SUPPLÉMENT
[Le présent Supplément contient un certain nombre d'articles qui n'ont pu être insére's à leur rang alphabétique dans la I^"" Partie de ce Dictionnaire. On y trouvera en outre, au mot Lois scolaires, qui fait suite à l'article de même nompuhlié dans le corps de l'ouvrage, le texte des lois du 20 mnrs 1883 [titre II), du 20 juin 1885, et du 30 octobre 188G, et au mot Règlements organiques les décret et arrêté du 18 Janvier 1887, ainsi que les arrêtés des 22 et 23 décembre 1882.]
ALCOTT (Amos-Bronson). — Amos-Bronson Alcott, éducateur américain, ne doit pas être confondu avec son cousin William-Alexandre Alcott, auquel nous avons déjà consacré un article. Né en 1795), Amos Alcott se voua de bonne heure à l'éducation et devint directeur d'une école enfantine. Le talent dont il fit preuve et les succès qu'il obtint attirèrent l'attention sur lui; en 1828, il vint s'établir à Boston, où il fut placé à la tête d'une école installée dans le temple maçonnique de cette ville. Alcott appartenait en pédagogie à ce groupe de réformateurs à la fois mystiques et socialistes qui firent beaucoup parler d'eux, pendant la première moitié de ce siècle, dans les pays de langue anglaise. Les tentatives d'Alcott furent mal accueillies du public américain. Il se tourna alors du côté de l'Angleterre, où miss Harriet Martineau avait fait connaître son œuvre et ses doctrines pédagogiques; appelé parGreaves*, il se rendit en Europe en 1842; mais la mort de Greaves empêcha la réalisation do ses projets. Alcott retourna donc aux États-Unis, où, avec le concours de quelques amis qu'il avait groupés autour de lui en Angleterre, il essaya de créer à Harvard (Massachusetts) une communauté où ses idées pédagogiques et sociales eussent pu être expérimentées. Mais cette entreprise dut être abandonnée au bout de peu de temps. Alcott a écrit nn certain nombre d'ouvrages, dont le principal, Concord Days, a été publié en 1872. Nous ignorons la date de sa mort.
BAGNAUX (De). — Joseph-Charles Boyetet de Bagnaux, né à Paris le 28 mars l8:îl, était fils de M. Léon Boyetet do Bagnaux, sous-chef au ministère des finances. Il fut de 1841 à 1800 élève du collège Bourbon (lycée Condorcct), où il fit, après de bonnes humanités, de fortes études mathématiques. Une fois bachelier, il suivit comme externe les cours de l'école des ponts et chaussées, puis les cours de l'école de droit, et devint licencié en droit. Il entra ensuite dans l'administration dos douanes, où il devait rester plus de vingt-cinq années. Préoccupé de bonne heure de hautes questions scientifiques, poUtiques ou philosophiques, il
occupait les loisirs que lui laissait son emploi administratif à des études sérieuses, et vers l'âge de trente ansil commença à écrire. En ISGOet 1861, il fut le collaborateur d'un petit journal de vulgaribation scientifique; plus tard, il donna à la Revue de f>hilosophie positive des articles remarquables, notamment en 18G8 une étude sur le conflit entre la France et l'Allemagne déjà imminent. Pendant la guerre de 1870, M. de Bagnaux s'occupa avec zèle de l'installation des cantines et des fourneaux économiques dans le IX* arrondissement de Paris; entré dans les compagnies de marche, dès leur formation en octobre, on le trouve aux avant postes et aux sorties, essuyant entre autres le fou des Prussiens, pendant cinq jours, à l'attaque du fort de Montrouge. Après la guerre, il prit une part prépondérante à la formation du cercle républicain de la Seine (établi d'abord rue de Valois, ensuite rue Vivienne), contribuant ainsi d'une manière active à assurer le succès dos principes républicains dont il était un défenseur convaincu.
M. de Bagnaux était sous-chef de bureau au ministère des finances, quand M. Ch. Lepère, devenu ministre du commerce en février 1879, fit appel à son dévouement et à ses connaissances techniques pour le renouvellement des traités de commerce, et le nomma chef de son cabinet. M. Tirard, ayant bientôt remplacé M. Lepère au ministère du commerce et de l'agriculture, maintint M. de Bagnaux dans ses fonctions de chef du cabinet, et y joignit celles de directeur du personnel et de la comptabilité, avec le titre do conseiller d'Etat en service extraordinaire. M. de Bagnaux rendit les plus grands services dans l'énorme travail de réorganisation qu'il s'agissait d'accomplir, et ne quitta son poste (lue lorsque les progrès d'un mal inexorable, dû aux fatigues excessives qu'il s'était imposées, le contraignirontà s'avouer vaincu.
