‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 478 sur 573 · VOLONTARIAT D UN AN · texte numérisé non relu

VOLONTARIAT D UN AN

recettes comment ils doivent s'adapter mécaniquement dans les difTcrentcs pièces du langage, mais si vous les considérez dans leur individualité vivante et agissante, comme des signes représentatifs de la pensée et des sentiments, comme constituant dans leur ensemble l'instrument de connaissance et de communication intellectuelle le plus souple, le plus délicat et le plus sensible. Nul doute que vous ne trouviez dans l'étude des mots, ainsi comprise et ainsi présentée, de quoi former et développer en votre élève, plus sûrement et plus complètement que par tout autre moyen, l'esprit d'observation et de logique naturelle, l'imagination, le goût, le bon sens, toutes les plus précieuses facultés. Mais il faut pour cela, sans négliger, bien entendu, ce qu'on peut appeler le codex ou le manuel légal de la langue, s'élever au-dessus des formules. « Quand la grammaire, dit M. Bréal, ne se montre que par son côté négatif, quand elle se préoccupe d'énnmérer ce qu'il est défendu de dire, plus particulièrement encore ce qu'il est défendu d'écrire, elle n'a rempli que la moitié de sa besogne. Il y a tout un côté vraiment fécond qui, jusqu'à présent — M. Bréal écrivait cela en 187 '2 — n'a guère trouvé place dans nos écoles. Je voudrais qu'on enseignât à nos enfants comment se forment les mots de notre langue ; par quel mécanisme un seul verbe donne naissance à une quantité de composés qui à l'acception première ajoutent des nuances accessoires. Le verbe lever, par exemple, a autour de lui toute une famille, comme élever, soulever, enlever, prélever, qu'il sera utile et intéressant do passer en revue et d'encadrer chaque fois dans une phrase. A combien de remarques ne donnera pas lieu le verbe faire avec ses composés! D'autres fois, c'est la dérivation que j'étudierais avec mes élèves : je leur montrerai comment gouverner a donné gouverneur, gouvernail, gouvernants, gouverneinent, gouverne, ingouvernable. Ce sera un plaisir pour les écoliers de compléter la collection. Il faudra leur montrer ensuite la valeur des différents suffixes : quelles sont, par exemple, les ressources du français pour former des nome abstraits. Nous avons les noms en ance, comme séance, enfance; enée, comme entrée, chevauchée; enment, comme ménagement, changement ; en tion, comme action, administration; en ure, comme peinture, ouveri7ire; en té, comme pauvreté, opiniâtreté. Voilà des exercices qui font passer en revue les ressources de la langue française, et, entendue de cette façon, la grammaire cesse de ressembler au code pénal. » — « Montrez à l'enfant, dit encore M. Bréal, comment la langue anime tout : les bras d'un fauteuil, les jambes d'un compas, la tête d'un chou, le col d'une bouteille. Ces futurs ouvriers trouveront un jour des expressions analogues. Faites voir aussi le sentiment intime qui se cache en certains mots que nous prononçons sans y penser. Deux amis se sont désunis ; n'est-ce pas montrer que l'amitié n'en faisait qu'un seul être ? Nos espérances se sont éva7iouies : le langage en un instant nous laisse apercevoir un mirage qui s'est dissipé... »

C'est, en effet, par des exercices de ce genre, et nous en indiquons un certain nombre au mot Vocabulaire, dans la II* Partie de ce Dictionnaire, que l'étude proprement dite de la langue s'élèvera et s'agrandira. L'élève y trouvera un moyen, mais un moyen légitime, d'augmenter son vocabulaire, les mots ainsi analysés représentant pour lui des idées et des nuances d'idées exactes et précises ; il y prendra des habitudes de rigueur d'expression, qui ne seront autres après tout que des vues plus justes et plus vives sur les différences des choses, et il est difficile que ces aspirations à la clarté et à la droiture une fois venues sur un point ne se reportent pas plus ou moins sur les autres. Tout se

tient d'ordinaire plus qu'on ne pense dans la vio entière de l'individu.

