‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 78 sur 573 · LIGUE FRANÇAISE DE L'ENSEIGXEME.^T · texte numérisé non relu

LIGUE FRANÇAISE DE L'ENSEIGXEME.^T

— La Ligue française de l'enseignement a été fondée en 1866, deux ans après la Ligue belge, par M. Jean Macé, alors professeur au pensionnat du Petit-Château, à Beblenheim en Alsace.

Dès 1862, M. Jean Macé, déjà connu par ses livres d'enseignement populaire, VHisioire d'une bouchée de pain, les Serviteurs de l'estomac, V Arithmétique du grand-papa, etc., avait commencé une active propagande pour la création de bibliothèques communales destinées à mettre les bons livres à la portée de tous. Une Société des bibliothèques communales du Haut-Rhin avait été fondée sur son initiative ; au bout de quatre ans, les bibliothèques installées par les soins de cette société étaient déjà au nombre de 83.

Au mois de septembre 18G6, la Ligue belge de l'enseignement tenait à Liège son deuxième Congrès annuel. M. Jean Macé s'y rendit, et à son retour, le 25 octobre, publia dans YOpijiion not'Onale un appel à ses concitoyens pour les engaaer à constituer en France une Ligue du même genre, qui entreprendrait, sur une plus vaste échelle, une œuvre analogue à celle que la Société des bibliothèques communales accomplissait dans le département du Bas-Rhin.

« C'est à ce que j'avais sous les yeux en Alsace, écrivait quelques mois plus tard M. Jean Macé, que j'ai pensé en émettant une idée que je n'ai pas rapportée de Belgique. C'est elle qui m'y avait fait aller. Elargissez le cadre de notre œuvre des bibliothèques pour y faire entrer toutes les formes possibles de l'enseignement populaire; étendez à toute la France ce qui est circonscrit ici dans un j département : vous aurez juste notre Ligue de l'enseignement telle que je la conçois. »

Les trois premiers adhérents furent un sergent de ville, un conducteur de chemin de fer et un tailleur de pierres. D'autres adhésions arrivèrent bientôt, et le 15 novembre 18GG M. Jean Macé publia une sorte de manifeste dans lequel il annonçait qu'aussitôt un nombre suffisant de souscriptions recueillies, il publierait un Bulletin et convoquerait une assemblée générale où seraient discutes les statuts de la nouvelle association. En attendant, la formule d'adhésion proposée était la suivante :

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» Les soussignés, désireux de contribuer porformellement au développement d(! ritisinicuon <lan8 leur pays, déclarent adhérer au projet d e- .ablissement en France d'une Ligue de i enseignement, au sein de laquelle il demeure entendu qu'on ne servira les intérêts particuliers d aucune opinion religieuse ou politique.

)) Ils s'engagent à en faire partie quand elle sera constituée, et à souscrire annuellement chacun pour la somme portée à la suite de son nom. »

Le premier Bulletin parut le 15 décembre IR66. M. Jean Macé y expliquait en ces termes le but de la Ligue et l'organisation qu'il concevait pour

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a Une femme de cœur,fqui a entrepris de recruter pour la Ligue de l'enseignement, m'écrivait ces jours-ci qu'on voulait savoir, avant de signer la liste d'adhésion, à quoi l'on s'engageait en la signant. On s'engage pour le moment à appuyer de l'autorité de son nom, quel qu'il soit, — les noms d'ouvriers et de paysans font ici autorité comme les autres, — le projet de créer en France un lien commun entre tous ceux qui travaillent actuellement ou qui voudront travailler plus tard, et de leur personne, et de leur bourse, à propager les connaissances utiles. On s'engage pour l'avenir à être un de ceux-là.

» ... L'élément essentiel de la Ligue, son unité numérique, si je puis m'exprimer ainsi, doit être le cercle local s'administrant lui-même et déterminant sur place le meilleur emploi à faire de «es moyens d'action,

» ... Le bureau qui représentera la Ligue, tel que je le conçois, ne sera pas un rayonnement du centre à la circonférence, mais de la circonférence au centre, ce qui est dififérent. Nommé et soutenu par tous les groupes qui se seront organisés d'eux-mêmes sur tous les points du territoire pour travailler, sous toutes les formes possibles, à la propagation des connaissances utiles, il n'aura l'entreprise d'aucune œuvre spéciale, et ne sera qu'un centre de publicité pour toutes les <Buvre8 existantes, un centre de renseignements où l'on pourra venir phiser pour en créer de nouvelles, ou développer celles qui existent déjà. Son œuvre, à lui, sera de déterrer les dévouements obscurs pour les mettre en lumière, de servir de point d'appui aux efforts isolés, trop souvent impuissants à triompher des obstacles locaux, de susciter des hommes et de provoquer des efforts dans les endroits qui dorment en mettant sous les yeux de tous l'exemple de ceux qui ont essayé de faire et qui ont réussi. »

Le troisième Bulletin, publié en mai 1868, convoquait à Paris, pour le 15 novembre suivant, une assemblée générale de la Ligue. Cette assemblée ne put avoir lieu, l'autorisation ministérielle étant arrivée trop tard ; mais, par voie de circulaire, M. Jean Macé adressa à tous ses correspondants le projet de statuts qu'il avait préparé; en les invitant à le mettre en discussion dans les groupes déjà formés. En voici le texte :

0 Article I'=^ — La Ligue de l'enseignement a pour but de provoquer par toute la France l'initiative individuelle au profit du développement de l'instruction publique.

» Art. 2. — Son œuvre consiste :

» 1° A fonder des bibliothèques et des cours publics pour les adultes, des écoles pour les enfants, là où le besoin s'en fera sentir ;

» "i» A soutenir et à faire prospérer davantage les institutions de ce genre qui existent déjà,

» Art. 3.— Il demeure entendu que, soit dans la composition des bibliothèques, soit dans l'enseignement des cours, soit dans le programme des écoU^s, fondés ou soutenus par la Ligue, on s'abstiendra do tout ce qui pourrait avoir une couleur de polémique, politique ou religieuse.

» Art. 4. — Los membres de la Ligue resteront toujours juges du chiffre, de la durée et de l'emploi de la cotisation souscrite par eux.

» Art. 5. — Ils se grouperont, comme ils l'entendront, en sociétés indépendantes, réglant ellesmêmes leur mode d'administration, la nature et l'étendue de leur action.

» Art. 6. — La Ligue aura une agence, nommée et rétribuée par elle, chargée :

» 1° De propager l'œuvre;

)) 2" De publier le bulletin de la Ligue ;

» 3° De convoquer l'assemblée générale qui aura lieu tous les ans.

)) Art. 7. — L'agence rendra compte de sa gestion à une commission de contrôle, et publiera dans chaque bulletin l'état détaillé de ses recettes et de ses dépenses,

» Art. 8. — Nulle modification aux présents statuts ne pourra être votée en assemblée générale sans avoir été au préalable communiquée à l'agence centrale, et portée par elle à la connidssance de toutes les sociétés dont la Ligue se composera. »

En même temps, la circulaire annonçait les résultats obtenus à la fin de la première année de propagande : 4792 adhésions étaient parvenues ù Beblenheim, centre provisoire de la Ligue, dont 4751 pour la France, réparties sur 77 départements; 41 étaient venues des pays étrangers, Be^ique, Angleterre, Allemagne, Suisse, Italie, Riresie, Egypte, Etats-Unis, et jusque de Singapore. Le mouvement financier se chiffrait par 12 362 fr. 05 de recettes et 8 770 fr, 60 de dépenses.

A partir du 28 mai 1868, grâce au nombre toujours croissant des adhérents et à l'augmentation des ressources financières de la Ligue, M. Jean Macé put entreprendre la publication régulière d'un Bulletin qui parut jusqu'au lonovembre 1871,etdont la collection forme un volume d'environ 600 pages. Ce Bulletin contient la chronique des progrès de la Ligue, des luttes qu'elle soutient contre l'ignorance et quelquefois contre le fanatisme, des œuvres qu'elle accomplit et qu'elle encourage. Dès 1867 des cercles locaux étaient fondés à Metz, à Paris, à Reims; l'année 1868 vit s'organiser les cercles de Rouen, de Dieppe, de Colmar, de Nancy, d'Epinal, du Havre, de Marseille, d'Alger, de Bône; l'année 1869, ceux de Toul, de Guelma, de Sétif, de PhilippeviUe, de Constantine. Le Bulletin du 15 février 1870, donnant une statistique de la Ligue, énumérait un total de 59 cercles réunissant entre eux un budget connu de 70455 fr. 85 souscrit par 17 850 membres. L'Est comptait 22 cercles avec 584(J membres ; le Midi, 9 cercles et 5563 membres; l'Ouest, 11 cercles et 2718 membres; l'Algérie, 9 cercles et 1853 membres ; le Centre, 8 cercles et 1736 membres; enfin, le Nord, 1 cercle et 160 membres.