Mais ce nest pas par sa carrière officielle que M. de Bagnaux nous appartient. Son nom est connu par d'autres titres à la plupart do ceux qui s'intéressent on Franco aux (luostions d'éducation. M. do Bagnaux fut on eftot l'un des hommes qui, dans les vingt iernières années, ont Id
BAGNAUX (DE) — 3012
BARTHE
plus travaillé pour la cause de l'instruction publique, sans caractère officiel, mais avec d'autant plus d'indépendance et de spontanéité. Dès sa jeunesse il s'était passionnément épris de ce problème à la fois psychologique, politique et social : l'éducation dans la démocratie. Par la lecture, par de solides et libres études philosophiques, par un grand nombre d'expériences et d'observations personnelles, car la méthode expérimentale était pour lui une réalité, M. de Bagnaux s'était fait en ces matières et, en quelque sorte, sans y penser, une compétence et une autorité que ceux-là seuls ont pu complètement apprécier qui l'ont connu de près. Déjtà dans les dernières années de l'empire, il commença à travailler activement à la mise en pratique, par l'action, de son programme théorique; on le trouvait alors, et on l'a constamment trouvé depuis, dans tous les comités d'étude et dans tous les comités d'organisation de sociétés d'enseignement et d'éducation : les écoles professionnelles de filles fondées par M^^ Elisa Lemonnier * lui ont dû pendant de longues années une collaboration et des directions précieuses.
Plus tard, il concentra ses efforts sur un projet dont tout autre que lui eût tenu à se faire un titre personnel: c'était lui qui, avec quelques amis, avait eu l'honneur de concevoir le plan et de jeter les bases de l'œuvre aujourd'hui si connue sous le nom d'Ecole Monge — V. Monge [Ecole). — Pendant plusieurs années, avant que cette école naissante eût acquis les ressources et pris les développements qui en font un établissement de premier ordre, ce fut la pensée et l'occupation constante de M. de Bagnaux d'en surveiller les débuts, d'y apporter graduellement, avec la passion d'un véritable éducateur, tous les perfectionnements matériels et pédagogiques dont l'institution était susceptible. L'École Monge, fondée en 1871, n'était à l'origine qu'une bien modeste école, d'une notoriété fort restreinte, établie dans de pauvres locaux; on ne saura jamais tout ce qu'elle a dû à cet homme qui n'y était rien, qui n'y avait aucune charge ou fonction apparente, mais qui y venait passer chaque jour le meilleur de son temps, s'ingéniant à corriger le lendemain les erreurs de la veille, à grouper autour de la jeune institution toutes les sympathies et toutes les lumières, faisant entrer dans son comité d'études les esprits les plus libres de notre temps et les plus hautes compétence > de notre pédagogie. V Association * pour la recherche, l'application et la propagation des meilleures niétho-tes d'éducation, créée par les fondateurs de l'École Monge, eut en M. de Bagnaux l'un de SCS premiers et de ses plus énergiques initiateurs : ce fut lui qui en rédigea le Bulletin, dont les quelques numéros contiennent tant de précieuses études scolaires.
A mesure que l'École Monge grandit et se suffit, M. de Bagnaux reporta sur d'autres formes du même problème la même ardeur d'investigation et le même dévouement : ce fut surtout la Société des écoles enfantines, dite Société Frœbel, qui l'occupa. Cette société, dont les commencements remontent à 1871 [W. Jardin d'enfants, p. 1418), entreprenait d'appliquer à l'éducation de la première enfance les méthodes les plus rationnelles, M. de Bagnaux y joua le même rôle qu'il se réservait partout : sans accepter aucun titre, il prenait la part la plus lourde du travail. Grâce à son intervention, le Conseil municipal de Paris s'intéressa aux études de la Société, et autorisa des essais d'application de la méthode Frœbel à quelques salles d'asile de Paris. Ceux qui ont assisté aux réunions du comité chargé de suivre ces expériences et de rédiger le programme de la Société reverront toujours M. de Bagnaux apportant les résultats de ses observations et soumettant au comité les réformes <à accomplir : c'était à la fois la conscience scrupuleuse I
du savant, la sagacité du pédagogue, l'ardeur passionnée du patriote qui semblait toujours voir clairement, par dessus les têtes des petits enfants, l'image de la France et de la République nous demandant des citoyens pour l'avenir.
