SÉVIGNÉ (M°^ DE
II y a do certaines philosophies qui sont en pure perte, et dont personne no vous sait gré (j^^iliet 1071). » Les mères n'étaient pas tendres en ce temps-là; la princesse d'Elbeuf tenait sa fille sur un tabouret près d'elle, les bras croisés sans mot dire; M"» Colbcrt no souffrait pas que la sienne fût assise en sa présence. M™^ de Grignan aurait été volontiers de cette école, qui n'était pourtant pas celle de sa mère. M^^ de Sévigné pensait, comme Fénelon et M™e de Maintenon, qu'il faut permettre « une liberté honnête et une joie innocente »; comme Molière,
Qu'il nous faut en riant instruire la jeunesse, Reprendre ses défauts avec grande douceur, Et du nom de vertu ne point lui faire peur.
Elle aimait les enfants, se plaisait avec eux; on la voit aux Roches, en compagnie d'une petite Bretonne naïve à plaisir, et que par vocation pédagogique elle s'amuse à « débrouiller » : « c'est un petit esprit vif et tout battant neuf, que nous prenons plaisir d'éclairer. Elle est dans une parfaite ignorance; nous nous faisons un jeu de la défriciier généralement sur tout : quatre mots de ce grand univers, des empires, des pays, des rois, des religions, des guerres, des astres, de la carte; ce chaos est plaisant à débrouiller grossièrement dans une petite tête qui n'a jamais vu ni ville, ni rivière, et qui ne croyait pas que toute la terre allât plus loin que ce parc : elle nous réjouit (12janvier 1676). » Cette ignorance n'était pas particulière à la province reculée de Bretagne : on sait par plusieurs témoignages confirmant celui de M™e de Sévigné qu'elle était beaucoup plus générale parmi les femmes que d'éclatantes exceptions ne le feraient croire. M^° de Sévigné, si instruite qu'elle lisait Virgile « dans toute la majesté du texte », la combat de toutes ses forces ; elle ne combat pas moins l'éducation à l'Agnès, qui en est le corollaire. Elle cite l'exemple d'une jeune fille de Nantes, à qui sa mère, « dévote ridicule », avait donné pour tout instituteur un confesseur jésuite : « J'ai trouvé tout d'un coup qu'elle a bien de l'esprit, et une envie si immodérée d'apprendre ce qui peut servir à être une honnête personne, éclairée et moins sotte qu'on ne l'est en province, qu'elle m'en a touché le cœur. » Elle s'est débrouillée comme elle a pu, a dévoré « tout ce qu'elle a pu attraper de romans, avec tout le goût que donne la difficulté et le plaisir de tromper... Il y a bien des gens qui offriraient à lui donner de l'esprit comme dans La Fontaine; mais elle paraît n'en vouloir point de celui-là. Le temps pourra lui faire changer d'avis (20 et 25 mai 1680). »
Ce sont ces principes qu'elle applique à l'éducation de Pauline, dans un esprit à la fois très large et très sensé, où l'on reconnaît Télève de Ménage, l'amie des précieuses et l'admiratrice de Nicole. Elle lui recommande instamment la lecture : il faut lire et relire ce que l'on a trouvé beau, « on le goûte, on y entre davantage, cela s'incorpore, on croit avoir fait ce qu'on lit ainsi pour la troisième fois. » Quelle vive et jolie manière de tourner la maxime antique, que « la lecture nourrit l'esprit » ! Cela ne donne-t-il pas envie de lire ? Mais quoi lire? Les jeunes filles du xyii^ sièle n'étaient pas favorisées comme celles d'aujourd'hui; il n'y avait pas do bibliothèques à leur intention. Elles lisaient ce qu'elles pouvaient, quand elles lisaient. Pauline avait hérité de la « folie » de sa grand'mère pour les romans chevaleresques; celle-ci n'avait pas le courage de l'en blâmer, mais comme les plus chers intérêts étaient en jeu, elle creuse un peu plus la question qu'elle n'avait fait jusque-là. On se rappelle ce qu'elle en disait par rapport à elle-même, à quarante-cinq ans; voici ce qu'elle en dit à soixante-trois à propos de sa petite-fille : « 11 y a des exemples des bons et des mauvais effets
