‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 320 sur 573 · RÉALISME · texte numérisé non relu

RÉALISME

été annexée à la République française, il devint aecrétairo général de la préfecture du déparlement du Mont IJlanc. Comme son goût le portait vers l'étude, il renonça à ses fonctions administratives en 179G pour occuper la chaire de professeur d'histoire et de géographie à l'école centrale établie à Chambcry; en 1800, il fut chargé aussi de l'enseignement des mathématiques. L'école centrale ayant été remplacée en 1803 par un collège, il en fut nommé directeur. En 1814, la Savoie fit retour aux Etats sardes, et le collège de Chambéry fut rendu aux jésuites; Raymond continua d'y professer jusqu'à sa mort, arrivée en 1839, avec le titre de préfet honoraire. 11 a laissé d'assez nombreux ouvrages. Parmi ceux qui se rapportent plus spécialement à l'éducation, nous citerons : Essai sur l'émulation (Genève, an X,1802), écrit destiné au concours ouvert en l'an VIII par l'Ins^tut, et qui reçut une mention honorable; Métaphysique r/es études, ou Recherches sur l'état actuel des méthodes dans la culture des lettres et des sciences^ et sur leur influence relativement à la solidité de l'érudition, Vivis, 1804, 1 vol. in-8; Plan d'un cours de logique ou essai d'un choix de matières proposées pour un traité élémentaire de l'art du raisonnement, Paris, 1811, brochurein-8; enfin Lettre sur l'établissement d'éducation d' Yverduny fondé et dirigé par M. Pestalozzi, adressée à Aï. le C. D. B. C. D. F., Paris, 1814, une brochure in-8 : c'est la reproduction de deux articles publiés en 1813 dans le Magasin encyclopédique de Millin *, et rendant compte de Touvrage de Jullien* de Paris, Esprit de la méthode d'éducation de Pestalozzi. Dans cette Lettre, Raymond oppose l'une à l'autre les deux méthodes qui se partagent les éducateurs, suivant qu'ils admettent ou n'admettent pas le principe de «la dégénération originelle de l'homme ». Dans l'une de ces méthodes d'éducation, dit-il, «on pose le principe que l'homme est né bon, et l'on prend pour base de toute l'éducation ce qu'on appelle la liberté bien réglée ; on prend en tout la nature pour modèle... L'autre système d'éducation consiste à reconnaître dans l'homme le germe d'une corruption héréditaire ; à se tenir constamment en garde contre l'influence d'une nature dégénérée; on se garde bien de lui montrer la nature comme guide; on ne craint pas de troubler la joie de sa jeunesse en lui montrant la vie terrestre comme une partie presque nulle de son existence, en lui enseignant la seule route qui puisse le mener à cette félicité infinie et durable qui n'est promise qu'aux efforts persévérants de la vertu. » La première méthode est celle de Pestalozzi; Raymond se fait le champion de la seconde.

RAYNIîUI. — Jean-Antoine Rayneri a été l'un des représentants principaux de la pédagogie catholique en Italie à notre époque. Né en 1810 à Carmagnola, en Piémont, de parents peu fortunés, il se fit prêtre, comme beaucoup de jeunes gens pauvres et studieux, afin de pouvoir se livrera son goCit pour l'étude. A l'âge de vingt-deux ans il fut nommé professeur de philosophie au collège do sa ville natale. Quinze ans plus tard, à l'époque où le gGuvornement piémontais s'occupait de la création dos salles d'asile et des écoles normales, il se signala a l'attention par des « cours de méthode » donnés aux instituteurs à Gênes et à Saluées ; il fut alors appelé à l'université de Turin pour y occuper la chaire de philosophie et de pédagogie. Il fut l'un des fondateurs et des membres les plus actifs do la Société piémontaise d'in- Btruciion et d'éducation, et prit part, en cette qualité et comme membre du Conseil supérieur de 1 instruction publique, à tout ce qui se fit durant vingt ans en Piémont pour le développement de lenseignemeatà tous ses degrés. Il est mort à Turin le 4 juin 18G7. Parmi ses ouvrages, les deuxplus