Malgré le soin qu'il mettait à se tenir à l'écart, fuyant les honneurs comme d'autres les recherchent, il était impossible qu'un collaborateur si précieux pour toutes les œuvres d'éducation libérale ne fût pas un des premiers à qui l'on ferait appel au moment de la rénovation de l'instruction publique dans notre pays. Aussi, dès que la République fut sortie des étreintes de « l'ordre moral », M. de Bagnaux devint-il en quelque sorte un des conseillers intimes et permanents du ministère de l'instruction publique. Lors de l'Exposition de 1878, M. Bardoux et M. Casimir Périer lui demandèrent un concours qu'il ne refusait jamais pourvu qu'il n'entraînât pour lui aucune distinction extérieure. Il fut là ce qu'il avait été à l'École Monge, ce qu'il fut partout, l'homme du travail et de l'étude, l'esprit critique et lumineux, l'observateur infatigable. A la fin de l'Exposition il entreprit avec quelques-uns de ses collègues de rechercher patiemment, dans toutes les expositions scolaires françaises et étrangères, les meilleurs travaux d'instituteurs et d'élèves, et cette recherche acheva de le familiariser avec les questions d'enseignement primaire. Les instituteurs qui l'ont entendu à la Sorbonne en août 1878 se rappelleront avec quelle rigueur minutieuse et quelle richesse d'observations il leur exposait les derniers résultats jusqu'alors obtenus dans la construction du matériel scolaire. (La conférence de M. de Bagnaux a été publiée dans le volume intitulé Conférences pédagogiques faites à la Sorbonne, en août 1878, aux instituteurs délégués ; Paris, Hachette et Delagrave).
A la même époque, M. de Bagnaux avait pris à cœur deux autres idées auxquelles il donna, comme il savait le faire, sans compter, son temps, son zèle et le puissant appui de sa compétence. Il s'agissait, d'une part, de la création d'un Musée pédagogique, de l'autre, de la publication d'une Revue spéciale destinée à entretenir le goût des études pédagogiques et à en élever le niveau. Ces deux projets devaient se réaliser un peu plus tard, et en grande partie grâ/îe à lui. Aussi sa place était-elle marquée d'avance et dans le conseil d'administration du Musée et dans le comité de rédaction de la Revue pédagogique. Hélas ! il devait trop tôt la laisser vide, la place qu'il remplissait si dignement dans ces deux commissions, dans celle de l'École normale de Fontenay-aux- Roses, dont il fut aussi l'un des fondateurs, et dans toutes les autres^ où M. Jules Ferry l'avait appelé comme un ouvrier de la première heure ! Miné par une maladie impitoyable, sur l'issue de laquelle il ne se faisait aucune illusion, il fut envoyé à Cannes par les médecins dans l'automne de 1882. C'est là que la mort vint le frapper, le 23 novembre de la même année. Il n'avait que cinquante et un ans.
Le souvenir vénéré de cet homme de bien vivra chez tous ceux qui l'ont connu. Il nous a laissé un de ces exemples qui ne s'effacent pas; il a été un des plus excellents parmi ces hommes qui résolument et sans hésitation préfèrent l'obscurité à la renommée, qui savent vivre et mourir satisfaits d'avoir combattu le bon combat, heureux d'avoir, de tout leur cœur et de toute leur intelligence, travaillé pour leur cause et pour leur pays et de s'en aller sans autre récompense que la conscience même de leur absolu désintéressement.
BARTHE. — Félix Barthe, jurisconsulte et homme d'Etat français, né à Narbonne en 1795, a occupé les fonctions de ministre de l'instruction publique dans le cabinet Laffitte, lorsque la retraite
BARTHE
BARTHE
do Dupont de l'Eure, qui fut remplacé au ministère de la justice par M. Mérilhou *, ministre de l'instruction publique, rendit vacant le portefeuille de celui-ci. M. Hartlic occupa ces fonctions du 27 décembre 1830 jusqu'en mars 1831. Il entra ensuite dans le cabinet Casimir Périer (13 mars 1831) comme ministre de la justice. Après sa sortie du ministère, en 1834, il fut nommé premier président de la Cour des comptes et pair de France. Sous le second empire il devint sénateur. Il est mort en 1863.
L'acte principal de M. Barthe, comme ministre de l'instruction publique, fut la rédaction et la présentation d'un projet de loi sur l'organisation de l'instruction primaire. Ce projet, déposé à la Chambre des pairs le 20 janvier 1831, contient déjà en germe la célèbre loi de 1833; nous croyons en conséquence devoir en mettre le texte sous les yeux de nos lecteurs :
« Article l*''". — L'enseignement primaire comprend, outre l'instruction morale et )-eligieuse, la lecture, l'écriture, la langue française, le calcul, le système légal des poids et mesures, le dessin linéaire et l'arpentage.
» Le vœu des pères de famille sera toujours consulté et suivi, en ce qui concerne la participation de leurs enfants à l'instruction religieuse.
» Art. 2. — Les écoles primaires situées dans chaque arrondissement de justice de paix seront placées sous la protection et la surveillance d'un comité gratuit composé :
)) Du maire de la commune chef-lieu, président;
» Du juge de paix ;
» Et de notables habitants au nombre de quatre a douze, lesquels seront choisis moitié par le recteur de l'académie, moitié par le préfet du département.
