‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 484 sur 573 · WALLIS · texte numérisé non relu

WALLIS

WEHRLI

Elle ne vaut que par la sincérité, le naturel, l'expansion. Qu'on en bannisse donc les opinions toutes faites, les admirations factices, et tout le bagage des émotions artificielles et convenues. Le voyageur a dû couvrir de notes son carnet de voyage : utile exercice déjà que ces notes rapides, prises sous la dictée môme de la nature, en présence de l'objet ou du fait, et sans nulle ingérence étrangère. C'est le triomphe de cet esprit d'observation et d'analyse personnelle qu'on souhaite tant de développer chez l'enfant. Exercice non moins salutaire, cette narration écrite à distance, sur des impressions éloignées mais non refroidies, où tout se place, s'ajuste, se range, se proportionne et se met au point d'optique. La plume la plus rebelle devient facile, l'esprit le plus sec se fait abondant, tant il est attrayant de raconter ce qu'on a vu, tant il y a moyen de varier ce thème : « J'étais là, telle chose m'advint. »

A ceux qui réclameraient une rhétorique plus

détaillée, nous dirons : Lisez Tœpffer, c'est lo maître du genre. Pas une qualité dont il ne don no le précepte et l'exemple ; pas une page de ses Vo>/ages en zigzag qui ne puisse servir de modèle.

Une relation de voyage n'est pas complète si le crayon n'y joue son rôle à côte de la plume. Encore, pour nos écoliers, une application facile et intéressante des leçons de la classe, comme un ingénieux complément d'éducation. Rien n'exerce le coup d'oeil, rien ne développe l'habileté de la main, rien ne forme le goût comme les croquis faits sur place, sous l'aiguillon de l'heure qui passe et de l'occasion qui s'enfuit.

Sur ce point encore, Tœpffer est le guide à consulter et à suivre : son crayon vaut sa plume, et l'écrivain, chez lui, n'est ni plus vrai ni plus sincère que le dessinateur. [H. Durand.]

VUE. — V. Myopie et Eclairage dans la l'e Partie, et Vue dans la II* Partie.

WAITZ. — Théodore Waitz, psychologue allemand, disciple de Herbart, né en 1821 à Gotha, fit ses études à Leipzig et à léna, devint professeur de philosophie à l'Université de Marburg, et mourut dans cette ville en 18G4. Il a j ublié en 1852 un ouvrage intitulé Pe'dagogie générale [Allgemeine Pâdagogik), où l'on retrouve les idées fondamentales de la doctrine herbartienne, avec quelques variantes de détail. Le traité de pédagogie de Waitz a eu deux nouvelles éditions depuis la mort de l'auteur, en 1875 et 1883.

WALDEClî.. — La principauté de Waldeck (superficie, 1 135 kil. carrés; popul., 80000 habit.), est enclavée dans le territoire prussien, et depuis 1868 elle est administrée par les autorités prussiennes; l'enseignement public y est placé sous la direction du conseil scolaire provincial de la province prussienne de Hesse-Nassau. La principauté possède un gymnase à Gorbach et une hôhere Bûrgerschule à Arolsen. Le nombre des écoles primaires est de 123; les instituteurs reçoivent leur instruction professionnelle à l'école normale prussienne de Homberg; la moyenne des traitetements est de 950 marks avec le logement gratuit. L'âge scolaire dure de la sixième à la quatorzième année pour les garçons, de la sixième à la treizième pour les filles.

"WALLIS. — Jean Wallis, mathématicien anglais, né à Ashford en 1616, mort à Londres en 1703, s'est occupé de l'éducation des sourdsmuets. Des travaux sur la grammaire le conduisirent à examiner la manière dont se forment les sons dans toutes les langues, et il arriva à concevoir la possibilité de donner aux sourds-muets l'usage de la parole. « J'ai examiné, dit-il, comment se forment tous les sons qui entrent dans l'articulation; par quels organes et dans quelle position chaque son se forme; quelles sont les plus fines différences de chacun d'eux, ce qui est souvent très imperceptible dans les lettres du même organe; en sorte que le souffle poussé hors des poumons doit,, par le moyen de tel ou tel organe, dans telle ou telle position, former tels sons, soit que la personne entende ou n'entende point ce qu'elle prononce. » Wallis apprit ainsi à lire et à parler à un jeune sourd-muet nommé Whalley, qu'il présenta à la Société royale en 1662. On peut donc le considérer comme un précurseur de Péreire et de Heinicke (V. Sourds-muets, p. 2812). L'ouvrage dans lequel Wallis a exposé ses idées sur la formation de la parole articulée est intitulé

Grammatîca lînguae anglicanae cum tractatu de loquela seu sonorum fonnatione, 1653.

WEHRLI. — Jean-Jacques Wehrli, né le 6 novembre 1790 à Eschikofen (Thurgovie), doit sa célébrité au rôle qu'il a joué à Hofwyl comme collaborateur de Fellenberg*, qui l'avait placé à la tète de son école de pauvres. Le jeune Wehrli, fils d'un instituteur de village, fut destiné par son père à la carrière de l'enseignement. A l'âge de quatorze ans, il fut envoyé à l'école municipale de Frauenfeld. A dix-sept ans, le conseil cantonal d'éducation lui confia la direction d'une petite école rurale, qu'il conserva jusqu'au printemps de 1810. G'est alors, à l'âge de vingt ans, qu'il se rendit auprès de Fellenberg dans l'intention de se perfectionner. Il croyait ne devoir rester à Hofwyl que quelques mois ; mais Fellenberg, ayant trouvé en lui l'étoffe d'un instituteur d'élite, résolut de se l'attacher : depuis longtemps il songeait à la création d'une école de pauvres; Wehrli lui parut l'homme dont il avait besoin pour réaliser ce projet. Wehrli ayant accepté la proposition, Fellenberg réunit à Hofwyl quelques enfants recrutés dans la classe des mendiants et des vagabonds. Une demi-douzaine déjeunes garçons, hâves et déguenillés, couverts de vermine et de scrofules, vicieux, habitués au désordre et à la fainéantise et complètement illettrés, tels furent les premiers élèves de Wehrli. Il se donna à eux tout entier, avec la même abnégation et le même courage qu'avait montrés Pestalozzi dans l'orphelinat de Stanz. « J'étais leur père, dit-il. J'étais avec eux toute la journée sans interruption, et, si je me mettais au lit plus tard qu'eux, je n'en restais pas moins dans le dortoir, et le matin je me levais en même temps qu'eux. Des vingt-quatre heures de la journée, neuf ou dix étaient consacrées au sommeil; des quatorze ou quinze heures restantes, cinq ou six étaient réservées pour les repas, les récréations ou l'enseignement; le reste du temps était employé aux travaux agricoles. >> Grâce aux influences combinées du travail manuel, d'une stricte discipline, d'un enseignement approprié à ces intelligences incultes, et surtout grâce à la sollicitude bienveillante dont Wehrli entourait ses élèves, l'école de pauvres donna d'heureux résultats : les enfants s'améliorèrent, prirent des habitudes d'ordre et d'activité, profitèrent de l'instruction qu'ils recevaient. Le nombre des élèves s'accrut progressivement : il fut de treize en 1811, de vingt-six en 1813, de quarante en 1820;

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WIGHERN

il devait même approclicr plus tard de la centaine.

Fcllcnborg voulait, en créant son école de pauvres, démontrer qu'il était possible de supprimer la misère et la mendicité en donnant aux enfants indigents ou abandonnés une éducation qui les mît en état de gagner leur vie par le travail de leurs mains; il voulait démontrer en outre que les établissements nécessaires pour recueillir et élever ces enfants pouvaient être entretenus sans frais, et qu'une école de ce genre pouvait se suffire à elle-môme sans exiger de subvention de l'État. D'après ses calculs, la dépense s'élevait à 83 francs par enfant durant les trois premières années : et cette dépense ne devait constituer qu'une simple avance, que l'élève rembourserait plus tard par son travail, en s'engageant à rester dans l'établissement jusqu'à l'âge de vingt ans sans recevoir de salaire. Cette partie du programme de Fellenberg, toutefois, ne put jamais être complètement réalisée, pas plus à Hofwyl que dans les autres établissements qui, à l'exemple de l'école de VVehrli, se fondèrent sur le principe de la Selbstevhallung.

Wehrli a défini de la manière suivante, dans une lettre adressée à son père, le but que l'école de pauvres s'efforçait d'atteindre ; « Si tu donnes aux pauvres du pain, de l'argent, des vêtements, ta charité n'a d'effet que jusqu'au moment où le pain est mangé, l'argent dépensé, les vêtements déchirés. Mais donne-leur l'éducation, apprends-leur à travailler, apprends-leur à se rendre des membres utiles de la société humaine : alors tu les auras enrichis d'une façon durable, et ton bienfait" les rendra heureux pour toute la vie. Pour être heureux, il faut qu'ils apprennent à travailler; en travaillant, ils diminuent d'autant les dépenses que nécessite leur éducation, et l'on peut ainsi, à peu de frais, réaliser un très grand bienfait; ce qui est plus méritoire, me semble-t-il, que de réaliser à grands frais un très petit bienfait. »

Les succès obtenus à Hofwyl attirèrent bientôt l'attention sur Wehrli et son école. Les nombreux visiteurs des établissements de Fellenberg ne tarissaient pas d'éloges sur les mérites du vaillant instituteur. On lui envoya de toutes parts des élèves, non plus des vagabonds qu'il s'agissait de ramener au bien et de former au travail, mais de jeunes instituteurs qui désiraient étudier sa méthode sous sa direction, pour se vouer k leur tour à l'enseignement des pauvres. Il se fonda ainsi, à côté de l'école de pauvres, un cours normal, auquel l'école de pauvres servait d'école d'application. La pensée de Wehrli finit par se porter de préférence sur cette nouvelle partie de sa tâche, et il désira pouvoir se consacrer entièrement à cette œuvre : former des instituteurs. Il s'était marié en 1829, et il songeait à créer quelque part, à ses frais, un institut d'éducation qui lui appartînt en propre, lorsqu'un appel du gouvernement de son canton natal vint lui fournir l'occasion qu'il souhaitait.

