L'époque de l'Acte de médiation
— Les progrès dont la République unitaire avait vainement cherché l'accomplissement par une réforme instantanée, commencèrent à se réaliser petit à petit dans les années suivantes, qui furent relativement plus tranquilles. Antérieurement à 1798, l'Ltat s'en était remis à l'Église pour tout ce qui concernait l'éducation du peuple, et ne croyait point avoir le devoir, ni même le droit, de lever des contributions pour l'entretien des écoles. Désormais, au contraire, l'opinion publique regarde l'éducation comme l'un des objets les plus importants dont l'Etat doive se préoccuper : on retrouve cette déclaration dans le préambule de tous les règlements scolaires promulgués par les nouvelles autorités cantonales d'éducation qu'étab ht le régime de 1803. Ces autorités sont pour la plupart composées des mêmes hommes qui avaient
précédemment donné à Stapfcr leur concours dévoué, et «jui vont continuer leurs efforts sur le terrain cantonal. Il est vrai que les ressources que l'État croit devoir consacrer à l'amclioration de l'école sont encore bien parcimonieusement mesurées : mais le zèle des particuliers lui vient en aide. Trois hommes, entre autres, éveillent la sollicitude et rintérêt pour la cause de l'éducation par lotir exemple et leur action : Pcstalozzi, dont l'institut à Yverdon devint un but de pèlerinage pour les éducateurs du mondé entier, et qui fonda en 1808 une « Société suisse d'amis de l'éducation », restée florissante sous sa présidence jusqu'en 1812; Fellcnbcrg*, qui créa à Hofwyl, près de Berne, un ensemble d'établissements d'éducation pour les différentes classes de la société, et qui voyait dans cotte fondation le point de départ d'une régénération de l'humanité; et le P. Girard *, de Fribourg, qui dirigeait les écoles de sa ville natale et qui leur consacra pendant vingt années le meilleur de ses forces en échange d'un traitement annuel fixé par lui-même à un louis. Ce que ces trois hommes furent pour l'Europe entière, à laquelle ils ouvrirent des voies nouvelles en pédagogie, d'autres le furent, dans des proportions plus modestes et dans un cercle plus restreint, pour leur ville ou leur canton. Tandis que les écoles publiques ne progressèrent que lentement, on vit s'ouvrir en grand nombre des instituts particuliers, qui offraient aux enfants des familles aisées et éclairées une meilleure éducation, et perfectionnaient des méthodes d'enseignement dont l'école primaire devait elle-même bénéficier plus tard.
5. L'époque de la Kesfauration (1814-1830). — Après la chute de Napoléon, l'Acte de médiation fut annulé, et une période de réaction politique commença; mais, dans le domaine de l'éducation, les progrès accomplis restèrent acquis et ne purent être remis en question. La Société suisse d'utihté publique, fondée en 1810, forma le point de réunion des efforts de ceux qui luttaient en faveur du développement de l'instruction publique, comme elle servait d'ailleurs de tribune pour la propagande de toutes les idées de progrès. Les discussions qui y avaient lieu sur les questions d'éducation furent pour les amis de l'enseignement populaire une occasion de se rencontrer et de s'entendre. La demande d'une meilleure préparation des instituteurs y fut formulée entre autres avec une insistance croissante ; on espérait arriver à une diffusion générale de l'instruction élémentaire au moyen des procédés de l'enseignement mutuel, que patronnait particulièrement le P. Girard, sans imposer à l'État des charges trop considérables. A partir de l'année du jubilé de la Réformation (1819), la réaction, qu'avait favorisée la misère des années de disette en 1816 et 1817, perd progressivement de sa force. Aux environs de 1830, les gouvernements ne pouvaient plus se dissimuler l'urgence d'accomplir sur le terrain scolaire les progrès indispensables ; le Nidwald promulgua en 1829 une nouvelle loi sur les écoles; Lucerne l'imita au commencement de 1830; à Zurich, la reforme de l'organisation scolaire était depuis longtemps l'objet des délibérations des autorités, et les exigences de l'opinion pubUque en cette matière allaient croissant d'année en année. Sur ces entrefaites, une révolution en France donna de nouveau l'impulsion nécessaire : le mouvement politique qui en résulta emporta toutes les résistances des oligarchies cantonales et ouvrit un large champ au progrès pédagogique. Le contre-coup de la Révolution de 1789 avait détruit en Suisse l'ancien régime et déblayé le terrain pour les idées nouvelles; le contre-coup de la Révolution de juillet 1830 permit la création en Suisse de l'école primaire moderne.
