‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 498 sur 573 · IF · texte numérisé non relu

IF

Nombre des institutrices publiques en 1885.

Institutrices. Adjointes,

brevetées, non brevetée», brevetées, non brevetées*

San José. . .

Alajuelà . . .

Cartago....

Heredia

Gùanacaste.

Puntarenas.

Limon

Le traitement des instituteurs varie de 125 à 500 francs par mois, suivant l'importance de 1 école qu'ils dirigent.

Il paraît depuis 1885 à San José, sous le titre de el Maestro, un journal pédagogique semi-mensuel, publié à l'imprimerie nationale et destiné à répandre parmi les instituteurs les bannes méthodes pédagogiques.

Les établissements d'enseignement secondaire sont : VInstituto miiversitario, à San José, ouvert en 1884 ; le collège de Saint-Louis de Gonzague, k Cartago, et celui de Saint- Augustin, à Heredia; •et le séminaire des Lazaristes. Pour les jeunes filles, il y a les deux collèges de Notre-Dame de Sion, à San José et à Alajuelà, et le collège du Sacré-Cœur.

L'université Saint-Thomas, à San José, ne comprend qu'une l'acuité de droit, créée en 1874. Une école d'ingénieurs civils a été l'ondée en 1881. Une écolo militaire a été ouverte en 1886.

Les chiffres du budget de l'instruction publique ont été les suivants pour les cinq derniers exercices :

1882-1883 377 445 francs.

l'o Partie.

I CROUSEILIIKS (De';. — Maric-Jean-Picrre-Pio I Dombidau do CrouseilUes, né à Olcron (Bas.scs- I Pyrénées) en 1792, lut d'abord avocat, puis ma- I gistrat sous la Hcstauration. Il de int pair do i France en 1845. En 1849 il fut élu membre de j l'Assemblée législative, où il vota avec la droite légitimiste. Le président de la. République, forcé en janvier 1851 d'abandonner le cabinet de ses préférences, où M. do Paricu avait tenu le portefeuille de l'instruction publique, et après avoir eu recours un instant à un miriisièrc de iransjiion dans lequel l'instruction publique fut confiée à M. Gh. Giraud *, se décida, le 10 avril, à appeler au pouvoir un cabinet représentant la majorité de l'Assemblée ; M. de Crouseilhes y reçut le département de l'instruction publique.

C'est sous l'administration de M. de Crouseilhes que fut promulgué, le 31 juillet 1851, le programme d'enseignement pour les écoles normales primaires, soumises désormais au régime de la loi du 15 mars 1850. Ce programme, on le sait, abaissait considérablement le niveau des études ; c'était, comme l'a dit notre collaborateur M. Jacoulet, — V. Normales {Ecoles), p. 20G5 — <( l'enseignement d'un petit séminaire et non d'une école normale, et il est clair que cette réglementation minutieuse n'avait qu'un but, déprimer le plus possible l'enseignement et former des instituteurs selon le cœur du clergé ». A cette même administration appartient le Règlement modèle pour les écoles communales, du 17 août 1851, qui est resté en vigueur jusqu'en 1880 (V. Règlements scolaires, p. 2557).

M. de Crouseilhes sortit du ministère le 26 octobre 1851, et son portefeuille fut repris par M. Giraud. Il devint sénateur de l'empire en 1852. Il est mort en 1861.

EQUATEUR. — La république de l'Equateur est formée de l'ancienne présidence de Quito. Lorsque les colonies espagnoles se séparèrent de la mère-patrie, la présidence de Quito s'unit d'abord à la Nouvelle-Grenade et au Venezuela et forma avec eux un vaste Etat appelé Colombie. Cette union ayant été dissoute en 18:50, chacun des trois territoires se constitua en un Etat séparé, et celui qui nous occcupe prit le nom de République de l'Equateur.

Le territoire de l'Equateur a une superficie d'environ 900 000 kilomètres carres; sa population est d'environ 1 100 OUO habitants, dont 650000 seulement sont des blancs. Le pouvoir législatif est exercé par un Sénat et une Chambre des députés, le pouvoir exécutif est confié à un président élu. La république est divisée en trois départements, Quito, Guayaquil et Assuay. L'instruction publique relève du ministre de l'intérieur, assisté d'un Conseil de l'instruction publique; dans les provinces, il y a des directeurs dos études.

Les écoles primaires sont entretenues par les municipalités, qui en ont l'administration et la surveillance immédiate. L'instruction primaire est obligatoire et gratuite. Elle n'est pas laïque : l'enseignement de la religion catholique fait partie du programme officiel; un certain nombre d'écoles sont dirigées par des congregani.->tes.

Il n'existe pas d'écoles normales.

Les établissements d'enseignement secondaire sont les collèges, qui se trouvent dans les principales villes, et les séminaires, placés au siège des evèchés.

H existe à Quito, capitale de la république, des écoles supérieures spéciales pour le droit, la médecine, les beaux-arts, ainsi qu'une Ecole polytechnique.