Le gouvernement thurgovien venait de décider la fondation d'une école normale: il en offrit la direction à Wehrli, qui accepta. L'école s'ouvrit à Kreuzlingen, sur les bords du lac de Constance, en 1833. Wehrli en fut le directeur pendant dixneuf ans. Il s'appliquait surtout à donner aux futurs instituteurs le goût des travaux agricoles et une piété solide ; il les habituait à savoir vivre de peu, et leur faisait considérer leur future carrière comme un apostolat que seuls l'esprit de sacrifice et un profond sentiment religieux pouvaient rendre fructueux. En 1852, un changement politique amena au pouvoir des hommes nouveaux ; Scherr * fut placé à la tête du conseil d'éducation thurgovien, et une réorganisation de l'école normale de Kreuzlingen fut décidée. Le programme de l'enseignement de cette école, tel que Wehrli l'avait élaboré et appliqué, laissait en effet à désirer ; il ne ré-

pondait plus aux besoins nouveaux, et il était nécessaire d'y faire une part plus large aux notions scientifiques et positives. Wehrli sentit qu'il n'était plus l'homme de la situation: il se retira, non sans tristesse, au printemps de 1853. Il fonda alors au GuggcnbUhl une école d'agriculture, et occupa ses heures de loisir à écrire son autobiographie. Il mourut le 15 mars 1855, des suites d'une pncumo* nie, dans sa soixante-cinquième année.

WEISSE. — Christian-Félix Weisse, poète allemand, est l'un des plus remarquables parmi les écrivains qui ont consacré leur talent à la composition de livres destinés aux enfants. Ne à Annaberg en Saxo en 1732, Wcissc fit ses études à Leipzig, où il se lia avec plusieurs hommes distingués, entre autres avec Lcssing et Collert. Après avoir rempli pendant queh|ues années l'emploi do précepteur, il obtint la charge de receveur de district à Leipzig. Il se fit connaître d'abord comme poète dramatique et donna au théâtre de nombreuses pièces qui furent jouées avec succès. Ce fut après son mariage et la naissance de son premier fils (1765) qu'il commença à écrire pour l'enfance. II fit paraître en 1767 des Chansons pour les enfants [Lieder fur Kinder), qui devinrent promptement populaires. En 1772 parut son Abécédaire et livre de lecture, dans lequel, à l'exemple de Basedow *, il chercha à substituer à l'enseignement mécanique et ennuyeux du passé des leçons attrayantes et d'agréables fictions. A partir de 1775 il publia son célèbre journal, VAmi des enfants [der Kinder freund), qui obtint une vogue immense, et fut continué pendant une dizaine d'années. Une imitation française de ce journal fut publiée à Paris par Berquin * sous le même titre, h' Ami des enfants fut suivi, de 1784 à 1792, de la Correspondance de la famille de l'Ami des enfants (Briefvjechsel der Faynilie des Kinder freunds) , que Berquin imita sous le titre de VAmi des adolescents. Enfin, de 1792 à 1803, parut une troisième série intitulée : Le pupitre ouvert pour l'amusement et l'instruction des jeunes personnes {Das geoffneie Schreibpult zum Vergnûgen und Unterricht jungcr Personen). Weisse a en outre traduit du français et de l'anglais un assez grand nombre d'écrits destinés à la jeunesse, en particulier plusieurs ouvrages de Mme de Genlis. Comme Campe * et Salzmann *, ses contemporains, Weisse appartient en éducation à l'école des philanthropinistes*. Il est mort à Leipzig en 1804.

WICHERN. — Jean-Henri Wichern, théologien et éducateur allemand, est né à Hambourg en 180S. Après avoir fait ses études à Gœttingue et à Berlin, il revint dans sa ville natale, où il se voua à l'évangélisation des pauvres. En 1832, il conçut avec quelques amis le projet de fonder une maison de refuge pour Icsenfants délaissés et malheureux, à l'exemple de celles qu'avaient créées Zeller * à Beuggen, Falk à Weimar, etc. Une somme d'argent fut réunie, et le D^" Sieveking offrit une petite maison située sur un domaine qu'il possédait dans la commune de Horn, près de Hambourg. Cette maison s'appelait le Rauhe Haus. \\ icliorn, ayant accepté les fonctions de directeur, s'y installa en 1833 avec sjt mère et avec trois jeunes garçons, qui furent les premiers élèves de l'établissement. Le nombre des enfants s'accrut promptement. Uno seconde maison fut bâtie dès 183 i, et d'autres constructions s'élevèrent dans les années suivantes. Le système adopté par Wichôrn pour l'organisation intérieure de l'établissement fut celui des « familles » (V. Mettrai/). En 1835 on comptait déjà au Rauhe Haus trois familles do garçons et une famille déjeunes filles; lorsque la maison de refuge eut atteint son complet développement, elle se composa de six familles do garçons et de trois familles déjeunes filles. A côté de l'établissement consacré à l'enfance, Wichernfonda, dès lespremicrcs années,

WILHEM

WILHEM

un institut destine à servir de séminaire pour la mission intérieure; les membres de cet institut, qui vivent en commun dans les bâtiments du Rauhe Haus, fournissent les chefs des diverses « familles »; ce sont eux qui donnent l'enseignement, tant moral et intellectuel qu'agricole et intellectuel; ils portent le nom de Frères du Rauhe Haus. En 1852, pour répondre au désir de familles qui désiraient lui confier leurs enfants, mais qui demandaient pour eux une éducation plus bourgeoise et ne voulaient pas les voir confondus avec les enfants de la maison de refuge, Wichern ajouta au Rauhe Haus un pensionnat déjeunes garçons, qui compte en moyenne de vingt-cinq à trente élèves. Une imprimerie et une librairie ont aussi été jointes àl'établissement.

La maison de refuge du Rauhe Haus a acquis une grande célébrité en Allemagne et dans les pays voisins. Elle a servi de modèle, pour la création de divers établissements du même genre; c'est là qu'en 1839 M. de Metz *, le fondateur de Mettray, est allé étudier le système qu'il devait transplanter en France.

L'activité de Wichern ne s'est pas bornée à l'administration du Rauhe Haus; il a pris une part considérable à des œuvres philanthropiques de diverse nature tant en Allemagne qu'à l'étranger; il s'est occupé particulièrement de l'amélioration des prisons. Il a publié quelques écrits parmi lesquels nous citerons : Le Rauhe Haus, ses « enfants » et ses « frères » {Das Rauhe Haus, seine « Kinder » und « Brûder »), Hambourg, 2^ édition, Ï8G2; La mission intérieure de l'église évangélique allemande (Die innere Mission der deutsch-evangelïsche Ktrche), 1849 ; Les criminels et les détenus libérés [Die Behandlung der Verbrecher und der entlassenen Stroflinge), 1853. Wichern est mort à Horn le 7 avril 1881.

>VIL1IE»I. — Guillaume-Louis Bocquillon, dit Wilhem, l'un des premiers promoteurs de l'enseignement du chant dans les écoles primaires françaises et le fondateur de VOrphéon *, né et mort à Paris (18 décembre 1781 — 26 avril 1842), était le fils d'un brave officier qui fut, dans les dernières années de sa vie, commandant de la citadelle de Perpignan. Lui-même, dès dix ans, fut soldat et, en 1795, caporal-sapeur dans le régiment de son père, avec lequel il fit la campagne de Hollande. On l'envoya de là (juillet 1795) à l'Ecole nationale de Liancourt*, que dirigeait le citoyen Crouzet*. Wilhem a raconté plus tard, dans une curieuse notice {L'élève de Liancourt en 1795; histoire véritable racontée en 1834 pour les enfants des écoles primaires, in-8), ses souvenirs personnels sur cette singulière école, où l'on mourait de faim et de froid, et où l'on apprenait un peu de tout, même à garder les troupeaux. Ce fut là, semble-t-il, que, d'après ses propres paroles, un grain de musique vint le frapper au front et un autre lui tomba sur le coeur. Crouzet composait à l'occasion des vers patriotiques; Wilhem, qui ne s'appelait encore que Bocquillon, mit en musique une de ses odes, et cet ode fut chantée devant Ginguené*,qui était venu inspecter l'école. Sur le conseil de celui-ci, Crouzet envoya le jeune compositeur à Gossec, alors directeur du Conservatoire d(^ musique de Paris. « Ce jeune homme, lui écrivait-il (7 novembre 1799), déjà recommandable par d'excellentes qualités et par ses progrès dans les sciences, a pris un goût tout particulier pour la musique, et ses heureuses dispositions pour cet art se développent d'une manière qui me surprend a'autant plus qu'il n'a d'autre maître que la nature, d'autres secours que quelques livres qu'il a trouvés dans la bibliothèque de l'école. C'est ainsi qu'il est parvenu sans conseil et sans guide à composer des morceaux qui, tout défectueux qu'ils peuvent être, annoncent une vocation expresse et peut-être l'ascendant irrésistible du génie. »

Wilhem fut nommé élève du Conservatoire; mais, comme il était sans fortune, il dut rester encore à Liancourt et suivre môme l'école à Compiègne,où il obtint le grade de capitaine, l'école, comme on le sait, étant organisée militairement ; ce ne fut que le 30 pluviôse an IX (19 février 1801) qu'il obtint un congé absolu pour suivre à Paris les leçons du Conservatoire, avec une pension d'un an.

