‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 403 sur 573 · SOCIÉTÉS DU SOU DES ÉCOLES LAÏQUES · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉS DU SOU DES ÉCOLES LAÏQUES

— Dans un certain nombre de départements, particulièrement dans ceux du Sud-Est, des sociétés se sont formées, sous la dénomination de Sociétés du sou des écoles, en vue de favoriser l'enseignement laïque.

C'est l'année 1879 qui a vu éclore la plupart de ces associations, et le département de Vaucluse doit être cité comme l'un de ceux où l'œuvre a fonctionné avec le plus de succès.

Les sociétés du sou des écoles ont toutes le même but, mais elles le poursuivent par des moyens différents. Le plus souvent, elles se bornent à assurer la fréquentation des écoles laïques qui soutiennent avec peine la concurrence des écoles congréganistes, en procurant aux élèves la gratuité des fournitures scolaires, en donnant aux plus malheureux des vêtements et des chaussures, en distribuant des bons points centimes et des images patriotiques, des prix et des livrets de caisse d'épargne. Quelquefois elles ont plus à faire : elles entretiennent une école libre laïque là où l'école communale est congréganiste.

Leurs ressources consistent dans la cotisation des adhérents, 5 centimes ou plus par semaine, dans le produit de concerts, de bals, de conférences, de troncs placés dans les cafés, etc.

Depuis la loi du 28 mars 1882, qui a décidé l'établissement , dans chaque commune , d'une caisse des écoles, les sociétés dont nous parlons ont perdu une partie de leur raison d'être. Elles n'auront plus de motifs de subsister après la mise en application de la loi qui prescrit la laïcisation du personnel des écoles primaires publiques de tout ordre. Il restera d'elles le souvenir, bon à conserver, d'une manifestation intéressante de l'initiative privée dans les choses de l'enseignement. [Ernest Cadet.]

SOCIÉTÉS SAVANTES. — On appelle sociétés savantes des associations librement formées, mais approuvées par l'administration, et qui ont pour but de poursuivre telles études, de développer telles sciences, de favoriser tels arts qu'indique généralement le titre même de chaque société ou que déterminent des statuts.

A partir du xviii"^ siècle, les sociétés savantes se sont multipliées rapidement, et lorsque la France fut divisée en départements, il se trouva à peine quelques-unes des circonscriptions nouvelles qui n'eussent pas une académie.

A l'origine ce furent presque exclusivement les belles-lettres, les sciences morales et politiques, l'histoire et l'archéologie qui donnèrent lieu à ces groupements d'hommes instruits et dévoués. Mais dès que l'influence de la philosophie du xviiio siècle se fit sentir, dès que se furent généralisées les recherches tentées à cette époque dans tous les ordres des connaissances humaines, les sociétés savantes reflétèrent l'état des esprits. Il naquit alors en grand nombre des sociétés d'agriculture, de médecine et de pharmacie, de sciences naturelles, de botanique, d'industrie, etc., etc. Les sociétés géographiques sont pour la plupart de date plus récente.

L'administration prit d'ailleurs elle-même, à certaines époques, l'initiative de la création de sociétés spéciales, comme par exemple de sociétés d'agriculture. Vers le milieu du xviuo siècle un effort fut tenté en ce sens, et vers la fin du môme siècle un ministre de l'intérieur, François de Neufchâteau, essaya de provoquer dans chaque département l'installation d'un comité qui s'occuperait de questions agricoles. Cette ingérence du gouvernement ne laissa pas de produire quelques résultats, en ce sens qu'une fois constituées, les sociétés dues à cette initiative continuèrent à vivre et à prospérer, lorsqu'elles eurent perdu la tutelle administrative.

Voici comment se forme habituellement une so-

SOCIÉTÉS

SOCRATE

cicté savante. Quelques hommes voués à la culture des leiti es ou à celle de tel art, de telle science, s'entendent entre eux pour constituer une société. Ils font appel au bon vouloir des personnes qui partagent leurs idées et leurs goûts. On se compte, on s'engage à être fidèles et exacts à des réunions dont on fixe l'époque. On élabore un règlement et des statuts, on élit un bureau, et la société est fondée. La société admet, en nombre limité ou indéterminé, des membres titulaires ou fondateurs, ou associés résidants, des membres honoraires, des membres non résidants, des membres correspondants. Les membres titulaires paient une cotisation annuelle qui varie, suivant la société, entre 5 francs et 30 francs, et qui constitue la meilleure partie du budget de l'association.

Une fois organisée, la société s'empresse de solliciter l'approbation de l'administration préfectorale pour elle et pour ses statuts. Mais une ambi tion plus haute la préoccupe. Il s'agit d'obtenir le décret qui la reconnaîtra comme établissement d'utilité publique. Cette reconnaissance du gouvernement donnera à la société la capacité civile. Pour obtenir cette consécration, il est des conditions à remplir : on exige un minimum de membres, un minimum de ressources budgétaires, parfois un certain nombre d'années d'existence. On a égard aussi aux services rendus, aux œuvres éditées, aux personnages que la société compte parmi ses titulaires ou ses correspondants.

L'action de ces sociétés est considérable, malgré la modicité des ressources dont elles disposent. Presque sans exception, elles publient des Mémoires, un Bulletin ou des Annales, où trouvent place des travaux importants, des études curieuses. En outre, un grand nombre de sociétés éditent à leurs frais tels ouvrages de quelqu'un de leurs membres ou d'un savant auquel les ressources font défaut. D'autres sociétés opèrent des fouilles dispendieuses dans un intérêt archéologique ou historique.