Il no nous a pas été possible de nous procurer des renseignomonts statistiques sur l'état de Tiuslruction publique dans l'Equateur. '*

FALLOUX (DU

FAfLLOmJC^ jDE)

FALLOUX (De). — Alfred-Pierre de Falloux est né à Angers le 7 mai 1811. Son père était un riclio commerçant qui reçut en 1825, en récompense des services qu'il avait rendus aux Bourbons, le titre de comte. Alfred de Falloux se fit d'abord connaître, à vingt-neuf ans, par la publication d'une Histoire de Louis XVI (Paris, 1840), qu'il fit suivre quatre ans après d'une Histoire de saint Pie V, pape (Paris, 1844, 2 vol.). En 1843 il s'associa à MM. de Montalembert et de Vogué pour la fondation de la revue catholique le Correspondant *. Il entra en 1846 à la Chambre des députés, où ses discours en faveur de la liberté de l'enseignement lui acquirent promptement une certaine notoriété. Après la révolution de février, il fit adhésion à la République, mais avec le ferme propos de travailler de tout son pouvoir au triomphe dç l'Église et de la légitimité. Elu représentant du peuple par le département de Maine- 3t-Lcire, il devint, à l'Assemblée constituante, membre de la commission du travail, et l'on n'a pas oublié que son rapport sur les ateliers nationaux provoqua l'insurrection de juin.

Après l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République, M. de Falloux, « à la surprise de beaucoup de gens et surtout à la sienne » [Le parti catholique, par le comte de Falloux, 1856), reçut le portefeuille de l'instruction publique et des cultes (20 décembre). Il choisit pour chef de cabinet M. Jourdain, professeur de philosophie au collège Stanislas.

Le premier acte du nouveau ministre fut de retirer le projet de loi sur l'enseignement qu'avait présenté en juillet 1848 M. Carnot, et qui avait été renvoyé par l'Assemblée à l'examen d'une commission. En même temps, il instituait deux commissions chargées de préparer, l'une une loi sur l'instruction primaire, l'autre une loi sur l'instruction secondaire.

Voici comment M. de Falloux lui-même a expliqué la ligne de conduite qu'il adopta comme ministre représentant les intérêts du parti catholique :

« Un partisan notoire de la liberté religieuse, entrant pour la première fois dans un ministère, avait à opter entre deux lignes parfaitement distinctes : laisser subsister l'enseignement de l'État, sans y toucher, et autoriser l'Église, par le petit nombre de mesures qui dépendaient uniquement de la signature ministérielle, à créer au sein du pays quelques oasis d'éducation catholique ; ou bien entreprendre d'une façon plus régulière et plus efficace la réforme de l'enseignement public, en y comprenant l'enseignement de l'État. Le premier de ces deux modes était le plus simple; il éludait les rencontres avec l'Assemblée, il échappait aux contradictions et aux contrôles ; mais, à part mille autres inconvénients, il avait surtout celui de la fragilité. Né d'une volonté ministérielle, il pouvait et devait disparaître avec elle... Le second parti était plus complexe, exposait à plus d'obstacles, mais compensait ces obstacles par l'étendue et la solidité... Faire rentrer les jésuites en France à la hâte, pêle-mêle avec les saints-simoniens et les socialistes, dans une bagarre républicaine de courte durée, pouvait causer la joie de quelques âmes et nourrir l'illusion de quelques jours. Cela ne pouvait se proposer aux esprits réfléchis comme une œuvre sérieuse et durable. A quoi servait d'ouvrir çà et là quelques maisons exclusivement religieuses, si ces maisons, bâties pour ainsi dire à l'écart, deniCuraient stigmatisées par l'antipathie opiniâtre de la société industrielle, administrative et gouvernementale?... Quels étaient le nombre et la classe des parents prêts à confier leurs fils aux écoles ostensiblement et exclusivement catholiques? C'étaient les parents déjà catholiques, amenant des enfants dont le berceau avait été béni par la religion et qui avaient as-

piré pour ainsi dire la foi dans les leçons de la maison paterne^e. Si le bienfait de la législation nouvelle ne s'était étendu que^^ur eux, ce biei;ifait, quelque grand qu'il eût été, n'eut produit que des efi"ets imperceptibles par rapport, à, l'ensemble de la nation... L'Égli^se n'est poi,nt une secte, c'est une famille et une patrie. Quan^,on veut la servir à son exemple et selon ses vuég, c'est l'expansion qu'on ambitionne pour elle. Oh s^applique à lui faire prendre, dans l'éducation et le gouvernement dp toutes les âmes, la part qui se concilie, dans l'intérêt même de la foi, avec le respect des consciences, le droit public et l'état général de la nation. »

M. de Falloux avait opté résolument « eu faveur du parti le plus laborieux, mais le plus efficace ». Il voulait amener les représentants de la société civile à s'allier avec l'Église, et à concéder à celleci, de plein gré, la part qu'elle réclamait dans la direction de l'éducation publique.

La commission de l'instruction primaire était ainsi composée : MM. le ministre de l'instruction publique et des cultes, président ; Poulain de Bossay, conseiller ordinaire de l'Université ; Cuvier, pasteur; Michel, collaborateur du P. Girard; Armand de Melun, président de la Société d'économie charitable ; Henri de Riancey, membre de la Société d'économie charitable ; Cochin, membre de la Société des amis de l'enfance ; Bûchez, représentant du peuple (Bûchez refusa sa nomination) ; l'abbé Sibour, représentant; Roux-Lavergne^ id. ; de Montreuil, id.;]^esui\in,,i,4î,i A^^^i^ Chevalier, secrétaire. . ! . ï';, ;,' , -wV

La commission de l'instruction secondaire comprenait les membres suivants : MM. le ministre, président; Cousin, conseiller titulaire de l'Université ; Saint-Marc Girardin, id. ; Dubois, id. ; Dupanloup, vicaire-général du diocèse de Paris ; Janvier, conseiller d'Etat; Laurentie, ancien inspecteur général de l'Université ; Bellaguet, président de l'Association des chefs d'institution du département de la Seine ; Thiers, représentant du peuple ; Freslon, id.; de Montalembert, id. ; Corne, id.; de Corcelles, id.; Fresneau, ,id. ; François Housset, secrétaire.