G. L'établissement du régime démocratique
SUISSE
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(1830-1848). — Le grand changement que les constitutions adoptées par les cantons suisses en 1830 et 1831 apportèrent dans la vie politique du pays, fut la transformation de l'ancien État purement administratif et répressif en un État populaire. De cette nouvelle notion de l'État substituée à l'ancienne, il résulta qu à l'État incombait la mission de résoudre les problèmes intéressant le progrès intellectuel et social du peuple. Ainsi, la constitution zuricoise du 22 mars 1831 disait, par exemple,, à l'article 31 : « Le soin de faire donner à la jeunesse une éducation aussi complète que possible est un devoir pour le peuple et pour ses représentants. L'État doit entretenir et développer dans la mesure du possible les établissements donnant l'instruction tant élémentaire que supérieure. » L'État se chargeant désormais de l'organisation de l'enseignement, il avait le devoir de lui assurer des ressources suffisantes ; et les dépenses de l'école étant supportées par la nation, il devenait possible de tailler dans le vif d'une tout autre manière que par le passé. C'est l'État qui prend dorénavant l'initiative en matière scolaire ; l'action des particuliers et le concours de l'Église perdent l'importance qu'ils avaient autrefois; et en présence des ressources considérables dont l'école publique transformée va disposer, l'enseignement mutuel n'a plus de raison d'être.
Un autre changement non moins important se produit en même temps. Jusqu'alors on avait conservé de strictes démarcations entre les écoles rurales et les écoles urbaines, entre les écoles dites populaires et les écoles dites savantes; chacune de ces catégories d'établissements avait ses règlements particuliers. Les mouvements démocratiques de 1830 et 1831 firent tomber les barrières qui séparaient les villes des campagnes; les anciennes dénominations scolaires, fondées sur la séparation des classes (écoles de la campagne; écoles des bourgeois, écoles des domicilies, écoles des pauvres, dans les villes), firent place à la notion de l'école primaire unique, de l'école de tous; et en même temps se fit sentir le besoin de rapprocher et de mettre en communication entre eux les divers degrés de l'enseignement, de l'école primaire jusqu'à l'université, de manière à en former un organisme unique et bien coordonné.
Ne pouvant pas retracer ici l'histoire des efforts accomplis de 1830 à 1848 dans chacun des vingtdeux cantons, nous choisirons comme type le canton de Zurich, qui a d'ailleurs généralement servi de modèle dans la Suisse allemande au point de vue de l'organisation scolaire.
Après la journée d'Uster (22 novembre 1830), qui fut le point de départ de la revision de la constitution zuricoise dans un sens démocratique, les libéraux, tant de la ville que de la campagne, s'unirent pour la réforme de l'instruction publique : les premiers, en donnant leur concours à une réorganisation radicale de l'école primaire ; les seconds, en s'associant à la réalisation de l'idéal rêvé par la ville de Zwingli, la fondation d'une université. A la tête des autorités de l'instruction publique se trouvait le bourgmestre Hirzel, qui, bien que bourgeois de Zurich, était aussi l'homme de confiance des campagnards, et qui avant 1830 avait été l'un de ceux qui avaient le plus vivement réclamé la réforme des écoles rurales ; l'organisation du haut enseignement, y compris l'université fondée en 1833, fut principalement l'œuvre du professeur J.-G. Orelli; l'organisation de l'école primaire, y compris l'éducation professionnelle des instituteurs au moyen du séminaire ouvert à Kiissnach en 1832, est celle de Thomas Scherr*,qui échangea la direction de l'institut des sourds-muets de Zurich contre celle du séminaire, La Suisse possédait, dans les travaux de Pestalozzi, de Fellenberg et du P. Girard, un passé
original et non sans valeur on matière de pédagogie. Aussi est-on surpris de voir qu'après 18:50 l'école primaire, telle qu'elle fut organisée à Zurich et passa de là dans les cantons voisins, ne fut point fondée sur ces bases suisses et originales. Au contraire, Scherr, Wurtemberçeois d'origine, fut nommé directeur du séminaire de Kûssnach de préférence à un disciple de Pestalozzi ; le P. Girard, malgré la considération que l'on continuait à lui témoigner, était depuis longtemps passé à l'arrière -plan ; c'était à Scherr, non au P. Girard, que les gouvernements des cantons catholiques eux-mêmes s'adressaient pour demander des conseils sur l'organisation de leurs écoles; Fellenberg, dont l'institut à Hofvvyl était alors en pleine prospérité, perdit peu après, par sa querelle avec les autorités bernoises, toute influence officielle sur les écoles de son canton ; le canton de 'J'hurgovie, il est vrai, nomma un collaborateur de Fellenberg, Wehrli*, directeur de son école normale de Kreuzlingen en 1834; mais vingt ans plus tard, Scherr, devenu directeur de l'instruction publique de la Thurgovie, obligea Wehrli à donner sa démission. Le type de l'école primaire tel que Scherr l'a créé, adopté par le canton de Zurich d'abord, est devenu dominant dans la Suisse allemande, avec quelques modifications selon les circonstances locales ; la Suisse française n'offre pas d'exemple d'une influence étendant ainsi son action au delà des limites d'un canton.