La plupart des grandes académies de province ont ouvert des concours scientifiques et littéraires, et elles décernent des prix d'une riche valeur, des médailles, des mentions. Les sociétés d'agriculture, d'horticulture, les comices se rattachant à telle société encouragent diverses cultures, répandent les préservatifs ou les remèdes contre telle maladie des animaux ou des végétaux, priment tels produits, organisent des fermes modèles, des cours grctuits, etc., etc. Dans certaines villes importantes de France, l'enseignement technique et pv( fessionnel est donné par des professeurs que rétiibue une société savante, et l'institution a prospéré de telle sorte que les municipalités ont dépensé près d'un million pour installer les cours. Le détail de cette action et de cette influence serait l'histoire même de chaque société. Il ne nous est donc pas possible d'y entrer. Rappelons seulement que toutes les sociétés savantes de notre pays ont des relations nombreuses avec les autres sociétés nationales et avec un certain- nombre d'associations étrangères. Des échanges de publications sont ainsi faits d'une société à l'autre, et il en résulte que toute compagnie savante possède une bibliothèque plus ou moins riche. La plupart ont en outre des collections, un musée d'archéologie ou d'art. Quelques chefs-lieux de nos départements doivent à une société savante le musée et la bibliothèque qu'ils ouvrent au public.

Ce serait un chapitre intéressant de l'histoire des sociétés savantes que celui de leurs relations avec le gouvernement et avec les administrations locales. Pendant le xvue et une partie du xviiie siècle, aucune académie ne pouvait naître en France que sous le protectorat d'un grand seigneur, membre lui-même de l'Académie française. L'affiliation de la société à l'Académie française était du reste

une faveur très recherchée et qui entraînait do précieux avantages, tels que le dro.t de se faire représenter aux réunions de l'Académie, de prendre la parole à ses séances, etc.

Vers la seconde moitié du xviii* siècle, mais surtout depuis la Révolution, les sociétés savantes ont eu une existence plus indépendante et plus personnelle. Elles ont cessé d'être clientes de l'Académie française, qui avait elle-même le roi pour protecteur.

L'organisation en 1833, par M. Guizot, du Comité des travaux historiques relia un certain nombre d'entre elles à l'administration. C'est à elles en effet qu'on eut recours pour aider le Comité dans la recherche des documents inédits. Les sociétés auxquelles le ministre s'adressa répondirent avec tant d'ensemble à cet appel que, quelques années après, plus de 250 d'entre elles correspondaient avec le Comité. Pour resserrer les liens qui unissaient les sociétés entre elles et avec le Comité des travaux historiques, un autre ministre de l'instruction publique, M. Rouland, institua la réunion des sociétés savantes, suivie d'une distribution solennelle de prix et de récompenses, qui a lieu chaque année à la Sorbonne, pendant les vacances de Pâques. En môme temps le Comité prit le titre de Comité des travaux historiques et des sociétés savantes, et fut divisé en trois sections : section d'histoire et de philologie, section d'archéologie, section des sciences. Avant M. Rouland, M. Fortoul avait fondé la Revue des sociétés savantes pour donner la publicité aux travaux des académies dispersées dans les départements. Après avoir été mensuelle, cette Revue ne paraît plus que tous les deux mois.

Aujourd'hui le comité qui sert de lien entre les sociétés savantes porte le nom de Comité des travaux historiques et scientifiques; il est di\isé en cinq sections, savoir: histoire et philologie; archéologie; sciences économiques et sociales; sciences; géographie historique et descriptive.

[Alphonse Martin.]

SOCRATE. — Né à Athènes en 470 av. J.-G. Socrate y est mort en 400, victime des haines qu'avaient soulevées contre lui l'indépendance de sa parole et la nouveauté de son enseignement. Il peut être compté au premier rang des martyrs de la liberté de conscience. L'acte d'accusation que ses ennemis dressèrent contre lui contenait ces deux griefs : 1° Socrate corrompt la jeunesse; 2e Socrate introduit des divinités nouvelles. C'est ainsi que la mauvaise foi travestissait les efforts de Socrate pour enseigner aux jeunes Athéniens toutes les vertus familiales et sociales, et pour purifier la religion, en substituant aux idoles du paganisme ridée d'une Providence unique. En buvant la ciguë dans la prison d'Athènes, en acceptant avec une résignation touchante le verdict de ses concitoyens, qui le condamnaient à mort pour avoir passionnément recherché leur bien, en s'inchnant devant la loi inique qui le frappait, alors qu'il aurait pu, avec l'aide de ses disciples, s'échapper et sauver ses jours, Socrate a été un héros devant la mort. Il n'y a pas dans l'histoire de l'humanité de plus belle mort que celle du sage de la Grèce, souriant presque au poison qu'on lui fait boire, au geôlier qui le lui apporte et, quoique attaché à la vie, s'éteignant sans murmure et sans plainte au milieu de ses amis, calme et fort jusqu'à son dernier soupir, et employant dans une douce et noble causerie avec ses élèves le peu de forces que lui laissait la mort qui l'envahissait peu à peu.

Mais cette mort héroïque avait été précédée d'une vie admirable. Elle était, comme a dit le poète, le soir d'un beau jour. Après deux mille ans, Socrate peut encore être cité comme un modèle de sagesse. Un dévouement absolu à la vérité, le courage de la dire à ses risques et périls

SOCRATE

SOCRATE

une ardeur d'apôtre à répandre autour de soi sa science, une irréprochable lionnêteté; dans la vie de famille une bonne humeur attestant une patience à laquelle l'insupportable caractère d'une épouse acariâtre donnait plus de prix encore, le souci d'élever ses enfants dans le respect et l'amour de leur mère et dans tous les sentiments élevés ; dans la vie sociale, l'obéissance à la loi, l'accomplissement de tous les devoirs civiques; sur le champ de bataille, la force d'âme, l'intrépidité, le mépris du danger, comme par exemple quand il sauvait Alcibiade à Potidée et Xénophon à Délium; enfin une piété profonde, un appel incessant à la Providence : telles sont quelques-unes des vertus qui se sont associées dans l'âme de Socrate et qui ont fait de lui une des plus hautes manifestations de la conscience humaine.

