LEBRUN
LEGLERG
peut se servir do cette expression toute moderne, (les personnages historiqueg et guerriers comme Boucicaut et Bcaumanoir, en les faisant agir et parler ; c'est en nous entretenant des femmes et des modes de son temps. » Les chapitres les plus marquants du Livre du chevalier de La Tour- Landry sont les suivants: II, Ce que ;on doit faire quand on s'esveilie ; — V, Ce que on doit faire quand on est levé ; — VII, Comment les femmes et les filles doivent jeûner; — X, Comment toutes les femmes doivent être courtoises; —XI, Comment elles se doivent contenir sans virer (tourner) la teste çà et là; — XV, De celles qui estrivent (disputent) les unes aux autres; —XVII, Comment nulle femme ne doit estre jalouse; — XXIII, De Bouciquaut et des trois dames; —XXVIII, Ue celles qui ne font que gengler (bavarder) à l'église; —XXXI, D'une dame qui employoit le ([uart du jour pour soy appareiller; — LXXIII, De la flatterie ; — LXXVI, Qui parle de soy pingnier (peigner) devant les gens ; — LXXIX, Qui parle de rappine; — LXXXII, Qui parle des lionnes femmes et de leur bon gouvernement; — XC, Qui parle de apprendre sagesce et clergie (les lettres);— XCII, XCIII,XCIV,XCV, Qui parlent de soustenir son seigneur, d'adoucir son ire, de querre conseil, d'une preude femme ; — i'AW, Du péché d'yre (colère); — CXIII, De laroyne Jehanne de France; — CXVI, De bonne renommée; — CXVlll, Des anciennes coustumes ; — CXXIII, Comment on ne doit pas croyre trop légèrement; — CXXVIII et dernier, Des trois enseignements que Cathon dist à Cathonnet son filz. « L'ouvrage du chevalier de La Tour-Landry, dit encore M. de Montaiglon, doit moins rester dans la classe des livres si nombreux-écrits pour des éducations spéciales (il serait par trop loin du Discours sur l'histoire universelle et du Télcmaque) qu'être joint aux livres si curieux qui sont consacrés durant tout le moyen âge à la défense ou à l'attaque des femmes. Il y tiendra sa place auprès du livre de Christine de Pisan, du Ménagier de Paris, plus piquant peutêtre parce qu'il est plus varié et s'occupe de la vie matérielle, mais plus bourgeois et moins élevé de ton et d'idées. Tous ceux qui s'occuperont de l'histoire des sentiments ou de celle de l'éducation ne pourront pas ne point en tenir compte et ne pas le traiter avec la justice qu'il mérite. » Le chevalier de La Tour-Landry nous dit, dans son Prologue, qu'il avait fait deux livres, u l'un pour mes filz, l'autre pour mes filles. » Le livre « pour ses filz » est perdu.
La Bibliothèque nationale possède au moins sept manuscrits du livre du chevalier de La Tour- Landry. Le plus ancien (n» 7043 du fonds français) est du commencement du xv» siècle. La première édition française est celle de Guillaume iiustace (Paris, 1514j ; la dernière, devenue très rare, est celle de la Bibliothèque eizévirienne (Paris, Jannet, 1854), publiée avec une intéressante préface et des notes et variantes par M. A. de Montaiglon. On connaît une traduction anglaise manuscrite remontant au règne de Henri VI (British Muséum, fonds Harléien, n" 1764, 67, C). Une autre traduction anglaise de Caxton, le plus ancien imprimeur de l'Angleterre, parut à Westminster dès 1483. On cite également plusieurs anciennes traductions allemandes de ce livre, qui a joui d'une très grande vogue au moyen âge; la première (Bâle, 1493) est du chevalier Marquard vom Stein ; deux autres furent publiées à Augsbourg et à Bâle, en 1498 et en 1513.
[Armand Gasté.]
