‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 79 sur 573 · VU · texte numérisé non relu

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L'enseignement professionnel, l'enseignement artistique, les cours gratuits n'étaient pas inconnus au xviii* siècle. Felletin possédait une école de dessin instituée en 1770 par arrêt du conseil d'Etat; il est à croire qu'à Aubusson le même enseignement existait à une époque antérieure. En 1768, un officier du génie, M. Descombes, ouvrit, dans une salle du collège de Limoges, ua cours gratuit de dessin et de géométrie « pour les tailleurs de pierres, maçons, menuisiers, charpentiers. » Deux ans plus tard, trois artistes,, les sieurs Thelyol, Guerlain et Haroux annoncèrent l'intention d'établir dans la même ville une école de dessin « tant pour la peinture et l'architecture que pour l'orfèvrerie, la menuiserie, etc. » Les cours devaient avoir lieu chaque soir, de 4 à 6 heures, et la rétribution était fixée à trois livres par mois. Des cours de musique poar les enfants de 8 à 12 ans, créés par un musicien allemand,, ne durèrent pas longtemps, le professeur ayant été obligé de quitter la ville à cause des plaintes, auxquelles sa conduite avait donné lieu. La connaissance de la musique était du reste assez répandue à Limoges ; les professeurs avaient réussi à organiser un orchestre qui se faisait entendre dans des concerts et dans les grandes solennités religieuses.

Aux termes des statuts des corporations de& médecins et des chirurgiens, ces praticiens devaient tenir des réunions périodiques — hebdomadaires pour les chirurgiens de Saint-Junien — dan& lesquelles ils traitaient, sous la présidence da doyen du corps, de sujets relatifs à l'exercice de, leur profession. Il serait intéressant d'avoir des indications sur les réunions du « Collège » des médecins de Limoges : par malheur, nous n'ea possédons pour ainsi dire aucune.

Notons enfin que Turgot avait introduit dans la Généralité l'enseignement vétérinaire, et qu'il avait fondé, à Angoulême et à Tulle, des cours d'accouchement.

De l'ensemble des documents et des faits, il résulte que l'instruction secondaire pouvait être, avant la Révolution, relativement assez répandue en Limousin; quanta l'instruction primaire, elle avait acquis un bien faible développement dans les villes, et l'enseignement semble n'avoir existé que par intermittence dans les campagnes. A Limoges et dans d'autres localités d'une certaine importance, les relevés faits jusqu'ici d'après le& registres paroissiaux accusent une proportion^ d'hommes sachant signer inférieure à 33 0/0 de la population totale ; hors des villes cette proportion descend au-dessous de 5, et même de 2. Pour les femmes, naturellement, ces chiffres sont encore plus faibles.

La période révolutionnaire ne fut pas favorable à l'instruction. Les troubles, l'état désastreux des. finances communales, les inquiétudes etles préoccupations de tout genre, la suppression des couvents surtout, portèrent un coup terrible à l'enseignement. Nous n'avons pas d'indications très précises sur se qui ce passa dans la Corrèze et la Creuse ; roai^ '^ Statistique de la Haute-Vienne, pu-

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bliée en 1808, nous fournil, sur l'état de l'instruction dans ce département, au moment de la Hévolution et au lendemain du rétablissement d'un ordre de choses régulier, les notes les plus précieuses et les plus intéressantes. Il résulte de ce travail que la période révolutionnaire avait marqué un temps d'arrêt «bsolu dans le développement de l'instruction, et que les habitants de la campagne et même des petites villes se trouvaient presque complètement dénués de ressources sous ce rapport. Les écoles libres déjeunes gens destinées à la bourgeoisie, les institutions recevant des pensionnaires, les collèges s'étaient relevés presque partout sous la direction d'anciens prêtres; on avait même vu se rouvrir quelques pensionnats de jeunes filles, et à Limoges et à Rochechouart notamment il en existait de fort bons. Mais l'enseignement gratuit avait complètement péri. L'auteur de la Statistique ne trouvait pas — en 1808 — dans tout le département une seule petite école de filles; à Limoges toutefois, quelques religieuses tentaient, à ce moment même, d'en organiser. Les écoles de prarçons n'étaient guère plus florissantes : celles qu'on avait établies dans un certain nombre de communes étaient tombées d'elles-mêmes, et seules les classes des villes principales étaient fréquentées. En somme, à cette date de 1808, à laquelle nous nous arrêtons, on peut dire que l'instruction primaire était absolument à recréer dans la Haute-Vienne.