Chacun de ces cercles s'administrait librement et déterminait lui-même son programme d'action. Le titre de Ligue de l'enseigneynent n'était qu'un mot de ralliement servant à exprimer une communauté d'aspirations; pour éviter des difficultés que le gouvernement impérial n'eut pas manque de lui créer, M. Jean Macé avait renoncé à donner à la Ligue une organisation centralisée ; elle restait à l'état idéal et platonique, n'existant dans la pratique que sous la forme de groupes locaux poursuivant un but commun, mais non fédérés entre eux. A titre de spécimen, nous reproduisons le programme adopté en 1868 par le cercle de Rouen :

« Rechercher les enfants qui ne fréquentent pas encore les écoles et user de tous les moyens d'induence morale pour amener les parents à leur assurer les bienfaits de l'uistruclion ;

» Mettre des prix ou livrets de caisse d'épargne

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•a, disposition des administrations municipales ou directeurs d'institutions, en vue de récompenser les élèves les plus méritants;

» Exciter à la fréquentation des écoles par la distribution de jetons de présence aux enfants nécessiteux;

» Développer ou créer pour les ouvriers des villes et des campagnes des conférences gratuites, flans lesquelles on leur enseignera les éléments ries sciences exactes et les grandes lois de la nature ;

» Procurer à bon marché et répandre les instruments nécessaires à cet enseignement ;

» Fonder ou contribuer à fonder des bibliothèques populaires ;

» Tels sont les principaux moyens dont les membres de la Ligue composant le cercle rouennais déclarent vouloir user. »

Les choses restèrent ainsi jusqu'à la fin de l'empire. Après la guerre, M. Jean Macé, qui avait dû abandonner Beblenheim et s'était retiré à Monthiers près Château -Thierry (Aisne), remit la direction du mouvement de propagande en faveur de la Ligue au Cercle parisien, représenté par son secrétaire, M. Emmanuel Vauchez. « Le Cercle parisien, disait M. Macé dans le dernier bulletin publié par lui (15 novembre 1871), est le mieux placé pour centraliser et publier dans son ' Bulletin les renseignements relatifs à toutes les ' œuvres locales et à l'ensemble du mouver^nt général. Quant à moi, ajoutait-il, toute mon action personnelle va se concentrer désormais dans la prédication orale, et les voyages entrepris pour aller provoquer sur place la formation de nouveaux cercles par toute la France. »

Le rapport lu à l'assemblée générale du Cercle parisien le 15 février 1873 explique en ces termes cette modification dans l'organisation de la Ligue : « Le rôle du Cercle parisien s'est nécessairement agrandi. Avant la guerre, le domicile officiel de la Ligue de l'enseignement était à Beblenheim, résidence de son fondateur. Il n'a pu continuer à en être de même, on sait pourquoi {émotion dans Vauditoire), et le Cercle parisien est devenu le nouveau centre de la Ligue.

» Ici, il faut bien s'entendre : la Ligue de l'enseignement n'a point de centre proprement dit, si ce n'est un centre de renseignements.

» Dans la pensée de son fondateur, il y a huit ans, c'était une école de décentralisation, d'initiative individuelle ; chaque cercle se gouverne à son gré, agit comme il veut, quand il veut, sans être obligé d'attendre les ordres de personne. Le but commun, la propagation de l'instruction, est le seul lien qui les rattache officiellement entre eux. Ce caractère décentralisateur doit survivre aux circonstances qui l'ont fait naître. »

Nous ne pouvons pas raconter, année par année, les travaux du Cercle parisien et des divers cercles de province durant la période décennale de 1871 à 1881. On trouvera plus loin un résumé général qui permettra de se faire une idée de l'activité déployée parles membres de la Ligue et •surtout par l'infatigable secrétaire général du Cercle parisien, M. Vauchez. Sans nous arrêter à un historique impossible à faire ici, nous arrivons directement à l'année 1881, qui marque le commencement d'une ère nouvelle dans l'organisation de la Ligue de l'enseignement.

En 1880, le Cercle parisien avait obtenu la reconnaissance d'utilité publique. Ses niembres conçurent alors l'idée de convoquer pour la première fois un congrès général de toutes les sociétés d'instruction dont l'ensemble constituait la Ligue. « Jusqu'à présent, disait M. Jean Macé dans la circulaire de convocation (8 février 1881), la Ligue de l'enseignement n'a existé qu'à l'état épars, formée d'éléments isolés. Il s'agit de lui donner enfin

un corps, et d'établir entre toutes les sociétés qui la composent le lien fédéral qui leur a manqué jusqu'à présont, sans toucher au principe fondamental qui a présidé à tout le mouvement de la Ligue depuis le premier jour : l'autonomie absolue de tous les groupes, grands et petits.

» C'est donc une représentation régulière des sociétés locales qu'il faut chercher à organiser, non pas leur enrégimentation sous les ordres d'un comité directeur; c'est un point d'appui central qu'il leur faut, laissant à toutes leur liberté entière d'action.

» Co point d'appui central, le Cercle parisîer> de la Ligue l'est, par le fait, depuis dix ans. Il s'est fait, de lui-même, l'homme d'affaires de tous les cercles, et son bulletin a remplacé pour eux celui qui leur éiait envoyé de Beblenheim au commencement. Je propose au Congrès de donner une consécration officielle à la position officieuse que le Cercle parisien occupe dans la Ligue, et de le charger d'être son homme d'affaires en titre, tout en conservant lui-même, bien entendu, son existence propre et son autonomie,, comme toutes les autres sociétés. »

Le congrès eut lieu à Paris du 18 au 21 avril 1881. Le projet do fédération y fut discuté et adopté. Voici les dispositions principales des statuts formant le pacte fédéral :

M La Ligue de l'enseignement fondée par Jean Macé s'organise en fédération sous le titre d^i- Ligue française de V enseignement. — Une liste est ouverte sur laquelle sont inscrites toutes les sociétés d'instruction populaire, fondées sous quelque titre que ce soit, qui voudront en faire partie. — La Ligue française de l'enseignement a pour but de provoquer par toute la France l'initiative individuelle au profit du développement de l'instruction populaire par tous les moyens possibles. La Ligue française de l'enseignement publie un Bulletin spécial. — Chaque société entrant dans la Ligue fixe elle-même le montant de sa cotisation. — Chaque société étant indépendante sera libre de se retirer lorsqu'elle le désirera. — Un congrès, composé des délégués des sociétés de la Ligue, se réunira chaque année dans le lieu désigné par le conseil général de la Ligue. — La Ligue est administrée par un conseil général de trente membres nommés par le congrès pour trois ans et renouvelable par tiers chaque année. Les attributions du conseil général sont : 1° de propage» l'œuvre ; 2° de publier le Bulletin de la Ligue ; 3° d'organiser des conférences publiques et les congrès annuels ; 4* d'adr ministrer les finances de la Ligue. »

Le nombre des cercles et sociétés qui firent adhésion à la fédération s'élevait, au bout d'une année, à 373.

Le second congrès de la Ligue se réunit à Paris du 11 au 14 avril 1882. Sur l'initiative de M. George, sénateur, il vota la résolution suivante, relative à l'organisation de l'éducation civi-^ que et militaire :

« La Ligue française de l'enseignement, étendant le cercle de son action, prend en mains la cause nationale de l'éducation civique et mili-^ taire.

» Comme moyens d'action, le Congrès estime qu'il y a lieu de prendre dès à présent les mesures suivantes :

» 1° Provoquer la formation, dans chaque canton de France, d'un cercle d'éducation nationale, subdivisé en sections par communes et qui aura pour but d'organiser, pour les jeunes gens sortant de l'école jusqu'à l'âge de vingt ans, l'instruction gymnastique et militaire, au moyen d'exercices hebdomadaires et de réunions cantonales, périodiques ;

» 2° Former aux chefs-lieux de département et

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d'arrondissement une commission de citoyens de bonne volonté qui se chargerait d'entrer en relations avec cliaquo chef-lieu de canton, d'y provoquer la création de cercles cantonaux, et de servir d'intermédiaire entre les sociétés locales et le conseil général de la Ligue;

r> 3* Enfin, comme, pour la formation et le fonctionnement de CCS cercles cantonaux, il sera indispensable do venir en aide aux cantons les moins aisés, il importe que la Ligue ait à sa disposition des ressources en proportion avec la grandeur de l'œuvre et l'importance des besoins à satisfaire. En conséquence, le Congrès décide qu'il sera fait appel à tous les citoyens et qu'il sera ouvert dans ce but une grande souscription nationale.

» Le conseil général de la Ligue est chargé de prendre les mesures nécessaires pour l'exécution de cette résolution. »

Au troisième congrès, tenu à Reims du 27 au 30 mars 1883, la Ligue a décidé d'accorder son appui à une afritation en faveur du développement de l'enseignement professionnel, comme elle l'avait accordé l'année précédente à l'enseignement civique et militaire.