importants sont les Primi prindpii di metodtca. publiés pour la première fois en ISoO ( 1 vol. in-18) et qui ont eu de nombreuses éditions ; et un traité de pédagogie en cinq livres (De//a pedagogirn libri cinque, Turin, 1850, 1 vol. in-8), qu'un historien de la pédagogie italienne, M. Allievo, appelle « une hardie et splendide tentative, la première quon ait faite en Italie pour imprimer à la pédagogie le caractère véritable et la forme rigoureuse d'une science ». On se tromperait toutefois si l'on s'attendait à trouver dans l'œuvre de Rayneri l'esprit scientifique; il suffira, pour édifier le lecteur à ce sujet, de citer l'éloge qu'adressait en 1859 à l'auteur de la Pedagogica l'archevêque de Gênes : « Je vous félicite d'abord, lui écrivait-il, d'avoir donné à la religion, ou plutôt à la révélaiion, la place qu'elle mérite dans toute théorie, comme datis toute pratique en fait d'éducation. C'est un mérite d'agir ainsi, parce qu'il faut presque du courage pour se prononcer ouvertement à cet égard, on face de certains hommes au milieu desquels nous vivons. La tendance à tout séculariser nous envahit de jour en jour, et il sera un jour glorieux pour vous d'avoir su y résister dans cette matière de si haute importance, et de n'avoir sacrifié ni à la mode ni aux préjugés du moment. » Nous citerons encore de Rayneri des Leçons de nomenclature géométrique [Lezionidi nomenclatura geometricoy deux parties, 1852 et 1858), et une traduction des Premières notions de religion du P. Girard, précédée d'un discours sur l'enseignement de la religion (1856); ce discours a été réimprimé à part sous le titre de Saggio di catechetica.

RÉALISI^IË et HUMANISME. — Le mot réalisme a des acceptions diverses. Dans l'histoire de la pédagogie, on s'en sert pour l'opposer à humanisme; c'est de ce sens particulier que nous voulons parler ici.

L'enseignement, tel que l'avaient organisé les humanistes du xvie siècle, était un enseignement purement verbal et philologique. On ne lisait les auteurs anciens que pour y apprendre le latin et le grec; on se figurait que la connaissance des langues anciennes était l'alpha et l'oméga du savoir humain. Bacon le premier réagit contre cet aveuglement; il voulut substituer la science des choses à celle des mots, il demanda qu'on étudiât la nature au lieu d'étudier les livres. Ce réalisme trouva bientôt des champions plus ou moins hardis, plus ou moins éclairés, dans Ratichius, dans Comenius, dans Reyher, dans Locke. Chose remarquable, c'est le fondateur des institutions piétistes de Halle, Francke, qui devait se faire en Allemagne le défenseur le plus décidé du réalisme en éducation : il fit, dans son collège latin et dans son Paedagogium, une large part à ces connaissances dites « réelles » {Realien), que les humanistes, dans leurs gymnases, persistaient à vouloir ignorer : la géographie, l'histoire naturelle, la physique, la chimie, l'astronomie, et même les notions pratiques relatives aux arts et métiers. C'est le piétisme allemand qui fonda les premières Realschulen. Bientôt, il est vrai, des éducateurs se rattachant à une école philosophique bien différente, à celle de l'Encyclopédie, entrèrent à leur tour en lice pour défendre la môme cause :ce furent, en Allemagne, les philanthropinistes ; en France, Condorcet et les savants de la Révolution, les fondateurs des écoles centrales. A la fin du xviii» siècle, la tendance réaliste semblait victorieuse sur toute la ligne, tant en France qu'en Allemagne; et Pestalozzi, le grand rénovateur de l'école élémentaire, plaçait l'intuition à la base même de tout enseignement. Mais l'humanisme n'était point vaincu : en Allemagne, il avait réussi à garder, dans, les gymnases, sa position prépondérante; en France, il opéra un retour offensif lorsque les lycées furent substitués aux

RlilALSCHULE

Page 1