Nous n'avons pas à nous étendre ici sur la philosophie de Socrate, sur l'influence qu'il exerça autour de lui et après lui, puisque tous les philosophes de l'antiquité, depuis Platoa jusqu'à Cicéron, sont à des degrés divers ses disciples. "Nous ne voulons l'étudier qu'au point de vue de l'histoire de l'éducation.

Socrate ne semble pas s'être jamais expliqué sur les généralités de l'éducation, sur l'ordre et la suite de l'enseignement. Esprit curieux et chercheur, il a éparpillé sur mille sujets sa verve et sa critique incisives, mais il n'a pas songé à coordonner ses idées, à les assembler dans un corps de doctrine ni dans un plan d'éducation. « Il est évident, dit M. Chaignet, que Socrate n'a pas formulé un système. Il n'est pas l'auteur d'une doctrine déterminée, arrêtée, au moins, dans toutes ses parties et formant un ensemble bien lié. Mais précisément ce qu'il y a eu de libre et d'ondoyant dans son enseignement a contribué à le rendre fécond. »

Socrate, en fait d'études, n'a jamais recommandé que celles qui ont un résultat pratique. Dans la Grèce artiste, amoureuse de l'idéal sous toutes ses formes, il représente, par une rare exception, le sens pratique et utilitaire. La science désintéressée ou qui semble l'être n'a point d'attraits pour lui. Il se moquait des physiciens qui étudient les causes de la pluie, recherche sans valeur à ses yeux, attendu qu'on n'y trouve pas le secret de faire pleuvoir. Toute chose bonne est bonne à quelque chose, disait-il. A ceux qui lui parlaient d'un bien absolu, bon par lui-même, il répondait en souriant: — ^ Est-il bon pour la santé ? Non. Pour la fortune ? Non. Pour le succès dans le monde? Non... Eh bien, alors, serait-ce que vous appelez bon absolument ce qui n'est bon à rien? — Aussi Socrate condamnait-il toutes les études de spéculation pure. Dans chaque ordre de recherches il arrêtait prudemment la pensée au point précis où à des connaissances utiles succèdent les investigations simplement curieuses, plus savantes que profitables à la vie. « Il conseillait à ses disciples, dit Xénophon, d'apprendre la géométrie jusqu'à ce qu'on fût capable de mesurer exactement un terrain, l'astronomie assez pour reconnaître les divisions du jour et de la nuit, des mois et de l'année, lorsqu'ils voyageraient sur terre ou qu'ils seraient en sentinelle. Mais il désapprouvait qu'on poussât l'étude de ces sciences jusqu'aux problèmes difficiles, et qu'on s'engageât dans des recherches vaines. »

Assurément, en se plaçant au pc'nt de vue de la science, qui n'a d'autres limites que celles de la nature et qui doit toujours aller tout droit devant elle, la prudence de Socrate témoigne d'une certaine mesquinerie ou étroitesse d'esprit. Mais, appliquée à l'éducation, la limite qu'il assigne aux efforts de la pensée n'est-elle pas la règle éternelle de toute instruction bien comprise ? No doit-on pas exclure d'un bon programme d'enseignement les curiosités vaines, le luxe de l'érudition, tout ce

qui enfin ne comporte pas un profit direct soit pour la culture de l'esprit, soit pour l'acquisition des connaissances nécessaires ? Port-Royal, dans sa Logique, obéissait à la même inspiration que Socrate, quand il demandait que l'on se servît de la science pour former la raison, et non de la raison pour courir après la vaine science.

Ce qui est surtout resté de Socrate, outre les grands exemples de sa vie morale, c'est sa méthode : méthode de recherche à la fois et d'enseignement, qu'il appliquait à la découverte et en même temps à la communication de la vérité. Bien qu'il n'ait jamais tenu école, dans le sens strict du mot, on peut dire qu'il a professé toute sa vie, mais professé à sa façon, d'une manière tout à fait originale.

Socrate répugnait absolument à toute exposition didactique, à tout enseignement ex cathedra. Une leçon en forme eût été en contradiction avec l'ignorance qu'il affichait en toute matière et qui était le point de départ apparent de toutes ses interrogations : « Je ne sais qu'une seule chose, disait-il, c'est que je ne sais rien. »

Il faisait donc semblant de n'en savoir pas plus long, sur toute question, que le plus ignorant des hommes; et il feignait, par un jeu malin, de trouver lui-même, par une série de raisonnements présentés sous forme de questions, la vérité cherchée. Socrate est le plus grand questionneur qui ait jamais existé. Il a eu le génie de l'interrogation. Questionner tous ceux qu'il rencontrait, soit au gymnase qu'il fréquentait beaucoup, soit dans les rues et sur l'agora; questionner les sophistes pour les convaincre de leurs erreurs et confondre leur arrogance; les jeunes gens présomptueux pour leur ouvrir le chemin du vrai; questionner les grands et les petits, les jeunes et les vieux, les chefs de l'Etat et les maçons, tantôt Périclès, tantôt un boutiquier ; questionner toujours et partout, sur les sujets les plus élevés ou les plus humbles, sur l'existence de Dieu ou sur la fabrication des ustensiles de ménage ; questionner non au hasard et sans but, non pour passer le temps, mais pour forcer chacun à voir clair dans ses idées, pour préparer le triomphe du bon sens, telle a été l'occupation constante et la passion maîtresse de sa vie. Quand il se laissait aller à rêver de la vie future, il disait en souriant qu'il espérait bien continuer dans les Champs-Elysées ses habitudes de l'agora d'Athènes et interroger encore les ombres des grands morts pour juger de leur savoir et vérifier leurs titres de gloire.