Nous ne voulons pas dire que la méthode que nous préconisons ici n'ait pas déjà quelque peu sa place dans l'école ; on devrait, selon nous, la lui faire plus grande : nous sommes persuadé que ce qui iait ordinairement la grande préoccupation des instituteurs, l'analyse logique et l'analyse grammaticale, l'orthographe de règles et l'orthographe d'usage, n'y perdraient rien, et que l'élève y gagnerait en surplus ce que ni l'orthographe ni l'analyse, fussent-elles poussées jusqu'aux dernières limites de la subtilité et de la minutie, ne lui donneront jamais. [Charles Defodon.J

VOGÈL. — Jean-Charles-Christophe Vogel, pédagogue allemand, auteur de la méthode de lecture appelée méthode des mots normaux {Normalworter-Methode), naquit en 1795 à Stadtilm en Thuringe. Après avoir étudié la théologie et la philosophie à léna, il se consacra à l'éducation, devint en 1824 directeur de l'école municipale supérieure à Krefeld, et en 1832 directeur de la Bûrgerschule de Leipzig. Il conserva ces dernières fonctions pendant trente ans, jusqu'à sa mort arrivée en 18G2. C'est vers 1840 qu'il commença à s'occuper de l'élaboration d'une méthode de lecture analogue à celle qu'avait proposée Jacotot *. Comme celui-ci, Vogel met sous les yeux des élèves des mots entiers qu'il fait décomposer; seulement, au lieu de prendre les mots quelconques d'une phrase quelconque, il choisit des mots qu'il appelle normaux, réunissant les meilleures conditions pour l'étude successive des différentes lettres. Il a exposé sa méthode dans l'ouvrage intitulé Des Kindes erstes Schulbuch, Leipzig, 1843 (V. les articles Lecture^ p. 1551, et Ecriture-Lecture, p. 803). Il est juste d'ajouter que les efforts de Vogel ne furent pas isolés ; avant lui, Graffunder avait déjà recommandé la méthode des phrases normales ; un instituteur de Leipzig, Kriimer, disputa à Vogel la paternité de la nouvelle méthode de lecture, en publiant en 1844 l'ouvrage intitulé Ueber einen ganz neuen Unterrichtsgang ; enfin Luben* eut une part considérable dans le perfectionnement et la vulgarisation de la méthode des mots normaux.

VOLONTARIAT D'UN AN. — Bénéfice accordé par les articles 53 et 54 de la loi du 27 juillet 1872, dans l'intérêt des lettres, des sciences et des arts, de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, aux jeunes gens qui, possédant certains diplômes [bachelier es lettres ou es sciences, diplôme de /m d'études ou brevet de capacité de l'enseignement secondaire spécial) ou faisant partie de certaines écoles [Ecole centrale des arts et manufactures^ Ecoles nationales des arts et métiers, des beauo:arts. Conservatoire de musique, Ecoles nationales vétérinaires et d'agriculture, Ecoles des mines^ des ponts-et-chaussées, du génie m.aritime. Ecole des mineurs de Saint-Etienne), ou ayant satisfait à un examen spécial, contractent, avant le tirage au sort, l'engagement de passer une année sous les drapeaux.

L'engagé volontaire d'un an est habillé, monte, équipé et entretenu à ses frais. Toutefois le ministre de la guerre peut exempter de tout ou partie de ces obligations les jeunes gens qui ont donné, dans leur examen, des preuves de capacité et justifient être dans l'impossibilité de subvenir aux frais dont il s'agit.

L'engagé volontaire d'un an est incorporé et soumis à toutes les obligations de service imposées aux hommes présents sous les drapeaux. Il est astreint aux examens prescrits par le ministre de la guerre. Si, après un an de service, il ne satisfait pas aux examens, il est obligé de rester une seconde année au service. Si, après cette seconde année, il n'y satisfait pas encore, il est déchu des avantages réservés aux volontaires d'un an et reste

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