» Les membres autres que les membres de droit fieront renouvelés par moitié tous les deux ans.
» Les comités pourront délibérer quand la moitié plus un des membres qui les composent seront réunis.
» Art. 3. — Le sous-préfet est membre de droit de tous les comités de son arrondissement, et, s'il y assiste, il en prendra la présidence.
» Le préfet aura le même droit pour tous les comités de son département.
» Chacun des maires des communes qui composent un arrondissement de justice de paix aura séance et voix dclibérative au comité, pour toute affaire intéressant l'instruction primaire dans sa commune.
» Le président a le droit de convoquer des séances extraordinaires, lorsqu'une circonstance imprévue les rend nécessaires. Ce droit appartient également aux recteurs et aux inspecteurs de l'Université.
« Art. 4. — Les comités prendront les mesures propres à assurer, dans toutes les écoles primaires de leur ressort, le maintien de l'ordre et des mœurs, les progrès de l'instruction et l'observation des règlements.
» Ils vérifient les titres des candidats qui aspireront aux fonctions d'instituteur communal.
» Ils feront connaître au préfet, au recteur, et à toute autre autorité compétente, les besoins des écoles et des instituteurs.
» Toutes les délibérations des comités seront transmises au recteur.
» Art. 5. — Les écoles primaires sont ou communales ou privées.
^ ') Tout individu majeur et jouissant des droits civils pourra donner l'enseignement primaire, à charge par lui de déposer entre les mains du maire de la commune où il voudra exercer :
» 1° Un brevet de capacité émané d'un recteur d'académie ;
» 2o*Des certificats de bonne vie et mœurs, dé-
livrés par le maire et par trois membres du conseil municipal de la commune ou des communes où il aura résidé depuis trois ans.
» Le maire de la commune où l'insiituteur voudra exercer visera In brcv<;t et les certificats, et il donnera aussitôt avis de l'établissement de la nouvelle école au président du comité, au préfet du département, au recteur de l'académie.
» Art. 6. — Les personnes ou associations qui auraient fondé ou entretiendraient dos écoles en auront l'administration et la surveillance immédiate, sans préjudice des droits do l'administration et de la surveillance exercée par le comité.
» Les fondateurs pourront aussi réserver cette administration et cette surveillance à leurs successeurs.
» Art, 7. — A défaut de fondations, donations ou legs suffisants, toute commune sera tenue de pourvoir ou par elle-même, ou en se réunissant à une commune voisine, à ce que les enfants qui l'habitent reçoivent l'instruction primaire, et à ce que les enfants indigents reçoivent gratuitement cette instruction.
» Art. 8. — Nul ne pourra être nommé instituteur communal, s'il ne produit le brevet et les certificats mentionnés à l'article 5 de la prosente loi. Les instituteurs communaux seront choisis par l'autorité municipale, sauf l'approbation du comité. Il sera donné avis de leur nomination au préfet du département et au recteur de l'académie.
» Art. 9. — Il sera fourni à tout instituteur communal :
» l» Un local qui sera convenablement disposé, tant pour servir de logement à l'instituteur, que pour recevoir les élèves;
» 2° Un traitement fixe, dont le minimum sera
» Moyennant le traitement fixe, l'instituteur communal devra recevoir et instruire tous les élèves que le conseil municipal aura désignés comme étant hors d'état de payer la rétribution.
» Art. 10. — Dans le cas prévu par l'article 7, un local convenable et un traitement fixe d'au moins 200 francs seront fournis à linstitutour communal, soit aux frais de la commune ou de plusieurs communes réunies, soit aux frais de la commune et du département, en cas d'insuffisance des ressources ordinaires de la commune, soit aux frais de la commune, du département et de l'Etat, si les ressources communales ou départementales ne suffisent point.
» Art. 11. — Chaque année, la somme nécessaire pour suppléer aux ressources locales, en ce qui touche la maison d'école et les 200 francs formant le minimum du traitement fixe, seront portés au budget de l'Etat.
» Un rapport sur l'emploi des fonds qui auront été alloués l'année précédente, et sur la situation générale de l'instruction primaire, sera annexé à la proposition du budget.
» Art. 12. — En sus du traitement fixe, les instituteurs communaux recevront, à raison de chaque élève non inscrit pour les leçons gratuites, une rétribution mensuelle dont le taux sera réglé tous les cinq ans par le conseil municipal de chaque commune.
» Art. 13. — A partir de la publication de la présente loi, les communes verseront annuellement dans les caisses dos receveurs d'arrondissement une somme égale au vingtième du traitement fixe de chaque instituteur communal, laquelle sera placée en rentes sur l'Etat, à l'cfiet d'assurer des pensions de retraite aux instituteurs communaux, soit au bout de trente ans de service révoius, soit après dix ans au moins do service, dans le eus d'infirmités qu'ils auraient contractées pendant leurs fonctions et qui les empêcheraient de les continuer.