En 1802, il devint répétiteur de mathématiques au prytanéc* de Saint-Cyr, dont Crouzet était directeur, et fut chargé d'y enseigner les principes de l'art musical. Quelques compositions de circonstance exécutées par ses élèves commencèrent à faire connaître son nom. En 1806, Jomard* lui procura un emploi dépendant du ministère de l'intérieur, et ce fut alors qu'il se lia avec Béi'anger, Parny et quelques autres célébrités littéraires et musicales. De cette époque aussi datent un grand nombre de ses compositions, gracieuses et laciles, mais aujourd'hui un peu démodées, notamment la musique de quelques chansons ou romances de Béranger : Parny n'est plus, Charles VII (Je vais combattre, Agnès l'ordonne), Beaucoup d'amour, les Adieux de Marie Stuart, etc.

Le succès de ses productions lui valut en 1810 le titre de professeur de musique, maître de piano et d'harmonie au lycée Napoléon (collège Henri IV). Mais il était loin encore de songer à la grande œuvre populaire qui lui a donné droit à une notice dans ce Dictionnaire.

Jusqu'en 1815, on ne s'était guère imaginé que le chant dut jamais faire partie de l'enseignement des écoles primaires. La première idée en vint à Wilhem lorsqu'il eut connaissance des essais d'enseignement mutuel tentés par les fondateurs de la Société pour l'instruction élémentaire *. Un des créateurs de cet enseignement, a écrit Jomard, — assez vraisemblablement Jomard lui-même, — « lui fit voir le nouvel essai déjà transporté d'une modeste chambre sur un grand théâtre; c'était l'école normale élémentaire de Saint-Jean-de- Beauvais, ouverte pour 325 élèves et presque remplie en peu de jours... L'esprit juste de Wilhem fut frappé du spectacle, jusque-là inconnu en France, de trois cents enfants observant le plus grand silence, s'instruisant mutuellement entre eux, sans la participation directe du maître, étudiant sur des tableaux, faisant tout à un signal donné, et tous dans un mouvement continuel, semblable au travail de la ruche, mais réglé par l'ordre le plus parfait... Dans les premiers temps, on ne pouvait songer qu'aux éléments les plus indispensables de l'instruction : la lecture, l'écriture et le calcul ; mais peut-être, dès ce moment, il eut avec nous l'espoir d'y voir associer un jour son art de prédilection... Ce qui est certain, c'est que dès lors son esprit travailla sur vm nouveau thème d'une grande difficulté, se pénétrant peu à peu du sytème nouveau, surtout du principe de classification ; il apprit de l'enseignement mutuel qu'il était nécessaire d'isoler les difficultés, de subdiviser beaucoup les degrés, les leçons, les tableaux ; qu'il serait môme avantageux d'établir autant de classes pour la musique vocale qu'il y en avait pour les autres facultés. En attendant qu'il lui fût permis d'expérimenter dans une école publique^ il établit à ses frais, dans son domicile, rue Saint- Denis, n° 374, une petite classe préparatoire, et une autre à la pension Guillet-Lepitre, rue Saint- Louis-au-Marais ; bientôt, avec l'autorisation de M. le comte de Chabrol *, préfet de la Seine, M. Delahaye *, instituteur communal (île Saint- Louis), lui ouvrit son école.

» Que ne puis-je, continue Jomard, vous reporter, au moins par la pensée, à l'année 1818 et vous transporter à l'île Saint-Louis? Qu'on s'imagine des tableaux de musique faits à la main, péniblement élaborés par notre infatigable Wilhem ;

WILTÎEM

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•des individus de plusieurs âges, jeunes gens, adoioscerits et enfants, commençant à épclcr et à liic la note d'une manière satisfaisante, et déjà faisant entendre des accents harmonieux! Combien les spectateurs étaient étonnés, ravis de ce premier concert sans instruments! Aucun des témoins du iem|)s ne peut avoir oublié ces clfets si nouveaux, ces chants si doux et si purs (pii ont fait retentir le modeste logement de la rue Saint-Denis et l'humble rez-de-chaussée de l'île Saint-Louis : tel fut le premier berceau de ce qu'on admire aujourd'hui. »

Le 23 juin 1819, sous l'impression de ces premiers débuts, porté aussi par le souvenir de ce «ju'il avait vu en Allemagne, M. de Gérando* soumit à la Société pour l'instruction élémentaire la question de savoir s'il ne serait pas convenable d'ajouter aux écoles d'enseignement mutuel quelques exercices de chant et de musi(iue et, dans ce cas, quelle étendue, quelle méthode, quelle forme, quels instants on devrait donner à ces exercices. Une commission fut immédiatement nommée pour •examiner ces questions et, au mois d'août suivant, Jomard obtint de ses collègues qu'il serait fait un essai en grand de l'enseignement nouveau, sous la direction de Wilhem. Cet essai eut lieu d'abord à l'école de la rue Saint-Ambroise, puis, avec l'agrément du préfet, à l'école normale élémentaire de la rue Saint-Jean-dc-Bcauvais. En principe, la question posée par M. de Gérando était dès lors résolue : le chant pouvait être enseigné à l'école primaire. Mais de graves difficultés se présentèrent. 11 en vint du dehors. « Il ne manquait pas de gens alors pour prédire qu'avec le chant les écoles ne serviraient qu'à faire des pépinières de théâtre, comme la gymnastique des saltimbanques et pis encore; que l'on avait assez d'artistes, de chanteurs et de cantatrices. » 11 en vint aussi de l'enseignement môme. « Ce n'est pas du premier coup qu'une machine compliquée peut être mise en mouvement; et ici, que de ressorts, que de rouages ! Tout est dans la tête de l'inventeur ; comment fera-t-il arriver sa pensée partout à la fois? Comment faire comprendre à tous les moniteurs, et, par ceux-ci, à tous les exécutants, un thème musical donné, une idée unique, soumise au mode, au temps, à l'intonation? Et ces choristes, que sont-ils ? des enfants de huit à neuf ans, sans aucune étude musicale, et presque sans aucune culture. Isoler Vintonation de la durée fut la première idée lumineuse qui saisit M. Wilhem ; ensuite il inventa Vescalier vocal et une nouvelle main harmonique. Bientôt une autre conception non moins heureuse lui vint à l'esprit : diviser la méthode de chant en autant de degrés que les autres facultés de l'école était une condition ; il la remplit parfaitement, en prenant ces degrés dans les intervalles mêmes de l'échelle diatonique, nombre pour nombre. La tonalité et la connaissance des clefs musicales étaient d'autres points d'une haute difficultés pour nos écoles ; il imagina Vindicateur vocal, procédé ingénieux si bien en harmonie avec nos exercices, qui fait toucher au doigt l'explication des clefs, et qui apprend aux simples enfants à transposer sans peine, à distinguer tous les tons d'espèces différentes. » (Jomard).

Le succès de Wilhem fut complet. Choron *, à qui on avait eu la pensée de s'adresser d'abord, et qui n'avait pas cru que l'enseignement du chant lut compatible avec le système dos écoles mutuelles, déclara publiquement, avec une honnêteté dont on ne saurait trop lui tenir compte, quil s'était trompé. Francœur', dans un rapport du 29maj-s 1820, affirma hautement l'efficacité des résultats obtenus par le maître. Vers cette même époque, Wilhem avait été nommé maître de chant a 1 Ecole polytechnique. En 1820, M. de Chabrol l attacha, de son côté, à la préfecture de la Seine

en le nommant professeur titulaire et en proposant au ministère de l'intérieur l'organisation d'une école modèle de chant élémentaire qui devait être placée sous la direction dt VV ilhem, mai« qui, malheureusement, était encore à l'état do projet en 18i2. La Société pour l'instruction élémentaire reconnut aussi les efforts de Wilhem en lui décernant, en 1821, une médaille d'argent, suivie, peu d'années après, de la grande médaille d'or. En 1820, Wilhem fut chargé de diriger l'enseignement du chant dans les écoles élémentaires de Paris. En 1830, le chant était introduit dans dix écoles gratuites, et des dispositions étaient prises pour douze autres.

En octobre 1833, Wilhem complète et généralise son œuvre par la création de VOrphéon (V. ce mot), c'est-à-dire en constituant des réunions périodiques des enfants des différentes écoles pour le chant en commun. L'idée ne tarda pas à être appliquée aux cours du soir destinés aux apprentis et aux adultes ouvriers; des classes spéciales de chant furent ainsi créées non seulement dans les divers quartiers de Paris, mais dans les départements, et la France entière, on peut le dire, fut conquise à l'étude de la musique vocale.

