TUNISIE
et de Môlanchthon, puis fut nommé en 1531 recteur de l'école de Goldberg en Silesie. Il dirigea cette écolejusqu'à sa mort, arrivée en 1556, et lui acquit une grande réputation : les élèves accoururent à Goldberg de toutes les parties do l'Allemagne. Nous n'insisterons pas ici sur l'enseignement de Trotzendorf, sur le plan d'études adopté par lui et l'organisation intérieure de son école, non plus que sur ses écrits, le liosarium, les Precationes et la Methodus catechetica scholae goltpergensis : aucun de ses ouvrages n'a été publié de son vivant, et ils n'ont exercé aucune influence en France, où ils sont restés inconnus, tandis que ceuxde Môlanchthon et de Sturm avaient trouvé accès dans nos collèges. Après la mort de Trotzendorf, l'école de Goldberg déclina, et elle cessa d'exister à l'époque de la guerre de "Trente ans.
TUiXiSIE. — La Tunisie est gouvernée, depuis deux siècles environ, par des beys, qui à l'origine étaient les chefs élus de la milice turque. La dynastie régnante, celle des Hassani, occupe le trône beylical depuis 170G. Le bey Mohammed Es-Sadek signa le 12 mai 1881 le traité du Bardo, qui a placé la Tunisie sous la protection de la France. Le souverain actuel, Ali-Bey, est monté sur le trône en 1882, et, s'inspirant des conseils du ministre résident français, il a inauguré une ère d'heureuses réformes.
Le territoire de la Tunisie a une superficie d'environ 125000 kilomètres carrés; sa population est évaluée à deux millions et demi d'habitants.
Le bey de Tunis gouverne avec le concours d'un ministère composé du premier ministre, garde des sceaux; du ministre des affaires étrangères, dont les fonctions sont exercées, depuis la signature du traité du Bardo, par le résident général de la République française; du « ministre de la plume», qui s'occupe de l'administration générale. A la tête des services des finances, de l'instruction publique, et des travaux publics, sont placés des directeurs généraux français. L'administration se fait au nom du bey, dans les formes orientales; mais les actes du souverain doivent porter le visa du résident général français, qui a en outre le commandement des forces militaires.
Le pays est divisé en dix-sept provinces, gouvernées par des khalifa (généraux ou colonels indigènes) ; les tribus sont administrées, suivant leur importance, par des généraux, des colonels, des caïds et des cheikhs.
L'instruction publique a été complètement réorganisée depuis l'établissement du protectorat français. Nous empruntons au rapport adressé en 1885 à M. le résident général par M. Machuel, directeur de l'enseignement public en Tunisie, les renseignements suivants sur son état actuel.
Enseignement arabe. — L'enseignement arabe se donne dans les medcrsa ou dans les mosquées, et dans les écoles primaires; des cours de grammaire, de théologie et de droit sont faits dans les établissements religieux de chacune des villes un peu importantes de la Tunisie. L'établissement le plus renommé de la Régence est la grande mosquée de Tunis appelée Djamaa Zitouna. Là tonctionne une sorte d'université qui a son administration à part, ses règlements et ses prérogatives. Le chef de l'université tunisienne est le Cheikh- El-Islam, homme d'une rare valeur, dont la réputation de savant et l'influence religieuse s'étendent au delà des frontières tunisiennes. Le personnel se compose de 4 imans, de 4 bibliothécaires, de 42 professeurs titulaires et de 80 prolesseurs auxiliaires. Les études comprennent 23 matières différentes : grammaire, rhétorique, logique, morale, droit, algèbre, etc. Les cours sont faits dans la salle de la grande mosquée. On voitparfois jusqu'à 15 professeurs, entourés chacun de ses élèves, faisant leurs cours à la même heure, 1" Partie.
sans être incommodes les uns par les autres.
Les étudiants sont au nombre de 600 environ, jeunes gens et adultes originaires de Tunis môme ou venus de l'intérieur de la Régence, et quelques-uns de l'étranger. Ce sont principalement des fils de fonctionnaires, de magistrats, de notaires ou de commerçants. Les jeunes gens qui viennent de l'intérieur sont logés le plus souvent dans des établissements spéciaux appelés medersa, qui renferment un certain nombre de chambres ou plutôt de cellules.
Les leçons durent généralement une heure. Les auditeurs, assis sur des nattes, sont rangés en cercle autour du professeur qui lit et commente telle ou telle page d'un livre. Les élèves ne prennent aucune note pendant les leçons ; rentrés chez eux, ils étudient les textes expliqués et s'efforcent de se rappeler les commentaires qui leur ont été donnés.
Une fois par année il est procédé à des examens publics. Les élèves reçus peuvent à leur tour devenir professeurs ou bien notaires par décret du bey.
Deux grandes bibliothèques sont attachées à l'établissement.
Les écoles primaires musulmanes ou koraniques de Tunis sont au nombre de 113. Il y en a environ 500 dans toute la Régence. Dans ces écoles on enseigne aux enfants la lecture, l'écriture et l'orthographe usuelle de la langue ou plutôt duKoran, sans leur donner aucune notion de grammaire.L'instruction est absolument religieuse Les élèves paient aux maîtres comme rétribution scolaire une somme qui varie entre une piastre et cinq piastres par mois. La moyenne des élèves par école est de 15.
Enseignement européen. — L'enseignement supérieur comprend: 1» un cours public et gratuit de langue arabe, fréquenté principalement par des fonctionnaires, négociants, officiers; le professeur qui en est chargé consacre la moitié de ses leçons à l'étude de l'arabe parlé et l'autre à celle de l'arabe régulier; 2° des cours de français faits aux interprètes et employés des administrations tunisiennes; 3° des cours de français pour les femmes et les jeunes personnes qui désirent se préparer au brevet simple et au brevet supérieur.
Le principal établissement d'enseignement secondaire est le collège Sadiki, institué en 1878 par le bey Sadek. Les élèves y sont admis à la suite d'un concours. Leur nombre s'élève à 150. Actuellement les classes sont au nombre de sept. L'enseignement européen que les 150 élèves sont obligés de suivre comprend : l'étude de la langue française, l'histoire et la géographie de la France, des notions d'histoire et de géographie générale, l'arithmétique, la géométrie, les éléments des sciences, enfin l'italien comme langue vivante. Les méthodes d'enseignement qui étaient en usage ont été profondément modifiées et mises en rapport avec les besoins actuels.
Le collège Saint-Charles, fondé en 1875 par le cardinal Lavigorie, compte 240 élèves qui reçoivent un enseignement primaire, secondaire classique et secondaire spécial. Les élèves appartiennent à toutes les nationalités et à toutes les religions.
L'école normale ou collège Alaoui a été créé en 1884 par le bey régnant, avec l'assentiment du gouvernement français. Cet établissement est destiné à assurer le recrutement du personnel des écoles que l'État se propose d'établir pour les indigènes dans les différents centres de la Régenco et à donner à ce personnel le savoir et l'expérience pédagogiques nécessaires pour faire prospérer les écoles. Les élèves de l'école normale sont divises en trois années, qui ne sauraient être comparées en aucune façon à celles des écoles nor-