‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 62 sur 573 · LA TOUR-LANDRY · texte numérisé non relu

LA TOUR-LANDRY

nosyllabes et des dissyllabes, le troisième admettant des mots de trois syllabes. Le système peut être contesté, mais l'exécution en est ingénieuse.

M. Charles de Lasteyrie a été encore l'éditeur iVun recueil mensuel ayant pour titre : Journal des connaissances usuelles et pratiques, ou Recueil des notions immédiatement utiles aux besoins et aux jouissances de la société (Paris, 1825, plusieurs années), et du Journal d éducation et d'instruction pour les personnes des deux sexes, sous le rapport de la morale, des sciences, de la littérature, de l'industrie, des beaux-arts, de la gymnastique et de l'hygiène (avec la collaboration de MM. Artaud, Basset, Bébian, Beyerley, Coquebert de Montbret, Ch. Dupin, Francœur, Lacroix, J.P. Pages, Stapfer, Villemain, recueil mensuel, 1828, plusieurs années) ; ce journal a été adopté par la Société des méthodes d'enseignement, dont le Bulletin a paru dans ses colonnes; c'est là que Lasteyrie a publié d'abord ses études sur Jacotot et sur les écoles des petits enfants ; nous y trouvons encore sous son nom une série d'articles fort intéressants sur a l'instruction des femmes. »

Le comte de Lasteyrie est mort le 5 novembre 1849, à l'entrée de sa quatre-vingt-onzième année. Jusqu'aux derniers jours, il se rendait à pied, a écrit son biographe, M. Jomard, de Paris à la campagne, et revenait de même dans la capitale pour assister assidûment aux assemblées des sociétés dont il était membre ou vice-président, actif ou honoraire. « Aux champs, môme dans la saison avancée, il partageait son temps entre l'étude et le jardinage ; à la ville, nul n'aurait pu disputer avec lui d'exactitude pour Taccomplissement des devoirs. Le 28 octobre 1849, un de cps devoirs l'appela dans la capitale; ce fut la dernière fois qu'il put s'en acquitter; peu d'heures lui restaient, sa quatre-vingt-dixième année avait sonné, la mort le saisit pour ainsi dire debout : c'est ainsi qu'il voulait mourir. Le sage s'éteignit, avec le calme d'une bonne conscience. »

[Charles Defodon.]

LATIN. — La connaissance de la langue latine est d'un grand secours à ceux qui veulent étudier d une manière quelque peu approfondie la langue française. C'est là une vérité dont il n'est pas nécessaire d'entreprendre la démonstration, car nous ne croyons pas que personne la conteste. L'instituteur primaire qui posséderait quelques notions, même élémentaires, de grammaire latine, et qui se serait familiarisé avec la partie la plus usuelle du vocabulaire latin, y trouverait, pour son enseignement, des facilités et des clartés extrêmement précieuses. Nous pensons, en conséquence, qu'on ne saurait trop recommander aux élèves de nos écoles normales de ne pas négliger les occasions qui pourraient s'offrir à eux d'apprendre une langue si éminemment utile.

Est-ce à dire cependant que la connaissance du latin soit indispensable à ceux qui doivent enseigner le français, et que l'intelligence du mécanisme grammatical de notre langue et de ses étymologies exige absolument une étude préalable de ia langue latine ? Non, heureusement. Il est possible de suppléer dans une certaine mesure à la connaissance directe du latin par celle du français lui-même, éludié par la méthode historique dans ses origines et dans ses transformations successives. Qu'est-ce, en effet, que la langue française, sinon un latin resté vivant, un latin qui, se modifiant de siècle en siècle par l'usage et obéissant aux lois qui régissent le développement de tout idiome, est devenu successivement la langue de la Chanson de Roland, celle de Joinville et de Commines, celle de Marot et de Montaigne, et enfin celle que nous parlons aujourd'hui.

Il n'y a donc pas contradiction à dire, d'une part, que la connaissance du latin classique est très utile, très profitable pour l'étude du français moderne ; et, d'autre part, que des avantages à peu près équivalents à ceux que procurerait cette connaissance peuvent être retirés de l'étude du français lui-môme aux diverses périodes de son histoire.

Dans un certain nombre de pays étrangers, le latin figure parmi les branches d'enseignement de l'école normale primaire, tantôt à titre simplement facultatif, tantôt même à titre obligatoire. Ainsi, en Prusse et en Suisse, dans le canton de Zurich, le latin est inscrit dans le programme des écoles normales d'instituteurs comme branche facultative ; dans le royaume de Saxe, l'étude du latin est obligatoire dans les écoles normales d'instituteurs. En Angleterre, le latin forme l'une des matières facultatives de l'examen du brevet, pour les instituteurs et pour les institutrices. Aux Etats-Unis, dans plusieurs écoles normales, entre autres celles de la ville de Saint-Louis et de l'Etat de Wisconsin, le latin est l'une des branches obligatoires du programme.

LATOUR. — Maurice-Quentin de Latour, célèbre peintre de pastels, naquit à Saint-Quentin (Aisne) en 1704, et mourut dans cette ville le 17 février 1788. Il s'était acquis une grande réputation par ses portraits, et fut admis à l'Académie de peinture en 1744. Après avoir passé une grande partie de sa vie à Paris, Latour se fixa dans sa ville natale, et y fonda en 1782 une école gratuite de dessin, en faveur des jeunes gens « qui se destinent aux arts mécaniques et aux différents métiers ». Après la mort de Latour, 1 école créée par lui continua à subsister, grâce à une rente que le fondateur avait léguée à cet effet. Cette rente étant devenue insuffisante pour couvrir les frais, la ville de Saint-Quentin accorde actuellement une subvention à cet utile établissement, l'une des plus anciennes écoles de dessin qui aient été ouvertes en France.

LA TOUR-LANDRY (Le chevalier de). — L»

chevalier de La Tour-Landry vécut au xiv« siècle, dans le château du même nom, dont on voit encore les ruines à 15 kilomètres de Nantes (canton de Loroux). D'après les savantes recherches de M. Anatole de Montaiglon, Geoffroy de La Tour- Landry dut assister, en 1346, au siège d'Aguillon, petite ville de l'Agenois ; en 1378, il envoya des hommes au siège de Cherbourg; en 1380, il prit part à la guerre de Bretagne. On ne connaît pas la date de sa mort. C'est en 1371 et 1372 qu'il composa, pour l'éducation de ses filles, le livre curieux auquel il doit sa réputation. Il nous dira lui-même, dans son Prologue, quel but il se proposait. « Je me pensay que je feroye un livret, où je escrire feroye les bonnes meurs des bonnes dames et leurs biens faiz, à la fin de y prendre bon exemple et belle contenance et bonne manière... Et pour cestes causes que j'ay dessus dictes, je pensay que à mes filles que je véoie petites, je leur feroye un livret pour aprendre à roumancer, affin que elles peussent aprendre et estudier, et venir et le bien et le mal qui pa»sé est, pour elles garder de cellui temps qui à venir est. » L'ouvrage est intitulé : Le livre du chevalier de La Tour pour l'enseignement de ses filles. Il employa, nous dit-il, deux prêtres et deux clercs qu'il avait, à extraire de la Bible, des Gestes des rois et Chroniques de France, de Grèce, d'Angleterre, etc., les exemples qu'il trouvait bons à prendre pour frapper davantage l'esprit de ses tilles. Cette partie est loin d'être la plus intéressante de son livre. « Ce par quoi son livre est curieux, dit avec raison M. A. de Montaiglon, c'est par les histoires contemporaines qu'il raconte; c'est en nous montrant dans le monde, si l'on

Page 1