‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 350 sur 573 · SALVANDY · texte numérisé non relu

SALVANDY

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place officielle dans la hiérarchie scolaire. L'ordonnance de 1837 est comme la charte des salles d'asile. On peut dire qu'elle les crée, en les définissant, en réglant les conditions de leur ouverture, en exigeant des garanties de la part des maîtres ou maîtresses auxquels elles seront désormais confiées, en traçant au moins les grandes lignes de leur fonctionnement, enfin en les entourant d'autorités dirigeantes et protectrices. Elle forme une page importante de l'histoire de notre instruction primaire. Elle suffit pour honorer un ministère et en fixer le souvenir. — V. Maternelles {Ecoles), p. 1866, et Rendu {Amhroise), p. 2575.

Après un intervalle de six années pendant lesquelles M. de Salvandy remplit plusieurs ambassades, les fluctuations de la politique le ramenèrent au ministère de l'instruction publique (1*^ février 1845). De grandes difficultés l'y attendaient. Outre la réorganisation du Conseil royal qui lui créa de graves embarras, la question de la liberté de l'enseignement était toujours pendante, plus brûlente et plus envenimée que jamais. Elle ne pouvait être ajournée davantage. Pour la résoudre, M. de Salvandy élabora plusieurs projets de loi fondés sur trois principes : l'Université forte, l'enseignement libre, l'éducation sérieusement religieuse. A la session de 1847, il présenta à la Chambre des pairs un projet de loi sur l'enseignement et l'exercice de la médecine et de la pharmacie, et un autre sur l'enseignement du droit, qui avaient l'avantage d'exposer tout son système en fait d'organisation de l'enseignement. En môme temps il présentait à la Chambre des députés un projet de loi sur l'enseignement primaire, destiné à donner au gouvernement des moyens d'action nouveaux et des garanties qu'on croyait nécessaires à la société. Il présentait enfin un projet de loi sur la liberté de l'enseignement en matière d'instruction secondaire, qui devait terminer, par une transaction conclue entre les intérêts les plus élevés de la société, la querelle de l'épiscopat et de l'Université. A tous ces projets" s'en ajoutait un dernier (25 janvier 1848) sur le Conseil de l'Université, qui formait comme le couronnement de l'édifice.

La discussion de la première de ces lois qui se trouva prête, celle sur la médecine, où tous les principes étaient posés, occupa cinq semaines la Chambre des pairs, eut un grand éclat et se termina par une adoption à cent vingt-cinq voix contre huit opposants. Ce succès semblait présager celui des autres projets, mais la révolution de 1848 en arrêta la discussion.

^ La loi sur l'instruction primaire, qui était précisément à l'ordre du jour pour le 24 février, eût sensiblement modifié celle de 1833.

La rétribution scolaire était maintenue en môme temps que les traitements communaux. Mais un minimum, variant suivant la classe, était assuré aux maîtres. Ceux-ci étaient divisés en classes comme les écoles elles-mêmes. Les écoles privées s'ouvraient sans autre formalité qu'une déclaration, sous la réserve que le titulaire fût pourvu d'un titre de capacité. Les instituteurs communaux continuaient à être nommés par le comité d'arrondissement, sur la présentation des conseils municipaux; l'institution par le ministre était conservée. Une caisse des retraites était établie, etc. La loi de 1850 allait faire plus d'un emprunt à ce projet de M. de Salvandy ; mais elle devait en retrancher les dispositions les plus sages et les plus libérales en supprimant la hiérarchisation des écoles et des maîtres et en établissant, pour les traitements, un minimum unique de

La révolution de 1848 mit fin à la carrière politique de M. de Salvandy. Rentré en France

après un court séjour à Jersey, il donna un dernier gage de son attachement à la monarchie en travaillant, avec quelques-uns de ses anciens ' amis, à ce qu'on appelait alors la fuaion, c'est-àdire à la réconciliation des deux branches de la maison de Bourbon. Bientôt il ne sortit plus de sa retraite que pour assister aux séances de l'Académie française ou des sociétés savantes dont il était membre. Il mourut en 18.56.