Nous terminerons cette notice par quelques indications relatives aux principales sociétés dont l'ensemble constitue la Ligue de l'enseignement.

Le nombre total des sociétés qui se rattachent, par le nom qu'elles se sont donné, à la Ligue de l'enseignement, est d'environ treize cents. Les dénominations le plus fréquemment employées sont : Bibliothèque populaire, Comité ou Société du sou des écoles laïques, Cercle de la Ligue de l'enseignement, Société républicaine d'instruction. Cercle d'éducation civique et militaire.

Le nombre des sociétés qui ont adhéré à la fédération constituée en 1881 est actuellement (juillet 1883) de 601.

Parmi ces sociétés, nous mentionnerons, dans l'ordre de leur fondation :

Le Cercle de la Ligue de l'enseignement de Chevilly (Loiret), fondé dans ce village par M. Ed. Barillon, en décembre 18G6; ce fut le premier Cercle de la Ligue ;

Le Comité rémois de la Ligue de l'enseignement, à Reims, fondé en novembre 18G7 par M. le D' Thomas, professeur à la faculté de médecine, aujourd'hui député, et par M. Ernest Garnier, néi^ociaut, aujourd'hui adjoint au maire de Reims; Le Cercle spinalien de la Ligue de l'enseignement, à Épinal, fondé en septembre 1868, par M. George, avocat, aujourd'hui sénateur;

Le Cercle nancéien de la Ligue de l'enseignement, à Nancy, fondé le 6 décembre 1868, par M. Drouot, inspecteur général des mines ;

La Société touloise des amis de l'instruction, à Toul, fondée en janvier 1809, par M. le D' Louis Nacquard, ancien proscrit de décembre, et M. Grébus, principal du collège;

La Société contre l'ignorance, de Clermont- Ferrand, fondée en 1869 parM. Virotte-Ducharne; Le Cercle rouennais de la Ligue de l'enseignement, à Rouen, fondé le 28 novembre 1868 par MM. Raoul Duval, Ch. Besselièvre, Emile Rondeaux, Eug. Viénot;

Le Groupe havrais de la Ligue de l'enseignement, au Havre, fondé le 16 juillet 1868 par MM. Jules Siegfried, aujourd'hui maire du Havre, et Ed. Robert, inspecteur des lignes télégraphiques;

Le Cercle poitevin de la Ligue de l'enseignement, à Poitiers, fondé le 28 novembre 1869 par M. Raveaud, conseiller à la cour ;

Le Cercle châtelleraudais de la Ligue de l'enseignement, à Châtellerault, fondé le 8 août 1869 par MM. Pleignard et Alfred Hérault; La Ligue do l'enseignement des Deux-Sèvres,

à Niort, fondée le 19 novembre 1 869 par M. Antonir) Proust, aujourd'hui député ;

L'Association phocéenne, fondée le 27 juillet 1868, et la Ligue marseillaise de l'enseignement, fondée le 22 août 1808, à Marseille, qui ont fait place depuis à la Société du sou des écoles laïques de Marseille ;

Le Cercle nîmois de la Ligue de l'enseignement, à Nîmes, fondé en décembre 1S69 ;

Le Cercle girondin do la Ligue de l'enseignement, à Bordeaux, fondé le 17 août 1869 par MM. Raulin, professeur à la Faculté des sciences, et Saugeon, conseiller général ;

La Ligue de l'enseignement d'Alger, fondée en décembre 1868 par M. Zeys, juge au tribunal civil ; aujourd'hui reconnue d'utilité publique ; elle a créé une école secondaire de filles ;

Le Cercle de la Ligue de l'enseignement do Constantine, fondé le 28 août 1869, par M. Lamoureux, conseiller de préfecture ;

Le Cercle rochelais de la Ligue de l'enseignement, à la Rochelle, fondé par M. le D' Brard au commencement de 1870.

Les fondations suivantes sont postérieures à 1870 :

Société républicaine d'instruction de Laon ; Société du sou des écoles laïques de Nice; Cercle ardéchois de la Ligue de l'arrondissement, Privas;

Comité troyen du sou des écoles laïques, Troyes ;

Société du sou des écoles laïques de Carcassonne ; Comité du sou des écoles laïques de Milhau ; Cercle caennais de la Ligue de l'enseignement,. Caen ;

Cercle angoumoisin de la Ligue de l'enseignement, Angoulôme;

Cercle cognacais de la Ligue de l'enseignement. Cognac; Bibliothèque populaire de Beaune ; Cercle périgourdin de la Ligue de l'enseignement, Périgueux;

Ligue française de l'enseignement de l'arrondissement de Montbéliard ; Société du sou des écoles laïques de Valence ;. Société républicaine d'instruction de Chartres ; Société républicaine d'éducation populaire ^ Brest;

Société du sou des écoles laïques du Gard, Nîmes ;

Société du sou des écoles laïques toulousaines^ Toulouse ;

Société du sou des écoles, Béziers; Société littéraire et artistique, Béziers; Bibliothèque populaire rennaise, Rennes; Cercle de la Ligue de l'enseignement de Châteauroux ;

Cercle tourangeau de la Ligue de l'enseignement. Tours ;

Cercle viennois de la Ligue de l'enseignement; Vienne (Isère) ; Société républicaine d'instruction laïque, Blois ; Société du sou des écoles laïques, Saint-Etienne : Bibliothèque populaire de Roanne ; Société républicaine d'instruction laïque d'Orléans;

Société d'encouragement à l'instruction, Saumur ;

Cercle angevin de la Ligue de l'enseignement^ Angers ; Bibliothèque populaire d'Avranches ; Union de la jeunesse lorraine, Nancy ; Cercle barisien de la Ligue de l'enseignement,^ Bar-le-Duc ; Société républicaine d'instruction de Lorient i Société du denier des écoles laïques, Lille; Société du denier des écoles laïques, Douar >^

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Société du dénier des écoles laïques des deux •cantons de Saint-Amand-les-Eaux ;

Société républicaine d'instruction de Vesoul;

Ligue républicaine de l'enseignement et du sou des écoles laïques, d'Autun ;

Société des amis de l'instruction de Chalonsur-Saône ;

Société d'instruction populaire de laCôte-d'Or, 'Dijon ;

Société mâconnaise de la Ligue de l'enseignement, Mâcon ;

Société du sou des écoles laïques, Albertville;

Société d'instruction républicaine ou Société du patriote, Paris ;

Groupe dionisien de la Ligue de l'enseignement, Saint-Denis (Seine);

Société du sou des écoles laïques de l'arrondissement d'Albi;

Ligue de l'enseignement de Mazamet ;

Société d'instruction populaire de Montauban ;

Cercle vendéen de la Ligue de l'enseignement, La Roche-sur- Yon ;

Bibliothèque populaire de Fontenay-le-Comte ;

Ligue de l'enseignement de Cochinchine, Saigon ;

Société d'instruction l'Avenir, Salonique (Turquie) ;

Comité des écoles françaises gratuites de Barcelone (Espagne) ;

Comité du sou des écoles laïques de l'arrondissement de Charleville.

Le Cercle parisien de la Ligue de l'enseignement, fondé, comme nous l'avons dit, en 1867, est de toutes les sociétés adhérentes à la Ligue celle qui a déployé le plus d'activité. Un document publié tout récemment résume comme il «uit l'œuvre accomplie par ce cercle de 1867 au 31 décembre 1882 :

Une somme de 29 197 fr. 89 c, ainsi que 47 789 volumes ou brochures, 95 'séries de tableaux synoptiques ; 678 albums d'instruction (tableaux des poids et mesures), et 4 862 exemplaires du Souvenir du 14 juillet, ont été votés pour encourager la création de 612 bibliothèques populaires, communales, scolaires ou pédagogiques d'instituteurs.

38G41 volumes ou brochures; 230 séries de tableaux synoptiques; 4 650 exemplaires du Souvenir du 14 juillet ont été distribués à 410 cercles de la Ligue ou sociétés d'instruction.

Une somme de 26 734 fr. 15c.; 4933 volumes; 41 mappemondes, tableaux de poids et mesures ont été votés pour la création de bibliothèques régimentaires, d hôpitaux militaires, pour les sous-officiers et soldats, et pour encourager l'organisation d'écoles régimentaires dans 192 corps de troupes.

Une somme do 59 480 fr. 97 c. a été votée pour fournir des cartes géographiques de France et d'Europe, des tableaux du système métrique, des globes et des tableaux d'histoire naturelle à 1 501 écoles laïques, communales et libres.

575 séries de tableaux synoptiques illustrés ; 500 exemplaires du cours de législation usuelle, par Ch. Rameau; 1640 volumes divers; 670 albums d'instruction (tableaux des poids et mesures) et 934 exemplaires du Souvenir du 14 juillet ont été distribués à 857 écoles laïques communales et libres.

25318 exemplaires de Géographie avec carte du département ont été envoyés, en dons, à 81 départements ou colonies pour être distribués aux écoles.