Avec Socrate la conversation est devenue un art; le dialogue, une méthode. Il s'adressait à son interlocuteur en le priant d'exposer ses idées, le harcelait de ses interrogations subtiles et un peu captieuses, le conduisait habilement àreconnaître une vérité, la solution d'une question. Ou bien il le laissait s'égarer dans une fausse voie, pour lui découvrir ainsi son erreur et rire doucement de sa confusion : et cela avec un art d'analyse merveilleux, avec une finesse de raisonnement presque poussée à l'excès, comme aussi avec une grande simplicité de langage, avec des exemples empruntés à la vie familière et qu'on appellerait volontiers des exemples intuitifs.

Pour se rendre bien compte de la méthode de Socrate, il faut d'ailleurs y remarquer deux parties. Socrate suivait une double direction et recherchait un double but.

Dans le premier cas il voulait combattre l'erreur, réfuter les opinions fausses. Il avait recours alors à ce qu'on a appelé iro?iie socratique, du mot grec eirôneia qui signifie interrogation. Les interrogations de Socrate avaient toujours, en eff'et, un tour moqueur sans en avoir l'air, un caractère ironique. Il posait une question, comme quelqu'un qui aurait envie simplement de s'instruire : si on

SOCRATE

SOGHATE

lui répondait par rallirmation d'une erreur, il ne protestait pas ; il faisait môme semblant de partager les idées et les sentiments de son interlocuteur, puis, par des questions adroites, insidieuses parfois, il l'obligeait à développer son opinion, à étaler, pour ainsi dire, toute l'étendue de sa sottise, et l'amenait malicieusement à des conséquences si absurdes, si contradictoires, que l'interlocuteur finissait par perdre contenance, par s'embrouiller dans ses conclusions et par confesser son erreur.

Des procédés analogues constituaient l'autre partie de la méthode socratique, celle qu'il appelait lui-même la maieutique, ou l'art d'accoucher les esprits, par allusion au métier de sa mère, qui était accoucheuse. Ici le point de départ ou le postulat de la méthode socratique, c'était l'idée que l'esprit humain, naturellement droit, et pour ainsi dire gros de vérités, découvre par lui-même ce qu'il peut et doit savoir, pour peu qu'on sache le conduire et le stimuler. Dans cette pensée, Socrate faisait appel à la spontanéité de son auditeur, à son initiative, et l'acheminait doucement, par petites transitions, à l'opinion qu'il voulait lui faire admettre. Il n'appliquait d'ailleurs sa méthode qu'à l'examen des vérités qui peuvent, ou être suggérées par les intuitions du bon sens et de la raison, ou déterminées par une induction naturelle, c'est-àdire les vérités psychologiques, morales et religieuses.

On ne doit pas oublier en effet que les recherches de Socrate ne portaient que sur cet ordre de questions, celles qui traitent de la nature de l'homme, de sa destinée, de sesrelations avec la divinité. Or, en psychologie, en morale, il est incontestable que l'esprit humain, réduit à ses propres ressources, par un simple retour sur lui-même, par l'effort de sa réflexion personnelle, sans recours à l'enseignement du livre ou aux leçons d'autrui, peut atteindre à la vérité. De là le succès de la méthode de Socrate, qu'il n'aurait pas, tant s^en faut, appliquée avec le même profit à l'enseignement de l'histoire, qui n'existait guère alors, ou à l'enseignement des sciences physiques, que le philosophe grec négligeait de parti pris.

Ajoutons que Socrate s'adressait non à des enfants, à des esprits incultes et ignorants, incapables par conséquent de tout sérieux effort intellectuel, mais à des jeunes gens ou à des hommes mùis, à des esprits déjà formés, riches en connaissances de toutes sortes et par là préparés à suivre un raisonnement même compliqué, en état enfin de se développer sous l'action féconde d'une interrogation pressante et habile.

Un disciple de Pestalozzi, Kriisi", soutenait un jour devant lui les avantages de la méthode qui procède par interrogation, et citait l'exemple de Socrate. Pestalozzi lui répondit en souriant : « Socrate interrogeait des gens qui déjà possédaient abondamment de quoi répondre. » Et en fin montagnard, il ajoute : « Est-ce que tu as vu l'aigle prendre des œufs au nid où l'oiseau n'a pas encore pondu? »

Pour achever de donner une idée arrêtée de la méthode de Socrate, il est nécessaire de recourir à des exemples, de citer quelques extraits des dialogues que ses disciples lui ont attribués. C'est, en effet, dans les écrits de Platon et de Xénophon, Socrate n'ayant rien écrit lui-même et s'étant borné à son rôle d'intarissable causeur, qu'il faut chercher l'écho de ses conversations ; dans le Gorgias, dans le Ménon, dans VEuthydème, dans la plupart des dialogues de Platon, et de préférence encore dans les Entretiens mémorables de Xénophon, où la pensée du maître et ses habitudes d'enseignement sont plus nettement reproduites que dans les compositions hardies et originales de Platon.

Voici d'abord un passage où se déploient nette-

ment l'ironie piquante et la critique incisive du philosophe grec : « Les trente tyrans avaient fait mourir un grand nombre de citoyens des plus distingués ; ils en avaient forcé d'autre., à seconder leurs injustices. « Je serais étonne, dit un jour Socrate, que le gardien d'un troupeau qui en égorgerait une partie et rendrait L'autre plus maigre, ne voulût pas s'avouer mauvais pasteur; mais il serait plus étrange encore qu'un homme qui, se trouvant à la tête de ses concitoyens, en détruirait une partie et corromprait le reste, ne rougît pas de sa conduite et ne s'avouât pas mauvais magistrat. » Ce discours fut rapporté ; Critias et Chariclés man , dorent Socrate, lui montrèrent la loi et lui défen [ dirent d'avoir des entretiens avec la jeunesse.

