BERT, (PA,IIJ
le 5 août 1879; nous en détachons la page essentielle :
« Les sciences, disait-il, voudront à coup sûr, et avec raison, occuper dans l'enseignement secondaire un rang qui leur a été trop longtemps disputé. Elles viendront, et montreront avec un légitime orgueil la sûreté de leurs méthodes, la grandeur de leur but, la puissance de leurs résultats. .. Et quand elles auront ainsi parlé, nul doute qu'elles ne remportent !a victoire. Eh bien, moi, leur humble, mai^ enthousiaste sectateur, je n'ai qu'une crainte, c'est de les voir en abuser. Ce que je redoute, ce à quoi je m'opposerais de toutes mes forces, c'est que, envahissant à l'excès un domaine où on leur a jusqu'ici trop parcimonieusement mesuré la place, elles ne prennent sur l'enseignement des lettres une revanche funeste. Cette tendance réactionnelle, je la sens grandir dans les assemblées délibérantes, et peut-être les justes réclamations de mes amis et les miennes ont-elles contribué à lui donner sa puissance croissante. Mais, parce que de grandes fautes ont été commises, qu'on n'en commette pas de plus grandes encore. Et pour tout dire en un mot : parce qu'on a trop négligé l'utile, qu'on n'arrive pas à dédaigner l'idéal... Il ne suffit pas que nos jeunes citoyens aient, pour emprunter l'expression du vieux moraliste, « la tête bien pleine et bien faite », il faut qu'elle soit habituée à regarder en haut; il faut que l'éducation allume dans les âmes le désir ardent de se servir de la science pour quelque but élevé; il faut que le Sursum corda frémisse au fond de tout enseignement ; il faut que le culte du beau, que le respect du non-utile, que l'amour de l'idéal imprègnent fortement les jeunes esprits. Or, à ce résultat nécessaire peut seule conduire une haute culture littéraire. L'étude des lettres peut seule donner <à la pensée ce désintéressement sublime qui fait apprendre, réfléchir, s'émouvoir, pour la pure satisfaction de savoir, de comprendre, de jouir ou de pleurer... On a dit, et peut-être avec raison, que les études littéraires à* l'exclusion des sciences ne prépareraient qu'une nation de rhéteurs; prenons garde que des éludes scientifiques exclusives ne préparent une nation de contre-maîtres... La vraie grandeur des peuples se mesure à celle de leur idéal. Les Grecs ont eu pour idéal le beau, le ^Tai, la liberté; les Romains, la domination. Ceux-là ont légué à l'humanité des modèlf^s dont elle s'enorgueillira éternellement; ceux-ci ont laissé le souvenir d'une immense puissance écroulée. Il est des nations, à notre âge, qui semblent avoir repris la devise ro maine : Regeve imperio populos; soyons, nous, les héritiers des Grecs, et, si nous savons faire ce dont ils furent incapables, si nous savons rester unis, nous hériterons de leur gloire sans redouter leurs revers. »
L'œuvre principale à laquelle Paul Bert s'attacha pendant son court passage au ministère fut l'élaboration d'un projet de loi sur l'organisation de l'instruction primaire. Les lois sur les titres de capacité, la gratuité, et l'obligation, n'avaient pas touché à un certain nombre de questions fort importantes, qui se trouvaient comprises dans le projet d'ensemble présenté en 1879 au nom de la commission parlementaire. Ce sont ces diverses dispositions du projet de 1879, non encore consacrées par le voto du Parlement, que Paul Bert voulut réunir dans une loi nouvelle destinée à compléter les lois déjà promulguées ou en cours de délibération : cela devait permettre d'arriver à l'abrogation définitive de la loi du 15 mars 1850 ea ce qui regarde l'instruction primaire.
Après la retraite du cabinet du 14 novembre, Paul Bert présenta ce travail à la Chambre, le 7 février 1882, comme député, sous la forme d'une proposition de loi, M. Jules Ferry, qui avait rcpri-^
BERT (PAUL