LA ROCHEFOUCAULD — 1510 — LA ROCHEFOUCAULD
tionale de Liancowt depuis so7i origine jusqu'à ce jou>\ l«r vendémiaire an VU (17'J8), publiées par Crouzet lui-même. Les trois cents élèves que contenait l'établissement, mal logés, mal vêtus, mal nourris, apprenaient depuis la lecture, l'écriture et le calcul, jusqu'aux mathématiques, jusqu'à la science des fortifications et à la tactique militaire. On y donnait aussi l'enseignement du dessin et de la musique instrumentale, dont Will:cm profita ; on avait conservé de même l'apprentissage des métiers, institué dès l'origine ; au besoin, on y gardait les troupeaux.
Le premier consul visita plusieurs fois Liancourt ; il avait également visité le collège de Corapiègne, organisé militairement, mais où l'Etat donnait l'enseignement classique. Un jour que, dans ce collège, il avait questionné un grand nombre d'élèves sur ce qu'ils comptaient faire à leur sortie, il témoigna une vive impatience d« leurs réponses. « L'Etat, dît-il, fait de» frais considérables pour élever ces jeunes gens, et, quand leurs études sont terminées, ils ne sont, à l'exception des militaires, d'aucune utilité au pays; presque tous restent à la charge de leurs familles qu'ils devraient aider. Il n'en sera plus ainsi. Je viens de visiter les grands établissements des villes du Nord et les grands ateliers de Paris. J'ai trouvé partout des contre-maîtres distingués dans leur art, dune grande habileté d'exécution, mais presque aucun qui fût en état de faire un tracé, un calcul le plus simple de machine, de rendre ses idées par un croquis, par un mémoire. C'est une lacune dans l'industrie ; je veux la combler ici. Plus de latin, — on l'apprendra dans les lycées qui vont s'organiser, — mais le travail des métiers, avec la théorie nécessaire pour leur progrès. On formera ici d'excellents contre-maîtres pour nos manufactures. « (Pompée, Rapport.)
Quelques jours après, le Moniteur du 6 ventôse an IX (25 février 1803) disait qu'à partir de germinal de la même année l'instruction donnée au collège de Compiègne aurait pour but de former de bons ouvriers et des chefs d'atelier; l'établissement était placé sous l'autorité du ministre de l'intérieur et il prit ultérieurement le titre d'Ecole d'arts et métiers. On y transporta les élèves de Liancourt. Trois ans après cette transformation, La Rochefoucauld, sollicité par le ministre de l'intérieur, consentit à y aller faire une enquête, et, à la suite de sa première visite, qui eut lien le 4 juillet 1806, il reçut le titre d'inspecteur général. Il conserva ce titre lorsque l'école agrandie eut été transférée à Châlons, et il continua d'inspecter l'école, « n'acceptant aucun traitement, mais simplement le remboursement de ses frais de poste et d'hôtel » (Pompée) ; ne se bornant pas, d'ailleurs, à s'assurer du progrès des élèves, mais s'occuparU d'eux à leur sortie et s'ingéniant à les placer. L'empereur, tout en appréciant ses qualités, ne le goûtait pas ; La Rochefoucauld ayant repris et développé à Liancourt ses entreprises d'industrie cotonnière, il affecta de le décorer du ruban de la Légion d'honneur comme manufacturier.