Aussi voyons-nous depuis cette époque les mesures les plus larges et les plus décisives adoptées par l'administration en faveur de l'institution, et les distinctions les plus honorables successivement accordées à son auteur.

Le 1er novembre 1834, le ministre de l'instruction publique, sur le rapport d'Orfila, fait distribuer deux cents exemplaires des tableaux Wilhem dans les écoles primaires de France, aux frais de l'Université.

Le 6 mars 1835, le conseil municipal de Paris arrête que le chant sera enseigné dans trente écoles nouvelles, et Wilhem e?t nommé directeur inspecteur général du chant dans les écoles primaires de la ville de Paris. Le 30 avril de la même année, Wilhem reçoit la croix de la Légion d'honneur ; en même temps, le comité central des écoles primaires de Paris délibère un règlement pour la tenue de VOrp/iéon, et le ministre de l'instruction publique approuve ce règlement en Conseil royal.

, Le 18 juin 183G, l'autorité approuve de même l'ouverture des cours de chant gratuits en faveur des adultes dans trois des arrondissements de Paris, Une partie est confiée à M. J. Hubert, le plus ancien élève de Wilhem, l'autre, à un non moins fidèle disciple, M. Pauraux. Wilhem luimôme est nommé membre de la commission des examens du brevet de capacité.

Le 18 février 1839, il est nommé délégué général pour l'inspection de l'enseignement universitaire du chant, et, en 18iO, délégué pour l'inspection du chant à l'école normale de Versailles.

Enfin, dans les années 1841 et 1842, la méthode de chant, sous sa direction, est introduite dans les écoles de frères, ainsi que dans une bonne partie dos écoles de sœurs, conquête inespérée pour une innovation dérivant de l'enseignement mutuel.

Ce fut le temps de la grande renommée (Xo Wilhem. En 1841, à la suite de la séance do clù- . ture de VOrphéon^ Déranger lui écrivit sa lettre célèbre :

Mon vieil ami, ta gloire est grauda :

Grâce à tes niorveilloux olVuits, Des travailleurs la voix s'amoude Et se i)lie aux savants accords.

Il sanctifiera Tatelicr

La nuisiiiue, source féconde, Iij'audaut ses Ilots jusqu'en bas.

WILHEM

WILLM

Nous verrons irres de son onde

Artisans, laboureurs, soldats.

Ce concert, puisses-tu l'étendre

A tout un monde divisé !

Les cœurs sont bien près de s'entendra

Quand les voix ont fraternisé;

Mais le maître ne devait pas jouir longtemps de sa gloire; atteint au printemps de 1842 d'une fluxion de poitrine, il succomba en quelques jours, à peine âgé de soixante ans. Béranger lui disait à la dernière strophe de sa lettre :

Sur ta tombe, tu peux m'en croire.

Ceux dont tu charmes les douleurs Offriront un jour à ta gloire Des chants, des lafmeset des fleurs.

îl avait, à trop peu de distance, prophétisé vrai : rien ne fut plus touchant que les obsèques de cet homme de bien.

Wilhem a publié de nombreux ouvrages pour l'enseignement du chant dans les écoles : Méthode élémentaire et analytique de musique et de chant, conforme aux principes et aux procédés de l'enseignement mutuel, adoptée par la Société pour l'instruction élémentaire (160 tableaux in-fol.); diverses séries de Tableaux de lecture 7niisicale et de chant élémentaire ; Guide de la méthode élémentaire et analytique de musique et de chant (in-80, 1821); Guide complet, ou Instructions pour l'emploi simultané des tableaux de lecture musicale et de chant élémentaire (in-8°, 1839, 4^ édition) ; Manuel musical à l'usage des collèges, des institutions, des écoles et des cours de chant (1839 et 1840); Orphéon, répertoire de musique vocale en choeur sans accompagnement d'instruments (5 vol. in-S», 1840); il a aussi publié, à la demande de l'Église réformée de Paris, Douze leçons hebdomadaires à l'usage des jeunes élèves qui suivent le cours de chant sacré institué par le Consistoire, et un Choix de psaumes et de mélodies à l'usage des églises protestantes.

Les ouvrages de Wilhem, qui ont été longtemps classiques, sont aujourd'hui un peu oubliés dans les écoles. L'œuvre de Wilhem a subsisté, moins complète assurément et moins rationnelle qu'il ne l'avait rêvée ; les travaux personnels du maître, qui se sentaient trop peut-être de leur origine première, ont peu à peu disparu avec l'école mutuelle elle-même, et ont été remplacés par d'autres méthodes. D'autre part, le système de la notation chiffrée s'est élevé contre l'ancienne notation, dont Wilhem ne s'était jamais départi, et que maintiennent encore les directions officielles ; ce ne serait pas ici le lieu d'étaler les pièces de ce procès, encore moins de prendre parti pour l'un ou l'autre système (V. les articles Paris, Galin, et Chevé). Enfin les sociétés populaires instrumentales ont fait, sur bien des points, une concurrence tant soit peu bruyante, que certains esprits ont pu regretter, à l'influence plus paisible, plus discrète, plus véritablement éducative, dans le sens élevé du mot, des créations chorales de Wilhem et de la Société pour l'instruction élémentaire. Pour toutes ces raisons et pour beaucoup d'autres encore, le vœu patriotique et humanitaire de la lettre de Béranger ne paraît pas encore près de se réaliser, et Wilhem a quelque peu perdu de sa gloire. Il n'en a pas moins été, comme le dit très justement M. Dupaigne (article Chant), « la personnificatio.i d'un effort puissant », dont il avait lui-même pris en très grande partie l'initiative, et il mérite qu'on lui rende justice.

A consulter : Bulletin de la Société pour l'instruction élémentaire, année 1842, passim, notamment le rapport de Jomard lu à rasseml)lée {générale de la Société ; article Wilfiem, dans le Dictionnaire Larousse.

Charles Defodon.]

WILLM. — Joseph Willm est né le 10 octobre 1792 à Heiligenstein (Bas-Rhin) et mort à Strasbourg le 7 février 1853. Fils d'un modeste vigneron, il fréquenta l'école primaire de son village; à l'âge de quatorze ans, il seconde déjà son instituteur comme aide, et quelque temps après il est nommé instituteur adjoint à Westhofen. Mais il ambitionnait de devenir pasteur; il obtint non sans peine l'autorisation de ses parents de se rendre à Strasbourg pour suivre d'abord les classes du gymnase ' et arriver au baccalauréat, puis faire ses études théologiques à l'Académie protestante de cette ville. A force de travail comme instituteur ou maître d'étude, à force de privations et d'énergie, il atteignit son but, et fut successivement pasteur-vicaire dans son village natal, professeur dans un pensionnat de Lyon, et précepteur dans une famille à Paris, où il eut l'occasion de continuer et de compléter ses études philosophiques et littéraires et où il collabora au Musée des protestants célèbres publié par Doin.

En 1821, il revint à Strasbourg comme professeur de rhétorique au gymnase; en 1826, il fut appelé à la chaire de philosophie du séminaire protestant; en 1833 il occupa la même chaire à la Faculté de théologie, et en 1836 le ministre le nomma inspecteur de l'académie de Strasbourg,

Avant de parler de ces dernières fonctions de Willm, nous devons mentionner ceux de ses travaux qui ne sont pas absolument du domaine de l'instruction primaire. Il fut le directeur et l'un des collaborateurs les plus assidus de la Revue germanique, destinée à faire connaître à la France les productions les plus importantes de la littérature allemande. En 1835 il publia la traduction des Jugements de M. de Schelling sur M. Cousin, et la fit précéder d'un Essai sur la nationalité des philosophes (Berger-Levrault). En 1836 il publia un Essai sur la philosophie de Hegel. I! consacra huit années de travail, de 1836 à 1844, à un mémoire qui fut couronné par l'Académie des sciences morales et politiques sur la question suivante : « Faire connaître par des analyses étendues les principaux systèmes philosophiques qui ont paru en Allemagne depuis Kant inclusivement. » De 1844 à 1850 il collabora au Dictionnaire des sciences philosophiques (Hachette). Enfin il commença en 1851 la publication d'un ouvrage qui Ini tenait à cœur : V È ncyclopédie des sciences philosophiques. Un seul volume parut. La mort interrompit l'auteur.

Willm remplit les fonctions d'inspecteur d'académie à Strasbourg de 1836 à 1853, et contribua puissamment à donner à l'enseignement public à tous les degrés en Alsace une impulsion qu'il n'avait pas connue jusqu'alors. Il nous semble que c'est dans les humbles commencements de Willm et dans son rude noviciat qu'il faut chercher l'origine de sa grande sollicitude pour les écoles primaires et de sa vive sympathie pour le sort des instituteurs.