L'école primaire de Scherr fut en effet, en son genre et pour son époque, une création accomplie. La clarté et la simplicité de son organisation, la stricte limitation du programme à l'enseignement théorique, l'excellente méthode adoptée, particulièrement pour le degré élémentaire, l'emploi de livres classiques parfaitement adaptés aux divers degrés de l'enseignement, l'énergique revendication de l'indépendance de l'école à l'égard de l'Église, le souci des droits et de la dignité du personnel enseignant ainsi que de ses intérêts matériels, la préoccupation de se maintenir toujours dans les limites du possible et du réalisable, — tels sont les traits principaux qui caractérisent l'œuvi'e de Thomas Scherr, Le temps y a introduit des modifications, des compléments et des perfectionnements ; la durée de la fréquentation a été avigmentée; les méthodes d'enseignement se sont améliorées, quelques branches d'études nouvelles ont été introduites dans le programme ; mais les bases de l'école, telle que Scherr l'a organisée, n'en sont pas moins restées les mêmes jusqu'à l'heure actuelle : et si aujourd'hui une autre conception de la tâche de l'école primaire et des méthodes qui doivent y être employées (mouvement en faveur du travail manuel, jardins d'enfants, concentration de l'enseignement, etc.) remet en question ces bases demeurées si longtemps inattaquées, la lutte sur ce terrain n'en est encore qu'à ses débuts.
Tandis que le mouvement de 1830 produisait d'heureux et féconds résultats en matière d'instruction publique, il échouait dans sa tentative politique la plus considérable, la révision du pacte fédéral (1832). Il fallut quinze années de luttes et de troubles, et enfin une guerre civile, pour atteindre ce but. La victoire des partisans du progrès sur le Sondorbund permit d'accomplir l'évolution politique devenue nécessaire : par la constitution de 1848,1a Suisse, auparavant Confédération d'États, se transforma en un État fédératif.
7. De 1848 à nos Jours. — La transformation politique de 1848 n'amena d'abord aucun changement dans le domaine de l'école. La nouvelle constitution (art. 22) donnait à la Confédération le droit de créer une université et une école polytechnique : après de longues discussions sur la question de savoir lequel des deux établissements de-
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vait obtenir la préférence, la Confédération se décida enfin à l'onder à Zurich l'école polytecliniquo fédérale (1854). Les degrés intérieur et niovcn do l'instruction avaient été entièrement abandonnés aux cantons, qui continuèrent à adminiftrcr leurs écoles chacun selon son degré de développement politique; il faut noter toutefois que mcmc dans les cantons qui avaient lait partie du Sonderbund, on vit après l'apaisement des discordes civiles, se produire des efforts sérieux pour améliorer l'enseignement populaire.
Ce fut seulement en 1874 que par la constitution révisée la Confédération obtint le droit d'exercer un contrôle sur l'école primaire, en même temps que des attributions plus étendues en matière d'enseignement supérieur lui étaient reconnues. Voici le texte de l'article 27, qui traite de l'instruction publique :
« La Confédération a le droit de créer, outre l'école polytechnique existante, une université fédérale et d'autres établissements d'instruction supérieure, ou de subventionner des établissements de ee genre. ......