Le Cercle parisien a organisé en 1872 un pétitionnement en faveur de l'instruction primaire, obligatoire, gratuite et laïque, qui a produit 1 267 267 signatures, non compris plus de cent mille signatures envoyées directement aux dé-

putés et déposées sur le bureau de la Chambre.

Les signataires étant invités à appuyer leur signature par le versement d'un sou, les sommes ainsi recueillies se sont élevées à 29 886 fr 70 c.

Après le vaste pétitionnement entrepris avec le concours de toutes les sociétés de la Ligue, le Cercle parisien a ouvert une enquête, auprès des conseils municipaux, sur la triple question de l'obligation, de la gratuité et de la laïcité de l'enseignement primaire pour les écoles subventionnées par la commune, le département et l'Etat. Les municipalités qui ont répondu affirmativement représentent plus de la moitié de la population de la France.

6419 troncs du sou des écoles laïques sont actuellement en circulation.

Le Cercle parisien a créé un service d'achat de livres qui fonctionne gratuitement pour les bibliothèques civiles et militaires. Il fait profiter les bibliothèques des remises qu'il a obtenues des éditeurs et le plus souvent il paie le port jusqu'à destination; les frais de transport s'élèvent à la somme de 21 096 fr. 20.

En 1882, le Cercle parisien comptait 2 480 membres; le montant de la cotisation annuelle s'élevait à 22 100 francs.

LIGUE NATIONALE DE L'EDUCATION. — La Ligue nationale de l'éducation, ou Education League, fondée en Angleterre en 1869, et dissoute en 1877, a puissamment contribué au mouvement d'opinion auquel sont dus les deux Acts du Parlement sur l'instruction primaire de 1870 et de 1876.

Les élections générales de 1868 venaient de remettre le gouvernement aux mains du parti libéral. L'occasion était favorable. Des hommes actifs et dévoués qui, depuis plusieurs années, s'étaient consacrés à la cause de l'éducation populaire, décidèrent la formation d'une association qui se donnerait pour but « la création d'un système assurant l'éducation de tous les enfants du pays » ; à leur tête se trouvaient entre autresMM. George Dixon, Chamberlain, Mundella, Fawcet, sir Ch. Dilke. VEducation League tint son premier meeting à Birmingham, le 17 octobre 1869; M. Dixon fut élu président. Le programme de la Ligne était le suivant: «La loi doit obliger les autorités locales à créer les écoles nécessaires pour que tous les enfants puissent recevoir l'instruction; ces écoles doivent être créées et entretenues au moyen de taxes locales et de subventions du gouvernement; toutes les écoles qui recevront une subvention municipale ou gouvernementale doivent être neutres au point de vue religieux {unsectarian) ; l'Etat ou les autorités locales doivent avoir le pouvoir de rendre la fréquentation des écoles obligatoire. »

Le ministère, présidé par M. Gladstone, annonça qu'il allait s'occuper de la question; et en janvier 1870, M. Forster, vice-président du Conseil privé et chef du département d'éducation, présenta à la Chambre des Communes le bill qui est devenu le premier Elementary Education Act. Mais le projet du gouvernement était loin de répondre à l'attente de la Ligue; ses membres, soutenus par la majorité des députés libéraux, firent les plus grands efl"orts pour améliorer le bill, et réussirent à l'amender sur quelques points; toutefois, devant la coalition des libéraux ministériels et des tories, ils ne purent faire adopter ni le principe de l'obligation, ni celui de la gratuité, ni celui de la neutralité religieuse, tel qu'ils l'avaient formulé.

La Ligue chercha néanmoins à faire le meilleur emploi possible des réformes accordées par \Act de 1870 : elle intervint activement dans l'élection des SchooL Boards^ et lutta avec énergie contre les prétentions des partisans de l'école confession-

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nello, qui cherchaient à exploiter à leur profit la loi votéo par le Parlemont. Dès 1872, M. Dixon proposa aux Communes la révision, dans un sens plus radical, de VAct de 1870; sa motion fut rejotée. Il revint à la charge en 1878, et demanda fjue des School Boards fussent établis partout, et <]ue la fréquentation de l'école fût rendue obligatoire. L'année suivante, le Parlement ayant été dissous, les élections donnèrent la majorité aux conservateurs. M. Dixon présenta de nouveau, en 1875 et 1876, son bill réclamant les deux réformes que la Ligue jugeait les plus urgentes, universat i?diool Boards et compulsory attendance . Le nouveau cabinet, présidé par M. Disraeli, se montra plus disposé que ne l'avait été le gouvernement libéral à prêter l'oreille aux suggestions de l'opinion avancée: le chef du département d'éducation, lord Sandon, présenta un bill aux termes duquel l'obligation légale de faire instruire leurs enfants était imposée aux parents; en outre, dans les localités où il n'existait pas de School Board, les affaires scolaires devaient être placées entre les mains d'un comité spécial, nommé School Attendance Committee. Le bill de lord Sandon fut voté par les deux Chambres et devint VAct de 1 876.

Le principe pour lequel la Ligue avait combattu était désormais inscrit dans la loi. Cette loi, il est vrai, était imparfaite, et n'avait pas donné entière satisfaction aux partisans de l'école obligatoire, gratuite et laïque : mais c'était de l'avenir qu'il fallait attendre de nouveaux progrès dans ce sens. La Ligue de l'Education, jugeant sa mission terminée, prononça sa dissolution le 28 mars 1877.

MMOUSIIV. — Nos provinces du centre et dé l'ouest comptent, parmi leurs enfants illustres, un grand nombre d'écrivains, de savants et d'artistes distingués ; mais l'instruction ne paraît avoir, à aucune époque, acquis un grand développement dans cette partie de la France. A Bordeaux et à Poitiers, les lettres ont jeté quelque éclat aux derniers temps de la période gallo-romaine et au commencement du moyen âge. La masse de la population aquitanique n'en demeurait pas moins ignorante, et était réputée telle, même par les contemporains. Un étranger, Benoît, prieur de Cluse, qui vivait dans la première moitié du XI" siècle, prétendait n'avoir trouvé en Aquitaine aucune science ; à l'en croire, les évêques et les moines de ce pays étaient des gens grossiers, — riisticos — et si, par hasard, un d'entre eux avait appris un peu de grammaire, il se regardait comme un Virgile : et si aliquis deAquitanis parum didicerit grammaticam, mox puiat se esse Virgilium.

Il y avait sans doute de l'exagération et surtout de la mauvaise humeur dans l'appréciation do ce religieux, qu'un moine de Saint-Martial, riiistorien Adémar de Chabannes, assure avoir pris en flagrant délit de barbarisme; néanmoins, comme le même Adémar nous apprend que, dans une assemblée où se trouvaient les chanoines du chapitre cathédral de Limoges et les religieux de la principale abbaye du diocèse, un orateur pouvait, en s'énonçant en latin, laisser échapper de fort grosses fautes sans que l'auditoire s'en aperçût, il est permis de croire que, réellement, le niveau de l'instruction littéraire, même parmi les ecclésiastiques, n'était pas fort élevé à la veille des croisades, tout au moins dans le diocèse de Limoges. Dans plusieurs anciennes Vies de saints, au surplus, dans celle de saint Israël notamment, le peuple do ces contrées est représenté comme fort Ignorant.

Le Limousin possédait pourtant des écoles dont nous retrouvons la trace. La capitale de la province en avait eu dès la période gallo-romaine, et

le musée de Limoges conserve le monument funéraire du plus ancien de nos a maîtres d'école ^y connus : Blœsianus, a savant grammairien et professeur de morale ». Il était originaire de Bourges ou de Bordeaux et mourut à Limoges, où il avait sans doute exercé son art au cours du ii« ou du iii« siècle.

Pendant longtemps, les écoles monastiques semblent avoir seules ou presque seules pourvu à la distribution de l'enseignement. Le sol du Limousin s'était, du vi* au x« siècle, couvert d'ermitages et de petites communautés, dont beaucoup devinrent de grandes abbayes.

Les parents qui avaient l'intention de vouer leurs enfants au service de Dieu les donnaient à un monastère, avec certaines formalités dont les capitulaires des rois de la seconde race font mention. Ces enfants étaient élevés ensemble dans l'intérieur du cloître, à peu près comme les enfants de troupe dans nos casernes. Ils portaient 1& froc ; sans être astreints aux exercices des religieux, ils y participaient dans une certaine mesure,. remplissaient, par exemple, l'office d'enfants d& chœur dans les cérémonies, et s'habituaient ainsi peu à peu à la vie monastique et à la règle. Il y avait bien quelques inconvénients à l'introduction de ce petit troupeau dans un couvent : c'étaient des enfants après tout ; leurs cris et leurs bruyants ébats troublaient souvent le silence de la maison et le recueillement des religieux. Aussi quelques voix s'étaient-elles élevées contre l'usago d'adjoindre cette espèce de petit séminaire aux abbayes, et l'austère Pierre Damien félicitait-il les bénédictins du Mont-Cassin de s'être affranchis de cette habitude, regardée presque partout comme une obligation, et qu'il considérait comme faite pour énerver la rigueur de la règle. L'usage toutefois prévalut, non sans raison, ce semble, de conserver ces écoles, où les enfants destinés à la vie monastique se formaient insensiblement, par le meilleur et le plus doux des noviciats. Les monastères y demeurèrent fidèles jusqu'aux siècles de décadence. Toutes les grandes abbayes du Limousin avaient leur école — schola puerorum — confiée aux soins d'un dignitaire spécial, qui était d'ordinaire un des religieux les plus distingués, sinon le plus distingué de la communauté.