[Y.. Brouard.] ^ SAf.ZMAN>'. — Christian-Gotthhilf Salzmann, l'un des principaux représentants du « philanthropinisme * », naquit le 1er juin 1744^ ^u village de Sômmerda (Thuringe) où son père était pasteur. Apres avoir fréquenté l'école du village jusqu'à douze ans, il fut envoyé au lycée de Langensalza. Là il forma pour la vie une étroite amitié avec un de ses camarades, le jeune Ausfeld, qui partageait sa chambre chez le << conrector » Lindner. Il acheva ses études à l'université d'Iéna, et, après avoir subi avec succès l'examen de candidat en théologie, il séjourna quatre ans à Erfurt chez son père, qui y avait été appelé en 1759. En 1768, le jeune candidat reçut un poste dans la paroisse rurale de Rohrborn. 11 s'y maria avec la fille du pasteur d'un village voisin, Sophie Schnell, qui n'avait pas quinze ans. Peu de temps après, son beau-père et sa belle-mère étant morts, Salzmann prit chez lui les deux jeunes sœurs do sa femme, et se chargea de leur éducation. En 1772, il revint à Erfurt comme diacre ; presque aussitôt après, il y fut nommé pasteur. C'était le moment où les théologiens rationalistes essayaient en Allemagne de substituer au christianisme dogmatique la doctrine de la « religion naturelle ». Salzmann, qui suivait avec beaucoup d'intérêt les controverses soulevées par cette tentative, se rangea du côté des novateurs. Son ami Ausfeld, devenu diacre à Langensalza, partageait ses idées. « C'est une vive joie pour moi, lui écrit Salzmann, que d'avoir trouvé en vous un coreligionnaire. Continuons, tout en observant la prudence que vous recommandez, à bien faire comprendre à nos auditeurs le véritable sens de la doctrine chrétienne. Jusqu'à présent on s'est attaché à l'accessoire et on a négligé le principal. »Un peu plus tard (1780), il écrivait à Campe *, en lui parlant de ses idées sur l'éducation : « Pour que les enfants deviennent bons, il faudrait les isoler complètement de la société ordinaire, et les élever dans un cercle de camarades non pervertis, sous la surveillance d'hommes moralement bons. Je crois que ce serait là le moyen d'extirper, avec le temps, le jpôché originel. » A côté de ses fonctions pastorales, Salzmann s'occupait des écoles de sa paroisse ; les questions d'éducation avaient pour lui, dès ce moment, un intérêt particulier. Lorsqu'il fit paraître en 1778 ses deux premiers écrits, Six sermons pour les liypocondriaques {Sechs Predigten fur Hypochondristen) et Contributions à l'émancipation de l'intelligence humaine en neuf sermons {Beitrcige zur Auffclârang des mensc/ilichen Versfandes in neun Predigten), il en destina le produit à une petite caisse scolaire qu'il avait fondée. Bientôt suivirent d'autres publications : les Rt^créations pour les enf'ints et les amis des enfants {Unterhaltungen fur Kinder und Kinder freunde), dont la collection complète forme 7 volumes et ne fut achevée qu'en 1788; Desmeilleurs moyens d'enseigner la i-eligion aux enfants {Ueber die besten Mit tel Kindern Religion beiznbrinyen, 1780), Hvre qui lui valut de violentes attaques de la part des théologiens orthodoxes; et le célèbre Livre de l'Ecrevisse, on Méthode à suivre po7i'- une éducation déraisonnable des enfants (Krebsbùchlein, oder Anweisung zu einer unvernùnftigeyi Erziehung der Kinder, 1780]. Dans ce dernier ouvrage, qui eut un succès considérable, l'auteur, au lieu d'employer le procédé

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didactiqiie direct, a rocours à l'ironie ; pour rendre son enseignement plus piquant et le faire mieux pénétrer dans l'esprit du lecteur, il présente une série d'exemples dont il faut prendre le contrepied : « Moyen de se faire détester des enfants; moyen d'inspirer de la défiance aux enfants; moyen d'enseigner aux enfants la cruauté; moyen de rendre les enfants vindicatifs; moyen d'inspirer aux enfants du dégoût pour certains animaux ; moyen d'inspirer aux enfants de l'aversion pour ceux qui professent une autre religion; moyen de rendre les enfants insensibles aux beautés de la nature ; moyen d'enseigner aux enfants le mensonge », — tels sont les titres de quelques chapitres; ces divers moyens sont résumés dans des préceptes comme ceux-ci : « Trompe souvent les enfants, — Punis-les quand ils disent la vérité, — Habitue-les à prendre plaisir aux souffrances de créatures innocentes, — Enseigne-leur que Dieu hait tous ceux qui ne sont pas de leur religion, » etc., — qu'illustrent des historiettes vivement contées.