LEBRUN. — Charles-François Lebrun, jurisconsulte et homme politique, né en 1739 à Saint- Sauveur Landelin (Normandie), fut le secrétaire et le bras droit du chancelier Maupeou pendant l'admjuistration de celui-ci (1768-1774), vécut ensuite
dans la retraite durant quinze ans, fut élu d(?put6 aux Ftats généraux, et siégea à la Constituante parmi les royalistes constitutionnels. En l'an IV, il devint membre du Conseil des Anciens, et après le 18 brumaire Bonaparte le nomma troisième consul. Sous l'empire il reçut la cliar.'e d'archi-trésorier, et le titre de duc de Plaisance. La Restauration, à laquelle il se rallia, le créa pair de France. Lorsque Napoléon revint de l île d'Elbe, Louis XVIII venait d'abolir l'Université par l'ordonnance du 17 février 1815, et Fontanes *, le grand-maltre, avait été mis à la retraite : Napoléon rétablit aussitôt l'Université telle qu'elle avait été organisée en 180^ et 1811, et, en attendant qu'un nouveau grand-maître fût nommé, confia la direction des afTairf^s courantes à Arnault, ancien secrétaire général . L'empereur s'adressa d'abord à Lacépède; celui-ci n'accepta qu'avec répugnance, et ne conserva ses fonctions que quelques jours. Alors Napoléon songea h Lebrun, qui était âgé déjà de soixante-seize ans. et qui eût désiré rester étranger aux affaires : il le nomma grand-maître, et le duc de Plaisance ne crut pas pouvoir se dispenser d'obéir à la volonté de l'empereur. Son administration ne dura que quelques semaines, et se distingua, dans ces jours troublés, par un esprit de modération et de tolérance. « Des lycées, des écoles, écrivait Lebrun dans une circulaire, ne sont point des clubs: la religion, la morale, qui sont la base de l'éducation, doivent être enseignées dans tous les temps et sous tous les gouvernements. Le professeur chargé d'expliquer Virgile, Homère ou Cicéron, peut le faire sans être obligé de rendre compte de son opinion privée, pourvu qu'il ne cherche point à la manifester par des allusions indirectes. » Le plus important parmi les actes peu nombreux au bas desquels se trouve sa signature est la circulaire du 29 mai 1815, autorisant les élèves des lycées à servir comme canonniers dans les villes mises en état de siège. En voici le texte : » Monsieur le recteur, d'après la décision de l'empereur, provoquée avec enthousiasme par tous les jeunes gens élevés dans les établissements de l'Université, Sa Majesté permet que les élèves des lycées soient formés en escouades de canonniers ; mais c'est seulement aux conditions suivantes : 1° les élèves doivent être âgés de plus de dix-sept ans, et être assez bien constitués pour faire la manœuvre des canons; 2" la mesure ne devra avoir lieu que dans les villes mises en état de siège; 3° les élèves ne pourront en aucun cas être employés dans les sorties; 4° leur service cessera aussitôt que l'état de siège sera levé. Veuillez donner des ordres pour que cette décision de l'empereur ait promptement son exécution dans tous les lycées des villes de votre académie qui seraient déclarées en état de siège. Il conviendrait de s'entendre à ce sujet avec MM. les commandants de place. Chaque proviseur aura soin de vous adresser, sur la conduite de l'escouade formée dans son lycée, un rapport particulier que vous me transmettrez aussitôt. Les noms des élèves qui auront mérité d'être distingués seront mis sous les yeux de l'empereur. »
La seconde Restauration rendit Lebrun à la vie privée, et l'exclut de la Chambre des pairs. Mais l'ordonnance de 1819 l'appela de nouveau à la pairie, et il retrouva quelque faveur auprès du gouvernement sous le ministère Dessolles. Il mourut en 1824.