Toute réserve faite sur le niveau général de l'instruction dans la région, les écoles de Saint- Martial de Limoges paraissent avoir été florissantes dès le X* siècle. La charge de maître et celle de sous-maître sont considérées comme fort importantes, et la première est comptée parmi les offices auxquels sont attachés les privilèges les plus honorables et les revenus les plus élevés. On a retenu les noms de plusieurs écolâtres, de Pierre surnommé le Scolastigue, dont nous conservons un poème ; de Roger son successeur, ou un de ses successeurs immédiats (1026), de Maurice Pinheta ou Pignet (1245), d'Aymeric Cbarrouteau (1320), de Martial Jay et de Ponce Merlet, « maître et sous-maître des études » en 13G7 et 1368, de Pierre Saleys (1415), de Marc Pignet (1481), etc. Aux XI* et xii» siècles, ces maîtres, et ceux des moines qui sont plus ou moins versés dans les lettres, se parent avec un certain orgueil du nom de « grammairien ». Cette qualification est considérée comme un véritable titre d'honneur, et le moine Adémar, écrivant à Guillaume, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine, pense le glorifier beaucoup en l'appelant « bon grammairien », grammatico orthodoxe.

Ainsi, dans cette province reculée et ignorante, l'instruction avait dès lors un grand prestige. Le vulgaire savait parfois en apprécier les bienfaits, et les familles cherchaient à en assurer les avantages aux enfants. De pauvres paysans envoyaient

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leurs fils aux écoles monastiques. Dans les villes, les bourgeois manifestaient leur volonté formelle que leurs enfants reçussent de l'Instruction : Volo qiiod siln provideatur in scholis, liton dans plusieurs testaments de marchands et d'artisans du xiii* siècle ; et un acte curieux de l'année 1419 nous représente un tuteur s'engae;eant, devant les consuls ou officiers municipaux de Limoges, à envoyer, à ses frais, ses pupilles à l'école. Nous verrons, au xvi* siècle, la bourgeoisie témoigner de nouveau, par les sacrifices qu'elle s'impose pour l'établissement d'un collège, de tout le prix attaché par elle à Tinstruction. Quant aux seigneurs féodaux, ils ne dédaignent pas autant la science qu'on pourrait l'imaginer d'après certaines opinions trop aisément admises. Leurs enfants reçoivent souvent une éducation soignée <ît, du VI* au XV' siècle, maint biographe", pour exprimer que son héros ne le cède en rien aux hommes les plus accomplis de son temps, rapporte qu'on lui a donné une instruction égale à celle des enfants des nobles. L'expression est caractéristique, et il serait facile d'en citer beaucoup d'exemples.

Les abbayes de Saint- Augustin -lès- Limoges, Saint-Martin, SolignacGrandmont, Tulle, Vigeois, possédaient des écoles qui paraissent avoir été prospères. Beaulieu n'avait pas, àce qu'il semble, d'école monastique ; mais on y cultivait les lettres, et un religieux de cette abbaye, Guernon, est décoré au xi* siècle du titre de grammairien. En 1335, le cardinal de Morteraart, Pierre Gauvain, évêque d'Auxerre, fonda aux Augustins de Mortemart une sorte de petit collège pour douze enfants pauvres auxquels on devait enseigner la lecture, l'écriture, et les éléments de la langue latine.

L'enseignement qui se donnait dans les écoles monastiques n'était pas fort étendu : la lecture, l'écriture, un peu de grammaire et de logique, quelques principes de versification, constituaient, avec le chant liturgique, l'étude de l'Ancien et du Nouveau Testament et la théologie, le cycle à peu près complet du programme, cycle que la vogue de la doctrine d'Aristote semble avoir un peu élargi. Les lettres classiques ne furent cultivées que par le petit nombre. La discipline des maîtres était rude. Odolric, qui fut plus tard un des abbés les plus célèbres de Saint-Martial, avait été placé, enfant, à l'école de ce monastère. Chargé un jour de lire l'épître, il laissa échapper une faute grossière. Il en fut aussitôt puni par le maître du chœur, qui lui donna un soufflet devant ^out le monde.

Les enfants des écoles monastiques n'étaient pas nécessairement voués à la vie religieuse, liien que beaucoup d'entre eux eussent été donnés au couvent par leur famille, ils n'étaient point obligés de se faire moines. Arrivés à l'âge do prendre une résolution, ils pouvaient quitter le monastère et se marier. Le concile de Limoges de 1031, après bien d'autres assemblées du même genre, ordonne qu'aucune violence ne soit faite à leur vocation, — detur eis optio libéra, — et qu'ils puissent rentrer dans le monde, si telle est leur volonté.

A mesure que la piété diminua et que se relâchèrent les liens de la règle, on attacha dans les monastères moins d'importance à l'école; on n'apporta plus le même soin au choix des maîtres, la même sollicitude et le môme dévouement à l'instruction des enfants. Au xiv* sièf^îe, plusieurs documents constatent le fâcheux état de ces écoles et le peu de souci qu'ont un trop grand nombre de supérieurs ecclésiastiques de leur prospérité. Les commissaires apostoli<iues charges de réfgrmer les maisons religieuses sont obliiics de prendre des mesures pour empêcher l'extiiic-

I tion totale de l'enseignement élémentaire et l'abandon des études d'un ordre plus élevé. L'un d'eux, en 1337, ordonne « qu'un maître de grammaire et de logique soit constamment entretenu à Saint-Martial, pour donner l'instruction aux jeunes gens et autres capables de la recevoir », et que ce maître ne soit pas au-dessous de sa tâche. A Grandmont des prescriptions analogues sont édictées. Tous les couvents secondaires dépendant de l'un et de l'autre de ces monastères paient à ces derniers des a pensions » annuelles pour pourvoir à l'entretien de religieux aux universités.

Le XV* siècle paraît marquer la chute complète des écoles monastiques, chute que rendent irrémédiable les guerres civiles du siècle suivant et la fondation de collèges dans toutes les villes de quelque importance.

L'enseignement ne se distribuait pas seulement dans les monastères. Les évêques et les chapitrf s entretenaient aussi des écoles dont la direction appartenait presque partout au grand chantre. L'existence de celle qui dépendait de l'évêque de Limoges et du chapitre cathédral est fort anciennement signalée. Saint Israël, chanoine du Dorât, fut appelé dans la ville épiscopale dès les dernières années du x* siècle par l'évêque Hilduin, qui le plaça à la tête de cette école. Israël était, dit son biographe, un des hommes les plus remarquables et les plus instruits du pays, et on lui dut plusieurs compositions destinées à vulgariser la connaissance des faits essentiels de l'Ancien et du Nouveau Testament. Il avait raconté ces événements en vers destinés à être chantés, afin que le peuple, grâce à l'attrait de la musique — cantus suavitate allec.ta — les comprît et les retînt plus aisément. Le même saint dirigea plus tard, en qualité de grand-chantre du Dorât, l'école de ce chapitre, et il eut pour élèves plusieurs hommes demeurés célèbres dans les fastes religieux de la contrée.

Le chapitre de Limoges compta aussi, vers la même époque, des membres fort instruits pour le temps. Deux chanoines, Albéric et Raynaud, sont représentés comme très versés dans la philosophie. L'archidiacre Gauzbert est surnommé « le grammairien », et Humbert va diriger l'école de Meulan. Des conférences qui eurent lieu vers 1010 entre quelques théologiens du diocèse et les Juifs, sous le coup d'une mesure d'expulsion, on a induit qu'un certain nombre d'ecclésiastiques limousins savaient alors l'hébreu. La chose est vraiment peu croyable.

La Vie de saint Geoffroi, restaurateur du monastère du Chalard, montre ce saint personnage, encore laïque, habitant Limoges, où il reçoit l'hospitalité chez un riche bourgeois, et donnant une part de son temps au soin des écoles — occupationem scholarum, quitus docendis tune multus vacabat. On ne saurait sans témérité supposer qu'il s'agisse ici — à la veille de la première croisade — d'établissements d'instruction ayant un caractère communal. Bien que la population de Limoges possédât dès lors une organisation municipale, puisque trente ans plus tard on voit l'évêque plaider contre un seigneur devant le tribunal des bourgeois, il est fort improbable que les magistrats municipaux aient eu dès cette époque le loisir de s'occuper de l'enseignement, auquel pourvoyait du reste, dans une mesure très suffisante pour les besoins du temps, le clojigé régulier et séculier. Les enfants à qui saint Geoffroi consacrait ses journées suivaient donc soit l'école épiscopale ou capitulaire, soit une école paroissiale.

