beaucoup de frais et sans un labeur énorme. Il a fallu la vie entière d'un homme à la fois très instruit et très dévoué pour grouper toutes ces richesses. »

M. Rapet ayant consenti à abandonner cette bibliothèque à l'Etat moyennant le prix de 45 UOO fr., un projet de loi fut présenté dans ce sens. Adopté sans discussion par le parlemeur, ce projet est devenu la loi du 5 juin 1880. L'inventaire de la bibliothèque, dressé aussitôt après, constata l'existence de 5 480 ouvrages, nombre qui, après la mort de M. Rapet, fut porté à tj848 par un traité avec ses héritiers.

M. Rapet lisait la plume à la main, aussi a-t-il laissé un nombre considérable de notes d'une écriture fine et nette qui ont passé au Musée pédagogique où elles remplissent plusieurs canons. De plus, M. Rapet revoyait avec la plus grande conscience tous ses manuscrits, les complétait ou les annotait d'après les derniers documents. S il

UATIGHIUS

RAÏIGHIUS

n'a jumais publié son mémoire sur Pestalozzi, c'est qu'il craignait toujours de n'être pas exact, voyant, chaque année des publicaiions nouvelles apporter la lumière sur certains points de l'œuvre du grand philantlirope zuricois.

La devise que M. Rapet avait adoptée et qu'il plaça sur tous les livres cédés au Musée pédagogique : In libris pax et solatium, peint bien celte âme droite, un peu sloïque et fière, qui, dans une longue vie, garda riniégralité de ses croyances. Il les défendait avec ténacité, parfois même avec une certaine âpreté qui put écarter de lui plus d'une sympathie. Il travailla jusqu*au dernier jour, se faisant faire des lectures par sa lille et dictant à son secrétaire les idées qu'elles lui suggéraient. 11 s'éteignit, après une courte maladie, à Paris, le 19 juillet 1882, dans sa soixante -dix-huitième année.

Le nom de M. Rapet mérite d'être honoré à plus d'un titre. C'était un admirateur sincère de Pestalozzi et du P. Girard, un ami de F. Naville et de Th. Arnold, enfin un courageux défenseur des écoles normales et des écoles primaires su périeures. Il avait foi, comme Channing, dans le progrès moral des classes laborieuses par l'instruction, et n'hésitait pas à tendre la main d'association à quiconque poursuivait le même but par la liberté et le Tespect des droits de la conscience. [B. Berger.]

»Aïl€Ilirs ou BADI KE. — Le Holsteinois Wolfgang Radtke, plus connu sous son nom latinisé de lUitichius, est le premier en date des novateurs qui ont essayé en Allemagne de réformer la pédagogie traditionnelle. Né en 1571 à Wilster, près de Gitickstadt, il fut d'abord élève du gymnase de Hambourg, puis étudia la théologie à l'université de Rosiock. Mais un défaut de prononciation l'éloignant de la chaire, il se voua plus spécialement à l'élude des langues, apprit à fond l'hébreu, fit un séjour en Angleterre vers 1600, et se rendit de là à Amsterdam, où il demeura huit ans pour apprendre l'arabe et les mathémaiiques. C'est à Amsterdam qu'il conçut l'idée de réformer les procédés d'enseignement en usage de son temps. Il s'adressa d'abord au prince Maurice d'Orange, qui parut disposé à mettre à l'épreuve la métliode que proposait Ralichius pour l'enseignement du latin, mais n'accepta pas dans leur ensemble les vastes plans du réformateur. Celui-ci revint alors en Allemagne, et s'établit d'abord à Francfort (1611), où les magistrats de la ville ne firent point un accueil favorable à ses idées. Il profita de la réunion de la diète impériale en 1612 pour lui adresser un mémoire où il exposait son projet: il y promettait, «avec l'aide de Dieu, et pour le bien de toute la chrétienté, d'indiquer le moyen d'enseigner en un temps très court, et dune manière aisée, tant aux jeunes qu'aux vieux, l'hébreu, le grec, le latin et les autres langues. » Crf mémoire aiiira sur lui l'attention de quelques princes. Le comte palatin Guillaume de Neubourg lui fit un don de 600 florins; le landgrave Louis de Hesse-Darmstadt chargea deux professeurs de l'université de Giessen, Helvicus et Jungius, d'examiner sa méthode. Ceux-ci, hommes éclairés et libres de préjugés scolasiiques, se déclarèrent en faveur des reformes proposées par Ralichius, et publièrent le résutat de leur examen en un volume inijiulé Brtif ra/jpo>t de la Didactique de Woi/goig lialic/tius, où il indique le moyen d'enseigner /fS tangues, les arts et les sciences plus facilement, plus ra/jidement, plus exactement, plus sûrement et plus conipletement qu'on ne L'a fait ju»quà ce jour [Kurzer liericht von der Didactica Wolfg. Raiichii, daiinntn er Anleitung gieùt, wie die Spruchen, Kû'iste und Wissenschaften leichte , ge-^chniinder , richliger, yewisser und vollkomt/ilicher tdsOish'tr yesvh' hen, lortzupflanzen seynd ; Francfort, 16lS). Kn IG13,