LECLERC (Nicolas-Gabriel Clerc, dit), médecin et publiciste français, né à Baume-les-Dame» (Franche-Comté) en 1 726, mort à Versailles en 1 7 i)9. Au début de la guerre de Sept Ans, il fit les campagnes d'Allemagne comme médecin des armées françaises; en 1759 il devint médecin de l'hetman des Cosaques; dix ans plus tard il obtint un poste h la cour de Russie, et resta à Saint-Pétersbourg jusqu'en 1777. Rentré en France, il fat
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anobli par Louis XVI, et nommé inspecteur géncral des hôpitaux du royaume : ce fut alors qu'il prit le nom de Leclerc. Un plan de réorganisation des hôpitaux, qu'il avait présenté, «'ayant pas été accueilli, il rentra dans la vie privée. Outre divers ouvrages de médecine, Leclerc a publié une Histoire physique, morale et politique de la Russie (1783), qui n'est pas sans valeur; il a aussi traduit en français un écrit du Russe Betzky : Système complet d'éducation publique, physique et morale, exécuté dans les établissements ordonnés par CaMenne//;Neuchâtel, H vol., 1777.
LEÇONS DE CHOSES. — L'expression de leçons de choses n'est entrée dans notre langage pédagogique que depuis quelques années. Elle a été popularisée par M"»* Pape-Carpantier, qui l'a employée officiellement dans ses conférences aux instituteurs réunis à l'occasion de l'Exposition de 1867. Elle est la traduction littérale des mots Object teaching, object lecsons^ du» au sens pratique des Américains.
On désigne sous le nom de leçons de choses un procédé d'enseignement, une des applications de la méthode intuitive (V. Intuition). Si ce pro» cédé, dans la forme qu'il a prise de nos jours, est chose moderne, l'idée qui lui a donné naissance est déjà ancienne, et il est intéressant d'en suivre très rapidement la filiation historique dans les -écrits des penseurs qui se sont occupés d'éducation.
I. Historique. — On connaît les pages célèbres où Rabelais trace avec tant de bon sens un plan d'éducation pour Gargantua. Au commencement du • repas, Gargantua et son précepteur Ponocrates « devisoyent joyeusement ensemble, parlans, pour les premiers motz, de la vertu, propriété, efficace et nature de tout ce que leur estoit servi à la table : du pain, du vin, de l'eaue, du sel, des viandes, poissons, fruicts, herbes, racines et de l'apprcst d'ycelles. » Dans leurs oromenades, « passans par quelques prez ou aultres lieux herbus, visitoyent les arbres et plantes, et en emportoyent leurs pleines mains au logis; » et s'il arrivait.que «l'aer feust pluvieux et intempéré », ils « alloyent veoir comment on tiroit les metaulx, ou comment on fondoit l'artillerie ; ou alloyent veoir les lapidaires, orfebvres, et tailleurs de pierreries, ou les alchemistes et monnoyeurs, ou les haultelissiers, les tissoutiers, les veloutiers, les horlogers, miraiilers, imprimeurs, organistes, tincturiers, et aultres telles sortes d'ouvriers, et apprenoyent et consideroyent l'industrie et invention des mestiers. »
Coménius a établi, dans sa Didactica magna, le principe suivant : « On doit présenter toutes choses, autant qu'il peut se faire, aux sens qui leur correspondent : que l'élève apprenne h connaîtte les choses visibles par la vue, les sons par l'ouïe, les odeurs par l'odorat, les choses sapides par le goût, les choses tangibles par le toucher. » Dans son Informatorium der Mutterschule, il a tracé tout un programme d'enseignement élémentaire par les sens (V. Coménius), Un contemporain du grand pédagogue tchèque, le Saxon Andréas Reyher, s'inspirant de ses idées, les a fait passer dans la pratique de l'école : la Schul-Methodus composée par lui et publiée en 1642 par ordre du duc Ernest le Pieux donne à ce sujet les détails lies plus complets, que nous avons résumés ailleurs (V. Ernest le Pieux). L'œuvre de Reyher mé- Tite d'être signalée comme la première tentative d'une organisation régulière de l'enseignement intuitif à l'école primaire.