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Les écoles paroissiales n'ont pas laissd de trace dans noire province, pour la période du moyen ; âge. Des curés sont signales comme a\ant été les ■ instituteurs de quelques personnages, mais à titre tout privé ; ce sont des précepteurs, non des maîtres d'école. Néanmoins on ne peut guère | mettre en doute l'existence d'un enseignement ' d'ensemble donné, au moins par certains curés, ^ dès une époque très ancienne. Les écoles paroissiales étaient dans la nature des choses. Le desservant d'une paroisse, pour former un enfant de chœur, un sacristain, un aide quelconque, était obligé de se transformer en instituteur. Les sta- i tuts du diocèse en arrivèrent peu à peu à faire, de la tenue d'une école, une obligation pour tous les curés. Voici en quels termes s'expriment, à ce sujet, les statuts synodaux publiés sous Tépiscopat de Philippe de Montmorency en 1519 : |

« Chaque curé aura avec lui un clerc de science j médiocre, qui chantera au chœur et tiendra école où il enseignera l'alphabet et les dix commandements de Dieu. »

Tel est le modeste programme de l'instruction primaire au \vi* siècle, et voilà la première apparition du maître d'école du vieux temps, chantant au chœur et n'enseignant guère autre chose, en dehors du catéchisme, que la lecture et l'écriture. Les statuts sont plus exigeants pour les religieux que pour les laïques. Les membres des communautés doivent non seulement donner l'exemple de la bonne conduite, mais parler correctement. Dans tous les couvents il y aura un maître pour apprendre, avec les « bonnes mœurs », le chant ei la grammaire.

Bien qu'à plusieurs reprises nous trouvions expressément confirmée cette obligation imposée à chaque curé d'avoir une école, il nous est impossible d'affirmer qu'au dernier siècle toutes les paroisses du diocèse de Limoges en fussent pourvues ; à vrai dire même, il est difficile de le croire. Quelques mentions de maîtres dans les registres paroissiaux sont les seules traces de ces petites classes. Il est permis de penser que, soit négligence, soit impossibilité matérielle, empêchement physique ou autre, beaucoup de curés ne se conformèrent pas aux statuts diocésains ; beaucoup d'autres, faute de ressources suffisantes, furent eux-mêmes les maîtres d'école de leur paroisse. Néanmoins on trouve dans quelques localités des magisters laïques. A la vérité, ils n'ont presque partout aucun caractère public, aucune subvention ; ils sont de simples instituteurs privés, et si le seigneur de l'endroit leur donne un peu d'aide, c'est tout ce qu'ils peuvent attendre en dehors de la pauvre rétribution qu'ils obtiennent de leurs élèves. Ceux toutefois qui dirigent des écoles créées par une fondation spéciale ou à l'aide de ressources provenant d'un lyonastère supprimé, ressemblent fort à nos instituteurs communaux d'aujourd'hui. Ainsi, lors de l'union au séminaire de Limoges des offices claustraux et de la mense conventuelle de l'abbaye de Vigeois, il fut ordonné qu'une rente de 150 livres serait affectée à l'entretien d'un maître d'école résidant au bourg, et en 1769 les habitants de Vigeois décidèrent que cette somme serait doublée, moyennant quoi le maître enseignerait gratuitement la jeunesse et pourvoirait à l'entretien de la maison d'école. En 1173, lors de l'union de l'abbaye de Grandmont à l'évêché de Limoges, il fut arrêté que 500 livres par an seraient affectées à l'institution « à perpétuité » d'un maître d'école à la nomination de révc([UG, « pour fournir l'instruction gratuite aux garçons «t à tous les pauvres du lieu de Grandmont et les dépendances de l'abbaye ».

Le XIII* siècle, à qui nous devons tant de témoignages intéressants sur tous les actes de la vie de nos ancêtres, ne nous fournit pas un seul document relatif à l'état de l'instruction dans notre province et aux établissements d'enseignement qui y existaient. C'est par une grosse erreur, semble-t-il, qu'on a fait remonter à 1291 la création du collège de Felleiin. Hien n'autorise à penser que la bourgeoisie de Limoges, de Tulle, de Guéret, de Brive, de Saint-Léonard, de Saint- Yrieix, de Saint-Junien ait alors soit fondé des écoles, soit donné un concours quelconque aux personnes vouées à l'instruction publique. Vers 1300, un passage tiré d'un obituaire signale l'existence à Limoges de classes de grammaire et de logique, lesquelles se tenaient dans les maisons appartenant à Martial Marteau, archidiacre, et situées sur la place de Saint-Gérald. Ce n'est plus là, semble-t-il, l'école épiscopale ou capitulaire; mais sommes-nous en présence d'une école ayant un caractère municipal? Rien ne permet de l'affirmer; ce qui tendrait à l'établir, c'est qu'un vieil inventaire des archives communales de la Haute- Vienne mentionne sous la date du 10 avril 1370 tt ung instrument contenent le pris du salaire que les escoliers doibvent payer aux maistres regens des escoles de Limoges ». Enfin, dans une liasse des archives de la Haute- Vienne, l'analyse d'un acte, qui paraît remonter au conimcHcement du xv* siècle, nomme Jean Servant ou Sergent « maître des écoles de cette ville » — magister scholarum hujus villée. Ce titre a une physionomie loute laïque et municipale.

Au XIV* siècle, des écoles paraissent donc exister à Limoges en dehors des monastères et des établissements ecclésiastiques. Les consuls de la ville s'occupent de la rétribution scolaire et aussi probablement pourvoient ou tout au moins concourent aux dépenses. Mais c'est toujours l'autorité religieuse qui a la haute main sur les écoles ; c'est le grand-chantre du chapitre cathedral qui choisit les maîtres et qui confère à ceux-ci leur titre. Il en est de même au Dorât, et sans doute aussi à Saint-Juiiien et à Saint-Yrieix.

A la fin du xv* siècle seulement, les magistrats municipaux de Limoges entreprennent de soustraire les écoles de la ville à la direction du clergé. Les détails de la lutte engagée par eux dans ce but sont peu connus; mais un cahier de délibérations du corps municipal de Limoges, conservé aux archives des Basses-Pyrénées, nous montre, entre 1488 et 1499, la nomination de maître Léonard Combalètes, en qualité de régent des écoles, émanant des seuls consuls. Quoi qu'il en soit, le procès engagé devant le sénéchal de Limoges entre ces magistrats et Pierre Brachet, chantre de Saint-Etienne, aboutit à une première sentence favorable à la commune. Les juges chargent à titre temporaire un religieux du couvent des Frères Prêcheurs, Pierre de L'Artige, de la direction des classes. Le chantre fait appeL devant le parlement de Bordeaux, qui, au cours des incidents du procès, autorise Pierre Brachet à conférer, par mesure de proyision, la régence à Pierre Bonnet ou à toute aut e personne capable. La ville proteste et alléguer que le chantre n'a pas, dans la ville du Château, entièrement distincte de la vieille cité épiscopale, tassez d'autorité pour obtenir des écoliers l'obéissance nécessaire et pour les surveiller. Elle rappelle que ni révèiiue, ni le chapitre, ni aucun dignitaire ecclésiastique ne possède de droit temporel dans l'enceinte de ses murs. Les consuls et leurs concitoyens relèvent seulement du roi, ayant été mis en possession de la seigneurie et do la jus ice de la ville du Château de Limoges par des lettres du prince

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Noir de 13G5, en vertu des privilèges, libertés et coutumes octroyés aux bourgeois par les rois Henri II et Edouard III d'Angleterre et confirmés en 1371 et 1372 par Charles V pour obtenir des habitants leur soumission à son autorité et l'ouverture de leurs portes aux troupes françaises. Il résulte d'un document du procès que les consuls avaient construit des écoles, afin de faciliter « l'instruction des enfants de la ville et aussi d'un grand nombre de clercs qui affluaient à Limoges, désireux d'être initiés à la grammaire, à la logique, à la philosophie, à la poétique, à la rhétorique et à la morale » — in grammaticalibus, logicalibus, pfiilosophiâs, poeticœque et oratoriéB artibus bonisque moribus. Le corps municipal ne s'était pas contenté de bâtir des écoles ; il les avait pourvues de maîtres « honnêtes et lettrés, de bonne vie et éminente science ». C'étaient précisément ces nominations qui avaient causé ou ravivé le débat, et celui-d paraît avoir longtemps traîné devant les juges de Bordeaux. Enfin, un des successeurs de Pierre Brachet, Michel Jouviond, consentit à transiger, dans l'intérêt du bien public, avec les consuls. Moyennant une rente de dix livres, il renonça à tout jamais, pour lui et ses successeurs, au droit de conférer la place de maître d'école dans la ville du Château et ses dépendances, consentant à ce que les magistrats municipaux eussent désormais la présentation, la collation et l'institution des régents, sans aucune ingérence de l'autorité ecclésiastique. Cet accord, qui fut approuvé par le chapitre, mit fin au procès. Il est daté du 29 mai 1525.