C'est à cette époque que Salzmann entra en relations avecBasedow* et ses divers collaborateurs du Philanthropinum de Dessau. La lecture des écrits de Basedow, le Methodenbuch et VE/ementarwerk, l'avait gagné à la cause du « philanthropinisme » ; aussi, lorsqu'il reçut en 1780 l'offre d'entrer dans le célèbre institut de Dessau comme professeur de religion, n'hésita-t-il pas à accepter, persuadé que l'entreprise à laquelle il allait s'associer était appelée à régénérer l'éducation dans l'Europe entière. Ce fut au printemps de 1781 qu'il quitta Erfurt avec sa famille (il avait déjà cinq enfants). A Dessau, il logea pendant quelque temps dans la maison de Basedow lui-même, qui lui témoignait une haute estime. L'enseignement religieux que donnait Salzmann aux élèves du Philanthropinum comprenait, aux termes du programme, « le christianisme évangélique et apostolique, ainsi que la morale philosophique et chrétienne ». C'était en outre Salzmann qui présidait au culte, ou, selon l'expression employée, à « l'hommage rendu à la divinité », pour lequel une liturgie spéciale avait été instituée. Les allocutions prononcées par lui dans ces réunions religieuses ont été recueillies et publiées [GottesverehrU'/gen, 4 vol., Dessau, 1781-1783).

Comme ses fonctions de maître de religion lui laissaient des loisirs, il les employa à des travaux littéraires. Il écrivit à Dessau deux nouveaux volumes de Récréations pour les enfants, un Livre élémentaire de morale {Moralisches Elementaràuch, 2 vol., 1782 et 1783); et il commença la composition d'un grand roman, Charles de Carhberg, ou les misères de Vhumanité {Cari von Carlsberg, oder liber das menschliche Èlend), qui parut en 6 volumes de 1783 à 1788. Ce livre, où l'auteur a voulu, ainsi que l'indique le titre, retracer le tableau des maux divers qui affligent les hommes, et en enseigner le remède, occupe dans la vie de Salzmann, a dit un de ses biographes, une place analogue à celle de Léonard et Gertrude dans la vie de Pestalozzi; c'est celle de ses œuvres où il a montré le plus de puissance d'invention, unie au style d'un véritable écrivain.

Pendant les premiers mois de son enseignement au Philanthropinum, Salzmann avait conservé toute sa foi au succès de l'entreprise dont il était devenu le collaborateur. Mais, graduellement, les querelles sans cesse renaissantes entre Basedowr et Wolke * lui enlevèrent ses illusions, et lui firent enfin désirer de quitter Dessau. Il conçut alors le projet do fonder, non dans une ville, milieu peu propre à recevoir un institut de jeunes gens, mais à la campagne, un établissement d'éducation dont il serait le directeur. Il s'adressa à cet effet au duc Ernest II de Saxe-Gotha, qu'il sut in-

téresser à son entreprise et qui lui offrit même un de ses châteaux pour y loger le pensionnat projeté. Salzmann préféra une installation plus simple : il acquit (novembre 1783) le petit domaine de Schnepfenthal, sur le versant nord-ouest de la forêt de Thuringe, à une lieue de Waltershausen, dont le prix d'achat fut payé en partie par le duc.

En mars 1784, Salzmann fit ses adieux au Philanthropinum pour venir prendre possession de Schnepfenthal. Sa famille s'était accrue à Dessau d'un sixième enfant, auquel il avait donné pour parrains, en signe de tolérance religieuse, trois ecclésiastiques appartenant aux trois confessions catholique, luthérienne et calviniste. Il venait en outre d'adopter le fils aîné de son ami Ausfeld, qui était mort subitement en 1783. Pendant plus de deux ans, Salzmann n'eut d'autres élèves à Schnepfenthal que ses propres enfants et son fils adoptif; aussi se trouva-t-il un moment dans de grands embarras d'argent, d'où le tira la générosité du duc de Gotha. Pour faire connaître son entreprise, il fit paraître en 1784 une brochure contenant le programme de son institut [Socli élwas ûber die Erziehung nebat Anhûndigung einer Er» ziehungsanstalt). Enfin au printemps de 1785 arriva le premier élève, — un élève gratuit : c'était Karl Ritter, le futur géographe. Nous avons raconté ailleurs quelles circonstances amenèrent à Schnepfenthal le jeune Ritter, et comment Gutsmuths, qui l'accompagnait, fut retenu par Salzmann, et devint l'un des maîtres de l'institut, où il fut chargé particulièrement de l'enseignement de la gymnastique et de celui de la géographie (V. Gutsmuths).