BARTHE
- 3014 - b'aVs'^^eÎTe)
'. » Néanmoins, aucune de ces pensions ne pourra ' être accordée avant le 1^' janvier 1836. A cette époque, leur quotité, en proportion des années de services et des traitements fixes, sera déterminée par une ordonnance du roi.
» Les pensions seront ensuite liquidées par le Conseil de l'instruction publique sur l'avis du comité cantonal de la dernière résidence de chaque réclamant.
») Art- 14. — Outre les écoles primaires appartenant à chaque commune, il pourra être établi- dans chaque académie, aux frais des communes et des départements, après délibération des conseils municipaux et des Conseils généraux, une ou plusieurs écoles normales destinées à former des instituteurs primaires.
» Les directeurs de ces écoles seront nommés et rétribués par l'Université.
» Art. 15. — Selon les ressources et les besoins des communes, et sur la proposition des comités, il pourra être établi des écoles primaires communales de filles.
» Les dispositions de la présente loi sont applicables à toutes les écoles primaires de filles, soit communales, soit privées. Mais le comité pourra faire exercer sa surveillance, à l'égard de ces écoles, par l'intermédiaire de dames inspectrices qu'il aura choisies.
» Art. IG. — En cas de faute grave de la part do l'instituteur, soit communal, soit privé, le comité pourra, selon les circonstances, et après avoir entendu et dûment appelé l'instituteur inculpé, prononcer contre lui la peine de la réprimande ou de la censure; il pourra même retirer les certificats de bonne vie et mœurs que l'instituteur avait précédemment obtenus.
» Dans ce dernier cas, l'instituteur aura la faculté de se pourvoir contre la décision auprès du Conseil académique. Le recours devra être exercé dans le délai de trois mois.
» S'il y a urgence, le recteur ou le comité pourra, avant toute instruction de l'afTaire, ordonner la suspension provisoire d'un instituteur. Il sera statué définitivement, dans le délai d'un mois au plus, sur l'imputation qui aura motivé la suspension.
M Art. 17. — Sur la demande du conseil municipal, le comité pourra priver de son emploi un instituteur communal reconnu incapable de remplir ses fonctions ou convaincu de négligence habituelle.
» Art. 18. — Tout individu qui, sans avoir rempli les formalités prescrites par les art. 5 et 8 de la présente loi, aura ouvert ou tenu publiquement une école primaire, sera poursuivi correctionnellement devant le tribunal du lieu du délit et condamné à une amende de 50 à 100 francs.
» En cas de récidive, il pourra être condamné à une détention de quinze jours à un mois et à une amende double de la première. »
Il est intéressant de comparer ce projet, le premier qui ait été élaboré sur la matière par le gouvernement de Juillet, avec l'ordonnance du 14 février 1830, œuvre de M. de Guernon-Ranville (V. Guernon-Ranville) y et avec les divers projets qui virent le jour de 1830 à 1833, avant l'adoption de la loi organique du 28 juin : le projet de la Société pour l'instruction élémentaire, publié dans le journal de cette Société en janvier 1831, et présenté à la Chambre des députés par M. Emmanuel de Las Cases le 24 octobre de la môme a''.née ; celui de M. deMontalivet (V. Montalivet); celui de la commission de la Chambre des députés, dont Daunou fut le rapporteur, présenté en décembre 1831 (V. Daunou)-^ enfin celui de MM. Salvertc, Laurence, Taillandier et Eschassériaux, députes, présenté à la Chambre le 17 novembre 1832. En rapprochant particulièrement le projet Barthe du projet de M. de Montalivet, on constate que ce
dernier, qui fut le successeur de M. Barthe au ministère de l'instruction publique, avait repris pour son compte la plupart des dispositions contenues dans le projet élaboré par son prédécesseur.
Le projet de loi de M. Barthe ne reçut pas de la Chambre des pairs un accueil favorable ; aussi futil retiré quelques jours plus tard, et une ordonnance royale du 3 février 1831 annonça ft qu'une commission serait chargée de la révision des lois, décrets et ordonnances concernant l'instruction publique, et devait préparer un projet de loi pour l'organisation générale de l'enseignement, en conformité des dispositions de la charte constitutionnelle ». Les travaux de cette commission n'aboutirent pas; le gouvernement de Louis-Philippe s'aperçut bientôt qu'il n'était pas possible dérégler par une loi d'ensemble l'organisation de l'enseignement à tous ses degrés, et il fallut se contenter de revenir au plus pressé, à l'élaboration de la loi que réclamait impérieusement l'enseignement primaire. ,
Ce fut M. Barthe qui fit décider la création d'une école normale destinée à former des instituteurs pour l'académie de Paris {ordonnance du 1 1 mars 1831). Cette école devait primitivement être placée à Paris ; elle devait recevoir des internes et dos externes; les élèves-maîtres ne devaient y être admis qu'à l'âge de dix-huit ans au moins, et ne devaient y rester qu'une année ; le programme de l'enseignement comprenait, indépendamment de l'instruction morale et religieuse, la lecture, l'écriture, la grammaire française, la géographie, le dessin linéaire, l'arpentage, des notions de physique, de chimie et d'histoire naturelle, les éléments de l'histoire générale et spécialement de l'histoire de France. On sait que l'ordonnance du 7 septembre 1831, rendue sous le ministère de M. de Montalivet, décida que cette école normale serait installée à Versailles.