On sait que jusqu'en 1833 et même plus tard la langue usuelle des écoles primaires d'Alsace était encore l'allemand. Willm voulut qu'on donnât au français la place prépondérante, la place qui revient à la langue nationale, et pour engager les instituteurs dans cette voie et les diriger, il publia successivement : les Premières lectures françaises pour les écoles primaires (Berger-Levrault) qui en sont aujourd'hui à leur 63* édition ; les Secondes lectui'es françaises, à l'usage des écoles primaires supérieures, 22^ édition, qui sont comme une introduction à l'étude de la littérature française ; un Choix de poésies^ faisant suite aux Secondes lectures, 18® éd.; des Lectures allemandes pour les écoles primaires, 5° éd.; des Morceaux choisis de littérature aile-

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mande, 5« éd.; et un Nouveau dictionnaire de poche français-allemand et allemand-français.

Son ouvrage principal en matioro d'enseignement primaire est VEssai sur l'éducation du peuple ou sur les moyens d'améliorer les écoles primaires et le sort des instituteurs (Berger-Lcvrault, 18«).

Ce livre fut couronné par l'Académie française; doux cflitious successives en furent publiées et il fut traduit en anglais. Il méritait cet accueil.

Dans un langage clair et mesuré, animé du souffle de la plus vive sympathie pour les classes inférieures, Willm trace un système complet d'éducation.

« Dans toute condition, dit-il, et quelle que soit la destination particulière des individus sur lesquels elle opère, l'éducation a pour but, tout en les rendant propres à l'état auquel ils se destinent, et en tenant compte de leur individualité, de les développer de plus en plus comme hommes et comme citoyens, comme membres à la fois de la société civile et de cette cité divine qui s'étend sur tous les peuples, qui embrasse tous les temps et va au delà du temps. »

C'est là, selon Willm, le souverain principe de l'éducation.

L'éducation et l'instruction devront donc marcher de front et se prêter un mutuel appui. Et (juant à l'instruction plus spécialement, « il est un certain degré de développement au-dessous duquel il n'est pas permis à l'éducation populaire de s'arrêter, et d'après lequel doit être déterminé le degré d'instruction générale qu'il faut accorder à tous ».

Chez Willm, rien d'absolu, rien d'exclusif; il ne veut pas d'instruction sans éducation religieuse et morale, mais aussi pas d'éducation étroite, réduite à l'application d'une discipline pédantesque ou à l'apprentissage d'un formulaire quelconque. Le développement harmonique de toutes les facultés de l'homme tout entier, de l'homme physique et moral, voilà le vrai but de l'éducation. Comme l'homme aspire à la fois au vrai, au beau, au bien et à l'infini, l'éducation doit être à la fois intellectuelle^ esthétique, morale et religieuse. « Et puisque l'homme n'est rien que par la société, et qu'il est naturellement social, l'éducation sera en même temps sociale et nationale. Cette éducation suppose l'éducation physique, le corps étant l'organe de l'âme, et l'éducation logique, qui a pour objet de former le jugement, condition et instrument de tout développement moral et intellectuel. Elle comprend de plus l'mstruction et la discipline. %/V chacune de ces parties de l'éducation correspondra un genre d'instruction et d'exercices analogues. Ces divers genres d'instruction supposent cet enseignement tout élémentaire qui forme le programme des écoles primaires, et sont ensuite complétés par cette autre instruction toute spéciale (jui est nécessaire à chacun dans l'intérêt de sa vocation et de sa destination particulière. Ainsi l'éducation et l'instruction doivent être d'abord purement humaiyies, puis nationales, enfin spéciales et professionnelles. »

Voilà pour la première partie, théorique, du livre.

Mais le succès de l'éducation telle que Willm la comprend dépendra surtout de la bonne organisation des écoles, de l'habileté et du zèie de ceux qui les dirigent. Il traite donc, dans la deuxième partie, des écoles primaires et des moyens de les rendre meilleures; dans la troisième partie, des vioyens de perfectionner les instituteurs, et d'améliorer leur sort.

D'après Willm. un système complet d'instruction primaire doit comprendre nécessairement :

Des écoles du premier âge, « improprement appe-

lées salles d'asile », où l'on commence la première éducation des enfants de deux à six ans ;

Des écoles primaires élémentaires, pour les enfants de six à quatorze ans, séparé» s, partout oi' cola est possible, en écoles de garçons et écoles dt filins, séparation qu'il réclame « moins dans l'in térêt des mœurs que dans celui de l'instructioi et surtout de l'éducation » ;

Des écoles primaires supérieures, u qui doivent être réellement le couronnement de l'éducation primaire, et nullement un intermédiaire entre elle et l'instruction secondaire, et se trouver dan.H chaque chef-lieu d'arrondissement et de canton » ; ce chef-lieu fournissant le local et le matériel, et toutes les communes du ressort contribuant, selon leur population et leurs ressources, au traitement des maîtres ;

Des écoles d'adultes (classes du soir et du dimanche), dans lesquelles les jeunes gens de plus de quatorze ans devront « être entretenus dans les connaissances et dans les bonnes habitudes qu'ils ont puisées à l'école primaire », et recevoir un supplément d'instruction pratique.

Vvillm réclame surtout la classe du dimanche, afin que les jeunes gens n'emploient pas ce jour de repos au travail manuel à la place du lundi, ou à des plaisirs souvent plus fatigants et plus dégradants que le travail le plus vulgaire et le plus pénible. « D'ailleurs, ajoute-t-il avec beaucoup de raison, c'est moins le repos ou la cessation de tout travail qu'il faut à l'homme qu'un changement d'occupation : c'est l'uniformité, autant qu'un effort continuel, qui le fatigue, tandis que la variété le réjouit et le repose ».

W illm demande une école dans toute commune qui renferme un nombre suffisant d'enfants d'âge scolaire, 30 à 40 ; mais il ne veut pas que l'on crée des écoles partout. « Que de fois, dit-il, en visitant les chétives écoles de deux ou trois petits villages, situés à peu de distance les uns des autres, nous avons été frappé du vaniteux aveuglement avec lequel ils s'obstinent à entretenir plusieurs écoles mal logées et mal tenues, tandis qu'en se réunissant ils pourraient à moins de frais avoir une bonne école placée dans un local convenable, et dirigée par un maître habile. »

Il passe ensuite en revue ce que doit êire l'organisation des écoles dans les communes de moins de 500 habitants, de 500 à 1000, de 1000 à GOOO, de plus de GOOO âmes. Il repousse avec une grande vigueur les écoles publifjues gratuites ou écoles de pauvres à côté d'écoles publiques payantes. « La pauvreté est un accident, et ne constitue pas un état. » Il veut que tous les enfants de la même commune, quelle que soit la condition des parents, reçoivent l'instruction pritnaire sur les mêmes bancs.

Un chapitre est consacré à la construction et au mobilier des écoles.

Il examine ensuite comment l'instituteur doit faire l'éducation de ses élèves à l'école primaire : éducation physique par la propreté de la salle de classe et des élèves, par l'enseignement de V hygiène populaire; éducation logique, par l'observation, par l'attention, par la description des objets, par la reproduction d'un souvenir ou d'un récit, par les exercices intellectuels, par la réflexion et le raisonnement; éducation religieuse et morale. Willm ne veut pas qu'on fasse dépendre la morale entièrement do ceriainos croyances qui en seraient la condition nécessaire. « L'obligation morale s'impose à la conscience d'une manière absolue, et le but que doit se proposer l'éducation à cet égard, c'est d'habituer los hommes à faire leur devoir uniquement pour obéir à la voix de la conscience. » Le sentiment esthétique se cultive par les beautés do la nature, par les promenades avec les élèves, par le chant, par les

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poésies ; le sentiment patriotique, par la connaissance de notre pays et de nos institutions, « et par les traits de dévouement et les nobles actions dont l'histoire de France abonde ».

Le chapitre relatif à l'enseignement est l'application du précèdent. Pour la lecture il recommande la méthode dite phonique {Lautir méthode) de Stephani, préconisée en France, dès 1741, par Py-Poulain de Launay. Pour le calcul, il insiste surtout sur l'importance du calcul mental. Pour le dessin, il se borne au linéaire, mais en demande l'introduction obligatoire dans toutes les écoles. Nul ne devrait être nommé instituteur s'il ne possède l'aptitude à l'enseignement du chant; mais ce qu'il faudrait plus encore, ce sont des chants populaires français, conçus dans un langage simple et pur, facile et poétique à la fois. Et Willm fait appel aux plus grands poètes et aux meilleurs compositeurs, pour obtenir ce recueil de chants scolaires. Les sciences naturelles doivent également avoir leur place dans le programme, non pour faire des botanistes et des zoologistes, mais pour familiariser les élèves avec les beautés et les phénomènes de la nature et combattre la superstition. Il demande à l'instituteur d enseigner les droits et les devoirs du citoyen, et la Science du bo7ihomme Richard, de Franklin — « un catéchisme du citoyen, de l'homme social et po litique, n'est-il pas devenu aussi nécessaire que le catéchisme religieux et moral? » — et de familiaris er les élèves avec ['économie rurale, la greffe des arbres et V horticulture.

La dernière partie est consacrée à Vinstituteur. Tout d'abord Willm demande qu'on astreigne tous les aspirants-instituteurs à passer par les écoles normales, car « les épreuves du brevet sont loin d'offrir des garanties suffisantes ». Il veut un deuxième exam,en, après un stage de trois années au moins, afin que l'autorité puisse s'assurer de la vocation des candidats avant de leur conférer un titre définitif. Il réclame plusieurs commissions d'examen dans chaque département, afin que chaque jury n'ait pas un si grand nombre de candidats à interroger et puisse donner plus de temps à chacun d'eux.