Bientôt quelques autres élèves suivirent celuilà ; mais leur nombre ne s'accrut que lentement : il n'y en avait encore que seize en 1788; l'année suivante ce nombre s'éleva à vingt-deux, et à vingt-neuf en 1790. Ce n'est qu'à partir de cette année que l'établissement entra dans une période de réelle prospérité.

Aux premières années de la création de Schnepfenthal correspondent de nombreuses pubhcations de Salzmann. Outre les derniers volumes des liécre'aiions et de Charles de Carlsberg, il fit paraître six volumes de récits d'excursions, sous 1© titre de Vogages des élèves de l'institut Salzmo?in {Hei<ien der Salzmannischen Zôglinge; les cinq premiers volumes parurent de 1785 à 1787; le sixième est de 1793), et plusieurs volumes contenant des nouvelles de son institut, adressés les uns aux parents {Nachrichten aus Schnepfenthal fur Eltern und Erzieher, 178G et 1788), les autres aux enfants {Nachrichten fur Kinder aus Schnepfenthal, 1787 et années suivantes). Il fonda en 1788 un journal hebdomadaire, le Messager de Thuringe {der Bote aus Thûringen), qui trouva bien vite des milliers d'abonnés ; il y publia toute une série de petits romans d'éducation, où il donna de nouvelles preuves de son talent de conteurpopulaire. Ces divers écrits attirèrent l'attention sur Schnepfenthal, dont la renommée allait grandissant; en 1789, la princesse de Schaumburg-Lippe y plaça son fils unique, et deux ans plus tard le margrave de Hesse-Philipstadt y envoya ses deux fils. Le duc de Gotha continuait à protéger l'institut; il y faisait de fréquentes visites lorsqu'il se trouvait à son château de Reinhardsbrunn, situé dans le voisinage; la duchesse suivait son exemple. Un passage des Naclirichten aus Schnepfenthal fera voir de quelle nature cordiale étaient les relations entre l'institut et le couple princier. « Notre cher souverain et notre gracieuse souveraine, y lit-on à la date du 3 novembre 1790, sont restés avec nous jusqu'à huit heures et ont pris part à nos réjouissances. Quelques élèves ont eu même la hardiesse d'inviter la princesse à danser, et elle a daigné accéder à leur prière. » A quelques jours de là, pour

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la remercier de sa bienveillance, les élèves al- | iaient offrir à la princesse du miel qu'ils avaient récolté eux-mêmes. i

L'institut de Schnepfenthal avait eu dès le dé- ' but le caractère d'une grande famille ; il le conserva toujours. Salzmann, à qui sa femme n'avait pas donné moins de quinze enfants, avait en outre appelé auprès de lui, en 1793, la veuve et tous les | enfants de son ami Ausfeld. Six des filles de Salz- | mann épousèrent plus tard des maîtres de l'insti- , tut, la plupart anciens élèves, et dont trois étaient des fils d'Ausfeld. Au milieu de ses enfants et de ses petits-enfants, Salzmann vieillissant apparaissait à ses élèves comme un véritable patriarche. Les dix-huit années de 1790 à 1808 furent pour l'institut les plus florissantes : durant cette période, il atteignit presque constamment et dépassa fréquemment le chiffre de cinquante élèves. Sa réputation était devenue européenne. Parmi les maîtres qui y enseignaient, nous avons déjà cité Gutsmuths; il faut mentionner encore Blasche, l'auteur d'un intéressant ouvrage sur le travail manuel et les ateliers scolaires {Die Werks^tàlte der Kinder, i\o\., 1800-1802), et le Hongrois Glatz, qui a publié de nombreux ouvrages d'éducation.

L'activité de Salzmann comme écrivain se ralentit un peu lorsque l'institut <le Schnepfenthal eut atteint tout son développement. Toutefois il nous reste encore à citer de lui plusieurs ouvrages importants. En 1794 parut Conrad Kiefer', ou Méthode à suivre pour une éducation raisonnable des enfants {Conrad Kiefer, oder Anweisung ou einer vernûnftiqen Erziehung der Kinder) ; ce traité d'éducation, sous la forme d'une nouvelle, est la contre-partie du Livre <ie l'Ecieoissc et devint presque aussi populaire ; il fut d'abord publié dans le Messager de Thuringe. Dans un petit livre intitulé Le ciel sur la terre {Der Himmel anf Erdo, 1807), Salzmann développa cette idée, corollaire naturel de son christianisme optimiste, que l'homme, s'il le veut, peut faire de la terre un paradis. Trois autres ouvrages sont destinés à former un cours gradué et complet d'enseignement moral et religieux; ce sont : La famille Ehrenfried, ou le premier enseigiiement moral pour les enfants de huit à dix ans {Die Familie Ehrenfried, oder ûber den ersten Unterricht in der Sittenlfhre fur Kinder von 8-10 Jahren, 1803) ; Henri Gottschalk da?is sa famille, ou le premier ensi'ign ment religieux pour les enfants de dix à douze ans {Henrich Goltsrhalk in spiner Familie, oder erster Religiomtmterrichf. fur Kinder von \0-\'2 Jahren, 1804); et L'enseignement de la religion chrétienne {Untenncht in dur christ lichen Religion, 1808).