Mentionnons encore, comme le dernier acte du ministère de M. Barthe, l'ordonnance du 12 mars 1831, modifiant les conditions de l'admission à l'examen qui devait précéder la délivrance des brevets de capacité; les conditions imposées aux candidats furent limitées aux deux suivantes : 1° justifier qu'ils étaient âgés de dix-huit ans accomplis ; 2° présenter au recteur de l'académie, ou aux examinateurs délégués par le recteur, des certificats de bonne vie et mœurs délivrés par les maires des communes où ils auraient résidé depuis trois ans. Ainsi fut abrogée la disposition de l'ordonnance du 21 avril 1828 qui exigeait, en outre, de» candidats de confession catholique, la présentation d'un certificat d'instruction rehgieuse délivré par un délégué de l'évêque ou, à son défaut, par le curé de la paroisse de l'aspirant.
RAUSSET (De). — Louis-François de Bausset, prélat français, né en 1748, avait reçu l'évêché d'Alais en 1784. Il fut au nombre des ecclésiastiques qui, après le 18 brumaire, se rallièrent au gouvernement de Napoléon. En 1808, il devint l'un des conseillers titulaires de l'Université, et l'année suivante fut désigné comme vice-recteur près la faculté des lettres de Paris. Toutefois il ne montra pas beaucoup de zèle dans l'accomplissement de ses fonctions; Fontanes, écrivant en 1810 à de Bonald pour l'engager à venir à Paris faire acte do présence comme membre du Conseil de l'Université, disait : « Il suffira de paraître, il n'est point question de rester. M. de Bausset, l'ancien évêque i d'Alais, assiste à deux ou trois séances par an; , il se réfugie à la campagne pendant dix ou onze mois, et personne no le trouve mauvais. » On sait que la première Uestauration, par l'ordonnance célèbre du 17 février 1815, voulut supprimer l'Uni- ; versitc, et remplaça le grand-maître par un Con- . seil royal de rinstruction publique : ce fut M. de Bausset qui en reçut la présidence. Cette ordou-
.JBEHT (PA.UL)
BERT (PAUL
nance ne put ôtrc exécutée, Napoléon étant rentré on Franco quelques jours plus tard. Pendant les Cent-Jours, un décret rétablit M. de Bausset commo conseiller titulaire de l'Université, mais il n'en exerça pas les fonctions. Après le second retour des Bourbons, il fit partie, avec Chateaubriand, Royer-CoHard et l'abbé Eliçagaray, de la coramission nommée par le ministre de l'intérieur (16 juillet 1816) pour s'occuper d'un projet d'ordonnance sur l'instruction publique, commission dont les travaux n'aboutirent pas. En 1817, M. de Bausset reçut le chapeau de cardinal, et devint peu après ministre d'Etat et membre du Conseil privé. Il mourut en 1824. On a de lui une Histoire de Fénelon (1808, 3 vol.) et une Histoire de Bossuet (1814, 4 volumes).
BERT (Paul). — Nous n'avons pas à retracer ici la biographie du savant ni de l'homme politique. Il n'appartient à ce Dictionnaire que de rappeler ce que Paul Bert a fait peur l'instruction
publique. ^"''•'•■' i^-OLl\U<:: ■:.!)' ■,^:iSV. .:. .V:,A
Lorsque Paul Bert entra à l'Assemblée nationale, on 1872, comme député de l'Yonne, il y arrivait, à l'âge de quarante ans, avec la double autorité que lui donnaient ses titres scientifiques et les services déjà rendus au pays pendant la période de l'invasion allemande. Sa place y fut tout de suite marquée aux premiers rangs de ceux qui voulaient travailler à la régénération de la France par une refonte complète de notre éducation nationale.