Le mouvement inauguré par Coménius 3st continué en Allemagne par Francke *. Dans son Pxdagogium de Halle, non seulement on conduisait les élèves dans les ateliers des artisans et des artistes, afin de leur faire acquérir par leurs propres observations une idée juste des objets servant à
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lusage de la vie commune ; mais, lorsque les circonstances le permettaient, on cherchait aussi à rendre l'enseignement même intuitif, en montrant des objets naturels, des gravures et des modèles. En été les élèves faisaient des excursions botaniques, et les plantes recueillies sous la direction d'un botaniste servaient à enrichir l'herbier de l'établissement. Lorsque le temps était défavorable, on leur montrait les principales plantes, cultivées dans un jardin botanique établi à cet effet ; en hiver, où l'on traitait comme « exercices de récréation » différents sujets tirés des sciences naturelles, on enseignait l'anatomie, à quoi l'on faisait servir des gravures, des cadavres d'animaux ou encore un squelette humain; on familiarisait les élèves avec les principaux minéraux et leurs propriétés; dans les leçons de physique, on leur donnait, au moyen d'expériences variées, de nombreuses notions sur l'air, le feu, la lumière, les couleurs, l'eau, les minéraux, etc. C'est de cette époque que datent en Allemagne les écoles dites réaies {Realschulen), qui furent créées par des disciples de Francke.
En France, on ne voit guère au xvii« siècle les éducateurs se préoccuper de l'étude de la nature : l'influence des doctrines cartésiennes, d'une part, celle de Port-Royal, d'autre part, les détournent de cette voie. Cependant on peut signaler, dans le Traité des études de l'abbé Fleury, quelques réflexions judicieuses sur la nécessité d'attirer l'attention de l'enfant sur les objets qui l'entourent : « Comme les premiers objets dont les enfants sont frappés, dit-il, sont le dedans d'une maison, ses diverses parties, les meubles et les ustensiles du ménage, il n'y a qu'à suivre leur curiosité naturelle pour leur apprendre agréablement l'usage de toutes ces choses et leur faire entendre, autant qu'ils en sont capables, les raisons solides qui les ont fait inventer... Il faut qu'ils connaissent la terre qu'ils habitent, le pain qu'ils mangent, les animaux qui les servent, et surtout les hommes avec qui ils doivent vivre et avoir affaire. »
Il faut arriver jusqu'à Rousseau pour trouver, nettement exposée, la théorie de Rabelais et de Coménius, reprise par un novateur audacieux qui allait en assurer le triomphe. Rousseau attribue à l'éducation des sens une importance considérable, et il lui a consacré de longues pages de 1'^mile. « Les premières facultés qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce sont les premières qu'il faudrait cultiver : ce sont les seules qu'on oublie ou celles qu'on néglige le plus. » Ce n'est pas seulement l'éducation de l'esprit au moyen des sens qui préoccupe Rousseau, c'est aussi et surtout l'éducation propre des sens : " Exercer les sens, c'est apprendre pour ainsi dire à sentir, car nous ne savons ni toucher, ni voir, ni entendre que comme nous avons appris. » Plus tard, quand Emile fera des études proprement dites, c'est toujours par les sens qu'il arrivera aux connaissances « utiles » qu'il doit acquérir. Point d'autre livre que la nature elle-même, point dautres leçons que celles de l'expérience et de l'observation des faits. « Les choses, les choses! s'écrie Rousseau; avec notre éducation babillarde, nous ne faisons que des babillards »; et, passant du précepte à l'exemple, il fait une très intéressante leçon de choses pour enseigner à son élève à s'orienter dans la forêt de Montmarency.