«Dès la première séance, écrit M. de Falloux, à qui nous continuons d'emprunter l'intéressant commentaire de ses actes, les deux commissions décidèrent de se réunir en une seule pour préparer une loi commune aux deux enseignements. D'ailleurs, l'intention première du ministre avait été de n'instituer qu'une commission; mais une circonstance particulière l'avait détourné de cette pensée. M. de Falloux se proposait de retirer des bureaux de l'Assemblée le projet de loi sur l'enseignement primaire présenté par M. Carnot ; certain d'avance que la gauche s'emparerait de cette mesure pour lui reprocher de sacrifier les intérêts de l'instruction populaire, il avaitvoulu ôter tout prétexte à ce reproche, si peu fondé qu'il fût, en confiant à une commission spéciale l'étude de la loi sur l'enseignement primaire. »

Ce fut le 4 janvier 1849, c'est-à-dire le jour même où il avait institué la double commission ministérielle, que M. de Falloux annonça le retrait du projet Carnot. Comme il l'avait prévu, la majorité de l'Assemblée témoigna un vif mécontentement de cette mesure. Elle se plaignit que le ministre empiétât sur ses prérogatives ; en eflTet, la loi sur l'enseignement, classée par le décret du 1 1 décembre 1848 parmi les lois organiques, devait, à ce titre, être réservée à l'initiative de l'Assemblée constituante. Le rapporteur de la commission parlementaire nommée plusieurs mois auparavant pour examiner le projet Carnot, M. Barthélémy Saint-Hilaire, annonça que cette commission avait tenu de nombreuses séances et était en mesure de présenter à l'Assemblée le résultat de son travail. Pour affirmer son droit, l'Assemblée décida, sur la proposition

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de M. Pascal Du prqt, de nommer le lendemain une nouvelle commission qui serait charj^ée, concurremment avec la comniisslon ministériel le, de préparer un projet de loi sur l'instruction primaire. Cette seconde commission parlementaire, nommée le 5 janvier, fut composée de MM, Payer, Germain Sarrut, Carnnt, Jules Simon, Bourbeau, Barthélémy Salnt-Hilaire,Salmon,Th.Dufour, Gui •hard,deVaulabelle, La garde, Edgar Quinet,de Lou ville, Jules de Lastcyric, et le général Poncelet ; M. de Vaulabelle ch fut le président, et M. Jules Simon le secrétaire. La commission dé l'Assemblée se mit aussitôt à l'œuvre, et le 5 février M. Jules Simon put présenter en son nom un projet en vin^t-trois articles, précédé d'un rapport. Mais dans l'intervalle, l'Assemblée constituante, pressée par le gouvernement qui soutenait que son mandat était expiré et qu'elle devait céder la place à une assemblée nouvelle, s'était déterminée à fixer un terme à sa propre existence, et à ne conserver à son ordre du jour qu'un petit nombre d'objets sur lesquels elle entendait voter avant sa dissolution, M. Boubée proposa que la loi sur l'enseignement fût comprise au nombre de ces objets, et M, Jules Simon ap-

Puya cette demande; mais par 458 voix contre 307 Assemblée rejeta la motion Boubée. La discussion de la loi d'enseignement fut donc réservée à la future Assemblée législative, qi^î .devait se réunir en mai.

De son côté, l'ancienne commission, chargée d'examiner le projet Carnot, quoique n'ayant plus d'existence officielle depuis le retrait de ce pro.jet, n'avait pas voulu que son travail fut perdu. Son président, M. Barthélémy Saint-Hilaire, déposa le 10 avril sur le bureau de l'Assemblée le projet élaboré par lui et ses collègues, avec un rapport à l'appui. Ce projet, qui n'était communiqué à l'Assemblée qu'à titre de simple renseignement, ne fut naturellement pas mis en discussion.

La commission ministérielle, cependant, dont nous avons indiqué la composition, s'occupait à élaborer le projet qui devait devenir la loi du 15 mars 1850. M. de Falloux nous renseigne en ces termes sur le rôle que jouèrent dans les débats de la commission les personnages qui en furent les membres les plus marquants :

« La commission nomma M. Thiers vice-président (la présidence était réservée au ministre). C'était lui en effet qui devait exercer et qui exerça réellement l'action la plus directe sur l'œuvre commune. Assidu à toutes les séances, ardent à toutes les enquêtes. M, Thiers déploya durant trois mois un infatigable dévouement, et la douleur patriotique qui jaillit du fond de son âme révélait un intime sentiment de l'état moral du pays,

» Assailli en sens contraire, par les lumières de son grand esprit et par de chères et paternelles illusions, M. Cousin combattit souvent M, Thiers corps à corps. Néanmoins, quand il s'agissait de sonder les plaies de la société moderne, nul ne le surpassa en fécondité d'aperçus et d'éloquence. Il repoussait le mode, non le but; en dehors de la commission, il s'unissait à M. Thiers pour la défense du christianisme et pour la restauration du Saint-Siège.

» M. Saint-Marc Girardin n'avait à vaincre ni ses antécédents ni lui-même; c'était le trait d'union de toutes les nuances difficiles à rapprocher, et, quand l'esprit de conciliation eut besoin de l'esprit pratique, la délicatesse de ses conseils ne fit jamais défaut.