Le plus remarquable peut-être dé ses écrits pédagogiques, celui où il a le mieux condensé les enseignements d'une longue expérience, c'est le volume publié en 1806 sous le titre de Livre des Fourmis, ou Méthode à suivre pour une éducation raisonnable des éducateurs {Ameisenhûchlein, oder Anweisung zu einer verniinftigen Erziehung der Erzieher). Il fut amené à écrire ce livre, dit-il, par cette considération que, si les ouvrages traitant de l'éducation des enfants étaient innombrables, il n'en existait pas encore qui traitât de « l'éducation des éducateurs » ; et cependant la formation de bons éducateurs est la première condition pour obtenir une bonne éducation de l'enfance. Après une dédicace « au jeune homme qui se voue à la noble fonction d'éducateur », et une introduction expliquant la raison d'être de son livre, Salzmann développe ce qu'il appelle son « symbole », — nous dirions son « credo », — qu'il formule en ces termes : « C'est en lui-même que l'éducateur doit i chercher la cause de tous les défauts et de tous les vices de ses clcves. » Deux chapitres sont en- , suite consacrés à expliquer ce qu'est l'éducation, 1

et ce qu'un éducateur doit apprendre. Puis viennent les règles de l'éducation que /éducateur doit se donner a lui-même; les voici : l® Aie une bonne santé; 2° Sois toujours gai; 3° Apprends à parler et à vivre avec les enfants ; 4» Apprends à partager les occupations des enfants; .'j» Kflorce-toi d'acquérir des notions claires et précises sur les produits de la nature; C» Apprends à connaître les produits de l'activité de l'homme; 7° Apprends à te servir de tes mains; 8" Apprends à user de ton temps avec économie; 9° Cherche à entrer en relations avec une famille ou un pensionnat dont les enfants ou les élèves se distinguent par l'excellence de leur santé; lO» Cherche à acquérir le talent de donner aux enfants la conscience de leurs devoirs; 11° Agis toujours comme tu voudrais que tes élèves agissent.

La même année que V Ameisenhûchlein parut un Abécédaire sous le titre de Conrad Kiefra ABC- und Lesebiichlein. Deux ans plus tard (1S03) Salzmann publia encore un ouvrage, le derniar : c'est une sorte de prospectus de son institut, intitulé Ueber die Erziehungsanstalt zu Schnepfenthal.

A partir de 1808, Schnepfenthal commença à décliner : les événements politiques n'étaient pas favorables au développement des établissements d'éducation. Le nombre des élèves tomba, en 1809, de cinquante-deux à trente-six, et continua à diminuer dans les années suivantes. Schnepfenthal se releva plus tard, après 1815 ; mais Salzmann ne devait pas voir ce retour de prospérité. Sa femme mourut en décembre 1810, et il ne survécut que quelques mois à sa fidèle compagne ; sa santé avait été aff"aiblie depuis 1809 par des attaques de rhumatisme, et il expira le 3l octobre 1811 dans sa soixante-huitième année.