Rousseau ayant mis la nature à la mode, de nombreux auteurs essayèrent après lui d'écrire pour les enfants des ouvrages plaçant à leur portée les notions élémentaires des sciences naturelles. Bornons-nous à rappeler, outre le Spectacle de la nature ào l'abbé Pluche (ajitérieur à la publication der£'wn7(?),lesouvragesdeM«"'=de Genlis, de Berquin, le Magasin des enfants de M"^' Leprince de Beaumont, le Portefeuille des enfants
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dfi Duclicsne et Le Blond, etc. Un écrivain obscur, Carpeiuier ', disait dans son Nouveau plmi d'éducation, à l'article Nomenclature : « J'entends par nomenclature la dénomination des choses et l'application de leurs usages. Autant que nous le pourrons, nous présenterons dans cet exercice les oljjets dont nous voudrons dire les noms et expliquer les propriétés. Nous commencerons la nomenclature aussitôt que le cours d'éducation, et il sera une partie de nos récréations tant que le cours durera. A la promenade ou à la maison, aux champs ou à la ville, on trouvera partout des choses. Toutes ces choses ont des noms, des usages, des propriétés : aussi cet exercice peut se faire partout. »
L'Angleterre aussi vit naître une littérature du même genre, où les petits livres de miss Edgeworth * tiennent la première place.
Mais c'est surtout en Allemagne et en Suisse que l'initiative de Rousseau trouva un accueil empressé et suscita de profondes et décisives réformes. Basedow et les philanthropinistes tentèrent de renouveler l'éducation en plaçant l'intuition à la base de l'enseignement ; Y Elementarbuch de Basedow fut une réédition, appropriée aux idées du XVIII* siècle, de VOrbis pictus de Coménius. Pestalozzi, partant de la même idée, la compléta par une théorie psychologique qui est devenue le fondement des doctrines modernes sur l'éducation : c'est que les exercices d'intuition doivent servir, non à cultiver artificiellement les facultés de Tenfant, mais à en faciliter le développement spontané et naturel. Malheureusement Pestalozzi s'égara dans l'application de son propre système. Nous no reviendrons pas ici sur ce qui a été dit ailleurs (V. Intuition et Pestalozzi).
Les premiers disciples de Pestalozzi en Allemagne ne réussirent pas mieux que le maître à faire entrer d'une manière satisfaisante l'intuition dans la pratique scolaire. Les exercices d'intuition et de pensée {Denk'Uebung en) n'étaient qu'une pué- ) ile et mécanique récitation de formules abstraites. « De 1815 à 1840, les systèmes s'accumulent : pour donner quelque vie à ces exercices, les uns essaient d'y mettre beaucoup d'ordre, d'y suivre une marche régulière, ils ne parviennent qu'à rendre ces leçons de choses de plus en plus sèches et de moins en moins intuitives ; les autres entreprennent de les régénérer en ajoutante la simple connaissance des objets matériels une sorte d'intuition morale et religieuse, qui éveille le sentiment du beau, du bien, l'amour du divin; d'autres subdivisent l'intuition en autant de branches qu'il y en a dans le cours d'études primaires, et en deux degrés : le premier spontané et concret, le second abstrait et réfléchi. En dépit de tout, cette méthode qui avait tant promis n'était plus qu'une branche d'enseignement, et une des plus stériles : il y avait des leçons d'intuition comme des leçons de lecture ou d'arithmétique. Ce qui devait être un esprit et animer toute la vie de l'école s'était matérialisé jusqu'à devenir un bagage de plus pour la mémoire et un surcroît de routine : on faisait mécaniquement des exercices d'intuition où rien ne manquait plus que l'intuition. » (Buisson, Rapport sur l'Exposition de Vienne.) Ce u verbalisme méthodiquement ennuyeux » finit par dégoûter tout le monde, et lors> qu'en 1854 le Regulativ prussien ordonna la suppression des exercices d'intuition comme leçon spéciale, personne ne se présenta pour en prendre la défense.