Vingt-cinq pages, et des meilleures, sont consacrées aux écoles normales, qui étaient bien moins répandues alors qu'aujourd'hui, et à l'examen des livres de Cousin, d'Eiscnlohr, de Barrau et de Dûment sur ces établissements. Willm veut une large place dans les programmes pour la « pédagogique » ou l'art de l'éducation, et la « didactique » c'est-à-dire l'art d'enseigner, mais il insiste pour que partout la pratique se joigne à la théorie, l'exemple au précepte. Et il réclame, avec Dumont, un vaste établissement, placé sous les yeux du ministre et du Conseil royal, par lequel passeraient tous les hommes qui auront à s'occuper de l'enseignement, de l'administration, de la direction des instituteurs, de l'inspection des écoles. Ce vœu de Willm a été réalisé il y a quelques années par la création de nos deux écoles normales de Saint- Cloud et de Fontenay, qui fourniront bientôt à l'instruction primaire tous ses professeurs et directeurs d'écolo normale, et ses inspecteurs de tous les degrés. ■

Un autre vœu de Willm, celui de voir dans chaqtie ville universitaire une chaire de pédagogie, a été également réalisé par le gouvernement républicain à Paris et dans plusieurs villes de province.

L'école normale commence l'éducatijn pédagogique de l'instituteur, des conférences bien organisées la continuent. A côté de chaque conférence Willm demande une bibliothèque, qui se composera de plusieurs espèces d'ouvrages : en première ligne ceux qui traitent de l'art de l'éducation et de l'enseignement, puis les manuels composés pour les instituteurs, enfin les ouvrages instructifs et

curieux qui ajoutent à nos connaissances, nous offrent un utile délassement ainsi que les moyens de mettre une heureuse variété dans nos leçons, d'exciter l'attention des élèves et de soutenir l'intérêt de notre enseignement; ce sont les livres de voyages, d'histoire, les poètes, les écrits populaires.

Nous ne parlons pas du dernier chapitre où Willm plaide si chaleureusement la cause de l'amélioration du sort des instituteurs, ni des si curieuses notes et pièces justificatives par lesquelles il termine son livre. Une grande partie des innovations si heureusement réalisées dans notre enseignement primaire de France, pendant les dix dernières années, se trouvent déjà en germe et sous forme de vœux dans l'excellent Essai sur V éducation du peuple.

On le lira aujourd'hui encore avec profit, et après l'avoir lu on restera convaincu avec Willm que c'est « de la bonne direction de l'éducation populaire que dépendent en définitive l'indépendance et la liberté, la prospérité et la grandeur des nations ». [G. Jost.]

WOLKE. — Christian-Henri Wolke a été le plus marquant parmi les représentants de l'école dite philanthropiniste, fondée par Basedow^ *. Nous ne rappellerons pas ici les principes pédagogiques professés par cette école célèbre, qui fit en Allemagne une véritable révolution dans l'éducation (V. Philanthropinisme) ; nous nous bornerons a retracer la biographie de Wolke d'après l'article consacré à cet éducateur par M. Schorn dans l'Encyclopédie pédagogique allemande de Schmid.

Wolke naquit en 1741 à Jever, dans le grandduché d'Oldenburg. Ses parents étaient des paysans aisés. Ils firent suivre à leur fils les classes du gymnase de sa ville natale, puis l'envoyèrent à Gœttingue étudier le droit. Il renonça bientôt à cette étude, qui ne convenait pas à ses goûts, et se consacra aux mathématiques, aux sciences physiques et au dessin. A l'âge de vingt-cinq ans, il fut chargé d'enseigner les mathématiques à l'école du couvent de Gerode dans le Harz. Il n'y resta que trois mois, et se rendit de là à Leipzig pour y continuer ses études tout en donnant des leçons. En 1769 il retourna à .lever, devint précepteur dans une famille du voisinage, et, après avoir achevé l'éducation de son élève, forma le projet de se rendre à Londres. Étant allé d'abord à Hambourg pour y cherchei* des recommandations, il rencontra Basedowr, et cette rencontre décida de son avenir : Basedov^r l'engagea à rester auprès de lui pour collaborer à la rédaction du grand ouvrage auquel il travaillait, 4'£/emewfa?'u?erA\ Wolke accepta, et devint en même temps l'instituteur de la fille de Basedov^r, la jeune Emilie, alors âgée de trois ans. Ce fut lui qui enseigna le français et le latin à ce petit prodige, et qui la prépara à servir de vivante réclame à la nouvelle méthode d'enseignement dont Basedow annonçait la découverte. Après la fondation du PhilanthropinumàDessauen 1774, il fit partie du personnel enseignant de cet établissement, avec Simon * et Schweighâuser *, et contribua tout particulièrement aux brillants résultats constatés dans le fameux examen public de mai 1776; il prit aussi une part considérable à la rédaction du Philanthropisches Archiv, et plus tard à celle des Pâdagogische Unterhidtungen. Les dissensions qui éclatèrent peu après amenèrent la retraite de Simon et de Schweighâuser. Basedow lui-même abandonna la direction de l'établissement, et fut remplacé par Campe *; Wolke seul demeura fidèlement à son poste. Campe ne resta qu'un an à Dessau. Après son départ, Basedow reprit la direction du Philanthropinum, avec Wolke comme vice-curafeur. En 1778, Basedow se relira définitivement; Wolke alors lui succéda, et resta à la tète de rétablissement jusqu'en 1784, ayant à ses

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côtés comme collaborateurs Salzmann ', Olivier* : Matthison et Spazier. Sa femme l'aida dans sa tâche avec beaucoup de dévouement et d'intellif;ence ; et rétablissement atteignit un haut degré de prospérité grâce au zèle du directeur, à son enthousiasme que ne refroidissait aucun obstacle, à son abnégation et à ses remarquables qualités d'éducateur. Kant écrivait à un ami à ce sujet : « L'Institut commencé par Bascdow, et qui est placé aujourd'hui sous la direction de Wolke, a pris une forme nouvelle sous la main do cet homme infatigable et véritablement fait pour réformer réducation. Le monde sent vivement de nos jours la nécessité d'une éducation meilleure ; mais plusieurs tentatives faites dans cette intention n'ont pas réussi. L'établissement de M. do Salis (V. P/a/z^a) et celui deBahrdt* ont cessé d'exister. 11 ne reste plus que l'Institut de Dessau; et s'il s'est maintenu, c'est uniquement parce qu'il a à sa tête un homme qu'aucune difficulté ne décourage, modeste et incroyablement actif, qui possède en outre cette qualité rare de rester fidèle à son plan sans entêtement étroit. Sous sa surveillance cet établissement doit devenir avec le temps le modèle et l'origine de toutes les bonnes écoles dans le monde, pourvu qu'on lui accorde au début l'appui et l'encouragement qu'il mérite. »

En 178i, VVolke, dont la santé avait reçu de graves atteintes, dut abandonner la direction du Philanthropinum. Il entreprit un voyage en compagnie d'un de ses élèves, le jeune comte Ernest de Manteuftcl, visita le Danemark et la Suède, puis se rendit à Saint-Pétersbourg. 11 reçut de l'impératrice Catherine un accueil bienveillant. Douze élèves de l'école des cadets furent confiés à ses soins, à titre d'expérience; Wolke dut leur enseigner l'allemand; et au bout d'un mois, une commission vint constater les progrès réalisés. Les résultats de l'examen parurent si étonnants, qu'un membre de la commission, le professeur Kraft, qui d'abord s'était montré l'adversaire de Wolke, déclara qu'un sorcier seul pouvait opérer de semblables prodiges. Aussi l'institut que Wolke ouvrit ensuite à Saint-Pétersbourg reçut-il immédiatement de nombreux élèves appartenant aux meilleures familles. Un livre de lecture qu'il publia par souscription {Buch zum Lesen und Denken) obtint une vogue sans précédent.

Après avoir séjourné dix-sept ans en Piussie, Wolke se vit contraint par l'état de sa santé à chercher un climat plus doux. Il revint en Allemagne €n 1801. La petite fortune qu'il avait amassée, et qu'il avait confiée à des négociants gênés dans leurs affaires, se trouva subitement perdue par la faillite de ceux qu'il avait obligés. Il ne lui resta, à l'âge de soixante ans, d'autres ressources qu'une petite pension que lui avait accordée le prince d'Anlialt en récompense des services rendus au Philanthropinum de Dessau, et deux autres pensions du tsar Alexandre et de la princesse d'Anhalt-Zerbst. Mais il n'était pas rentré dans sa patrie pour s'y livrer au repos. Durant les vingt dernières années de sa vie, il ne cessa de s'occuper des travaux relatifs à l'éducation. Parmi les nombreux écrits dus à sa plume, nous citerons la Mcthode naturelle d'instruction [Naturgemasse Erziehungs-Ï.eliré) , ÏInstruction pour les mères et les i^ikituteurs, [Anweisung fur Mûtter und Kinderlehrer), et la Bihiiotkèque des enfants, comprenant sept volumes, savoir: un abécédaire, quatre livres de lecture gradués avec des images, un livre de calcul, et des directions pour les mères, les éducateurs et ceux qui veulent écrire pour l'enfance [Anldtung fiir Mûtter, Erzicher und kiinftige Kinder schriftsteller). Il s'est aussi occupé de l'instruction des sourds-muets et a consigné ses vues à ce sujet dans un traité intitulé De la manière dont la langue et les idées doivent itre enseiynées

aux enfants et aux sourds-muets {Wie Kinder und Taubstumme zu Sprach/cenntnissen und Beqriffen zu briw/en sind). Pendant son scjou" en Ilussie, il avait conçu le plan, qu'il publia, d une langue universelle, sans mots, consistant uniquement en signes écrits, qu'il nomma pasiphrasie, et d'une méthode de correspondre à distance, qu'il appelait téle'phrasie.