» M, de Montalembert, pour la première fois, goûtait la jouissance de se sentir appuyé sur un large terrain par toutes les forces vives de la grande croisade du bien, et M, Dupanloup, dont la place avait été marquée d'avance par le noble pressentiment qui, en pleine ardeur de nos luttes, lui faisait intituler un livre : De la pacificafion reli-

gieuse, put laisser parlera son ais(^ sbri cœur do prêtre et son zèle d'apôtre. »

Des extraits des procès-verbaux olïlciels de la commission ont été publiés en IS'U, M. Dupanloup avait conservé ces documents entre ses mains, et il chargea en mourant l'un de ses amis, M. H. de Lacombc, d'en cxtra^ire les parties qu'il lui semblerait opportun de livrer à la publicité; celui-ci en a fait un volume intitulé : Les débats de la Commission de 184î), discussion parlementaire et loi de 1850 (Paris, bureaux du Corresjjondant, 1879). En parcourant l'instructif compterendu de ces débats restés si longtemps secrets, on voit que ce fut M. Thiers qui poussa, plus que tout autre, aux mesures cxtrèmos. Voici le langage que tenait l'auteur de V Histoire du Consulat et de L'Empire : « Je suis prêt à donner au clergé tout l'enseignement primaire,,. Je demande formellement autre chose que ces instituteurs laïques, dont un trop grand nombre sont détestables ; je veux des Frères, bien qu'autrefois j'aie pu être en défiance contre eux; je veux rendre toute-puissante l'influence du clergé; je demande que l'action du curé soit forte, beaucoup plus forte qu'elle ne l'est, parce que je conipte beaucoup sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend à l'homme qu'il est ici pour souffrir,.. Je dis et je soutiens que l'enseignement primaire ne doit pas être forcément et nécessairement à la portée de tous; j'irai môme jusqu'à dire que l'instruction est, suivant moi, un commencement d'aisance, et que l'aisance n'est pas réservée à tous. » Il disait nettement : « J'ai une aversion passionnée contre les instituteurs primaires, » Il caressait l'idée de charger les curés eux-mêmes du soin de tenir l'école ; et ce n'est que lorsque l'impossibilité de réaliser ce projet lui fut démontrée qu'il y renonça. Il réclama la complète destruction des écoles nonuales : « La suppression des écoles normales primaires, disaitil, c'est le seul remède efficace ; il faut résolument la prononcer. C'est hardi, j'en conviens, bien hardi, en présence de l'opinion généralement accréditée dans la masse des esprits; c'est une mesure d'une audace inouïe. Cependant je ne reculerai pas; je ne suis pas de ces honnêtes gens qui laissent se développer le mal en le voyant; et je m'engage à me faire casser, s'il le faut, bras et jambes à la tribune de l'Assemblée. » Ce furent les membres les plus catholiques de la commission, l'abbé Dupanloup, le comte de Melun, M. Roux-Lavergne, M. de Riancey, qui calmèrent l'ardeur excessive de M. Thiers et lui firent sentir les périls auxquels on s'exposerait en voulant aller trop loin.

Nous ne présenterons pas ici l'analyse du projet élaboré par la commission. L'esprit en a été apprécié ailleurs (Voir les articles France, p. 1069, et Liberté d'enseignement, p. 1582), et nous avons donné le texte même de la loi du 15 mars 1850 à l'article Lois scolaires (p. 1687).

Ce fut le 18 juin 1849 que M. de Falloux déposa sur le bureau de l'Assemblée législative le projet de loi sorti des délibérations de la commission ministérielle. Cinq jours auparavant, les membres les plus énergiques du parti républicain avaient été frappés à la suite de la manifestation du Conservatoire des arts et métiers; la coalition des partis monarchiques dominait désormais sans plus trouver devant elle de résistance sérieuse.

Nous extrayons de l'exposé des motifs lu à la tribune par M. de Falloux les deux passages les plus saillants. Le premier est relatif aux écoles normales :

« Quel est, disait le ministre, la valeur morale des écoles normales primaires? Les instituteurs ne sont pas tous élevés dans les écoles normales. Toutefois, sur dix-sept cents places environ vacantes chaque année, ces écoles «e fournissent pas

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moins de sept cent cinquante à huit cents sujets, et ces sujets, qui devraient servir de modèle, servent en ce moment de point ae mire aux critiques les plus sévères. Des voix sérieuses, impartiales, politiques, se sont élevées pour demander la suppression absolue des écoles normales primaires. On n'a pas refusé de sincères hommages à un grand nombre de directeurs de ces établissements, fonctionnaires éminents et dévoués, on a rendu justice à beaucoup d'instituteurs sortis de leurs mains; mais l'institution a été attaquée en ellemême comme essentiellement vicieuse. On a dit que des jeunes gens au-dessous de vingt ans ne devaient point passer dans une fermentation commune leurs plus difficiles années; qu'ils ne pouvaient voir de près les villes que la plupart n'habiteront pas, toucher à toutes les connaissances et n'en approfondir aucune, sans prendre un sentiment exagéré de leur situation, une trompeuse idée de leurs devoirs; qu'ils ne se voyaient pas décorés de titres superficiellement acquis, sans en garder une ambition inquiète, et qu'il était d'une souveraine imprudence de ramener à la vie des champs des esprits qu'on avait préparés d'avance à la prendre en dégoût ou en haine. Ces objections sont graves. Cependant nous avons cru que l'épreuve pouvait être continuée moyennant le contre-poids du stage fortement organisé; qu'en tout cas, ce stage devait avoir produit ses recrues avant qu'on se privât des ressources de l'école normale. Surtout nous avons voulu laisser les Conseils généraux juges des besoins et des périls de chaque département ; nous avons éveillé leur vigilance et armé leur sévérité. »