La pédagogie de Salzmann est celle de l'école « philanthropiniste », qui est elle-même, dans ses traits essentiels, celle de Rousseau et de Locke. On y trouve déjà la plupart des principes et des vérités dont Pestalozzi devait s'emparer à son tour, et qu'il allait formuler en leur donnant son accent personnel (V. Pestalozzi, p. 2320). C'est dire que cette pédagogie n'a pas vieilli, et que les écrits de Salzmann peuvent, aujourd'hui encore, être lus avec fruit. Pour Salzmann comme pour les éducateurs modernes, la tâche de l'éducation est de « développer et d'exercer les forces physiques, intellectuelles et morales de l'enfant ». Sur le mode d'acquisition des connaissances, il parle comme Pestalozzi : « Comme toutes nos connaissances, dit-il, nous viennent des sens, qui nous fournissent les matériaux dont l'intelligence tire les idées, il est très nécessaire que les sens soient exercés en premier lieu ; et comme le sens de la vue est celui par lequel nous arrivent le plus de perceptions du monde sensible, l'exercice de ce sens est le plus nécessaire... Aussi la plupart des éducateurs sont-ils d'accord sur ce point, que le premier enseignement que reçoit la jeunesse doit être intuitif.» En ce qui concerne le développement moral, il s'exprime ainsi : « Depuis qu'on a supprimé les lisières et les petits chariots, les déformations physiques qu'occasionnaient l'emploi de ces moyens ont disparu, et les enfants n'en apprennent pas moins, d'abord à marcher, puis à courir et à sauter. Supprimez aussi les lisières et les chariots dans le monde moral, et l'homme moral se développera tout aussi bien de lui-même. Qu'est-ce que j'entends par lisières morales? Ce sont les commandements et les défenses, et les moyens artificiels par lesquels on cherche à habituer les enfants à les observer... L'éducateur doit chercher à amener son élève à vouloir lui-même le bien, et à le faire, non paice qu'on le lui a ordonné, et qu'on lui a défendu de faire le mal; non parce qu'il a à attendre une recompense s'il fait le bien, et un châtiment s'il fait

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le mal, mais parce que telle est sa volonté. » Aussi recommande-t-il, de préférence aux récompenses et aux punitions « artificielles », l'emploi des récompenses et des punitions « naturelles » ; on croirait, en voyant ce qu'il dit à ce sujet, lire une page de Herbert Spencer.

Quant au plan d'études qu'il avait adopté pour Schnepfenthal, il ressemble beaucoup à celui d'une liealschule moderne. Voici, en effet, l'énumération qu'il fait des matières composant son programme d'enseignement :

1. Etude des langues : 1"» langue allemande ; 2* langue latine ; 3° langue française ; 4° langue anglaise. — IL Etude des choses : 1" histoire naturelle ; 2"* géographie ; 3° histoire; 4" physique et mathématiques ; 5° ostéologie et technologie ; G° religion. — III. Chant et dessin.

Lorsque les élèves sont déjà passablement avancés dans les quatre langues mentionnées cidessus, ils sont divisés en deux sections, dont l'une comprend les jeunes gens qui se destinent aux études savantes, et l'autre ceux qui se destinent au commerce ou à l'état militaire. Ils continuent à recevoir en commun l'enseignement de l'allemand, du français et de l'anglais. La première section poursuit l'étude du latin et y ajoute celle du grec. La seconde section ne reçoit plus de leçons de latin; en revanche, les élèves qui se destinent au commerce apprennent la tenue des livres et sont exercés à écrire ; ceux qui se destinent aux armes étudient plus spécialement les mathématiques.

L'institut de Schnepfenthal a continué à prospérer sous la direction des héritiers et des continuateurs de Salzmann; il a célébré en 1884 la fête de son centième anniversaire. A cette occasion l'institut a fait paraître une biographie de son fondateur, à laquelle nous avons emprunté une partie de nos renseignements. La librairie Pichler, à Vienne, publie en ce moment (1886), dans la collection de ses classiques de la pédagogie, une édition des Œuvres pédagogiques de Salzmann en deux volumes, précédée d'une étude biographique et pédagogique due à MM. R. Bosse, de Schnepfenthal, et J. Meyer, d'Osnabriich.

SALVADOR. — V. au Supplément.

SAONE-ET-LOIRE (Département de). — Superficie, 8 552 kilom. carrés. Population : 625 589 habitants en 1881, au lieu de 614 309 en 1876. Densité moyenne de la population par kilom. carré : 73 habitants au lieu de 74 habitants, chiffre de la densité moyenne de la France. 5 arrondissements, formant 6 circonscriptions d'inspection primaire, savoir : Mâcon, Autun, Chalon-sur-Saône, Charolles, Louhaiis, Montceau-les-Miaes; 50 cantons. 589 communes, dont 402 de 500 hab. et au-dessus.

Le service de l'inspection primaire dans le département de Saône-et-Loire est réparti comme suit :

NOMBRE

DE CLASSES

ta

d'écoles

d'élèvbS I

es

oo

es

Mâcon . . .

47fi0

Autun. . .

Chalon...

Charolks.

Louhans .

Montceau-les-

Uiues . . .