de ces sortes de lectureii : vous ne les aimiez pas, vous avez fort bien réussi; je les aimais, je n'ai pas trop mal couru ma carrière; to7it est sain aux sains, comme vous dites. Pour moi, qUi voulais m'appuyer dans mon goût, je trouvais qu'un jeune hxymme devenait généreux et brave en voyant mes héros, et qu'une fille- devenait honnête et sage en lisant Cùopàtre. Quelquefois il y en a qui prennent un peu les choses de travers, mais elles ne feraient pout-ôtre guère mieux quand elles ne sauraient pas lire : quand on a l'esprit bien fait, on n'est pas aisé à gâter. » (A M^^^ de Crignan, 10 novembre 1689.) On pourrait répondre qu'encore faut-il avoir l'esprit bien fait; et comme l'esprit n'est guère « fait », bien ou mal, à quinze ans, il resterait à savoir si les romans sont de nature à le bien former. Au fond, la question s'étend beaucoup plus loin ; c'est celle des œuvres d'imagination ca général. Ici, M^e de Sévigné, qui a tant de points de contact avec Fénelon et M™* de Maintenon, s'éloigne d'eux absolument; elle se rapproche plutôt de Plutarque et de saint Basile, qui ne pouvaient se résoudre à condamner, l'un au nom de la philosophie, l'autre au nom de la religion, les fictions des poètes, surtout les épopées homériques, ces romans do la Grèce héroïque. Ils y voyaient, eux aussi, une source de leçons morales et de nobles exemples, et faisaient de cette manière, avec le moins de risques possible, la part à une faculté impérieuse dans la jeunesse, l'imagination, qui sans cela se la ferait elle-même et, comme on dit, taillerait en plein drap.
C'est si bien le sentiment de M™e de Sévigné, qu'elle profite aussitôt de la concession qu'elle vient de faire pour demander du retour : « Je vous conjure, ma chère Pauline, de ne pas tant tourner votre esprit du côté des choses frivoles, que vous n'en conserviez pour les soljdes ; autrement votre goût aurait les pâles couleurs. » Les choses solides, c'est l'histoire, qui « fait la subsistance de tout le monde » et qui de plus est « un grand amusement », mais « en commençant par une chose et finissant par l'autre » ; c'est la géographie, c'est la littérature, la poésie, l'éloquence, le théâtre : comment n'aurait-elle pas prôné son Corneille, en dépit des confesseurs timorés? « Je ne pense pas que vous ayez le courage d'obéir à votre père Lanterne : voudriez-vous ne pas donner le plaisir à Pauline, qui a bien de l'esprit, d'en faire quoique usage, en lisant les belles comédies de Corneille, et Polr/eucte, et Cinna, et les autres (5 mai 168'.))? » Elle va jusqu'à la littérature ancienne, et demande si l'on a « tâté de Lucien »; jusqu'à la littérature italienne, Davila, Guichardin, le Tasse : encore un peu elle ajouterait l'Ariostc, si elle ne se souvenait à temps qu'il « y a des endroits fâcheux ».
La dévotion môme, au moins dans une certaine petite église, avait au xvii® siècle un air de préciosité, que M™e de Sévigné n'admettait pas en cette matière ; là, elle est janséniste, ne conseille que les ouvrages solides, ceux du protestant Abbadie alors dans tout l'éclat de leur nouveauté, les I'ro~ vincialeSj et Nicole, toujours Nicole : « Donner, donnez-lui hardiment les Essais de morale. » Mais pas d'autres moralistes : « Je ne voudrais point du tout qu'elle mît son petit nez ni dans Montaigne, ni dans Charron, ni dans les autres de cette sorte; il est bien matin pour elle. La vraie morale de son âge, c'est celle qu'on apprend dans les bonnes conversations, dans les fables (elle adorait La Fontaine), dans les histoires par les exemples; je crois que c'est assez. Si vous lui donnez un peu de votre temps pour causer avec elle, c'est assurément ce qui lui serait le plus utile... Je la ferais travailler, lire de bonnes choses, pas trop simples: je raisonnerais avec elle (15 janvier 1690, 26 octobre 1688). »
C'est bien là l'essence d'un procédé pédagogi-