Voici maintenant comment M. de Falloux définissait le caractère général du projet de loi :

« Après avoir analysé les mesures principales du nouveau projet de loi, nous pouvons maintenant les résumer en un seul point de vue général. L'instruction est demeurée trop isolée de l'éducation ; l'éducation est demeurée trop isolée de la religion. Le temps n'est plus, grâce à Dieu, où l'on îfaisait à la religion l'insulte de croire que, complice de l'ignorance, elle servait d'instrument docile à tous les gouvernements. Nous voulons que la religion ne soit imposée à personne, mais enseignée à tous. Les amis de l'ordre et les amis de la liberté l'invoquent également. Assignons-lui donc franchement sa place; sachons dire qu'en elle aussi nous cherchons le secret de la liberté, de Tègalité et de la fraternité véritablement pratiques. Mais pour que la religion communique à l'éducation sa puissance, il faut que tout y concoure à la fois, et l'enseignement, et le maître. C'est le but que nous avons tâché d'atteindre, autant qu'on peut le faire par des mesures législatives, en confiant au curé ou au pasteur la surveillance morale de l'école primaire. »

L'Assemblée législative renvoya le projet à l'examen d'une commission. « La composition de cette commission, dit M. de Falloux (Le parti catholique), fut une sanction éclatante du projet de loi. Les principaux membres de la commission ministérielle furent élus et fortifiés par l'adjonction précieuse de défenseurs anciens et éprouvés des mêmes principes. » La commission parlementaire allait, en elTet, trouver le moyen d'aggraver encore les dispositions du projet ministériel. Voici comment elle était composée : MM. Salmon (de la Meuse), Coquerel, Baze, de Melun. de l'Espinay, Sauvaire-Barthélemy, Dufougeray, Barthélémy Saint-Hilaire, de Montalembert, Rouhcr, Thiers, Beugnot, Frcsneau, Janvier, Parisis (évoque de Langres); elle choisit pour président M. Thiers, et pour rapporteur M. Beugnot.

Aux termes de la constitution, le projet, avant d'être présenté à l'Assemblée, aurait dû être envoyé par le ministre au Conseil d'Etat; mais M. de

Falloux avait trouvé à propos de se dispenser do cette formalité, parce que, dit-il lui-même, « ce Conseil était composé alors des débris de l'Assemblée constituante », c'est-à-dire, pour une partie, de républicains; mais « ce qui le portait à craindre l'intervention de ce corps la rendait désirable aux adversaires de la liberté religieuse ». Le 3 juillet, vm membre de la gauche, M. Lherbette, fit observer que le ministre avait violé la constitution ; il ajouta que le président du Conseil d'Etat avait cru devoir adresser à ce sujet une réclamation au président de l'Assemblée. M. de Falloux essaya de se justifier par une distinction subtile : la loi sur l'instruction publique ayant été placée au nombre des lois organiques, l'Assemblée devait en être directement saisie; en outre, l'urgence de la loi ne pouvait être douteuse. Sur la proposition du président de l'Assemblée, M. Dupin, il fut résolu que la question soulevée par M. Lherbette serait renvoyée à la commission nommée pour examiner le projet de loi.

Cette commission aurait dû présenter sur le champ un rapport sur la question préjudicielle dont elle venait d'être saisie; mais elle préféra, pour des motifs faciles à deviner, traîner les choses en longueur, et pendant quatre mois entiers elle se renferma dans un obstiné silence.

Il faut noter ici un incident bien significatif. M. de Falloux avait travaillé à donner à l'Eglise catholique une part aussi large que possible dans la direction de l'enseignement. Certains intransigeants d'extrême droite trouvèrent qu'il n'en avait pas fait assez : le projet laissait subsister quelques débris de l'ancienne organisation universitaire, que cette fraction du parti catholique avait espéré voir entièrement détruite. Des journaux comme V Univers accusèrent M. de Falloux de faiblesse et de trahison; ils dénoncèrent le projet comme un abandon des droits sacrés de l'Eglise, qui devait régner sur tout l'enseignement en maîtresse unique et souveraine. Il fallut répondre à ces exagérés, qui voulaient tout ou rien; un mémoire, « qui n'était en aucune façon destiné à la publicité », mais qui fut répandu dans le clergé, fut rédigé par un ami de M. de Falloux pour montrer quels avantages immenses la loi assurait en réalité à l'Eglise. On trouvera à l'article France, p. 1071, et à l'article Liberté d'enseignement, p. 158.2, un certain nombre de passages textuellement empruntés à ce document, qui devait rester secret, mais qui a été retrouvé et publié en 1880. Les arguments des catholiques politiques ne réussi rent pas néanmoins à convaincre les « intempérants » du parti, et ceux-ci persistèrent jusqu'au bout dans leur opposition.