On sait qu'un projet de loi sur l'instruction primaire obligatoire avait été présenté le 15 décembre 1871 par M. Jules Simon, alors ministre de l'instruction publique. Ce projet, renvoyé à l'examen d'une commission dont M. Ernoul fut rapporteur, n'aboutit pas; la commission s'était prononcée contre le principe de l'obligation ; les efforts de la minorité républicaine, dont Paul Bert faisait partie, ne purent triompher du mauvais vouloir d'un parti qui invoquait contre l'obliga- * tion le respect d'une prétendue liberté. En 1872, ce môme parti voulut, toujours au nom de la liberté, assurer à l'Eglise une position privilégiée sur le terrain de l'enseignement supérieur, et la faire participer, conjointement avec l'Etat, à la collation des grades : Paul Bert présenta, en janvier 1873, un contre-projet créant des universités dans lesquelles la liberté complète des professeurs eût été assurée; cette organisation, imitée de celle des universités allemandes, devait, selon lui, « réaliser la vraie liberté de l'enseignement supérieur ». Sans s'arrêter à l'éloquent discours qu'il prononça le 3 décembre 1874, l'Assemblée vota le projet de sa commission, qui devint la loi du 12 juillet 1875. Dans )a question de la réorganisation du Conseil supérieur de l'instruction publique, Paul Bert s'était fait aussi le défenseur des droits de l'Etat et de la société civile : il avait présenté, le 14 janvier 1873, un amendement qui excluait du Conseil supérieur les évoques, et y assurait la majorité aux membres de l'enseignement public. « Tout le monde comprend, disait-il à cette occasion, que pour parler guerre, finances, marine, il faut être du métier; tandis que, permettez-moi cette comparaison, il en est de l'instruction publique comme de la médecine et de la politique : parce que tout le monde s'en sert et en a besoin, tout le monde s'y croit compétent et se croit apte à émettre un avis autorise... Cela tient à ce que la pédagogie est chose à peu près inconnue en France. Voyez, ce mot seul suscite des exclamations, commo s'il avait quelque chose de ridicule, et commo si la pédagogie était nécessairement une science abstraite, sèche, fatigante et réservée pour quelques gens frottés d'algèbre et de latin. La pédagogie, messieurs, dans les pays où renseignement a la part qui lui con-
vient, est une des sciences les plus cultivées, les plus importantes. On sait le temps qu'il faut pour l'apprendre; et alors on ne voit pas, comme en Franco, — ce qui est l'étonnement de: gens qui, ayant passé leur vie à apprendre quelque chose, savent en mémo temps ce que c'est qu'ignorer — * chacun se croire apte à déterminer les règlements universitaires. » L'Assemblée nationale passa ontrej et vota la loi du 25 mars 1873. Mais Paul Bert devait avoir la satisfaction, en 1879, de voir le Conseil supérieur réformé selon les règles qu'il avait indiquées.
A la (Chambre des députés, qui succéda à l'Assemblée nationale et où les électeurs de ITonne l'envoyèrent siégersansinterruplion de 187Gjusqu'ala fin do sa trop courte carrière, Paul Bert allait trouver une majorité républicaine disposée à marcher en avant. Dès le 20 mars 1876, il y présenta une proposition de loi modifiant les conditions du recrutement et du fonctionnement des instituteurs et institutrices primaires, c'est-à-dire supprimant la lettre d'obédience, et remettant la nomination du personnel enseignant primaire au recteur ; quelques jours plus tard, il la faisait suivre d'une autre proposition concernant les pensions de retraite des instituteurs et des inspecteurs primaires (G avril 1870). La seconde de ces propositions est devenue la loi du 17 août 1876, qui élevait à GOO francs pour les instituteurs et 500 francs pour les institutrices le chiffre minimum de la pension de retraite. Quant à la proposition sur le recrutement et le fonctionnement des instituteurs, renvoyée dès le printemps de 1876 à une commission spéciale, elle fut l'objet d'un rapport rédigé par l'auteur même de la proposition : ce document, déposé sur le bureau de la Chambre le 18 mai 1877, est le premier en date de cette série de rapports où les questions relatives à l'éducation nationale ont été traitées avec tant d'autorité par le député de l'Yonne, devenu le rapporteur-né de toutes les commissions d'instruction publique. Mais la dissolution de la Chambre, à la suite du 16 mai, empêcha la proposition d'aboutir.
Après la réélection des 3G3, une proposition de M. Barodet, présentée une première fois le 19 mars 1877, et renouvelée par son auteur et par cinquante députés républicains le l^f décembre de la même année, fut renvoyée à l'examen d'une commission présidée par Paul Bert. C'est cette proposition qui allait devenir le point de départ du grand projet de loi organique do l'enseignement primaire, élaboré par la commission de la Chambre et présenté seulement deux ans plus tard.