» Socrate leur demanda alors s'il lui était per mis de leur faire des questions sur ce ou'il y avait d'obscur pour lui dans cette défense. Sur leur réponse affirmative : « Je suis prêt, leur dit-il, à me soumettre aux lois; mais, afin de ne pas les violer par ignorance, je voudrais savoir clairement de vous-mêmes si vous interdisez l'art de la parole parce que vous croyez qu'il est au nombre des choses qui sont bien ou de celles qui sont mal. Dans le premier cas, on doit donc désormais s'abstenir de bien dire ; dans le second, il est clair qu'il faut tâcher de bien parler. » Alors Chariclés, s'emportant : « Puisque tu ne nous entends pas, nous te défendons, ce qui est plus facile à comprendre, de jamais t'entretenir avec les jeunes gens. — Pour qu'on voie clairement, dit Socrate, si je m'écarte de ce qui m'est prescrit, indiquezmoi jusqu'à quel âge les hommes sont dans la jeunesse. — Ils y sont tant qu'il ne leur est pas permis d'entrer au sénat, parce qu'ils n'ont pas encore acquis la prudence; ainsi ne parle pas aux jeunes gens au-dessous de trente ans. — Mais si je veux acheter quelque chose d'un marchand qui ait moins de trente ans, pourrai-je lui dire : Combien cela? — On te permet cette question ; mais tu as coutume d'en faire sur quantité de choses que tu sais bien, et voilà ce qui t'est défendu. — Ainsi je ne répondrai point à un jeune homme qui me dirait : Où demeure Chariclés? où est Critias? — Tu peux répondre à cela, lui dit Chariclés. — Mais souviens-toi, Socrate, reprit Critias, de laisser en repos les cordonniers, les fabricants de métaux et autres artisans; aussi bien, je crois qu'ils sont fort las de s'entendre mêlés à tous tes propos. — Il faudra sans doute aussi, répondit Socrate, que je renonce aux conséquences que je tirais de leurs professions, relativement à la justice, à la piété, à toutes les vertus? »

Comme exemple d'ironie, nous citerons encore la conversation de Socrate avec Euthydème, dans le livre IV des Entretiens mémorables. Euthydème est présomptueux et vain. Socrate le raille avec esprit et avec grâce. Il mêle la louange à la critique : il le dispose à l'écouter, et le met en contradiction avec lui-même, lui fait honte de son ignorance, et enfin le décide à devenir un de ses plus fidèles disciples.

Passons maintenant à des exemples de mateu' tique, c'est-à-dire à des conversations où Socrate, renonçant à l'ironie et prenant un air grave, s'efforce de faire découvrir à son élève une vérité morale, psychologique ou religieuse.

Nous citerons son entretien avec Aristodème sur la croyance en Dieu.

« Je raconterai, dit Xénophon, l'entretien qu'un jour, en ma présence, il eut sur la divinité avec Aristodème surnomme le Petit. Il savait qu'Aristodèmene sacrifiait jamais aux dieux, qu'il ne consultait pas les oracles, et que mémo il raillait ceux qui observaient ces pratiques religieuses. « Réponds, Aristodème, ini dit-il : y a-t-il quelques hommes dont tu admires le talent ? — Sans doute. — Nomme-les. — J'admire surtout Homère dans

SOCRATE

SOMME

la poésie épique, Mélanippide dans le dithyrambe, Sophocle dans la tragédie, Polyclcte dans la statuaire, Zeuxis dans la peinture. — Mais quels artistes trouves-tu les plus admirables, de ceux qui font des figures dénuées de pensée et de mouvement, ou de ceux qui produisent des êtres- animés et doués de la faculté de penser et d'agir? — Ceux qui créent des êtres animés, si cependant ces êtres sont l'ouvrage d'une intelligence et non du hasard. — Des ouvrages dont on ne reconnaît pas la destination, ou de ceux dont on aperçoit manifestement l'utilité, lesquels regarderas-tu comme la création d'une intelligence ou comme le produit du hasard? — Il est raisonnable d'attribuer à une intelligence les ouvrages qui ont un but d'utilité. »

Et Socrate montre alors à Aristodème comment les différents organes du corps humain sont admirablement appropriés aux fonctions de la vie et à l'utiUté de l'homme. D'exemple en exemple, d'induction en induction, retenant toujours attentif l'esprit de son auditeur par les questions qu'il lui pose, et les raisons qu'il lui suggère, le forçant à collaborer avec lui, le mettant de moitié dans tous ses raisonnements, il le conduit à son but, qui est de lui faire reconnaître l'existence de Dieu,

On a quelquefois donné pour exemple de la méthode suggestive de Socrate le dialogue de Platon intitulé le Ménon. Socrate veut prouver à Ménon qu'apprendre c'est se souvenir. Le philosophe grec croyait à la pluralité des existences : il pensait qu'avant de vivre la vie terrestre, l'âme humaine avait vécu une vie divine, et que dans cette existence antérieure elle avait été en relation avec les idées pures, avec l'essence des choses, de sorte que, descendue sur la terre, elle n'avait, pour retrouver la vérité, qu'à se ressouvenir. Pure chimère de mysticisme, de sorte que le Ménon, s'il est bien, en effet, un exemple de l'emploi de la maïeutique, en est aussi une application abusive, mise au service d'une erreur.

Il vaudrait mieux chercher dans le Gorgias et dans les dialogues moraux de Platon, la preuve de ce que peut pour conduire aux grandes vérités morales la méthode suggestive, qui oblige la raison à réfléchir, à tirer des principes innés à toute intelligence tout ce qu'ils contiennent de conséquences.