Les écoles de Limoges étaient-elles déjà établies dans la rue qui porte encore leur nom et où on les trouve installées en 1544 ? Nous ne saurions le dire. Toujours est-il que vers l'époque où fut conclu l'accord dont nous venons de parler, le consulat projetait la construction d'écoles nouvelles, puisqu'on le voit, en 1521, dans l'acte d'accensement de terrains dépendant de l'ancien hôtel de ville, se réserver la faculté de reprendre cet emplacement « pour la nécessité de la ville, comme pour édiffier maison pour les escolles ou autrement^. Le P. Bonaventure Saint-Amable prétend que dès 152S un collège existait sur l^empVacement du futur établissement des Jésuites. Nous sommes porté à croire qu'il se trompe. Dès 1359, les écoles de la place Saint- Gérald avaient été transférées ailleurs.

Les écoles ne paraissent pas avoir été florissantes au XVI* siècle. Au mois d'avril 1536, un certain nombre d'habitants firent une démarche à la maison commune pour se plaindre de ce que « aus escolles avoyt grant et nécessaire besoing de recteurs et bons maistres, et que a faulte d'iceulx, ausdites escolles n'avoyt aulcune discipline ne morigination et estoyent lesdits habitants contraintz envoyer et tenir leurs enfi"ans aux escolles des villes circunvoisines. » Les consuls convoquèrent une assemblée de ville dans laquelle il fut décidé qu'on s'enquerrait « à Paris, Poitiers ou autre ville ayant université » d'un recteur «t sçavant et souffizant ^ enseigner et apprendre doctrine et mœurs aux enfl^ans ». On trouva un des recteurs du collège de Poitiers, maître Pierre Pomeran, disposé à se charger de la direction des écoles. Il la prit pour une année, de la Saint-Jean-Baptiste 1536 à pareil jour de 1537. Les consuls lui donnèrent, outre « une maison et lieu souffizant » pour les classes, un traitement de trente livres à ajouter à « l'esmolument et salaire annuel que les maîtres ont acoustumé prandre de chascun cscoUier estant auxdites escolles ». Pomeran ne paraît pas avoir conservé longtemps la direction do l'établissement. Elle fut, le 19 août 1510, donnée à Etienne Groulaud, maître ès-arts. La rétribution scolaire

qu'il était d'usage de percevoir à cette époque s'élevait, d'après les renseignements fournis par l'acte de nomination, à 13 sols 4 deniers tournois par an « pour les grandfi escholiers estudians aux plus excellents poètes, orateurs et aultres haultes facultés; » à 10 sols «pour les moyens qui estudient aux médiocres poètes et basse faculté ; à 6 sols et 8 deniers pour les ault''es petits abécédaires. » Cette rétribution se payait par quart et était perçue « à l'entrée de la porte des escholes ». Groulaud^ qui s'associa peu après un autre maître ès-arts, Nicole des Ytrins, devait pourvoir les classes de régents et les tenir ouvertes aux heures accoutumées. Ler> consuls s'engageaient à fournir des locaux et à prêter aide aux professeurs en cas de révolte des élèves.

L'acte de nomination de François Veyriaud, docteur en droit, à la régence des écoles (7 octobre 1553), nous fait voir la fixation du taux de la rétribution scolaire réservée aux consuls et aux officiers du roi de Navarre, vicomte de Limoges. La gratuité commence à apparaître ; car il est dit que le maître percevra la somme fixée des « écoliers dont il pourra se faire payer». Ajoutons que, les protestants commençant à s'agiter, les magistrats ont soin de stipuler que les maîtres choisis par Veyriaud pour l'assister seront « ydoines, capables, non sentant mal de la foy ».

Par les indications que nous avons données plus haut, on a vu que les écoles de Limoges n'étaient pas seulement des écoles primaires, mais formaient une sorte de collège municipal. En 1555, on arrêta, dans une assemblée de notables, que l'enseignement serait élargi, qu'un véritable collège serait établi, qu'on le pourvoirait de professeurs « doctes et expérimentés tant en langues grecques que es arts et sciences libéralles et aultres bonnes lectres » ; qu'on ferait face à la dépense au moyen de souscriptions et d'une taxe extraordinaire. Les lettres royales autorisant l'érection de cet établissement, la levée de la taxe et l'expropriation des immeubles nécessaires pour l'assiette des constructions portent la date du 11 juillet 1555.

De nouvelles lettres de confirmation furent obtenues en 1561 ; les consuls purent disposer, en faveur de l'établissement projeté, des biens de quelques confréries. En 1568, Antoine do Brion fut nommé principal par le vicaire général, d'accord avec le chapitre et les consuls. Mais les événements paraissent avoir entravé le fonctionnement et môme l'organisation du collège.

Cependant, en 1579, on appliqua au nouve^ établissement 2000 écus prélevés sur les biens des sieurs de Prinçay et du Bouchet, condamnés à mort pour un complot ayant pour but de livrer Limoges aux ennemis du roi. D'autres ressources furen* créées, et en 1583, le collège de Limoges paraît fonctionner régulièrement sous la direction de Guillaume xMalherbaud, docteur, théologal du chapitre de Limoges et savant d'un certain mérite. Ce (principal avait sous ses ordres plusieurs régents « instruisant la jeunesse tant en langue grecque que latine » et pourvus chacun d'une prébende, plus d'une pension de 20 écus. Mais la situation financière laissait sans doute à désirer, puisque, en vue d'augmenter la rétribution scolaire, le principal, avec l'agrément des consuls et l'aide du procureur du roi, obtint au mois de décembre 1587 une sentence du lieutenant général obligeant les maîtres tenant des petites écoles (il semble qu'il n'y eût plus d'écoles municipales depuis l'établissement du collège et que celui-ci eût absorbé toutes les ressources aflfectées à l'en-

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seignement) à conduire leurs élèves au collège et à payer à Mallierbaud Técolage fixé pour les abécécittiycs.

En 1S97, ce collège fut remis à la compagnie de JÔSU8 et convenablement doté par l'union d'un certain nombre de bénéfices (les prébendes préceptorales de Saint-Etienne et de Saint-Martial étaient unies au collèf^e dès 1561). Les Jésuites gardèrent ladirection de l'établissement jusqu'en 1162. Ils le firent florissant; on y compta, de leur temps, douze cents élèves. L'enseignement donné alors au collège de Limoges paraît avoir élevé très notablement le niveau de l'instruction de la bourgeoisie limousine. Une école élémentaire, confiôeàuna honnête homme séculier », était tenue hors do l'établissement, mais sous la dépendance des Jésuites.

Après l'expulsion de ces religieux, le collège prit le nom de Collège royal de Sainte-Marie et fut remis à des prêtres séculiers. L'administration appartenait à un bureau présidé par i'évêque et dont faisaient partie le lieutenant général, le procureur du roi, deux consuls, deux notables et le principal. Bien que plusieurs hommes de valeur aient figuré parmi les professeurs du nouveau collège, celui-ci déclina après le départ des Jésuites et le nombre des élèves diminua d'une façon très sensible.

Les revenus du collège de Sainte-Marie s'élevaient à vingt mille livres environ. Le personnel recomposait d'un principal, deux sous-principaux, deux professeurs de théologie, deux de philosophie, un de rhétorique et cinq d'humanités. L'établissement ne recevait pas de pensionnaires.

En 1790, les professeurs du collège refusèrent 4e prêter le serment constitutionnel et furent remplacés. L'installation des nouveaux maîtres donna lieu à de vives protestations et à des scènes de désordre. Le nouveau professeur de philosophie fut frappé. La municipalité battit en retraite devant les démonstrations hostiles des enfants et des parents. Quand force dut rester à l'autorité, une grande partie des élèves suivirent les anciens maîtres à leur sortie du collège. Dans chaque classe, il ne demeura qu'un petit nombre d'auditeurs ; le professeur de théologie n'en garda pas un. Un procès-verbal du 11 mars 1791 établit qu'il n'y a plus, dans tout le collège, que 17 élèves; au 15 juin, il n'existe plus de classes de théologie, de logique et de physique. L'enseignement secondaire fut complètement supprimé pendant plusieurs années, et, quand l'école centrale ouvrit ses portes en l'an VI, elle se trouva en butte à des préventions qu'on eut beaucoup de peine à détruire.