» Les cantons pourvoient à l'instruction primaire, qui doit être suffisante etplacée exclusivement sous la direction de l'autorité civile. Elle est obligatoire, et, dans les écoles publiques, gratuite.
» Les écoles publiques doivent pouvoir être fréquentées par les adhérents de toutes les confessions, sans qu'ils aient à soufïrir d'aucune façon dans leur liberté de conscience ou de croyance.-
» La Confédération prendra les mesures nécessaires contre les cantons qui ne satisferaient pas à ces obligations. »
Ces dispositions ne font pas entendre clairement si kl Confédération a le devoir — ou même simplement le droit — de régler par une loi fédérale les attributions que lui donne la constitution en matière d'instruction primaire ; les obligations des cantons ne sont pas non plus déterminées d'une façon précise : qu'est-ce qu'une instruction primaire suffisante^ comment laut-il interpréter les mots « placée exclusivement sous la direction de l'autorité civile »? En 1 882, l'Assemblée fédérale, ayant résolu de préparer une loi sur l'instruction primaire pour l'exécution de l'article 27, prit un arrêté instituant un secrétaire de l'instruction publique : mais cet arrêté tut rejeté à la votation populaire du 26 novembre 1882 par une majorité des deux tiers des voix. En conséquence, l'autorité fédérale a du se contenter jusqu'à présent de quelques mesures qui ne touchent qu'indirectement à la question de l'instruction, et qui ont été prises en exécution d'autres articles de la constitution. En vertu de sa compétence au point de vue militaire, elle a institué (depuis 1875) un examen des recrues sur la langue maternelle, le calcul et l'instruction civique, et a réglementé l'organisation de l'enseignement de la gymnastique et la préparation pédagogique des maîtres do gymnastique (le règlement en vigueur est de 1883). En vertu du pouvoir que lui a donné l'article 34 pour la promulgation d'une loi sur les fabriques, elle a interdit complètement tout travail dans les fabriques aux enfants au-dessous de quatorze ans, et a prescrit que, pour les enfants de quatorze à seize ans, les heures nécessaires à l'enseignement scolaire et à l'enseignement religieux seraient comprises dans la journée normale de travail de onze heures (1877). Enfin, en vertu du but même de la Coniédéraiion, qui est (art. 2) d'accroître la prospérité commune des confédérés, elle a accordé une subvention et institué une inspection en vue d encourager les efforts en faveur de l'enseignement industriel et des progrès de l'agriculture (1884); et elle subventionne également divers musées scolaires (depuis 187G).
U. SituaUon actuelle. Législation et statis-
tique. — Il nous reste à exposer brièvement l'état? actuel de l'instruction publique en Susse.
Législation scolaire, administration et entretien des écoles. — La légi.-ilation scolaire est du ressort des cantons. La constitution fédérale exige seulement (art. 27) que l'instruction primaire soit suffisante, qu'elle soit placée exclusivement sous la direction de l'autorité civile, qu'elle soit obligatoire et, dans les écoles publiques, gratuite, et enfin que les écoles publiques puissent être fréquentées par les adhérents de toutes les confessions sans qu'ils aient à souffrir dans leur liberté de conscience ou de croyance. Aucun contrôle n'est exercé par la Confédération sur l'enseignement secondaire et supérieur. Nulle loi ne détermine d'une façon précise l'étendue des attributions de la Confédération en matière d'enseignement primaire. Les recours relatifs à des violations do l'article 27 sont portés devant l'Assemblée fédérale.
Tous les cantons sans exception ont inscrit dans leur constitution une déclaration de principes concernant l'instruction primaire. Les détails d'organisation sont réglés par les lois scolaires cantonales; une partie seulement des cantons possèdent sur l'instruction publique une loi organique unique; les autres ont un ensemble de lois spéciales, traitant à part soit des différents degrés d'instruction, soit de tel ou tel point du système scolaire.
