IMAGE, IMAGERIE — ^320 — IMAGERIE SCOLAIRE
chantaient à la veillée la légende du Juif-Errant, aux filles des malices sur les garçons, aux enfants des planches de soldats.
Cette imagerie constitua longtemps une des branches de commerce du centre de la France. D'importants ateliers de graveurs fonctionnaient à Paris, à Orléans, à Chartres (on voit actuellement de curieux spécimens de ces fabriques à TExposilion des arts décoratifs au Palais des Champs-Elysées). D'autres dominotiers (tel était le nom de ces marchands) exerçaient leur industrie au Mans, à Troyes, à Beauvais, ainsi que dans le Nord, à Cambrai et à Lille ; mais Orléans, Chartres et Paris l'emportaient sur ces dernières villes par l'habileté des graveurs, l'importance de l'outillage et le mode de vulgarisation de leurs produits.
A la suite des triomphes du premier Empire sur de nombreux champs de bataille, l'Alsace et la Lorraine, provinces particulièr'^ment militaires, répandirent, avec les portraits des principaux généraux, les actions brillantes auxquelles leurs soldats avaient pris part. Ce fut une forme toute nouvelle qu'imprimèrent à l'imagerie les ateliers d'Epinal, de Nancy, de Metz, de Montbéliard et de Wissembourg,
Vint le moment où l'instruction se répandant eut pour conséquence la fermeture de la plupart de ces ateliers. Epinal, dont l'imagerie jouissait dès lors d'une réputation traditionnelle, avait englobé cette industrie presque tout entière ; malheureusement, à la franchise des tailles en bois, on substitua la lithographie avec ses affadissements au goût du jour, et ces estampes perdirent tout caractère de naïveté.
Aujourd'hui qu'une si vive impulsion est imprimée à l'instruction, s'ensuit-il que l'imagerie doive disparaître ?
M. Duruy, ministre de l'instruction publique, ne le pensait pas. En 1869, entretenant de ses divers projets un groupe de professeurs : w J'emploierai des dessinateurs, disait M. Duruy, pour remettre dans la bonne voie l'imagerie populaire. ))
Depuis cette époque, le projet est à l'étude, et un jour, qui n'est peut-être pas éloigné, de bons esprits voués à cette tâche importante rattacheront l'imagerie à l'art moderne, comme au début elle se rattacha aux maîtres du xv!"" siècle.
Les yeux des enfants, les yeux des hommes ont besoin d'images. Il est utile que le trait du burin, la coloration précèdent l'enseignement de l'instituteur et viennent à son aide.
On ne peut ici développer un programme détaillé.
En première ligne, l'imagerie populaire doit être patriotique. Combien de faits glorieux pour la défense du sol restent ignorés ! Tout dernièrement, un ancien ministre de l'instruction publique, M. Paul Bert, groupait dans un discours chaleureux les actes de bravoure des citoyens français pendant la malheureuse guerre de 1870-71. Ces actes, dont on ne saurait trop répandre la connaissance en France, éveilleraient le sentiment patriotique do la jeunesse : aux batailles de l'Empire, entreprises dans un vain esprit de conquête, ils opposeraient des faits d'armes glorieux et ignorés ; ils prouveraient qu'en de fatales circonstances, le sang français fut prodigué généreusement, môme sans espoir de vaincre, même dans la défaite.
Le culte des grands hommes est fécondant. Qu'une image conserve le souvenir de ceux qui, parfois, ont bravé l'adversité, la misère, pour faire profiter la nation de leurs découvertes, et que, dans la moindre chaumière , l'image de ces bienfaiteurs de rimmanité reproduise à de grands nombres leur statue élevée sur les places publiques.
Quelques-uns de nos peintres se plaisent à retracer les travaux de la campagne; ils ont trouvé de la noblesse, de la grandeur dans les actes de la vie journalière qu'on avait présentés jusque là comme grossiers et sans style. La sérénité, le bien-être que communique la vie des cnamps, la philosophie que l'esprit y puise, ne donneraientils pas naissance à de nombreuses images dans lesquelles le rehaut de la vie rurale éloignerait tant d'aspirations aux vains plaisirs des villes ?
L'industrie déroulerait dans une succession de planches ses merveilles, ses trouvailles, le vaste champ que l'avenir réserve sans cesse aux recherches de l'homme.
Tout un fonds de bonne humeur, et l'esprit français s'y prête, pourrait servir de légendes à de gaies et saines images sans rapport avec les grossièretés des villes.
Les étrangers ont appelé déjà l'image à l'aide de l'éducation. Des artistes se sont trouvés en Angleterre pour parler aux enfants, à l'aide de traits et de colorations, un langage doux et tendre. Il importe que la France ne se laisse pas devancer sur ce terrain.
Amour de la patrie, gratitude envers les grands citoyens, exaltation de la science, retour à la nature forment une riche trame pour une collection d'images populaires qui entreraient dans l'esprit des enfants par les yeux en y laissant une empreinte saine et ineffaçable.
[Champfleury.]
A consulter : Champfleury, Histoire de Vlmagerif populaire (1869) ; Garnier, Histoire de l'Imagerie populaire à Chartres (18G9).
IMAGERIE SCOLAIRE. — A la question si intéressante, posée en termes généraux par l'éminent conservateur du musée de Sèvres dans Tarde ci-dessus Imnge-Imagerie, l'administration de l'instruction publique a cherché une solution pratique en ce qui concerne plus spécialement Vimagerie scolaire. Le 12 mai 1880, un rapport adressé au ministre par le directeur de l'enseignement primaire s'exprimait en ces termes :
« Ne conviendrait-il pas de réformer l'imagerie scolaire et enfantine et d'en tirer tous les services qu'elle peut rendre indirectement à l'instruction populaire ? Serait-il impossible de substituer aux grossières enluminures, aux images niaises, aux bons points, et aux accessits en papier gaufré, une ou plusieurs séries de recompenses consistant en bonnes gravures de grandeur différente, depuis celle qui servirait de récompense hebdomadaire jusqu'à la grande feuille reproduisant, par exemple, un des chefs-d'œuvre de la chalcographie du Louvre, qui serait donnée en prix, et qui, soigneusement conservée par les familles, introduirait dans les plus humbles demeures comme un reflet des musées ? Notre histoire, en particulier, ne pourrait-elle pas être presque tout entière illustrée de la sorte ; cette difi'usion par l'imagerie populaire des plus grands souvenirs de notre vie publique ne tentera-t-elle pas des artistes distingués?
» Conformément à la marche que vous avez suivie jusqu'ici pour vos divers projets de réformes, j'ai l'honneur de vous demander de vouloir bien soumettre à une commission spéciale l'étude des diverses questions qui se rapportent à ce qu'on pourrait appeler V enseignement par Vbnage dans l'école ou dans la famille, »
La commission dont le rapport ci-dessus proposait la création fut instituée par l'arrêté du 27 mai 1880 sous le nom de a Commission de la décoration des écoles et de limagsrie scolaire » ; elle eut à I étudier, non seulement la question de l'imagerie , proprement dite, mais celles de la décoration murale des écoles ei lycées, do la constitution de pe-