Population d'âge scolaire. — En 1876 on comppour 100 habitants. En 1881 on compte 86 538 enfants de 6 à 13 ans (41 721 garçons et 44817 filles), soit 13.83 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. C'est une augmentation de 1671 enfants de 6 à 13 ans pour une période de cinq années. Pendant la même période la population totale s'est accrue de U 280 habitants.

1. État de l'instruction publique avant 1789. — V. Bourgogne.

2. Dèveloppenxent de l'instruction primaire depuis 1789 et état actuel. — De 1789 a la Restauration. — Nous extrayons d'un travail de M. Humbert, précédemment inspecteur primaire à Mâcon, les quelques renseignements qui suivent.

Les mesures prises par la République pour l'organisation de l'instruction primaire restèrent à peu près infructueuses ; sous le régime de la loi du 3 brumaire an IV, les écoles furent presque délaissées. Après l'adoption de la loi du 11 floréal an X, sous le Consulat, le ministre de l'intérieur adressa aux préfets une circulaire demandant des renseignements sur l'état de l'instruction primaire. Dans une lettre du 5 messidor an XI, le sous-préfet de l'un des arrondissements les plus favorisés s'exprimait ainsi : « Il n'existe pas dans l'arrondissement de Chalon d'école à laquelle on puisse absolument donner le titre d'école. Les instituteurs, à un très petit nombre près, ont été nommés antérieurement à la loi du 11 floréal an X. Il serait impossible, même approximativement, de dire le nombre total des enfants qui fréquentent chaque école. L'arrondissement de Chalon, essentiellement agricole, n'envoie les enfants près des instituteurs que dans la saison où les travaux sont totalement suspendus... »

Les tableaux qui furent envoyés à la préfecture à cette occasion se résument ainsi :

. j. , Nombre

Arrondissements d'instituteurs

Mâcon 45

Chalon 59

CharoUes 53

Louhaus 43

Nombre d'élèves

La statistique de l'arrondissement d'Autun ne se trouve pas aux archives de la préfecture.

La ville de Mâcon avait en outre 2 pensionnats, 1 école de dessin, et 8 écoles particulières.

Celle de Chalon avait 8 écoles, celle de CharoUes 18, celle d'Autun 15.

La ville de Louhans avait 14 écoles, dont 9 de filles; mais quelques-unes n'avaient que 2 ou 3 élèves.

Il n'est pas mentionné d'école de filles dans les campagnes. Parfois, des femmes d'instituteur, n'ayant ni brevet ni autorisation spéciale, exerçaient, sans concurrence, les fonctions d'institutrices dans de riches communes de 1200 à ; 2000 âmes.

i Le latin entre souvent dans le programme des écoles de ville. Un certain nombre d'instituteurs j des communes rurales n'enseignaient que la lec- 1 ture et l'écriture.

j Le montant des indemnités de logement pour tout l'arrondissement de Chalon n'était que de j 390 francs. Le taux de la rétribution était com- ! munémcnt compris entre 0 fr. 50 et 1 fr. 60. Le plus faible traitement pour le secrétariat de la I mairie était de 30 francs, le plus élevé était de j 300 francs.

Avant l'émigration, certains prêtres avaient quel- I ques élèves, mais toujours en petit nombre, et dans

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SAOx\E-ET-LOIRE

Arrondissements

Instituteurs

Brevetés du

MâcOQ 82

Autun 40

Clialon 113

Charolles 38

Louhdos 77

1er degré

2' degré

3o degré

Aux termes de l'ordonnance du 28 avril 1828 des comités gratuits pour la surveillance des écoles furent établis en différents lieux. A l'examen de leurs états et de leurs délibérations on est frappé du petit nombre d'écoles et d'élèves. Les deux cantons de Matour et de Tramayes, qui aujourd'hui ont 15 instituteurs, 19 institutrices, 20 adjoints ou adjointes et 3266 élèves, n'avaient alors que 5 écoles : celles des deux chefs-lieux, celles de la Chapelle-du-Mont de France, de Dompierre et de Trivy; elles recevaient 151 élèves. Les autres cantons n'étaient guère plus favorisés.

Voici les données que nous possédons sur le développement de l'instruction primaire dans le département de Saône-et-Loire depuis la fin de la Restauration, époque où fut faite la première statistique des écoles primaires.