Il existe entre les cantons d'autres difTérences encore. Dans un certain nombre d'entre eux, l'entretien de l'école primaire est tout entier à la charge de la commune; l'État se contente d'allouer des subventions dont le chiffre est réglé d'avance, et d'exercer la surveillance supérieure; la législation scolaire est limitée aux dispositions générales strictement nécessaires. A ce groupe appartiennent les cantons ou demi-cantons d'Uri, Schwytz, Obwald, Nidwald, Claris, Zoug, Fribourg, Appenzell Rhodes-Extérieures, Saint-Gall, Grisons, Tessin, "Vaud, Valais. Le demi-canton de Bâle-Ville, tout au contraire, ne demande à la commune que de fournir les locaux scolaires. Les autres cantons et demi-cantons ont un système mixte. Dans le demi-canton d'Appcnzell Rhodes-Intérieures, ce sont les communes qui, aux termes do la loi scolaire, devraient subvenir aux dépenses : mais en fait celles-ci sont couvertes par le fonds scolaire cantonal.
La participation financière de l'État est toujours plus considérable lorsqu'il s'agit de l'enseignement primaire supérieur. Dans les cantons de Soleure, ïhurgovie, Vaud et dans le demi-canton de Bâlc- Ville, les dépenses de l'école complémentaire obligatoire sont exclusivement à la charge de l'État.
L'école a le plus souvent des revenus propres, en sorte que la commune et le canton n'ont à faire face qu'à la part des dépenses que ces revenus sont insuffisants à couvrir. Le montant des revenus de l'école varie de 9 fr. (Tessin) à 76 fr. (Schaflhouse) par tête. La somme totale des capitaux formant les biens d'école s'élève pour toute la Suisse à 137 534597 fr., ce qui pour une population de 2846102 habitants donne une moyenne de 48 fr. par tète; les dépenses annuelles de l'instruction publique s'élèvent (ISSl) à une somme totale de 14 78J 616 fr., ce qui fait 5 fr. 19 par tète d'habitant.
La tentative faite par certains partis religieux d'opposer aux écoles publiques un système d'écoles privées (par exemple, dans le canton de Zurich, les freien Scfnclen) n'a pas jusqu'à présent d'importance appréciable. Dans tous les cantons, du reste, excepté dans celui de Soleure, les enfants peuvent être dispensés de la fréquentation de l'école publique, pourvu que l'enseignement privé
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qui doit le remplacer donne à ses élèves le degré d'instruction exigé par la loi. L'État exerce le droit d'inspection à l'égard des écoles privées.
Autorités scolaires. — La direction et la surveillance de l'école primaire sont exercées par des autorités hiérarchiquement superposées, selon un plan que la nature des choses a rendu le même partout : autorités locales, autorités intermédiaires, autorité centrale; dans le demi-canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures, l'autorité intermédiaire ne fait défaut qu'en apparence, l'inspection étant exercée par deux membres de la commission cantonale.
L'autorité scolaire locale est partout, excepté dans les cantons de Genève et du Tessin, distincte de l'autorité politique communale, et remise aux mains d'une commission scolaire {Schulp/tege dans la Suisse allemande); à Genève la surveillance locale des écoles est exercée par le conseil communal; dans le Tessin, par une délégation de ce conseil.
L'autorité intermédiaire est constituée tantôt par [un conseil administratif, tantôt par des inspecteurs. Dans les cantons de Soleure et d'Argovie, les deux organes existent simultanément; le système du conseil scolaire de district [Bezirks- Schulpflege, Bezirks-Schulrath) ne se rencontre que dans les cantons de Zurich et de Saint-Gall ; partout ailleurs, la surveillance est exercée par des inspecteurs. Lorsque l'organisation scolaire est très développée, il y a des inspecteurs distincts pour l'enseignement primaire, l'enseignement secondaire, et l'enseignement complémentaire. Dans les cantons de Berne et de Fribourg, une partie de la surveillance, au point de vue disciplinaire, est confiée aux préfets.
La façon dont est constituée l'autorité scolaire centrale (cantonale) offre la plus grande variété. Dans les Grisons et dans quelques petits cantons (Uri, Obwald, Zoug), cette autorité, qui est formée par un conseil, est indépendante du pouvoir exécutif cantonal, à laquelle elle est tenue seulement de présenter un rapport annuel. Dans les autres cantons, l'autorité scolaire supérieure est plus ou moins étroitement rattachée au pouvoir politique : un membre, du gouvernement cantonal est placé à sa tête. Mais ici deux systèmes différents sont en présence : tantôt la décision, dans les affaires d'éducation, appartient au pouvoir politique, soit au gouvernement tout entier, soit à celui des membres du gouvernement qui est chargé du département de l'instruction publique (Berne, Fribourg, Soleure, Bâle-Gampagne, Thurgovie, Vaud, Neuchâtel, Genève); tantôt cette décision est remise à un corps spécial (conseil d'éducation, Erziehungsrath), qui est placé à côté du chef du département de l'instruction publique, et si l'autorité politique est appelée à sanctionner ses actes, ce n'est guère que pour la forme (Zurich, Lucerne, Schwytz, Nidwald, Glaris, Bâle-Ville, Schaflfhouse, les deux Appenzell, Argovie, Tessin, Valais). Dans quelques cantons, la loi accorde une part d'autorité, en matière scolaire, à l'assemblée générale du corps enseignant (Zurich, Berne), à celle des inspecteurs (Sch\vytz et quelques autres), ou au personnel enseignant de l'école normale (Soleure).