En septembre 1849, une grave maladie obligea M. de Falloux à abandonner son portefeuille. Cette retraite, dans sa pensée, ne devait être que momentanée; aussi le ministre ne fut-il pas remplacé : l'intérim fut simplement confié à M. de Lanjuinais, ministre de l'agriculture et du commerce (15 septembre). Mais le 31 octobre suivant, le président de la République changea son ministère, et M. de Parieu fut appelé à l'instruction publique. Et non seulement M. de Falloux vit ainsi le pouvoir passer en d'autres mains, mais l'état de sa santé l'empêcha, au commencement de l'année suivante, de prendre part à la discussion de la loi qu'il avait préparée.

Nous devons mentionner ici, pour être complets, quelques actes de l'administration de M. de Falloux, que nous n'avons pas signalés à leur date afin de ne pas interrompre notre exposé.

Le 9 avril 1840, l'Assemblée constituante discutait le budget de l'instruction publique. En juillet 1848, l'Assemblée avait voté, afin de permettre que le traitement des instituteurs fût élevé à 600 francs, un crédit extraordinaire d'un million pour les six

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mois qui restaient à courir de l'année 1848. Le ministre porta ce crédit à doux millions pour l'année entière dans son projet de budn;et pour 1840. M. Pascal Duprat montra que ce chiffre serait insuffisant, et proposa de l'élever à 3 millions GÛO 000 francs. La commission du budget s'arrêta au chiffre do 3 millions, qui devait permettre de porter le traitement à 550 francs ; la différence do 50 francs devait être fournie aux instituteurs par les revenus accessoires qu'ils se feraient « soit comme secrétaires de mairie, soit comme agents de l'église paroissiale ». La proposition de la commission fut votée. M. de Falloux remercia l'Assemblée de sa libéralité, en déclarant qu'elle n'avait fait que le devancer dans une voie où il s'était proposé d'entrer lui-même.

Quelques jours plus tard, par une circulaire aux recteurs datée du 16 avril, le ministre annonçait l'intention de sévir contre les instituteurs qui se montreraient attachés aux principes républicains. « Veuillez, disait-il, en les avertissant, épuiser d'abord tous les moyens de la persuasion, mais, lorsque vous rencontrerez l'insubordination, usez avec énergie de l'autorité qui vous appartient. » Cette circulaire comminatoire contenait déjà en germe l'odieuse loi d'épuration qui devait porter la date du 11 janvier 1850.

Les autres mesures intéressant l'enseignement primaire, prises sous le ministère Falloux, sont un règlement pour les examens des aspirantes aux diplômes de maîtresse d'étude, de maîtresse de pension et de maîtresse d'institution du département de la Seine (13 avril 1849); un règlement pour l'école normale des directrices de salles d'asile établie à Paris (13 avril 1849); et un arrêté instituant une commission pour l'établissement d'une caisse de retraite et de secours en faveur des instituteurs publics (29 juin 1849).

Il nous reste, puisque nous avons retrace les origines de cette loi d'enseignement à laquelle le nom de M. de Falloux est demeuré attaché, à achever brièvement l'historique des délibérations dont elle fut l'objet.

Le G octobre 1849, M. Beugnot déposa sur le bureau du président de l'Assemblée le rapport de la commission chargée d'examiner le projet de loi surlinstruction publique. M. Lherbette s'empressa de rappeler qu'il y avait une question à vider au préalable, celle de savoir si le projet serait d'abord renvoyé au Conseil d'Etat. Cette question vint à l'ordre du jour le 7 novembre. M. Beugnot déposa des conclusions négatives; il avait trouvé un argument nouveau qui fait comprendre pourquoi la commission avait tenu à gagner du temps. « Cette question, dit-il, qui pouvait d'abord offrir des doutes, n'en offre plus depuis que la commission a terminé et déposé son travail; et le droit du Conseil d'Etat, s'il existait, se trouve périmé, car il s'exercerait sur un projet amendé, ce qui serait une atteinte grave aux droits de la commission qui représente l'Assemblée. » La majorité refusa d'admettre un raisonnement pareil, et le nouveau titulaire du portefeuille de l'instruction publique, M. de Parieu, ayant annoncé que le gouvernement ne s'opposait pas au renvoi au Conseil d'Etat, ce renvoi fut prononcé. Le vote de l'Assemblée fut regardé comme un échec pour le parti catholique, qui voyait déjà sa loi en péril.

Nous avons dit que la commission parlementaire avait encore aggravé certaines disposition^ du projet Falloux. En effet, elle supprimait complètement ' l'enseignement primaire supérieur, que le projet ' primitif avait laissé subsister; elle abaissait à dixhuit ans l'âge exigé des instituteurs adjoints, afin do favoriser les congréganistes; enfin elle faisait disparaître les écoles normales. Voici, sur ce dernier point, le texte du projet primitif: « Tout dé- } parlement pourvoit au recrutement des institu- ;

; teurs communaux en entretenant des élèves-maîtres > dans les élablisscmcnti d'instruction prijnai*'e désignés par le Conseil académique, ou créés à cet ffj'ct par Le département, sur l'avis de ce Conseil. » Ce texte ne prononçait pas contre les écoles normales la condamnation absolue qu'avait désiréo M. ïhiers. Le projet Beugnot, par contre, disait : « Les départements pourvoie/ft au recrutement des instituteuï-s communaux en entretenant des élèves-maîtres danx les écoles primaires désignées par le Conseil académique. Le ministre de l'instruction publique, après avoir consulté le Conseil supérieur et le Conseil général, pourra autoriser un département qui a fondé une école normale primaire à la conserver provisoirement et pour un I temps détermine. »

! Le Conseil d'Etat, une fois saisi de la question, formula ce que M. de Falloux appelle '< un véritai ble contre-projet ». Ce contre-projet était pourtant bien insuffisant au point de vue des garanties qu'il eût fallu assurer. Il maintenait les académies existantes, que le projet Falloux-Beugnot détruisait et remplaçait par des académies départementales ; il instituait des comités cantonaux, et au-dessus d'eux un comité départemental dans lequel aucun ecclésiastique n'était appelé; enfin il remettait la nomination des instituteurs aux préfets. « Ce travail, ajoute M. de Falloux, exerça très peu d'influence » ; M. Beugnot en fit l'objet d'un rapport supplémentaire, et annonça que la commission maintenait son projet, sauf quelques modifications sur des points tout à fait accessoires.