[Louis Guibert.] LING. — Pierre-Henri Ling, fondateur de la gymnastique suédoise, naquit en 1776, à Ljun^a, dans la province de Smaland, en Suède ; il était fils d'un pasteur de village. 11 étudia la théologie à Upsal, devint ensuite précepteur, puis voyagea en Allemagne, en Danemark, en France, en Angleterre. Après une jeunesse assez aventureuse, durant laquelle il avait à plusieurs reprises servi comme soldat, Ling revint dans sa patrie. Passionné pour les exercices du corps, et très habile en escrime, il avait formé le projet d'introduire la gymnastique en Suède : l'exemple de Gutsmuths * en Allemagne, et de Nachtegall en Danemark, paraît avoir exercé sur lui une certaine influence. En 1805, il obtint k l'université de Lund la place de professeur d'escrime, et réussit en peu de temps à gagner les étudiants de cette ville à la cause de la gymnastique. Ling voyait dans les exercices corporels un facteur important et trop négligé de la vie nationale et individuelle ; mais il n'attachait pas moins de prix aux facteurs intellectuels, à la poésie et à la musique : c'était de cette double culture, esthétique et gymnastique, qu'il espérait la régénération de son peuple, auquel il proposait, comme idéal à imiter, les Hellènes et les vieux héros Scandinaves. Il voulut, de plus, fonder la gymnastique sur une base scientifique et rationnelle : aussi s'appliqua-t-il avec beaucoup d'ardeur à l'étude de l'anatomie et de la physiologie, afin de déterminer exactement quels étaient, parmi les mouvements et les exercices, ceux qui avaient un caractère d'utilité réelle. Cette étude le conduisit à l'idée que la gymnastique n'avait pas seulement une valeur éducative, mais qu'elle pouya être employée comme moyen curatif ; et il créa ainsi la gymnastique médicale. D'autre part, considérant les exercices du corps dans leur relation avec l'usage des armes, il traça également les régies de la gymnastique militaire.

A ^^ ^?if^' ^^"S fut appelé à l'Académie militaire de Karlberg, près de Stockholm, comme professeur d escrime. La même année, il fonda à Stockholm même l'Institut central de gymnastique, dans lequel, à côté des exercices éducatifs et militaires, il commença l'organisation régulière ae la gymnastique médicale. Cet établissement

LITTERATURE

obtint une subvention de l'Etat, et Ling en garda la direction jusqu'à sa mort, arrivée en 1839. En !8.34 îl avait fait imprimer, sous le titre de Pri7irÀfins généraux de la f/'/mnastiqro. [Gymnastihens ailiiiunna G)'unf/er), les premières pages d'un traité contenant l'exposé de sa théorie; mais cet ouvrage était resté inachevé, et ce fut seulement après sa mort que la publication en fut reprise et complétée par deux de ses disciples. Le traité de Ling se compose de six parties, dont voici les titres: 1* Lois de l'organisme humain; 2° Principes de la gymnastique pédagogique ; .3" Principes de la gymnastique militaire; 4** Principes de la gymnastique médicale; b' Principes de la gymnastique esthétique; 6" Pratique de la gymnastique. Dans ses considérations générales, Ling est parfois trop systématique et s'appuie sur des principes hasardés ; ainsi, il distingue dans la vie de l'organisme humain trois éléments : l'élément dynamique (vie intellectuelle, fonctions du système nerveux), l'élément chimique (fonctions de nutrition) et l'élément mécanique (mouvement, locomotion, fonctions du système musculaire), et il fonde là-dessus toute une théorie de l'éducation et de l'hygiène. Mais dans la pratique, comme professeur et initiateur, Ling a rendu des services éminents, et son nom mérite une place d'honneur parmi ceux des fondateurs de la gymnastique moderne.

Ling était aussi poète. Il a publié deux épopées sur des sujets Scandinaves : Gi/lfe Tirfinff, 1812, et Asarme, 1 81G-1 826 (deux parties), ainsi qu'un poème pastoral, Karleken, et plusieurs drames historiques.

Les Principes généraux de la gymnastiqxia ont été traduits en allemand par Massmann (Magdebourg, 1847). Un officier prussien, Hothstcin, avait attiré en 18i3 l'attention de l'Allemagne sur la gymnastique de Ling ; à la suite d'une mission en Suède, dont le gouvernement prussien l'avait chargé en 1846, pour l'étude approfondie de ce système, Rothstein fut placé à la tête d'un Institut central pour l'enseignement de la gymnastique dans l'armée, que le ministre de la guerre fonda à Berlin en 1847. A cette occasion, une guerre qui dura de longues années éclata entre les partisans de la gymnastique allemande et ceux de la gymnastique suédoise; ces derniers reprochaient aux disciples de Jahn * leurs procédés emjiriques, l'abus des agrès et engins de toute sorte, et réclamaient pour la méthode de Ling l'avantage de la simplicité et de la rigueur scientifique. Il faut ajouter que la politique n'était pas étrangère à la querelle. Rothstein fit paraître un exposé du système suédois sous ce titre : Die Gymnastik vich dent System Lings, 1847-1851, 2 vol. L'Institut de Berlin, qui avait passé en 1851 sous la direction du ministère de l'instruction publique et pris le nom de Central-Turnanstalt, demeura fidèle au système de Ling pendant dix-sept ans; mais en lii63 les doctrines de l'école allemande l'emport<'^rf>nt : lereckot les barres furent introduits dans la Ct'/?tral-Turnanstall ; V\.oi\\s,\.Qm donna sa démission, et la gymnastique suédoise se vit exilée do Berlin.

L'Institut fondé par Ling à Stockholm existe encore; mais il a perdu tout caractère pédagogique et s'est transformé en un établissement exclusivement consacré à la gymnastique médicale.

LIPPE-DET3I0LD. — V. au Supplément.

\.\VV¥.-SQ.l\X\jyiJi\]V.G.—\.Schaumburg-Lippe au Supplément.

LITTÉRATURE. — Il est commun 'ment accepté que les lettres seules, dans l'enseignement, sont efficaces pour l'éducation, en ce que seules elles éclairent, développent, forment les sentiments, autrement dit seules parlent au creur. Quant à la formation de l'esprit, par l'instruction, elles partagent avec les sciences; mais, à bien considérer, la part principale leur revient. C'est ce que je voudrais d'abord établir.

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