Mais c'est justement après que la méthode pestalozzienne eut éprouvé en Allemagne cet échec dû à l'application maladroite d'un principe excellent, qu'en Amérique, en Angleterre, en France, en Belgique, en Italie, aussi bien que dans les pays du Nord, des éducateurs s'emparèrent d'une idée dont
ils entrevoyaient les fécondes conséqupnces, et essayèrent de la réaliser dans les leçons de clioses. A partir de ces dernières années, écrire l'histoire des développements de la leçon de '•-hoses dans l'enseignement primaire de ces divers pays, ce serait écrire l'iiistoire même de l'enseignement primaire; car, ainsi qu'il fallait s'y atiendre, la leçon de choses représentant le nouvel ordre d'études, le procédé caractéristique de la méthode moderne dans l'instruction populaire, toutes les écoles, tous les systèmes, tous les partis, si l'on peut appliquer ce terme aux différents groupes de pédagogues, se rencontrèrent dans une commune et ardente émulation tendant à propager la leçon de choses. Souvent, et nous n'en disconviendrons pas, ce fut tout à fait à contresens qu'on appliqua la prétendue réforme à tous les modes, à tous les genres et à tous les degrés d'enseignement. Chacun suivant son tempérament se fit une théorie particulière de ce procédé si simple, si enfantin dans le bon sens du mot, ou pour mieux dire si maternel. Nous ne voulons, nous ne devons nommer personne; mais nos lecteurs n'ont qu'à ouvrir les innombrables manuels publiés en français, en anglais, en allemand, en italien, pour y trouver par centaines de prétendus a modèles » de leçons de choses qui ne sont que d'informes ébauches ou des reproductions niaises d'entretiens entre le maître et l'élève sans aucune espèce de portée, de méthode, de sens ou d'esprit pédagogique. C'est par le triomphe même de l'idée que l'idée a failli être compromise dans tous les pays comme dans le nôtre. Histoire, géographie, morale, arithmétique, géométrie, physique, grammaire, littérature, tout a été, à un certain moment, livré pêlemêle aux élucubrations des faiseurs de leçons de choses, et quelles leçons ! Ce n'étaient plus môme, à vrai dire, des leçons de mots, c'était le bavardage érigé en règle unique, le chaos en permanence dans les idées et dans le langage; tantôt Ténumération puérile, sotte, fastidieuse des « qualités » des objets, tantôt la déduction et l'enchaînement de tout à propos de tout, des leçons de morale et de civilité à propos de minéralogie ou de botanique, des parenthèses se greffant indéfiniment lesunes sur les autres, tous les abus enfin d'une ardeur de néophytes aussi mal éclairée que mal inspirée. Il ne faut pourtant se laisser aller à être ni trop sévère pour ces égarements, ni trop alarmé de leurs conséquences. Nous ne somme» plus à l'âge des grandes improvisations pédagogiques et des entraînements irréfléchis pour un système construit de toute pièce dans le silence du cabinet : l'expérience aujourd'hui, le bon sens,, ce génie des masses, l'esprit pratique et positif de quelque cent mille instituteurs, l'observation et la constatation pour ainsi dire officielle des ré sultats, sont autant de puissants antidotes contre les enivrements qui, il y a cinquante ans seulement, pouvaient faire tourner les têtes même les plus solides : on ne se passionne plus aujourd'hui d'emblée pour ou contre l'enseignement mutuel, pour ou contre une entité pédadogigue quelconque, s'appelât-elle la leçon de choses et vînt-elle d'Allemagne ou d'Amérique. Aussi a-t-il suffi de quelques années pour dissiper les malentendus, pour réduire la leçon de choses à son rôle utile et légitime et pour faire iustice de toutes les chimères. On ne demande plus à ce procédé que ce qu'il peut donner, on ne l'applique plus à tout; aussi n'en est-il que plus précieux et plus fécond là où il s'applique judicieusement, cest-à« dire dans tous les domaines où il s'agit de choses et par conséquent à' expériences. La leçon de choses est devenue dans les programmes français de l'enseignement primaire et de l'enseignement secondaire, comme dans les meilleurs programmes allemands, tout simplement .la préface et le pré-