Après avoir quitté la Piussie, il s'était d'abord établi à Dresde. C'est là qu'il perdit sa femme, en 1813. Il se fixa ensuite à Berlin, où il mourut le 18 janvier 1825, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans.

Wolke a laissé deux autobiographies : la première se trouve dans l'ouvrage de Basedow inti'.ulé Das in Dessau errichtete Phila7ithropin, 1774; la seconde, qui embrasse la vie entière de l'auteur, a été publiée en 1825 dans VAllgemeine Schulzeitung, no 111.

\VUKTEMBERG.— L Historique. — Il n'existait dans le duché de Wurtemberg, avant la Fiéforme, que des écoles latines. La création des écoles allemandes date de l'ordonnamce scolaire publiée par le duc Christophe en 1559. Elle porte que « dans tous les bourgs où se trouvent des sacristies devront être installées des écoles allemandes, rattachées à la sacristie; les conseils de paroisse désigneront, pour prendre soin de l'école et de la sacristie, des personnes sachant bien lire et écrire, et pouvant enseigner à la jeunesse le catéchisme et le chant d'église. » Ce document, qui est l'un des plus remarquables monuments pédagogiques de l'Allemagne du xvi^ siècle, est intéressant à consulter comme témoignage des idées du temps; mais il ne paraît pas avoir été suivi de résultats pratiques considérables. En tout cas, un demi-siècle plus tard, la guerre de Trente ans vint détruire ce qui avait pu être réalisé en fait de progrès scolaires. Ce fut seulement après le rétablissement de la paix qu'on put songer de nouveau à l'instruction de la jeunesse. IJne décision du synode général établit en IGi'J la fréquentation obligatoire , mais elle ne put être exécutée que très imparfaitement, faute d'écoles. Pour suppléer aux écoles qui manquaient, le synode institua l'école du dimanche : c'était un catéchisme fait par le pasteur une heure avant le sermon, et dans lequel, à côté des exercices religieux, une place était faite à l'enseignement de la lecture et de l'écriture. Cette école du dimanche fut transformée au xYiii^ siècle, lorsque les écoles primaires furent devenues plus nombreuses, en une école complémentaire à l'usage des élèves qui avaient cessé de fréquenter l'école quotidienne (ordonnance synodale de 1739). Une impulsion nouvelle fut donnée à l'enseignement populaire sous le duc Eberhard-Louis par l'ordonnance de 1729, rédigée sous l'inspiration du pictisme, qui commençait à dominer dans l'Allemagne protestante. Néanmoins, à la fin du xviiio siècle, l'état do l'instruction laissait beaucoup à désirer. « Le synode évangélique dressait en 1798 une longue liste do localités où il n'existait aucune salle de classe, et, parmi les maisons d'école existantes, en signalait plus de cent qui étaient à peu près inhabitables. Quant à la préparation des instituteurs, elle se faisait de la manière la plus primitive. Avec l'autorisation du doyen, le î^-iaitre d'école prenait des apprentis qui l'aidaient à tenir la classo tout en le regardant faire; après avoir passé deux ans auprès do lui, ils étaient examinés par le doyen, et pouvaient alors être nommés comme maîtres auxiliaires, Provisoren. » (D"" Stirm, article W'urttemberg dans l'Encyclopédie pédagogique allemande de Schmid.)

Cependant, sous l'influence du mouvement d'idées qui se proilnisit au xmiio siècle, et dont les philanthropinisLcs * furent les représentants principaux, on commençait à songer à une réforme

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WURTEMBERG

des écoles. Même en Wurtemberg, où l'école n'avait été jusqu'alors qu'une sorte de vestibule de l'église {Vorkirché), une église à l'usage des enfants, on s'avisa qu'il serait plus utile d'en faire un établissement préparant à la vie sociale. Les événements des premières années du xix* siècle contribuèrent aussi à modifier le point de vue traditionnel ; l'accroissement de territoire que reçut le Wurtemberg, jusqu'alors Etat exclusivement protestant, grossit sa population d'un demi-million de catholiques ; et, après l'érection du duché en royaume (1806), le roi Frédéric jugea nécessaire de réorganiser le système scolaire : il publia à cet effet deux ordonnances, l'une concernant les écoles catholiques (10 septembre 1808), l'autre concernant les écoles protestantes (26-31 décembre 1810). Dans les écoles protestantes, la fréquentation quotidienne de l'école fut rendue obligatoire même pendant l'été, tandis que dans les écoles catholiques l'obligation ne s'étendait qu'à trois jours par semaine (ce n'est qu'en 1831 que l'école devint quotidienne toute l'année pour les catholiques comme pour les protestants). L'ordonnance protestante fixa le minimum du traitement des instituteurs à 150 florins ; l'ordonnance catholique ne prescrivit rien à cet égard. A la même époque (1811) fut créée la première école normale wurterabergeoise, celle d'Esslingen, pour les instituteurs protestants; treize ans plus tard, en 1824, s'ouvrit la première école normale catholique, celle de Gmûnd ; et en 1843 fut ouverte une seconde école normale protestante, à Ntirtingen. Il faut noter toutefois que, malgré ces progrès, l'école primaire en Wurtemberg conservait, plus que dans la plupart des Etats de l'Allemagne, un caractère ecclésiastique, qu'elle a d'ailleurs gardé jusqu'à nos jours ; et pendant que les doctrines de la pédagogie moderne étaient reçues avec faveur dans les pays voisins, le gouvernement wurtembergeois interdisait l'introduction de la méthode de Pestalozzi dans les écoles publiques (ordre royal du 1er février 1812).

La Chambre des députés exprima à plusieurs reprises, sous le règne du roi Guillaume I^r, le vœu que les ordonnances scolaires fussent revisées et remplacées par une loi. La loi organique de l'instruction primaire fut enfin promulguée le 29 septembre 1836. Elle consacra dans ses traits généraux le système déjà existant, laissa la surveillance et la direction de l'enseignement aux autorités ecclésiastiques, et augmenta les traitements des instituteurs (minimum 200 florins, maximum 350 florins). La loi de 1836 est encore aujourd'hui en vigueur, avec quelques modifications qu'y ont apportées les lois complémentaires des 6 novembre 1858 et 25 mai 1865. Un plan d'études [Normallehrplan) a été élaboré et publié le 21 mai 1870, sous le ministère de M. de Golther. Deux règlements, du 29 mars 1868 et du 28 décembre 1870, ont édicté des prescriptions relatives au mobilier scolaire et à l'hygiène des maisons d'école. Enfin les lois du 18 avril 18*2 et du 22 janvier 1874 ont amélioré l'échelle des traitements des instituteurs, qui a été remaniée encore une fois en 1877. . IL Régime actuel de l'instruction primaire- — Écoles primaires. — L'école primaire est un établissement communal, placé toutefois sous la surveillance de l'Etat. Toute commune doit entretenir une ou plusieurs écoles primaires : c'est elle qui prend à sa charge toutes les dép jnses, y compris le traitement de l'instituteur; mais l'Etat accorde des subsides pour les dépenses relatives à l'entretien du personnel enseignant.

Les écoles sont confessionnelles : on les distingue en écoles protestantes, catholiques et Israélites. Lorsqu'une minorité confessionnelle, dans \me commune, compte soixante familles, elle a le droit d'exiger qu'une école de sa confession soit

établie. Lorsque la minorité confessionnelle n'est pas assez nombreuse ponr avoir droit à une école spéciale, les enfants appartenant à cette minorité sont envoyés à l'école de leur confession qui se trouve dans la commune la plus rapprochée, à moins que les parents ne préfèrent leur faire fréquenter, dans la commune môme, l'école appartenant à la confession de la majorité.

L'instruction primaire est obligatoire. Tous les enfants sont tenus de fréquenter une école de l'âge de sept ans à celui de quatorze. S'ils ne sont pas élèves d'un établissement d'enseignement supérieur, ils doivent, après la sortie de l'école primaire, fréquenter encore, jusqu'à l'âge de dix-huit ans, une école de perfectionnement {Fortbildungsschule), qui est généralement l'école du dimanche {Sonntagsscfiule). Les enfants qui fréquentent une école privée et qui reçoivent l'instruction dans leur famille sont tenus de participer chaque année aux examens publics qui ont lieu dans les écoles communales ; à l'âge de quatorze ans, un dernier examen décide s'ils doivent être retenus à l'école. Les parents ou tuteurs sont responsables de la non-fréquentation de l'école par leurs enfants, et punis de l'amende ou de la prison en cas de désobéissance répétée (V. Obligation, p. 2140).