El}ves. — La durée de l'âge scolaire varie beaucoup d'un canton à l'autre, de môme que celle durant laquelle l'élève est tenu à fréquenter l'école quotidienne. (Voir à ce sujet les indications données ci-après sur l'organisation scolaire de chaque canton). Le rapport du nombre des élèves au chiflre de la population totale varie naturellement en conséquence. Au 31 mars 1882 les écoles primaires suisses étaient fréquentées par 434080 élèves (218191 garçons, 215889 filles). Si l'on classe ces élèves d'après leur langue maternelle, on trouve la proportion suivante : allemand,
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71.70 O'/Ofïrati'çaîs, 22.38 0/0; italien 1' '4. gfs OfO; romanche, 1.34 0/0. Sur ce chiffre total de 434080, 87.1 0/0 fréquentaient les écoles de leur propre canton, 9.4 0/0 étaient originaires d'autres cantons, 3.5 0/0 étaient étrangers.
Ces élèves ont fait en tout 7 778 528 absences dans l'année, soit 17.8 par élève; ce sont les cantons urbains qui présentent la plus forte propor tion d'absences par élève (Genève, 30.2), tandis que les cantons ruraux et alpestres, où l'organisation scolaire est, il est vrai, moins développée, offrent des chiffres beaucoup moins élevés (Valais, 3.8; Uri, 7.3; Argovie, 10.9). Et pourtant le canton d'Uri, par exemple, sur 3109 élèves, en compte 429 qui ont à faire, pour se rendre à l'école et en revenir, un chemin de 3 à 5 kilomètres, et 427 qui ont à faire un chemin supérieur à 5 kilomètres.
Si l'on ajoute aux élèves de l'école primaire ceux des autres établissements d'instruction, on obtient le résultat suivant :
Garçons. Filles. Total.
Ecoles primaires 218 191 218889 434 080
Ecoles complémentaires 12758 1110 13 868
Ecoles primaires supérieures.. 11155 8 976 20 131
Etablissements d'enseignement
secondaire 9 452 2133 11585
Etablissements d'enseignement
supérieur 2 858 104 2 962
Jardins d'enfants (écoles enfantines).. 10 864 11242 22106
Ecoles privées 6657 5446 12103
(Ces chiffres ne sont pas tout à fait identiques à ceux qui se trouvent au tableau récapitulatif du tome VI de la Statistique de Grob, pp. 122-123; cela vient de ce que nous avons rectifié quelques légères erreurs qui s'étaient glissées dans ce tableau.)
Personnel enseignant. — Les écoles primaires comptaient en 1882, pour 434080 élèves, un chiffre de 8 365 instituteurs et institutrices (non compris les maîtresses d'ouvrage et autre personnel auxiliaire), ce qui fait un enseignant pour 51.9 élèves. Sur ces 8365 personnes, il y avait 5 840 instituteurs (69.8 0/0) et 2 525 institutrices (30.2 0/0). Glaris est le seul canton qui ne possède que des instituteurs; dans six cantons ou demi-cantons le nombre des institutrices l'emporte sur celui des instituteurs : ce sont Schwytz (55 0/0), Genève (56.3), Tessin (59.5), Neuchâtel (65.4), Nidwald (72.2), Obwald (73.7). Dans la Suisse entière, sur lUO enseignants des deux sexes, il y avait 51 mariés (Appenzell Rhodes-Extérieures, 82) et 49 célibataires (Obwald, 89); 96 laïques, 4 ecclésiastiques ou congréganistes ; le personnel ecclésiastique ou congréganiste l'emporte sur le personnel laïque dans les cantons ou demi-cantons de Zoug (52 0/0), Schwytz (53), Uri et Obwald (66), Nidwald (83 0/0); les cantons ou demi-cantons de Zurich, Berne, Glaris, Bâle-Ville, Bàlc-Campagne, Schaffhouse, les deux Appenzell, Argovie, Thurgovie, Vaud, Neuchâtel, Genève n'ont dans leur personnel enseignant primaire aucun ecclésiastique ou congréganiste.