L'année 1814 appela l'attention du duc de La Rochefoucauld-Liancourt sur les écoles populaires. Il, fut l'un des premiers à s'intéresser à l'introduction dans notre pays de la méthode d'enseignement mutuel, qu'il avait vue sans doute fonctionner en Angleterre, et il traduisit, dans cette intention, l'ouvrage que Lancaster avait publié en 1810 : Système anglais d'itistruction, ou Recueil complet des améliorations et inventions j?iises en pratique aux écoles royales en Angleterre (in-8, 1815). Pendant la période des Cent-Jours, Carnot le fit entrer dans le Conseil d'industrie et de bienfaisance, dont l'une des attributions devait être la diffusion de l'enseignement populaire par le moyen
de la nouvelle méthode, et quand, à la même époque, la Société pour l'instruction élémentaire se fonda, La Rochefoucauld-Liancourt fut élu l'un des premiers pour faire partie du conseil d'administration. Quoique déjà vieux à cette époque, nous le voyons suivre de près le mouvement de propagation des écoles mutuelles. En janvier 18i7, il adresse à la Société un rapport sur l'école mutuelle établie à Beaurepaire, près Pont-Saint- Maxence, par la baronne de Curnieu, qui en dirigeait personnellement les exercices ; lui-même établit à Liancourt deux écoles mutuelles, l'une de garçons, l'autre de filles, celle-ci tenue par des religieuses; dans une lettre du 21 février, il constate que les élèves de ces deux écoles font des progrès sensibles ; « le règlement de Paris y est suivi religieusement ; les enfants se plaisent beaucoup à ce genre d'instruction ; on remarque déjà en eux beaucoup plus d'ordre que précédemment; ils assistent régulièrement et en corps au service divin. Le curé leur fait le catéchisme deux fois par semaine ; le maire aide ces écoles de son influence, et tout fait espérer un succès complet ; il est même à croire que cette école aura promptement des imitateurs dans les villages voisins, mais on ne presse rien à cet égard, parce qu'en pareille matière la conviction est le meilleur moyen de succès. »
Le 5 février 1817, La Rochefoucauld-Liancourt annonça à la Société pour l'instruction élémentaire qu'un anonyme l'avait chargé de proposer un prix de 1000 fr. « pour l'ouvrage le plus propre à développer les facultés de la classe inférieure du peuple et à lui inspirer le goût de la vertu. » Ce bienfaiteur inconnu, o qu'on devine aisément, a dit plus tard le rapporteur La Rochefoucauld- Doudeauville, lorsqu'il est question d'un acte de bienfaisance et d'un objet d'utilité publique, » n'était autre que La Rochefoucauld-Liancourt luimême. Le lauréat du concours fut Laurent de Jussieu * et le livre couronné est Simon de Nantua.
Le duc de La Rochefoucauld fut élu deux fois président de la Société pour l'instruction élémentaire, en 1818-1819 et en 1821-1822, et ensuite président honoraire. A titre de président, il eut l'occasion de prononcer, dans les assemblées générales, des discours où insistant, naturellement, sur l'importance du but poursuivi par la Société, il savait trouver de belles paroles : « L'ignorance, disait-il en 1819, mène à la dégradation. Elle l'achève en ne laissant subsister dans l'homme que ses penchants aux vices. Si celui-ci ne sait pas ce qu'est l'ordre, la morale, la justice, comment sera-t-il soumis à Tordre public, juste envers ses semblables, capable de résister k la tentation d'un crime ? Pour maintenir l'ordre, le gouvernement surveille et punit les infractions. L'instruction fait plus, elle les prévient. Entre l'homme auquel elle fait entendre ses principes et les fautes que celui-ci serait tenté de commettre, l'instruction morale interpose la conscience. » A un reproche bien souvent adressé à la méthode d'enseignement mutuel, qu'on taxait d'importation étrangère, le président de la Société pour l'instruction élémentaire répondait non sans grandeur : (( On accuse cette méthode d'être d'origine anglaise, et, le croirait-on 1 on lui en fait un tort, un tort impardonnable pour certains esprits. Je pourrais, comme plusieurs de mes compatriotes, revendiquer cette invention pour ma patrie, et ce ne serait pas sans fondement. Mais qu'importe cette puérile querelle ? Personne, je crois, ne contestera à la France l'esprit d'invention. Elle en a un supérieur encore, celui de croire qu'elle s'honore elle-même, en mettant à profit toutes les découvertes, toutes les inventions, de quelque lieu qu'elles viennent, si elles sont utiles au bonheur des hommes. »