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2ue fort en vogue de nos joUr^,'hon. jBansTî(,îsori,: 6jà vanté par Rabe^ls, Montaigne, puis paî-Yé-, nelon, Fleury, pratique par M™8 iJè Mainteribn : la, parole du maître, vive, familière, personnelle, animant, complétant pu .remplaçant le livpe. C'est ainsi que l'on enseignait à Saint-Cyr la langue parlée et la langue écrite, sans beaucoup de grammaire, par l'usage, et Mme de Sévigné l'entend de même : «Pauline est trop heureuse d'être votre secrétaire: elle apprend à penser, à tourner ses pensées, en voyant comme vous lui faites tourner les vôtres; elle apprend la langue française, que la plupart des femmes ne savent pas.; vous prônez la peine de lui enseigner des mots qu'elle n'entendrait jamais. Continuez donc une si bonne instruc^ tion pour votre fille (1" juin 1689). »
Ce mode d'éducation exige, de la part de ceux qui l'emploient, la douceur, l'égalité d'humeur, la patience^ dont les maîtres de Port-Royal ont donné le précepte et l'exemple, en même temps que Mme de Maintenon et Fénelon. M^e de Grignan, comme les personnes très gâtées, très adulées, n'était pas indulgente pour autrui, notamment pour sa fille ; elle «e plaignait souvent, et Mme de Sévigné passait son temps à lui rendre le courage : « Paulino n'est donc pas parfaite; tant mieux, vous vous divertirea à la ^«pétrir. Menez-la doucement, l'envie de vous plaire fera plus que toutes les gronderies... Ne vous rebutez point; elle a de l'esprit, elle voust aime, elle s'aime ellemême, elle veut plaire; il ne faut que. cela pour se corriger, et je vous assure que ce n'est point dans l'enfance qu'on se corrige ; c'est quand on a de la raison; l'amour-propre, si mauvais à tant d'autres choses^ est admirable en cellfi-là ; entreprenez donp de lui parler raison, et sans colère, sans la gronder, sans l'humilier, car cela révolte; et je vous réponds ^ue vous en ferez une petite merveille {28 février 1689)^ » La seule fois peut-être qu'elle prenne un ton d'autorité avec sa fille, c'est sur ce sujet qui lui tient au cœur : « Pour Pauline, je crois que vous ne balancez pas entre le parti d'en faire quelque chose de bon ou quelque chose de mauvais... Tout vous convié d'en faire votre devoir : et rhohneu'r, , et la conscience, et le pouvoir que vous avez eii inain. Quand je pense comme elle s'est corrigée en peu de temps pour vous plaire^ comme elle est devenue jolie (aimable), cela vous rendra coupable de tout le bien qu'elle ne fera pas (11 janyiey 169P). » Cette sollicitude fut récompensée, Vers seize ans, Pauline faisait l'admiration et la joie de sa grand'mère, de son oncle Charles de Sévigné qui n^était pas un juge incompétent; Mme de Grignan ellemême était satisfaite i elle disait que l'esprit de' sa fille « dérobait tout ». Mme de Sinalane n'a pas trop démenti ces heureux pronostics.
En résumé, les viiés pédagogiques de Mme dé Sévigné se ramènent à celles-ci : s'accommoder à la nature enfantine, la suivre et l'aider pour la développer et la diriger; cultiver la raison et le jugement ; pour les femmes en particulier, ne pas craindre de les instruire. Elle mérite donc une placé, Litton dans le grand chemin de la pédagogie du xvii» siècle, du moins dans quelque sentier aboutissant, parmi les pédagogues qui relèvent directement ou indirectenaçjit, sciemment ou à leur insu, de la philosophie cartésienne.
Les premières éditions des lettres do Mme de Sévigné sont de 1726 et 1734 ; la plus estmiée est celle de M. de Mojimerqué (1818), reproduite dans la Collection des grands écrivains de la France^ avec une notice de M. Paul Mesnard (Hachette, 1862)i On lit encore les Mémoires touchant la vie et les écrits de la marquise de Sévigné par Walckenaer. , ; , ;1^î - [Paul Rousselot,] '
SEVRES (Département des DEUX-). — Superficie, 6000 kilom. carrés. Population : 350103 ha-
bitants ^tt îm , au' iîeli dé' Sïtè'éSà éti' 1816?bciiisWé' '^ •moyenne ^ôMa population par kilom. Carré ^r'58taibitants, au lieu de 7 1 habitants, chiffre de la densité moyenne de.Ja Frapicfî. 4 arrondissements formant 4 circonscriptions d'inspection primaire, savoir : Niort, Bressuire, Melle, Parthenay ;r, , 31 cantons, 356 communes, dont ^60 de 500 habix].,, tants et au-dessus.
Le service de l'inspection primairç . dans , Jç. ^étM i partement des Deux-Sèvres estréparti conime suitto,..»
Niort ....
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