Ralichius fit un voyage à Weimar pour y voir la duchesse régnante, Dorothée-Marie, qui l'accueillit avec sympathie et fit examiner sa méthode par quatre professeurs de l'université d'Iéna; le rapport de ceux-ci fut également favorable. Mais d'autres représentants du haut enseignement se prononcèrent contre le novateur; le surintendant Hoë de Hoënegg, à Dresde, refusa de laisser introduire la méthode de Ralichius dans les écoles de l'électorat de Saxe ; les recteurs Wilke, à Gotha, et Hubmeyer, à Géra, déclarèrent que les pompeuses promesses de son programme n'étaient que paroles en l'air. De retour à Francfort, Ralichius fut appelé à Augsbourg pour y réformer les écoles de la ville; il s'y rendit (1614), accompagné d'Helvicus et de Jungius. Mais Ralichius paraît avoir été d'un caractère difficile; il ne put jamais s'accorder longtemps avec personne ; en outre, il semble avoir été, presque au même degré que Pestalozzi, dénué des aptitudes pratiques nécessaires pour passer de la théorie à l'exécution ; et, comme Basedow, il n'était pas exempt d'un certain charlatanisme. Au bout d'une année, Jungius et Helvicus se séparèrent de lui, et il dut abandonner l'expérience commencée à Augsbourg. Dans les années suivantes , on le trouve successivement à Cassel, en Westphalie, à Francfort, à Bâle. Enfin en 1618 il reçoit un appel du prince Louis d'Anliall-Kôthen (frère de la duchesse Dorothée -Marie de Saxe-Weimar), qui lui propose de venir prendre à Kôthen la direction d'une école modèle, où il pourra appliquer librement ses principes. Ralichius accepte, et pendant dix-huit mois se trouve placé à la tête d'un établissement où l'occasion lui est oflferte de démontrer pratiquement les avantages de sa méthode d'enseignement ; mais bientôt son caractère soulève tout le monde contre lui. On se plaint que les élèves ne font pas de progrès, qu'il n'y a aucune discipline dans les classes. L'intolérance religieuse s'en mêle : Ralichius était un zélé luthérien ; les théologiens calvinistes de Kôthen lui font un crime de ce qu'il fait apprendre à ses élèves les dix commandements d'après la version de Luther. Enfin le prince son protecteur, furieux d'avoir été la dupe d'un homme en qui il ne voyait plus qu'un im|iOSteur, le fit mettre en prison (octobre 1619); Ralichius ne recouvra la liberté qu'au bout de huit mois, après avoir été contraint de signer une déclaration dans laquelle il reconnaissait « qu'il avait promis plus qu'il ne pouvait tenir ».

Cet échec semblait devoir mettre fin à la carrière pédagogique de Ralichius. Mais il n'en fut rien. De Kôihen, il se ret)dit à Magdebourg, où le bourgmestre Hesse, bien disposé pour lui, l'autorisa à ouvrir une école; il n'y put toutefois rester longtemps, le théologien Evenius, devenu recteur à Magdebourg, s'étant déclaré contre lui (16J"2). La comtesse Anna-Sophie de Rudolstadt, sœur de la duchesse Dorothée-Marie de Weimar, lui donna alors l'hospitalité dans ses Etats, où il séjourna quelques années, et le recommanda au chancelier suédois Oxenstiern. Celui-ci, qui avait du goût pour les questions d'éducation, et qui se déclara plus tard le protecteur de Coménius, fit examiner la méthode de Ralichius. Mais sur ces entrefaites, le pédagogue fut frappé dune attaque d'apoplexie qui amena une paralysie tie la langue et du côté droit (1633); deux ans plus lard (1035), il mourut à Erfurl à l'âge, de soixante-quatre ans.

Malgré ses allures révolutionnaires et sa prétention de renouveler l'enseignement de fond en comble, Ratichius est dt-meuré sur bien d^s points un continuateur du moyen âge. Son programme d'études ne comprend ([ue les langues ei les mathématiques ; il n'accoi de aucune place aux sciences de la naiure. Au point de vue religieux, il a

RATICHIUS

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