Dans les écoles primaires supérieures (appelées souvent « écoles secondaires », et Sekundarschulen dans la Suisse allemande) il y avait 1 448 enseignants. Sur 1 202 maîtres (y compris les maîtres auxiliaires), 958 étaient des laïques, et 200 sur 240 maîtresses.
La possession d'un brevet de capacité, délivre par l'autorité cantonale, eçt partout exigée pour l'exercice de l'enseignement. Ce brevet s'acquiert à la suite d'un examen, dont sont toutefois dispensés dans quelques cantons les ecclésiastiques et les congréganistes ; ailleurs la possession de certains diplômes est considérée comme suppléant à l'examen. Les maîtres des écoles primaires su-
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Presque partout les femmes peuvent obterjir le brevet de capacité; mais le plus souvent le traitement qu'elles reçoivent, comme institutrices, est inférieur à celui des instituteurs. C'est cette raison qui explique le grand nombre de femmes employées dans l'enseignement dans les régions pauvres et catholiques de la Suisse centrale ; ce sont pour la plupart des sœurs tliéodosiennes (appartenant à une congrégation fondée en 1845 par le capucin Théodosius Florentini), qui reçoivent une préparation professionnelle dans les instituts ùc leur ordre à Menxingen (Zpug) et à Ingeiibohl (Schwytz).
Dans les écoles primaires supérieures, lies femmes ne sont généralement employées que comme maîtresses auxiliaires. .,.., \ , . , , ,
La préparation du personnel enseignant primaire est facilitée par des écoles normales [Seminarien). Dans la Suisse allemande, ces établissements sont tous des internats, excepté dans le canton de Zurich. Les écoles normales cantonales (c'est-à-dire appartenant aux cantons) sont au nombre de vingt et une, savoir : Zurich, Kûsnach (instituteurs et institutrices); Berne, Hofwyl (précédemment Miincheubuchsee) et Porrcntruy (instituteurs), Hindolbank et Delémont (institutrices) ; Lucerne, Hitzkirch (instituteurs) ; Schwytz, Rikenbach (instituteurs) ; Fribonrg, Hauterive (instituteurs); Soleure, Soleure (instituteurs); Saint-Gall, Rorschach (instituteurs); Grisons, Coire (instituteurs ; forme une section du gymnase cantonal); Argovie, Wettingen (instituteurs) ; Thurgovie, Kreuzlingen (instituteurs) ; Tessln, Locarno (école normale d'instituteurs et école normale d'institutrices); Vaud, Lausanne (école normale d'instituteurs et école normale d'institutrices) ; Valais, Sion (trois écoles normales, pour instituteurs allemands, instituteurs français, et institutrices françaises), Brigue (institutrices allemandes). A Neuchâtel, le « gymnase pédagogique » forme une des trois divisions du gymnase cantonal, et se divise en deux sections (instituteurs et institutrices), A Genève, le gymnase comprend une double section pédagogique : section pédagogique classique et section pédagogique non classique.
Des écoles normales d'institutrices subventionnées par l'État sont jointes à l'école supérieure des filles à Zurich et à Aarau.
Les cantons qui n'ont point d'école normale ac- 'Cordent aux aspirants instituteurs des bourses pour fréquenter l'école normale d'un canton voisin, ou remplacent la fréquentation d'une école normale par celle d'un établissement d'enseignement secondaire, ou encore, comme Bâle-Ville, sont assez heureux pour pouvoir, grâce aux traitements élevés qu'ils accordent, choisir leurs instituteurs parmi l'élite du personnel enseignant des autres cantons.