Dans l'intervalle, Paul Bert soumettait à la Chambre, le 14 janvier 1878, une proposition de loi sur l'établissement obligatoire des écoles normales primaires, et cette proposition devenait la loi du 9 août 1879. Il était le rapporteur du projet déposé par M. Waddington, ministre de l'instruction publique, en mars 1877, et qui créa une caisse pour la construction des maisons d'école (loi du 1°' juin 1878). II défendait avec énergie le nouveau projet de loi sur l'enseignement supérieur élaboré par M. Jules Ferry, et particulièrement ce fameux article 7 qui interdisait l'enseignement public et privé aux membres des congrégations religieuses non autorisées. La France n'a pas oublié le discours célèbre dans lequel, aux applaudissements de tout le parti républicain, il flagella si. rudement l'odieuse morale des jésuites (5 juillet 1879).
Ce fut le 6 décembre 1879qucPaulBcrtdéposa,aii nom de la commission qu'il présidait, son volumineux rapport sur la proposition Barodet, rapport qu'accompagnait un projet en 6 titres et 109 articles. Ce projet était une refonte complète de toute la législation de l'instruction primaire : il consacrait le triple principe de l'obligation, do la gratuite, de la laïcité.
BERT PAUL)
substituait à l'autorité des préfets celle de directeurs départementaux de l'enseignement primaire, modifiait la composition et les attributions des Conseils départementaux, assurait aux instituteurs des traitements plus élevés et des garanties nouvelles, et préparait l'élimination graduelle du personnel congréganiste. M. Jules Ferry était ministre de l'instruction publique depuis dix mois lorsque la Chambre l'ut saisie du rapport Paul Bert. Le ministre, d'accord avec le rapporteur sur toutes les questions de principe, estimait toutefois qu'un projet aussi étendu et aussi complexe aboutirait difficilement à une solution, étant donné le mécanisme de notre organisation parlementaire, la courte durée des sessions, et l'antagonisme assez prononcé à cette époque de la Chambre et du Sénat, Il jugea plus pratique de s'attaquer d'abord aux questions les plus urgentes, et, à cet effet, présenta successivement à la Chambre trois projets distincts : celui sur les lettres d'obédience et le brevet de capacité (20 mai 1879), puis ceux sur la gratuité absolue de l'enseignement primaire et sur l'instruction primaire, obligatoire (20 janvier 1880). Ces projets sont devenus les lois du 16 juin 1881 sur les titres de capacité, du IG juin 1881 sur la gratuité, et du 28 mars 1882 sur l'obligation; pour cette dernière, la commission avait ajouté au projet du ministre la laïcité des programmes. La commission de l'instruction primaire se décida elle-même à suivre l'exemple donné par le ministre; en 1881 elle détacha du projet d'ensemble présenté par elle les dispositions relatives au classement et aux traitements des instituteurs et institutrices, et en fit une proposition de loi spéciale, qui fut discutée et adoptée par la Chambre, le 28 juillet 1881, dans une des dernières séances de la législature. A la rentrée suivante, le Sénat décida de ne garder à son ordre du jour que les projets de loi déposés parle gouvernement; la loi sur les traitements, émanant de l'initiative parlementaire, se trouva caduque, et aucune suite ne l^i fut alors donnée. <.-•;. t.
]N'oublions pas la part prise par Paul Bert à la idiscussion de la loi Camille Sée sur l'enseignement secondaire des jeunes filles; ce fut lui qui fit adopter à la Chambre la disposition portant que des internats pourraient être annexés aux établissements secondaires qu'il s'agissait de créer (séance du 20 janvier 1880).
L'activité qu'il déployait à la tribune parlementaire et dans les délibérations de la commission qu'il présidait ne suffisait pas à Paul Bert. lise prodiguait avec un zèle d'apôtre dans des conférences données dans toutes les régions de la France, dans des discours publics où il échauffait de son enthousiasme les tièdes et les indifférents, dans des écrits de polémique ou de propagande. Il obtint un de ses plus grands succès et prononça un de ses plus chaleureux, de ses plus émouvants discours, dans le banquet que lui offrit le 18 septembre 1881 une délégation d'instituteurs représentant soixante départements. Qu'il nous soit permis de rappeler qu'il fit à deux reprises au Dictionnaire de pédagogie l'honneur de sa collaboration : nous lui devons l'article Directeurs départementaux dans la Jr^ Partie de cet ouvrage, et l'article Physiologie dans la 11° Partie.
Cependant un nouveau ministère, présidé par Gambetta, avait été constitué le 14 novembre 1882 : Paul Bert y reçut le portefeuille de l'instruction publique. Pendant les onze semaines qu'il fut au pouvoir, il n'eut pas le temps d'attacher son nom à des réformes importantes. La question de la réorganisation de l'enseignement secondaire commençait à le préoccuper ; mais il ne lui fut pas donné d'y travailler , On trouve un résumé de ses idées sur cette grave question dans un discours de distribution de prix prononcé au lycée Fontanes