Avant de s'occuper de la loi organique de l'enseignement, l'Assemblée vota la « petite loi » du 11 janvier 1850 (V. Lois .<!Colaires, p. 168G), qui ne devait rester en vigueur que durant six mois. Le but de cette loi, comme on sait, était de permettre au gouvernement de révoquer les instituteurs républicains, que la droite accusait d'être des agents de désordre et d'immoralité. Un mot suffit pour indiquer clairement l'esprit qui animait la majorité de l'Assemblée. Quelques membres de la gauche ayant réclamé coutre les paroles de M. de Parieu, qui affirmait que les instituteurs faisaient « la propagande au profit de doctrines insensées », une voix à droite s'écria, en s'adressant aux membres de la gauche : « Il est évident que les instituteurs sont coupables, puisque vous les défendez. » (Compte-rendu officiel de la séance du 2 janvier 18.J0).

La discussion de la loi organique s'ouvrit à l'Assemblée le 14 janvier, et se continua les jours suivants. Les principaux orateurs de la gauche, Victor Hugo, Crémieux, Charras, Edgar Quinet, furent bafoués par une majorité intolérante qu'encourageait l'attitude du président, M. Dupin; un orateur d'extrême droite, l'abbé de Cazalès, soutint que la part faite à l'Eglise dans le projet de loi n'était pas suffisante ; M. de Montalembert affirma que l'Université avait causé tous les malheurs du pays, et que le remède c'était « de faire rentrer la relifïion dans l'éducation par la liberté » ; enfin M. Thicrs (séance du 18 janvier) glorifia en ces termes l'alliance conclue entre les orléanistes du centre-gauche et leurs anciens adversaires de la droite cléricale : « Quand toutes les dynasties ont été emportées, je n'ai plus vu aucune différence entre les partisans do l'Église et les partisans de l'État; tous ne sont plus à mes yeux que les défenseurs de la société. J'ai tendu la main à ceux que je combattais la veille ; ma main est dans la leur, et elle y restera pour la défense de la société. » Les trois débats réglementaires ne furent termines que le 15 mars, et ce jour-là l'ensemble de la loi fut voté par 399 voix contre 237. Nous tenons à reproduire, comme conclusion, le passage suivant d'un discours prononcé en 186

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au congrès de Malines par M. de Falloux ; l'orateur s'y défend avec modestie de mériter l'honneur d'être appelé « l'auteur de la loi do 1850 » :

« Non, dit-il, ce nest pas moi qui ai fait la loi de 1850. Je vais vous dire qui l'a faite. Ce sont trois hommes : M. de Montalembert d'abord et avant tout autre. J'ai souvent à cet égard usurpé des hommages qui ne m'appartiennent pas, et je suis heureux d'en soulager ma conscience. En 1850, la loi de l'enseignement eût été impossible sans les quinze années de travaux, et je dirai d'apostolat de M. de Montalembert. i • ■

» Il y a un second homme qui a fait la loi de 1850. Celui-là ne s'appelait pas encore l'évêquc d'Orléans, mais il s'appelait déjà l'abbé Dupanloup. Celui-là avait pris la plus vive part dans tous les actes de l'enseignement, et par la parole, et par la plume, et par l'enseignement lui-même. Dans la commission préparatoire, son habile, vigilante, affectueuse intervention a été incessante.

» Enfin un troisième homme a jeté un regard courageux et profond sur toutes les plaies de la société, et il a fait le succès de la loi. Ce troisième homme, c'est M. Thiers. Voilà les trois auteurs de la loi de l'enseignement. »

Si M. de Falloux n'est pas, en effet, l'auteur unique, ni même l'auteur principal de la loi de 1850, il faut reconnaître qu'il fut du moins l'homme nécessaire à son éclosion, l'habile et souple politique qui pouvait seul réussir à faire collaborer à l'œuvre commune des adversaires qui semblaient inconciliables, mais dont sa sagacité sut découvrir les affinités secrètes.

Il nous reste peu de chose à dire pour terminer cette notice. Rentré à l'Assemblée législative lorsque sa santé fut rétablie, M. de Falloux y fit campagne à côté de M. de Montalembert en faveur du parti clérical, et se sépara complètement du président dont il avait été le ministre, quand il le vit se poser en prétendant. Après le 2 décembre, il se retira dans ses propriétés, et s'y occupa d'agriculture. En 1856, il devint membre de l'Académie française. Après la chute de l'empire, il ne chercha pas à se faire élire à l'Assemblée nationale, à cause du mauvais état de sa santé ; mais il prit néanmoins une part active aux négociations qui amenèrent la fusion des partis légitimiste et orléaniste. Ses idées sur les concessions qu'il convenait de faire en vue du rétablissement de la monarchie amenèrent une rupture entre lui et beaucoup de ses anciens amis; il fut même excommunié en 1876 par l'évêque d'Angers, à la suite d'un débat relatif à une aliénation de terrain ; mais le nonce du pape annula l'excommunication. M. de Falloux est mort dans ses terres, en 1886, à l'âge de soixante-quinze ans.