Outre les écoles normales cantonales ou subventionnées par les cantons, il existe un certain nombre d'autres établissements fondés par des particuliers ou des corporations, qui préparent leurs élèves à l'obtention du brevet de capacité; plusieurs d'entre eux font une concurrence directe ■aux établissements cantonaux, en se plaçant sur le terrain spécialement confessionnel. Ces établissements privés sont : les écoles normales d'instituteurs d'Untcrstrass près Zuiicli, de Muristalden près Berne, de Schicrs (Grisons), de Peseux prés Neuchâtel, de Miolan près Genève ; les écoles ire Partie.
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■ noi^malcs d'institutrices ac vEinwohnerm/îdrhpn' schula a Berne, de la riew: Mddc/i'/nscàule à J^; ;io, d'ir)geubolilctdcMcnz.ingea(bœur.-^tljéodot>ic,uiM;s)^ de l'école supérieurQdçsûUe;^ à Fnbpurg^j^tU'Aarbourg (Argovie). ; » i
L'organisation des écoles normales est loin d'ôtre uniforme, et le niveau des études n'y est pas partout le même. Le nombre des annéo-i d'iuides varie de deux à quatre ; certaines écoles o.\igent de leurs élèves la fréquentation préalable, pendant plusieurs années, d'un établissement d'en.-5,'ignement primaire supérieur, tandis que d'aurios se contentent de la préparation que peut donner l'école primaire. ,,,
Les cantons de Zurich, Berne et Bâle exigent des maîtres employés dans 1(îs écoles primiires supérieures la fréquentation d'un établis*.- ment d'enseignement supérieur [akademische Uildung).
La nomination des instituteurs ne peut di-veîair définitive, dans quelques cantons, qu'après uq stage de deux ans. Cette nomination est faite», dans certains cantons, par l'assemblée des habitants do la commune scolaire, dans d'autrcjs par un comité élu à cet effet, ou par la commission ' scolaire locale. Dans plusieurs cantons, les nominations sont à vie; dans la plupart, elles sont faites pour une période limitée (quatre, si.\,huit ans) ; dans le canton des Grisons, il n'existe aucune disposition légale sur cette matière. L'instiruteur est généralement tenu de donner un nombre déterminé d'heures de leçons par semaine ; dans quelques cantons il doit assister à des cours de répétition, et participer à une caisse de pensions de retraite; on exige ordinairement de lui qu'il fasse l'école complémentaii'e. Les occupations accessoires qui seraient de nature à gêner son enseignement sont interdites à l'instituteur; par contre, il lui est partout permis de remplir d.ins les services des cultes les emplois de chantre, d'organiste, de sacristain, etc. ; il trouve souvent dans la rémunération attachée à ces emplois un indispensable supplément de traitement. Dans certains cantons, l'instituteur est dispensé du service du guet et des prestations en nature; dans le Valais, son traitement est exempt d'impôt.
Dans la plupart des cantons, le minimum du traitement des instituteurs est fixé par la loi ; les cantons et demi-cantons d'Uri, Schwytz, Nidwald, Zoug, les deux AppenzcU, laissent sur ce point liberté complète aux communes. En fait, le minimum du traitement en argent varie entre 150 et lôOO francs. Dans la plupart des cantons, les instituteurs ont la jouissance d'un logement, d'un jardin et d'une pièce de terre.
Dans la plupart des cantons, il existe un groupement officiel ou officieux du personnel enseignant primaire, qui se réunit en conférences, soit simplement dans un but d'instruction muiuelle, soit pour l'examen des livres classiques, soit enfin pour l'exercice, réglé par la loi, d'un droit d'intervention dans l'administration scolaire.
Les cantons et demi-cantons où les conféiences • ne sont pas prescrites par la loi sont Nidwald, , Obwald, Glaris, Bàle-Campagne, Grisons, Tessin, Neuchâtel, Genève; dans plusieurs de ces cantons les conférences n'en sont pas moins très fréquentées.
Dans les autres cantons, les conférences sont prescrites par la loi ; mais il faut distinguer trois groupes: 1° dans les cantons ou demi-cantons d'Uri, Schwytz, Lucerne, Fribourg, Soleure, Appenzell Rhodes-Intérieures, Vaud, Valais, les conférences n'ont qu'un but d'instruction mutuelle; 2° dans les cantons ou demi-cantons de Berne, Zoug, Bâle-Ville, Schaiïhouse, Appenzell Rhodes-Extérieures, Saint-Gall, Argovie, Thurgovie, les conférences ont le droit de donner un préavis sur les questions qui leur sont soumises ; 3° dans le canton
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