Le plan d'études de 1870 porte que, dans l'école à une seule classe, qui est le type d'école le plus répandu, les élèves doivent être répartis en quatre divisions d'après leur âge, chaque division comprenant deux années ; les heures de leçon, qui forment un total de trente par semaine, sont combinées de façon à ce que deux divisions à la fois reçoivent un enseignement direct, pendant que les deux autres sont occupées à un travail qui n'exige pas l'intervention du maître. Le nombre d'heures attribué aux différentes matières d'enseignement par ce plan d'études est le suivant :

Enseifrnement direct.

Religion 8 1/2

Langue et branches réaies.. 14

Calcul et géométrie 6

Chant 1 1/2

Exercices.

Le nombre d'heures de leçons attribué à chacune des quatre divisions est le suivant (la première division est la division inférieure) :

Enseiirnement

direct Exercices.

3« et 4« divisions 16 1/2 7 1/2

Comme on le voit, l'instituteur est occupé pendant trente heures ; mais aucune division ne reste sur les bancs de l'école pendant la totalité de ce temps : les divisions supérieures n'ont que vingtquatre heures de classe; la division inférieure n'en a que dix-huit.

Le taux de la rétribution scolaire est fixé par les communes : le maximum, déterminé par la loi, varie de 1 florin 12 kreutzers à 2 florins par an, suivant la population de la localité. Les enfants indigents peuvent être dispensés de la rétribution par l'autorité scolaire locale.

L'enseignement religieux occupe la premièro place à l'école ; il est donné par l'instituteur. Les enfants d'autres confessions, s'il y en a, n'assistent pas à la leçon ou s'occupeut d'un travail particulier. Outre la leçon quotidienne de l'insti-tuteur, deux heures par semaine sont consacrées à l'enseignement de la religion par un ecclésiastique.

Le reste de l'enseignement se dcnn3 au moyen de quatre livres où sont contenues toutes les ma--

WURTEMBERG

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ticres qui entrent dans le programme de l'école primaire; le plan d'études détermine exactement quelle est la portion de ces livres qui doit être apprise chaciue année. Le premier livre est l'abécédaire (Fibel), qui comprend cinq parties : 1° enseignement réuni de la lecture et de l'écriture, chiHrcs ; 2" mots d'une et do deux syllabes, table de multiplication (ces deux premières parties doivent être terminées à la fin de la première année) ; 3«» mots de plusieurs syllabes, chiffres romains ; 40 lettres latines; 6° enseignement par les yeux et première étude de la langue (les trois dernières parties sont étudiées pendant la deuxième année). Vient ensuite le premier livre de lecture {erstes Lesebuch), contenant des lectures relatives aux plantes, aux animaux, à la nature, des fables, des poésies d'un genre simple, des anecdotes morales, etc. ; ce livre est mis entre les mains de l'enfant pendant la seconde année ; il s'en sert en même temps que de l'abécédaire et le garde deux aus. Arrivé à la quatrième année, il reçoit le second livre de lecture [zweites Lesebuch), qui l'accompagnera jusqu'à sa sortie de l'école : ce sont les notions d'histoire, de géographie, d'histoire naturelle et de physique que renferme ce recueil qui forment la base de tout l'enseignement. Le quatrième livre de l'écolier est le livre de mémorisation {Memorirbuch)y dont il se sert dans toutes les divisions : ce livre contient, dans les écoles protestantes, des prières, des chorals, des versets de la Bible, et le catéchisme.

Ecoles complémentaires. — Comme nous l'avons déjà dit, l'enseignement donné par l'école primaire est complété par celui que donnent des écoles de différents genres, destinées aux élèves âgés de plus de quatorze ans. La principale de ces écoles complémentaires est l'école du dimanche (Sonniagsschî'.le), dont la fréquentation avait été imposée dès 1730 à toutes les persoiiDCS uon mariées; la loi de 183G a fixé à l'âge de dix-huit ausla /imite de la fréquentation obligatoire de cette école. Dans un certain nombre de localités, on a fondé depuis une trentaine d'années des éccolesdu soir, ouvertes pendant l'hiver {Winterabendschulen) ; la loi du G novembre 1858 a ordonné que la fréquentation de ces écoles pourrait remplacer celle de l'école du dimanche. — V. Complémentaire {Enseignement), p. 449.

Les classes d'enseignement technique dites écoles complémentaires agricoles {landwirthschaftllche Fortbildungsschulen) et industrielles {gewerbliche Fortbildungsschulen) se rattachent aussi par un côté à l'école primaire, l'enseignement y étant généralement donné par l'instituteur; la fréquentation en est facultative et dispense de celle de l'école du dimanche; toutefois, si dans une école industrielle on n'enseigne pas, outre le dessin, au moins le calcul et l'écriture, la fréquentation n'en n'est pas considérée comme équivalant à celle de l'école du dimanche.

Il existe généralement, à côté de chaque école primaire, une classe dite école de travail {Arbeits- 5c/mZe), dans laquelle les enfants sont réunis deux après-midi par semaine sous la surveillance d'une maîtresse : c'est là que les jeunes filles apprennent les travaux à l'aiguille.

Autorités scolai7'es. — L'ecclésiastique desservant la paroisse exerce de droit les fonctions d'inspecteur local; l'autorité scolaire locale est un comité présidé par le maire {Ortsvorsteher) et l'ecclésiastique, et composé des membres du conseil de paroisse, de un à trois instituteurs, et d'un nombre égal de membres élus par l'assemblée de la commune. L'autorité intermédiaire est l'inspecteur de district {Bezirksschulinspector), qui est un ecclésiastique protestant ou catholique, suivant les districts. L'autorité scolaire supérieure est, pour les écoles protestantes, le consistoire évangé-

lique (evangelisches Consistorium) ; pour les écoles catholiques, le conseil ecclésiastique catholique {katholischer Kirchenrath). L'administration générale de l'instruction publique ressor it au ministère des affaires ecclésiastiques et scolaires (Afi'nisterium des Kirchen- und Schulv:esens).

Personnel enseignant. — Les instituteurs et les institutrices sont formés dans les écoles préparatoires et dans les écoles normales. Les instituteurs ont à subir deux examens; à la suite du premier {erste Diensfprûfung), ils o'btiennent un brevet qui les qualifie pour une nomination provisoire; au second examen {zweite Dienstprûfung), qui confère le brevet définitif, ne sont admis que des candidats ayant deux ans de stage et vingt-quatre ans d'âge. Pour les institutrices, il n'y a qu'un seul examen ; elles ne sont pas admises à subir le suicond examen conférant le droit d'être nommé à un poste à vie.

La nomination des instituteurs et des institutrices n'appartient pas à la commune, mais à l'Etat, à moins qu'il ne s'agisse d'écoles entretenues par les revenus d'une fondation, auquel cas la nomination appartient au patron de l'école.

On distingue les instituteurs en deux catégories : ceux qui sont nommés à titre définitif (stândige Lehrer), et ceux qui ne sont nommés qu'à titre provisoire {unstiindige Lehrer). Les premiers ont le titre de maîtres d'école {SchuUehrer) ; ceux qui dirigent une école de plus de quatre classes ont celui de maîtres supérieurs {Oberlehrer) . Les instituteurs nommés à titre provisoire sont ou bien des sous-maîtres {Unterlehrer) ou des intérimaires {Stellvertreter) , placés les uns et les autres à la tête d'une classe, ou bien des auxiliaires [Lehrgehilfe), qui travaillent sous les ordres de l'instituteur dans une école à classe unique.

Les traitements minima fixés par la loi de 1872 pour les instituteurs nommés à titre définitif varient de 480 à 700 florins; la loi de 1874 en a élevé le montant d'un sixième. Les traitements des instituteurs nommés à titre provisoire varient de 600 à 780 marks (V. Traitements, p. 2894). — Les instituteurs définitivement nommés ont droit, à partir de l'âge de quarante ans, à trois augmentations successives {Alterszula(/en), qui s'élèvent au chiffre de 200 marks lorsque l'instituteur a atteint l'âge do cinquante ans. Ils peuvent obtenir en outre une pension de retraite dont le montant a été fixé par la loi du 4 avril 1870. — V. Retraite {Pensions de), p. 2597.

Les institutrices, qui sont peu nombreuses, sont assimilées pour les traitements aux instituteurs nommés à titre provisoire ; toutefois elles peuvent toucher, à partir de l'âge de trente ans, une augmentation de traitement {Aller szulage), qui s'élève au chiffre de 150 marks lorsque l'institutrice a atteint l'âge de quarante ans. Elles n'ont aucun droit à une pension de retraite ; mais, depuis 1877, l'Etat peut accorder une gratification aux institutrices devenues incapables, par l'âge ou la maladie, de continuer leur service.

Ecoles normales. — Le Wurtemberg compte six écoles normales d'instituteurs : quatre protestantes, à Esslingen, à Niirtingen, à Kunzelsau et à Nagold ; et deux catholiques, à Gmûnd et à Saulgau. Ce sont des établissements do l'Etat; le régime en est l'internat ; la durée du cours d'études est de trois ans. A chaque école normale est annexée soit une école primaire d'application, soit une école de sourds-muets. Outre les écoles normales de l'Etat, il existe plusieurs écoles normales privées, toutes protestantes.

Les élèves qui se destinent à la profession d'instituteur entrent d'abord, au sortir de l'école primaire, dans des écoles préparatoires {PrCiparanden-Anstalten) : les candidats y sont admis à l'âge de quatorze ans ; le cours d'études y dure deux

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