VOYAGES SCOLAIRES
Caisses d'épargne scolaires. — Eli os existent dans le département depuis 1874. Voici leur situation en 1879 et en 188G :
Nombre
Années
de caisses
de livrets
Sommes ioicrites
ce? livrets
21 616 fr.
147 101 fr.
Socictc de secours midiœh. — La Société de secours mutuels entre les instituteurs et les institutrices, fondée en 18(54, est en voie de décroissance (piand au nombre des sociétaires. Mlle comptait en I8T.) 821 membres participants, elle n'en compte plus enl88G que 700; mais son actil's'est sensiblement augmenté : il était de 37 207 francs en 1879, il est au l""" janvier 188G de 78 272 francs.
Bulletin scolaire. — Le Bulletin scolaire du département des Vosges, dont la fondation remonte à iSâi, paraît suivant les besoins du service, en format petit in-8". 11 est envoyé gratuitement à toutes les écoles publiques, dont il devient la propriété, et reçoit à cet effet une subvention du Conseil général.
VOYAGES SCOLAlllKS. — Cette utile institution n'est pas d'invention récente ; mais la pratique dp nos jours Ta renouvelée et généralisée. Elle consiste à former des caravanes d'écoliers ou d'éléves-maîtrcs, pour leur faire visiter en commun une contrée, une ville sous la direction de guides choisis.
Le profit en est multiple.
D'abord, comme les caravanes scolaii'cs viennent à la suite de longs mois de travail, soit qu'elles coupent l'année, soit qu'elles la terminent, c'est un excellent remède contre la fatigue intellectuelle. Le corps s'y donne carrière et prend sa revanche d'une pénible contrainte. La vie en plein air, les longues marches, les saines fatigues, autant de circonstances favorables pour le développement physique, autant de moyens de rendre à la machine humaine, parfois déprimée, son élasticité et son ressort.
Puis la vie de voyage développe chez l'écolier des facultés nécessaires. En premier lieu l'esprit d'initiative et de décision Tout voyageur, si bien calculée que soit sa course, rencontre des cas où il faut faire acte d'énergie, de persévérance et de volonté. De prévoyance aussi, et non seulement de prévoyance personnelle, mais, ce qui ne vaut pas moins, de prévoyance pour autrui. Les caravanes scolaires ont leurs épreuves, sinon leurs périls : elles sont une excellente école de sangfroid, de services mutuels et de dévouement récil)roque. C'est un éclopé ou un retardataire dont il faut porter le sac, aider la faiblesse, encourager l'effort. Tœpffer, dont le nom vient de lui-même sous la plume en pareil cas (voir l'article qui lui est consacré dans ce Dictionnaire), Tœpffer souhaite même à toute caravane bien constituée la présence d'une dame « bonne voyageuse », pour obliger toute cette jeunesse, menacée de rentrer dans « l'état sauvage », aux égards délicats et aux aimables prévenances.
Viennent ensuite l'esprit d'observation, « l'honnête curiosité » dont parle Montaigne. A cet égard la vie de voyage agit comme ces mets savoureux qui stimulent l'appétit en même temps qu'ils le contentent, en sorte qu'il n'y a jamais ni vide ni satiété. A chaque pas, les campagnes qu'on traverse offrent une leçon d'agriculture ou de géographie pratique, les villes une leçon d'histoire, d'art ou d'industrie. Mais ici, au contraire de l'école, la leçon ne vient pas d'elle-même et toute faite au-devant de l'écolier : c'est à lui de faire les premiers pas, d'interroger l'objet, de le sonder, d'en dégager les notions qu'il contient. Excellente éducation de l'esprit, moyen vraiment pratique l'c Pautie.
d'en essayer les forces et d'en régler l'emploi.
Deux facultés encore auxquelles les voyages donnent l'espace et l'ampleur qui leur manquent à l'école, c'est le goût du beau et \yi sentiment de la nature. La visite d'un monument, celle d'un musée, suffisent parfois à jeter rélincellc ou à la rallumer dans une âme paresseuse. L'examen personnel découvre ce qui jusqu'alors avait échappé, et l'omolion intime vivifie ce qui était mort ou engourdi.
11 en est de môme des choses de la nature. C'est ici surtout que la locon ne peut se substituer à l'expérionce. Aimer la nature, en comprendre et en goûter les beautés, tour à tour délicates et grandioses, ce n'est pas chose indifférente et que l'éducateur puisse dédaigner. L'homme doit à ce sentiment, si cher à notre siècle, des joies saines et profondes. Les voyages l'éveillent chez l'eni faut. Bien réglé, ce sentiment engendre à son tour ; la bonne humeur et le contentement, état de l'âme si précieux à obtenir et à maintenir. Une caravane scolaire chez laquelle il règne en permanence offre l'image peut-être la plus parfaite du bonheur, I parce qu'il n'y entre rien que de pur et d'innocent, bien que tous les cœurs, tous les esprits y soient en mouvement.
Un voyage scolaire ne portera de fruit qu'autant I qu'on s'y sera sérieusement et intelligemment préparé. Jamais, plus qu'en cette matière, il n'a été vrai de dire que tout plaisir s'achète. Que l'é- ! colier prenne donc, avant le départ, une notion générale, m.ais exacte des lieux qu'il doit visiter, qu'il relise l'histoire dos pays, de leurs arts, do leurs industries : tâche considérable et presque I encyclopédique ; aussi faut-il la diviser et la réj partir. Groupez votre monde par aptitudes. Aux uns, esprits positifs, attribuez l'étude des notions pratiques; aux autres, mieux pourvus des dons de l'imagination et de la sensibilité, confiez le département des beaux-arts, de l'histoire, etc. Mêlés et confondus comme ils le sont sans cesse, en voyage aussi bien qu'à l'école, ces groupes useront entre eux des bienfaits du libre échange : chemin faisant et sur place, il se fera des emprunts mutuels, des leçons réciproques, toute une éducation du camarade par le camarade, qui est bien l'application la plus heureuse de la confraternité scolaire.
Que dirons-nous du conducteur de la caravane ?
Son rôle est aussi intéressant que difficile. Que de ressources ne lui faut-il pas dans l'esprit et dans le caractère, que de tact, do prévoyance et dévouement! A lui de maintenir l'accord, de stimuler les uns, de retenir les autres. A lui d'assurer à chacun sa part d'activité, d'instruire sans professer, de suggérer sans s'imposer ; d'être l'âme invisible de la caravane, l'inspiration latente de son mouvement et de son plaisir. A lui le soin de l'hygiène, do la santé, des vivres, du couvert; à lui la responsabilité de ces précieuses vies d'enfants confiées à son zèle et à sa prévoyance. Il faut voir, dans les Voyages en zigzaq de Tœpffer, comment, au sortir d'un pas difficile, un cri do soulagement lui échappe, témoignage d'une angoisse silencieusement supportée.
Mais quelle récompense attend le maître au terme de sa tâche et quel prix de toutes ses peines ! Il conquiert à jamais l'esprit et le cœur de ces enfants qu'il conduit. La communauté do joies et d'épreuves engendre de la part de l'écolier vers le maître (et réciproquement) une confiance, ime entente, une aftcction qui ne se dissoudront plus. L'avenir de la prochaine année scolaire est assuré.
Une sanction est indispensable aux voyages scolaires : c'est la relation qui en est faite par l'écolier. Cette relation doit être la confidence exacte et fidèle de ce que chacun a senti et compris.