‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 356 sur 573 · SAUVAN (M · texte numérisé non relu

SAUVAN (M

Bibliothèques pé/fagogiques. — Voici la situation au 1er janvier 18BG :

Nombre de bibliothèques.

— de volumes

Caisses des écoles. — 99 caisses des écoles fonctionnent en 188G dans le département. Voici leur mouvement pendant l'année 1885 :

Receltes de l'exercice 1885 9 744 fr.

Dépenses 7 661 fr.

Somme en caisse à la clôture de l'exercice 2 083 fr.

Avant Tapplication de la loi du 28 mars 1882, qui a rendu cette institution obligatoire, le département ne possédait que 4 caisses de ce genre, dont l'actif était en 1881 de 150 francs.

Caisses d'épargne solaires. — Elles existent

NOMBRE

SOMMES

Années

inscrites

de caisses de livrets

à ces livrets

39 793 fr.

107 559 fr.

Société de secours mutuels. — La Société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, fondée en 1805, est en voie de prospérité au point de vue de l'avoir social ; au point de vue du nombre des adhérents elle reste stationnaire. Elle comptait en 1879 274 membres et un actif qui atteignait 45 049 francs. Elle compte en 1886 272 membres, et son actif s'élève à 65 131 fr.

Bulletin scolaire. — Le Bulletin scolaire du département de la Sarthe, dont la fondation remonte à 1866, paraît suivant les besoins du service, en format petit in-8°. Il est envoyé gratuitement à toutes les écoles publiques, dont il devient la propriété, et reçoit à cet effet une subvention du Conseil général.

SAUVAN (Mlle). Lucile Sauvan naquit à Paris, le 23 mars 1784. Son père était au service d'une famille princière qui émigra des premières, et à laquelle il sacrifia sa modeste aisance ; en 1794, il fut arrêté et enfermé à la Conciergerie, et ne dut son salut qu'à la réaction du 9 thermidor. Par suite de ces circonstances, l'enfance et la première jeunesse de Lucile Sauvan s'écoulèrent dans l'obscurité et dans la gêne. Elle leur dut peut-être une gravité prématurée et aussi l'intérêt qu'elle porta toute sa vie aux classes pauvres. A onze ans, dit son biographe (M. Gossot), elle savait à peine lire. Mais, à vingt ans, elle avait réparé les lacunes de sa première éducation : à des connaissansances variées et solides, elle avait ajouté la musique et la peinture où elle obtint un certain succès. Petite et frêle comme un roseau, elle joignait à une intelligence vive et originale une âme élevée, une certaine indépendance de caractère, une franchise parfois un peu brusque, une énergie de volonté à toute épreuve, de l'esprit en même temps que de la modestie, surtout un fonds de bonté qui, plus tard, dans l'exercice de ses fonctions, lui faisait garder pour elle les fautes ou les défaillances de ses subordonnées.

Vers 1811, à vingt-sept ans, elle devint l'unique ressource de sa nombreuse famille. Avec les débris de sa fortune, une quarantaine de mille francs, son père lui acheta une pension à Chaillot. Elle releva cet établissement et y fut bientôt entourée de jeunes filles distinguées par la fortune et par le rang. C'est là qu'elle devint pédagogue, qu'elle se fit, sur l'éducation et l'enseignement, les idées qu'elle exposa plus tard dans ses ouvrages et qu'elle mit en pratique avec tant de succès dans les écoles d'un autre ordre auxquelles elle fut si longtemps attachée. Elle connut alors une foule de personnages marquants : Bouilly, qui avait conçu

pour elle une estime particulière, qui l'avait mise en évidence et qui lui confia plus d'une fois la mission délicate de revoir ses manuscrits, M™* de Staël, La Fayette, Dupatv, Vitet, Patin, le général Lamarque, avec lequel efle conserva jusqu'au bout des relations éplstolaires, M. de Gérando, aux travaux et au dévouement duquels elle allait bientôt s'associer.

En 1828, elle dut abandonner sa pension de Chaillot, après dix-sept années d'une gestion laborieuse pendant laquelle elle n'avait pas sans doute assez veillé sur ses intérêts matériels : à quarantequatre ans, elle eut à se refaire une carrière.

A la suite de la révolution de 1830, il se produisit, notamment à Paris, une sorte de réveil en faveur de l'éducation populaire. A la tête du mouvement se trouvaient Boulay de la Meurthc, de Gérando, Cochin, Francœur, Jomard, de Lasteyrie, qui presque tous faisaient en même temps partie du Comité central et de la Société pour l'instruction élémentaire. M. de Gérando avait été choisi par ses collègues et par le préfet de la Seine pour faire, à Paris, un cours de morale à l'usage des jeunes instituteurs. On désira qu'il y joignît un cours semblable pour les institutrices. Ses occupations ne lui permettant pas de s'imposer cette nouvelle tâche, MUe Sauvan fut chargée de le suppléer. Le cours fut inauguré par M. de Gérando lui-même en 1831, et M'ie Sausan ne tarda pas à s'y distinguer. Sa préoccupation fut, dès l'abord, de parer dans la mesure du possible à l'insuffisance du brevet de capacité, et de mettre les institutrices à la hauteur de leurs fonctions, en les entretenant des méthodes et des procédés d'enseignement sans doute, mais surtout en élevant leurs âmes et en portant leur esprit vers l'éducation.

Telle est la double pensée qui se dégage des deux opuscules qu'elle nous a laissés : son Cours normal des institutrices primaires et son Manuel pour les (écoles communales de jemits filles. Ce dernier, destiné principalement à former les jeunes maîtresses à la pratique du mode mutuel et à leur en faire faire une application intelligente, a perdu son intérêt d'actualité; il n'est plus aujourd'hui, comme le Manuel similaire de M. Sarazin *, qu'une page de l'histoire de l'instruction primaire et, en particulier, de l'histoire de l'instruction primaire à Paris. Mais le premier contient des directions qui font songer à M™e de Maintenon, qui ne vieillissent pas et qui conviendront toujours aux institutrices placées à la tête des écoles primaires.

Devançant son temps, MUe Sauvan conçoit l'éducation de la jeune fille du peuple telle que nous la concevons à cette heure et, à un demi-siècle de distance, nous ne faisons guère que réaliser ses idées. Elle veut qu'on donne aux jeunes filles pauvres des connaissances variées pour les défendre contre les suggestions de la misère, en multipliant pour elles les moyens d'existence ; qu'on leur enseigne la coupe et la confection du linge neuf, des robes et des corsets^ en même temps que le raccommodage et l'entretien du linge et des vêtements de la famille ; qu'on ouvre des carrières nouvelles aux femmes instruites, qu'on leur confie, par exemple, Venseignement du chant, du de>sin, de la gymnastique dans les écoles de filles. C'est en effet ce que l'on a commencé à faire depuis quelques années dans les écoles de Paris. Si elle ne vit pas le triomphe de ses idées, M^e Sauvan put au moins le préparer : elle continua ses conférences pendant trente-cinq ans, avec l'autorité morale et effective que lui donnait son titre d'mspectrice des écoles primaires communales et des classes d'adultes femmes de la ville de Paris. Ce titre lui avait été conféré le 13 avril 1835, sur la proposition du Comité central et des dames patronncsscs qui, sous la loi de 1833 et môme antérieurement, administraient

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