Nous en avons assez dit pour montrer ce qu'étaient les procédés de Socrate, tantôt inductifs, comme dans le dialogue avec Aristodème, tantôt déductifs, comme dans tel ou tel autre entretien, par exemple dans la conversation avec Périclès sur la. politique, mais toujours sous forme interrogative. On voit maintenant en quoi ces procédés se rapprochent, etaussi en quoi ils diffèrent decequ'on appelle aujourd'hui dans nos écoles la méthode socratique. Cette méthode, si prônée de nos jours, mais beaucoup moins pratiquée que vantée, n'a rien ^de commun avec l'ironie de Socrate, mais elle ressemble fort à sa maïeutique. Elle peut être utilement employée toutes les fois que l'on s'adresse à des enfants déjà pourvus de certaines connaissances, ou que l'on traite de sujets dont la conscience fournit d'elle-même le principe. Elle fait ressortir le rapport qui existe entre une proposition déjà admise et une proposition nouvelle ; elle féconde les souvenirs : elle montre les conséquences contenues dans les vérités auxquelles l'esprit a déjà adhéré, ou dans les principes que toute intelligence apporieavec elle-même en naissant, comme un premier fonds latent de connaissa.ices ou tout au moins de directions mentales, d'instincts intellectuels. Elle suppose, en un mot, soit un premier degré d'instruction, soit l'innéité de la raison. Chez Socrate elle supposait autre chose encore : elle reposait sur la croyance du philosophe grec à une existence antérieure, à l'expérience, pour ainsi dire, d'une autre vie. Aussi Socrate en usait-il

exclusivement, et pensait-il pouvoir en faire sortir toute la science. Aujourd'hui nous ne la considérons que comme une méthode accessoire, propre à exciter les facultés intellectuelles, à dégourdir l'esprit, à lui demander un effort personnel ; mais nous ne pensons pas qu'elle puisse en aucun sujet remplacer la méthode ordinaire d'enseignement, la leçon didactique.

Ce serait d'ailleurs amoindrir la portée de l'œuvre socratique que la réduire à l'organisation de la méthode qui porte son nom. Nous avons indiqué ailleurs, dans l'article Ramus, ce que l'esprit humain devait à Socrate, comme à l'initiateur de la pensée philosophique, comme à un modèle éternel de clarté dans les idées et de bon sens. Il n'a pas été seulement un dialecticien subtil, épris de définitions précises, maniant avec une incomparable habileté l'instrument du raisonnement. Il a été aussi un psychologue clairvoyant, pénétré de cette vérité que la connaissance de soi-même est la source ou au moins la condition de toute connaissance; il a été surtout un moraliste admirable, joignant l'exemple au précepte et de qui Xénophon pouvait dire avec émotion : '< Tous les amis de la vertu qui ont connu Socrate le regrettent encore. Pour moi je l'ai vu tel que je l'ai dépeint : si religieux, qu'il n'osait rien entreprendre sans un avis du ciel ; si juste qu'il ne nuisit jamais à personne; si tempérant qu'il ne préféra jamais l'agréable à l'honnête; si prudent qu'il ne se trompait jamais; joignant les ressources du raisonnement au talent de la parole; aussi habile à juger les hommes qu'à les reprendre de leurs fautes et à les porter à l'honneur et à la vertu : tel m'a paru Socrate, le meilleur, le plus heureux defe hommes. »

[Gabriel Compayré.]

SOCRATIQUE (Méthode). — V. Ci-dessus l'article Socrate.

SOIR (Ecoles du). — V. Adultes {Instruction primaire des) .

SOMME (Département de la). — Superficie, 6161 kilom. carrés. Population : 550 837 habitants en 1881, au lieu de 556 641 en 1876. Densité moyenne de la population par kilom. carré : 58 habitants, au lieu de 71 habitants, chiffre de la densité moyenne de la France. 5 arrondissements, formant 8 circonscriptions d'inspection primaire, savoir: Amiens (ville), Amiens (l»"^), Amiens (2^), Abbeville (1"), Abbeville (2^), Doullens, Montdidier, Péronne ; 41 cantons, 836 communes, dont 294 de 500 habitants et au-dessus.

Le service de l'inspection primaire dans le département de la Somme est réparti comme suit :

CIRCONSCRIPTIONS

Amiens (ville).

Amiens (l'")

Abbeville (1"

Doullens

Montdidier. . . .

i'eronne

NOMBRE

d'écoles publ. libr.

lits

ol

Population d*dge scolaire. — En 1876 on comptait 67 213 enfants de 6 à 13 ans (33 569 garçons et 33 644 filles), soit 12.07 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. En 1881 on ne compte plus que 03 334 enfants de 6 à 13 ans (31 806 garçons et 31 468 filles), soit 11.50 enfants d'âge scolaire pour 100 habitants. C'est une diminution de 3 879 en-

SOMME

SOMME

fants de 6 à 13 ans pour une pciiodc do cinq années. Pendant la mémo période lapopulation totale a diminué de ôH04 habitants.

1. État de l'instruction publique avant 1789. — Aux renseignements donnés à l'article Picardie nous pouvons ajouter quelques faits empruntés à un récent mémoire de M. Darsy sur les Ecoles et les Collèr/es du diocOse d'Amiens.