Nombre des communes dépourvues d'é'^oUs. — En 1837, le département comptait 185 communes n'ayant aucune école, et 424 communes n'ayant pas d'écoles de filles. En 1850, il n'y avait plus que 05 communes entièrement dépourvues d'écoles. En 1883-1884, on ne trouve plus que 7 communes sans écoles; mais 63 communes de 500 habitants n'ont pas d'écoles publiques de filles.

le but de les préparer au sacerdoce, ou de former des enfants de chœur; il en était de môme des congréKations d'hommes, à part celles qui tenaient des collèges.

Si l'enseignement primaire était si négligé, il n'en était pas ainsi de l'enseignement secondaire. Par une statistique de l'an IX, on voit que les collèges avaient été nombreux, la plupart étaient rei^rettés. Celui d'Autun était bien fréquenté avant la Révolution, malgré l'existence de deux séminaires dans cette ville. Celui de Tonnerre recevait 90 élèves, dont 50 pensionnaires, quoiqu'il fût à proximité de Meaux, de Chalon et de Cluny, villes plus importantes qui avaient des établissements du même genre.

De 1802 à 1833, l'instruction primaire fit peu de progrès. Le recrutement des maîtres offrait de grandes difficultés dans le département. Bon nombre venaient de la Franche-Comté, de la Savoie et du Dauphiné. Parfois le surnom qui leur était donné rappelait leur origine. Le brevet de capacité ne garantissait qu'un faible degré d'instruction. Des lettres du temps témoignent de l'embarras des membres des jurys d'examen sur la nature des épreuves prescrites par les lois de la République. Une latitude presque aussi grande fut laissée par l'ordonnance royale du 29 février 1816, dont l'article 11 portait : « Le brevet de 3° degré, ou degré inférieur, sera accordé à ceux qui savent suffisamment lire, écrire et chiffrer pour en ■donner des leçons. »

Dans la session d'examen du 28 août 1819 pour les arrondissements de Mâcon, Charolles et Lou- i hans, quatre aspirantes s'étaient présentées. Le brevet de l^f degré fut accordé à une institutrice examinée sur la lecture, l'écriture, les quatre premières règles, les proportions et la grammaire ; le brevet de H^ degré fut accordé à une autre examinée sur la lecture, l'écriture et les trois premières règles de l'arithmétique; les deux autres, ne sachajit ni écrire ni calculer, ne furent pas admises.

En 1823, le nombre des instituteurs exerçant régulièrement était :

Nombre des écoles primaires publiques et libres. — Le nombre total des écoles primaires était, d'après l'^/maA^ac// de f Université, de 219 en 181Z et de 322 en 1821. Le progrès du nombre des écoles à partir de 1829 est résumé dans le tableau ci-après ;

d'après la statistique offi'"».

école*

TolA

pubftiquci

libres

Division des écoles publiques et libres en écoles de garçons, écoles ndxtes et écoles de filles.

Écoles

de garçons

mixtes

de Qlles

568 (y compris les

écol

es mixtes).

Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.

Écoles laïques

Écoles cODgréganistes

de garçons ^ gjj ou mixtes

Tota^

lO'^g ÎU7 126C

Nombre d*instituteurs et d'institutrices, y compris les adjoints et les adjointes.

Instituteurs

Instita

trices

laïques

congpég.

laïques

congréç.

SAONE-ET-LOIRE

SAONE-ET-LOIRE

Nombre total d'élèves et nombre des élèves gratuits dans les écoles primaires de toute nature.

Total des élèves ÉlèTes gratuits Manque

1832 (année civile)....

1876-77 (année scolaire)..

Manque 48 851 52949 53113

En 1834 il y avait 446 élèves inscrits sur 10 000 habitants; en 1840, 812; en 1863, 1289; en 1876- 1877, 1526, et 1735 en 1883-1884.

Ecoles maternelles {Salles d'asile).

Nombre de* établissements

Nombre des élèves

Nombre des cours d'adultes et de leurs auditeurs.

Nombre de cours

Nombre d'auHiteurs

Houii-iies Femmes Hommes Femmes

Brevets. — Le nombre des brevets délivrés de

1833 à 1885 inclusivement a été le suivant :

Instituteurs.

351 brevets élémentaires,

158 brevets supérieurs.

— obligatoires,

complets.

facultatifs, ou complets.

— élémentaires,

supérieurs.

Institutrices.

brevets élémentaires, 5 brevets supérieurs

— obligatoires

complets.

— élémentaires

supérieurs.

dans le département de Saône-et-Loire en 1879. En voici le tableau :

Nombre de candidats Certificats obtenu»

Garçons Filles Garçons Filles

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