Outre les ouvrages déjà cités, M. de Falloux a publié un certain nombre de brochures politicoreligieuses, entre autres le Pai'ti catholique (1856) ; il a aussi fait imprimer des Lettres inédites de A/me Sneichine (1866). En 1882, il a réuni en deux volumes un certain nombre d'opuscules et de discours, sous le titre de Discours et mélanges politiques (Paris, E. Pion).

GARAT. — Joseph Garât, né en 1749 à Rayonne, d'abord avocat à Rordeaux, puis homme de lettres à Paris et professeur d'histoire au Lycée, a joué un certain rôle pendant la Révolution. Il fut député aux États-Généraux, et l'un des rédacteurs du Journal de Paris. Le 12 octobre 1792 il remplaça Danton au ministère de la justice, qu'il échangea le 14 mars 1793 contre celui de l'intérieur, où il succéda à Roland. Il donna sa démission le 15 août 1793, et songea d'abord à rentrer dans l'enseignement public : c'est à lui et à son collègue Monge que fait allusion la pétition du département de Paris du 15 septembre 1793,. dans cette phrase : « Ce plan a été discuté et concerté non seulement avec volro commission,

mais enc,Qri? i^ycçc. 4es ^Qmmes dont l'JSurope admire les talents, et dont la France estime le pa-. triotisme ; déjà deux d'entre ceux qui on;t quittp le ministère, et que la confiance publique a sdivi,s, dans la retraite, désirent concourir à la régénération morale d'une nation renaissante. » Mai§ il, ne put alors douner suite à son désir, l'organisjation de l'enseignement supérieur ayant été ajournée. Après le 9 thermidor, il fut nommé commissaire de riostruction publique en remplacement de Payan * (les ministères avaient été remplacés, le 12 germinal an II, par douze commissions exécu^ tives, composées chacune d'un commissaire et de deux adjoints). Il parait avoir apporté peu de zèle dans l'exercice de ces fonctions, qu'il ue conserva que quelques mois; il s'était entièrement déchargé des soins de sa charge sur ses deux ad;' joints, Ginguené* et Clément* de Ris; on Ht dans un libelle publié en ventôse an III par Chalmel, ex-secrétaire général de la Commission d'instruction publique : « Garât, depuis cinq mois, n'a pas donné vingt-quatre heures de son temps à la Commission. » Il donna sa démission peu de temps après, et fut remplacé par Ginguené. En nivôse an III, il avait éto désigné comme l'un des professeurs de l'École normale, où il fit deux leçons sur l'analyse de l'entendement. Il devint membre de l'Institut dès la fondation de ce corps, siégea au Conseil des Anciens, fut envoyé comme ambassadeur à Naples en 1798, et figura ensuite parmi les membres du Consqil d'instruction; publique créé par François * de Neufchàteau, avec Lagrange, Palissot, Ginguené, Domergue, Darcet, Lebreton, Jacquemont et Destutt dé Tracy. Après le 18 brumaire, il entra au Sénat, et pendant les Gent-Jours fut membre de la Chambre des repré^ sentants. Il fut éliminé de l'Institut en 1816, et passa ses dernières années dans la retraite. Il est mort en 1833. Garât fut un rhéteur brillant, mais ne posséda aucune des qualités solides de l'écrivain et du penseur. Parmi les écrits qu'il a laissés, nous citerons la Préface de la cinquième édition du Dictionnaire de l'Académie, et des Mémoires dans lesquels il a montré une impartialité qui fait honneur à son caractère.

GEDIKE. — Frédéric Gedike, pédagogue allemand, né en 1754, àRoberow en Brandebourg, était fils d'un pasteur de village. Ayant perdu son père de bonne heure, il fut élevé dans l'orphelinat de Zullichau, que dirigeait Steinbj^rt, et étudia ensuite la théologie et les langues anciennes à l'université de Francfort sur l'Oder. Ses goûts le portant vers l'enseignement, il obtint en 1776 un emploi de professeur au gymnase de Werder à Berlin, dont il devint directeur trois ans plus tard. Par son zèle et ses talents, il amena cet établissement à un haut degré de prospérité. En 1793, il échangea la direction du gymnase de Werder contre celle du gymnase berlinois {Berlinisches Gymnasium), et ne se distingua pas moins dans cette nouvelle position. Il était en outre conseiller supérieur de consistoire, membre du Conseil scolaire supérieur, et membre de l'Académie des sciences de Berlin. Il mourut en 1803. On a de lui un ouvrage intitulé Aristote et liasedow (1779), dans lequel il a cherché à faire voir que les principes des novateurs pédagogiques du xviu* siècle sont conformes à ceux que professaient les maîtres les plus éclairés de l'antiquité. Dans un autre livre, la Pédagogie de Luther (1792), il a résumé les idées du réformateur de l'Allemagne en matière d'éducation.

Mais son principal titre à une mention dans ce Dictionnaire, c'est sa méthode de lecture. Partisan des principes de Basedow, il publia d'abord un expose théorique de la question dans un traité intitulé : De l'enseignement de la lecture et d'autres maticrec connexes {Vom Lesenlernen und

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