La dignité d'écolâtre fut instituée dans le diocèse d'Amiens en 1218, par une charte de l'évoque Evrard. L'écolâtre donnait des « provisions » annuelles pour tenir les grandes et les petites écoles dans la ville d'Amiens et dans le diocèse. La plus ancienne de ces provisions qui ait été retrouvée est celle donnée par le vice-régent de l'écolâtre maître Eustache de Sains, au sieur Guillaume Quentin, pour tenir école sur la paroisse Saint- Michel, par devant Parisel et Dainval, notaires à Amiens, le Sfévrier 1529. Pour maintenir ses droits, l'écolâtre eut de fréquents procès à soutenir, soit contre des maîtres qui prétendaient se passer de provision, soit contre des curés qui réclamaient le droit de fonder des écoles gratuites. Nous avons, à l'article Picardie, mentionné deux de ces procès ; M. Darsy en signale un autre qui fut soutenu en 1517 par l'écolâtre Eustache de Sains contre l'évêque lui-môme : une sentence de la Chambre des requêtes du palais maintint l'écolâtre dans son droit des nomialion des maîtres 3t régents des grandes écoles comme des petites. Au xviiic siècle, il y eut encore des procès, dont l'issue n'est pas connue, entre l'écolâtre et les maire etéchevins d'Amiens; ces derniers avaient pris fait et cause pour les maîtres qui cherchaient à se soustraire à la juridiction de l'écolâtre.

M. Darsy a retrouvé des actes relatifs aux petites écoles dans les archives de seize paroisses du diocèse d'Amiens: Chaulnes, Cottenchy, Grocquoison , Déniuin , DouUens , Driencourt, Epehy, Flixecourt, Gamaches, Mollien-Vidame, Noyellesur-Mer, Picquigny, Rambure, Saint-Maxent, Saint- Valery, Vinacourt. A Amiens même, outre les petites écoles tenues par les maîtres relevant de Tècolâtre, diverses communautés de femmes se livraient à l'instruction des jeunes filles : les sœurs grises de Sainte-Elisabeth, les sœurs de la Providence, etc. Les frères des écoles chrétiennes s'établirentà Amiens vers 1750, dans une maison léguée parle chanoine Villeman; ils furent bientôt chargés de trois autres écoles de charité. Il y eut en 1768 un procès entre les frères et les maîtres écrivains d'Amiens, parce que les frères recevaient, outre les enfants pauvres, des élèves appartenant à des familles aisées : une sentence du bailliage les rappela à l'exécution de leurs statuts. Les frères s'étaient étabhs aussi à Abbeville et à Montdidier.

Les évêques d'Amiens ont publié à plusieurs reprises, du xv^ au xviii» siècle, des statuts et ordonnances relatifs aux écoles. Le point sur lequel insistent particulièrement ces règlements, c'est la séparation des sexes : les écoles de garçons doivent être tenues par des hommes, les écoles de filles par des femmes, « sans que les garçons et les filles puissent jamais être reçus en môme école, pour quelque cause que ce soit, » sous peine d'excommunication pour ceux qui contreviendraient à cette défense. Dans des statuts synodaux publiés en 1G97 par l'évêque Henri Feydeau do Brou, on trouve (si toutefois le texte publié par M. Darsy n'a pas été retouché) employé pour la première fois le mot d'instituteur. « Nous détendons, y lit-on, à toutes personnes de remplir les fonctions d'instituteurs ou d'institutrices, sans que nous les ayons examinées ou fait examiner sur leur religion, leurs mœurs et leur capacité. >-

Il existait des collèges dans les villes d'Abbc-

ville, Pcronne, Doulh.nb, Corbie, Montdidier et Royc. Le collège d'Amiens, ou '< grandes écoles >', remonte au xiii" siècle ; une maiso i, l'hôpital de Saint-Nicolas, fut fondée à la même époque pour loger et nourrir les « pauvres clercs » (désignés sous le nom de Capcttes) qui suivaient les leçons du collège. A la fin du xvi* siècle, comme le collège était en décadence, l'évoque le remit aux mains des jésuites. En 17G3, les jésuites ayant été expulsés, le collège d'Amiens reçut une organisation nouvelle ; parmi les professeurs qui y enseignèrent alors se trouvait l'abbé Delille, régent de seconde.

2. Développement de l'instruction primaire depuis 1789, et état actuel. — De 1789 A LA LOI DE 1833. — Les renseignements manquent sur la situation des écoles primaires pendant l'époque révolutionnaire. Toutefois M. Darsy nous apprend qu'en l'an II il y avait à Amiens 22 instituteurs et 14 institutrices, ainsi qu'il résulte d'un certificat signé des officiers municipaux le 19 fructidor. Le 3 brumaire an III, un état nominatif dresse par les administrateurs du district d'Amiens constate l'existence de 185 instituteurs et institutrices, répartis dans 132 communes du district; sur ce nombre, la ville d'Amiens en comptait 30.

Le collège d'Amiens subsista jusqu'au moment où il fut remplacé par une école centrale. En 1791, sur onze professeurs, quatre consentirent à prêter le serment civique; les sept autres refusèrent, et furent remplacés. En mai 1793, les traitements des professeurs furent augmentés et portés à 2OO0 livres. En octobre 1793, quatre des professeurs furent destitués comme suspects par la commission révolutionnaire du département ; la société populaire fut invitée à donner à la commission une liste des noms de citoyens capables de remplacer ces professeurs. L'un d'entre eux fut réintégré dans ses fonctions en janvier 1794, « sur les témoignages de la société populaire, qui ne permettaient pas de douter de son civisme ». Bientôt après, les bâtiments du collège et des Capettes furent transformés en prison; les maîtres et les élèves, dont le nombre était fort réduit, furent installes dans une autre maison nationale. En 1795 l'école centrale succéda au collège.