L'ancien collège des Jésuites n'était pas le seul établissement d'instruction secondaire que possédât Limoges en 1789. Sans parler du séminaire diocésain, que cette ville devait à Mgr de La Fayette et à un grand homme de bien, Martial de Malden, les Dominicains avaient établi, dès avant 1650, dans leur couvent, des cours de théologie et de philosophie; ils recevaient des pensionnaires et ajoutaient pour eux à ces cours l'enseignement des sciences physiques et mathématiques. Les Carmes prétendaient avoir eu jadis, eux aussi, un •collège. Enfin, en 1677, les Augustins avaient annoncé le projet de fonder une chaire de théologie ; mais ce projet paraît être demeuré sans exécution.

Sur le territoire des trois départements de la Haute-Vienne, de la Gorrèze et de la Creuse, —ancienne circonscription du diocèse de Limoges, — il existait un certain nombre d'autres collèges. Celui de Felletin avait été fondé en 1589 par un particulier, François Durand, prêtre, et son personnel se composait, en 1629, d'un principal, deux régents et un écrivain-grammairien. Les prêtres de la doctrine chrétienne dirigeaient les collèges deBrive(fondéen l607),Bellac(1648),Rochechouart €t Treignac. Celui de Tulle, dont l'établissement 1" Partie.

remontait à 1027, avait appartenu aux Jésuites. On ne sait presque rien de ceux de Guéret, d'Ussel, du Dorât, d'Eymoùtiers; ce dernier recevait trente pensionnaires. Quant au collège de Magnac Laval, fondé en 16t>4 par Antoine de Salignac, marquis de la Mothe-Fénelon, il était entre les mains des Sulpiciens et avait à sa tète un principal assisté d'un sous-principal et de sept professeurs enseignant la grammaire, les humanités, la philosophie, la rhétorique et la littérature. Il ne comptait pas moins de cent cinquante pensionnaires, outre un certain nombre d'externes, et jouissait d'une réputation méritée.

Ajoutons que, hors de la province, plusieur» établissements avaient été créés par des Limousins illustres pour fournir aux moins fortunés de leurs compatriotes le moyen de suivre les cours des universités. C'est ainsi que, vers 1318, un prélat de la famille de Chanac avait fondé à Paris, dans la rue de Bièvre, le collège de Chanac qui devint plus tard le collège de Saint-Michel et où non seulement des bourses, mais l'administration même de la maison, étaient réservées à des Limousins. Deux collèges de Toulouse, celui de Saint-Martial, établi en 1359 par le pape Innocent VI, et celui de Sainte-Catherine, créé en 1378 ou 1379 par le cardinal de Pampelune, Pierre de Selve, recevaient également les pauvres étudiants de cette province. Enfin l'ordre de Grandmont avait, depuis 1584, à Paris, un collège spécial, l'ancien collège Mignon.

A côté de l'enseignement ayant un caractère officiel, pour ainsi dire, et donné soit aux frais de la commune ou de la paroisse, soit sous les auspices d'un grand établissement ou d'un haut dignitaire ecclésiastiques, il y avait eu de tout temps un enseignement privé, libre, destiné non plus à tous ou à beaucoup, mais à un seul ou à quelques-uns, tantôt gratuit, tantôt rétribué, ici réservé aux plus riches ou aux plus instruits, là s'adressant aux plus humbles et aux plus pauvres. Le cartulaire de Beaulieu nous apprend que vers 1150, un clerc pieux, du nom de Bertrand, natif de Civray, vint en Bas-Limousin et ouvrit, dans la petite ville dont les maisons se groupaient autour du monastère, un cours de théologie et de morale. Plusieurs saints du pays se donnèrent à euxmêmes la mission d'enseigner gratuitement. Ainsi saint Théobald, du Dorât, élève de saint Israël, se consacra spécialement à l'instruction des pauvres clercs d'esprit grossier et de dur entendement — rudes et idiotas — et malgré toute la peine que lui donnaient ces disciples, il ne voulait prendre aucune rétribution. L'hagiographe remarque à ce sujet que telle n'était pas la coutume et que les maîtres d'alors — preceptores — se faisaient bien payer leurs soins ; il entend évidemment parler des précepteurs libres. Toutefois la condition de ceux-ci, dans notre province, ne devait pas être très enviable. Nous avons dit qu'en 1789 la plupart des instituteurs de campagne paraissent ne recevoir aucune subvention des paroisses. Limoges a aussi ses instituteurs libres, parmi lesquels est mentionné Charles Arnaud Flammard; ils sont contraints, en 1587, de conduire leurs élèves au collège municipal et de payer ou de faire payer la rétribution aux régents. Les registres paroissiaux donnent quelques noms de maîtres d'école aux xvii« et xviii* siècles : ceux de GilbertBrun de Butler, «hibernois », 16Gi et 1671, de Balthazar Boisse, 1673, etc. Peu de temps avant la Révolution, il existe dans la capit;Ue de la province de véritables « institutions » recevant des pensionnaires qui fréquentent les cours du collège : celle, par exemple, de M. Rigondie de Lespïnasse, où le prix de la pension est fixé à 350 livres « y compris le papier, l'encre, les plumes, la poudre, la pommade et un perruquier

LIMOUSIN

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qui coëffe MM. les pensionnaires les dimanches et fêtes et deux fois la semaine » ; et celle do M. Méline, ancien titulaire de la préceptorale de Saint-Yrieix, où « l'on reçoit les logiciens et physiciens, pour le prix de 303 livres. »

Qu'avait été, au moyen âge, l'instruction des femmes ? — Il est permis de croire qu'en dehors de la famille et des monastères il n'y avait point (l'enseignement qui leur fût destiné. Quelques couvents durent, de fort bonne heure, prendre des pensionnaires ; mais il est assez remarquable (ju'en Limousin, la première école établie dans un monastère de filles dont l'existence nous soit révélée se trouve être une école de garçons. Des statuts de 1339 permettaient aux religieuses de l'abbaye de la Règle à'' instruire un petit nombre d'enfants jusqu'à l'âge de huit ans, mais pas audelà : Nec erudiant aliquos pueros majores octo annis, sed duntaxat minores octo annis, et usque ad octo annosy et non ultra. Le même établissement reçoit au xvi* siècle des demoiselles que plusieurs ordonnances, celles notamment de 1645, défendent d'admettre dans un âge trop tendre, et de conserver après vingt-cinq ans. La Règle, lesVisitandines elles Filles de Notre-Dame de Limoges, les Grandmontaines du Châtenet, les religieuses de Boubon (Fontevrault), avaient au XVII* siècle des pensionnaires, appartenant en général à de bonnes familles et dont la pension contribuait à atténuer le très fâcheux état des finances de ces communautés.

De petites écoles pour les filles pauvres, nous ne croyons pas qu'il en ait existé à Limoges avant 1620, date de l'établissement dans cette ville des religieuses ursulines. Elles y furent reçues avec empressement par la municipalité et la population. Dans les classes qu'elles ouvrirent, on enseignait la lecture et l'écriture et, à ce qu'il semble aussi, le travail manuel. C'est du moins ce qui résulte d'une bulle de 1625.

Il y avait, dès la fin du xvii* siècle, des Ursulines à Tulle et à Argentat. Il est probable qu'elles y tenaient des écoles; il devait fen être de même des couvents des Filles de Notre-Dame existant dans plusieurs localités de la province et de communautés appartenant à deux ou trois autres ordres.

A Magnac Laval, une « fille dévote » appartenant à la bourgeoisie de cette ville, Françoise Butaud, agissant tant pour obéir à sa propre inspiration que pour exécuter les volontés d'Anne Charpentier, fit une fondation en 1689 pour l'instruction d'une personne chargée de « tenir école, apprendre les jeunes filles de cette ville à lire, écrire, prier Dieu, les principaux mystères de notre sainte foi et religion, les principes du salut, la digne réception des sacrements, à bien faire leurs premières confession et communion, l'éducation et correction des mœurs et la pratique des vertus chrétiennes. » Quinze enfants pauvres au moins devaient recevoir gratuitement cet enseignement — bien élémentaire, comme on le voit.

Auprès de Magnac, dans la petite ville du Dorât, les religieuses de la Trinité avaient été autorisées par l'évêque, dès 1G56, à ouvrir une école. Comme dans la plupart des autres couvents du pays, cette communauté avait pris des pensionnaires, et le prix très modique qu'elle demandait, non moins que la bonne réputation dont jouissait la maison, avait valu àcelle-ci une nombreuse clientèle. Quand il fut question, en 1752, de supprimer cet établissement, une pétition de la petite noblesse de la Basse-Marche en demanda la conservation.

Quelques écoles de filles, ayant un caractère paroissial, avaient été fondées avec une partie

des revenus de quelque monastère supprimé. Telle était celle de Grandmont, destinée à l'instruction gratuite des jeunes filles du village et de la paroisse de Saint-Sylvestre. Elle devait être confiée à une sœur grise, dont la compagne était chargée de donner des soins aux malades et de distribuer des secours aux pauvres.

Même à Limoges, aucun document ne nous révèle le nom d'une institutrice laïque avant 1789»

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