Une statistique faite sous le consulat, en l'an XI, donne les chift'res suivants pour les cinq arrondissements du département : arrondissement d'Abbeville(178 communes), 175 instituteurs et institu trices établis dans 154 communes, avec 9 59G élèves; à Abbeville il y a 8 instituteurs et 2 institutrices publiques; il y existe en outre 8 institutrices pour les filles tenant écoles particulières; — arrondissement d'Amiens (25i) communes), 230 instituteurs et institutrices établis dans 197 communes, avec 11 505 élèves; à Amiens, 12 instituteurs et 7 institutrices; — arrondissement de DouUens (90 communes), 81 instituteurs et institutrices établis dans 76 communes, avec 5193 élèves; à DouUens, une seule école; — arrondissement de Montdidier (147 communes), 125 instituteurs et institutrices établis dans 118 communes, avec 6652 élèves ; à Montdidier, il y a quatre instituteurs; « en outre, le citoyen Lamarre tient une école et pensionnat où on enseigne les langues française et latine, la grammaire et autres sciences élémentaires; on désire que cette école soit érigée en secondaire «; à Roye, 2 instituteurs reçoivent 80 écoliers; •< en outre, le citoyen Drouet tient école et pensionnat où on enseigne les langues française et latine, etc.; on a déjà proposé de l'ériiïer en école secondaire »; — arrondissement de Peronne {\'b communes), 138 instituteurs et institutrices établis dans 135 communes, avec 7 334 élovos; Peronne a un seul instituteur recevant 80 enfants, et en outre une école secondaire. Au total, le département comptait 749 instituteurs et institutrices, et 40 280 élèves.

SOMME

SOMME

Sons l'empire, ca 1809, un état fourni par le préfet Quinette accuse pour le nombre « des instituteurs primaires et particuliers, et des maîtres d'école, » un chiffre de 1165.

Statistique compauée de 1829 a 1883-1884. — Voici les données que nous possédons sur le développement de l'instruction primaire dans le département de la Somme depuis la fin de la Restauration, époque où lut faite la première statistique des écoles primaires.

Nombre des communes dépourvues d'écoles. — En 1837, le département comptait GO communes n'ayant aucune école, et 238 communes n'ayant pas d'écoles de filles. En 1850, il n'y avait plus que 40 communes entièrement dépourvues d'écoles. En 1883-1884 on ne trouve plus de communes sans écoles ; mais 26 communes de 500 habitants n'ont pas d'école publique de filles.

Nombre des écoles primaires publiques et libres. — Le nombre total des écoles primaires était, d'après VAlmanach de l'Université, de 839 en 1821. Le progrès du nombre des écoles à partir de 1829 est résumé dans le tableau ci-après :

Écoles Écoles publiques libres

(d'apr. la statistique office'») .

Total

garçons, écoles mixtes et écoles de filles.

Ecoles de garçons mixtes

de filles

959 (y compris les 262 écoles mixtes)

Total.

Division des écoles publiques et libres en écoles laïques et écoles congréganistes.

Écoles laïques de garçons ^^ ^,1,^^

Écoles de gai

congréganistes

çons

de filles

Total

ou mixtes

ou mixtes

Nombre d'instituteurs et d'institutrices, y compris les adjoints et les adjointes.

Instit

iiteurs

Institi

itrices

congrég.

laïques

congrég.

Nombre total d'élèves, et nombre des élèves gratuite dans les écoles primaires de toute nature.

Total des élève» Élèves gratuits Manque

1832 (année civile)

1876-77 (année scolaire)..

Manque 48 588.

Gratuité-

En 1832 il y avait 1113 élèves inscrits sur 10 000 habitants; en 1840, 1192; en 1863, 1337; en 1876- 1877, 1442, et 1494 en 1883-1884.

Écoles maternelles {Salles d'asile).

Nombre des établissements

Nombre des élève*

Nombre des cours d'adultes et de leurs auditeurs.

Nombre de cours

Nombre d'audileurî

Hommes Femmes Hommes Femme»

Brevets. — Le nombre des brevets délivrés de- 1833 à 1885 inclusivement a été le suivant :

Instituteurs.

1620 brevets élémentaires, 195 brevets supérieurs

— obligatoires, 221

— élémentaires:,

complets.

facultatifs

ou complets,

supérieurs.

SOMME

histltutrices.

SOMME

402 brevets «^lémenlaires, 87 brevets supérieurs

429 — obliî

atoires, 23

élémeataircs, 10

facultatifs

ou complets.

supérieurs.

Cei'tificat d'études primaires. — Les examens du certificat d'études primaires ont été introduits dans le département de la Somme en 1870; mais les résultats connus ne remontent pas au delà de 1872. En voici le tableau :

Nombre de candidats Certificats obtenus

Garçons Filles Garçons Filles

Résultats de l'instruction. — Les deux tableaux ci-dessous indiquent le degré d'instruction des conscrits et des conjoints :

Nombre de conscrits sachant au moins lire de 1827 à 1884 inclusivement.

ANNÉES

CONSCRITS

Examinés

Sachant

au moins

lire

Combien pour 100

En 1827-1829 la moyenne de l'instruction des conscrits était de 44.8 'O/O ; dans le département de la Somme cette moyenne était de 4;).l 0/0, soit 4.;$ 0/0 au-dessus de la moyenne générale. La classe de 1881, en portant l'instruction des conscrits dans le département de la Somme à 88.9 0/0, réalise ainsi un progrès total de 39.8 0/0 pour la période de cinquante-cinq années qui s'est écoulée de 1829 cà 1884, soit un progrès annuel de 0.72 0/0, tandis que pour toute la France le progrès a été durant la môme période de 0.79 0/0.

Sombre de conjoints sur 100 /n/anl s igné leur acte de maridye

Années

Hommef

femme»

Hommes et femme*

Budget de V instruction primaire. — Nous donnons ci-dessous le tableau des dépenses ordinaires de l'instruction primaire pour les trento dernières années, de 1855 à 1884 :

.\NNEES

département

de l'État

Page 1