‹ Dictionnaire de pédagogie et d'instruction primaire, publié sous la direction de F. BuissonChapitre 9 sur 573 · IMAGERIE SCOLAIRE — 1321 — IMAGERIE SCOLAIRE · texte numérisé non relu

IMAGERIE SCOLAIRE — 1321 — IMAGERIE SCOLAIRE

tites collections artistiques destinées aux musées scolaires, et de l'emploi des projections lumineuses comme moyen d'enseignement.

Les travaux de cette commission ont été résumés dans un remarquable rapport au ministre, présenté par M. Charles Bigot en date du 11 avril 1881. Nous en reproduisons ci-dessous les principaux passages :

« Vous avez demandé h la Commission de rechercher les moyens de faire entrer dans renseignement à tous ses degrés l'éducation esthétique des yeux. L'œil est de tous les sens le plus naturellement égal chez les hommes ; il est celui qui nous met le plus en communication avec le monde extérieur; il est celui qui nous apporte le plus de sensations et d'idées. C'est lui seul qui nous fait connaître la couleur, et, si la perception de la ligne et du relief ne lui appartient pas en propre, il assure du moins et développe singulièrement cette double perception. La première révélation de la beauté qui se fait à l'enfant se fait par les yeux : c'est toujours par les yeux que nous recevons de la beauté l'impression la plus forte et la plus sûre.

» On peut ajouter que notre race est plus apte qu'aucune autre peut-être, parmi les races modernes, à recevoir cette éducation de l'art par les yeux et à en profiter. Elle avait montré, dès les siècles du moyen âge, son génie naturel pour les arts du dessin...

» Cette éducation artistique se donne directement par l'enseignement du dessin, qui met en œuvre et l'œil et la main, qui habitue à mieux voir et à voir surtout dans tous les objets ce qui est essentiel et caractéristique... Mais l'éducation artistique d'un individu ou d'une race ne se fait pas seulement par l'étude du dessin ; elle ne se fait pas seulement par l'effort imposé à chaque enfant de reproduire des contours, de rendre sensibles des reliefs, de copier de beaux modèles. Elle se fait aussi, et la Commission oserait presque dire, elle se fait surtout par la vue incessante de beaux ouvrages. . .

» Ce n'est donc pas assez d'enseigner le dessin dans les écoles : il faut encore faire de l'école ellemême un musée, une sorte de sanctuaire où règne la beauté aussi bien que la science et la vertu. Il faut que l'enfant vive entouré de nobles ouvrages qui sans cesse parient à ses yeux, éveillent sa curiosité, élèvent son âme ; il faut que tout l'y entretienne de formes harmonieuses, l'y enveloppe d'une atmosphère de joie et de sérénité ; il faut que l'art vienne à lui pour ainsi dire de toutes parts comme l'air ambiant qu'il respire, afin que de ces sources délicieuses, suivant l'expression du poète, chaque jour « la vie et la beauté descendent dans son cœur. »

' ... Nos écoles, le plus souvent, sont de simples maisons, presque toujours disgracieuses, presque toujours mal construites. Ce sont des maçons qui les ont bâties et les bâtissent encore. La Commission voudrait que désormais nos écoles fussent l'ouvrage d'architectes véritables, que tous en les voyant comprissent bien l'importance sociale de l'œuvre qui s'y fait, que par son aspect môme l'école inspirât à l'enfance et le respect et le sentiment de la beauté.

» ... Toutefois, un longtemps se passera encore avant que nos écoles soient des monuments, avant qu'elles soient décorées aussi bien qu'il serait à souhaiter pour la joie et l'instruction des yeux. Mais ce que nous pouvons faire dès aujourd'hui, c'est d'y introduire un certain nombre d'objets qui inspirent l'amour du beau, comme les collections qui servent aux leçons de choses y portent les documents scientifiques. Les musées scolaires consacrés à l'histoire naturelle ou à l'industrie font partout leur chemin ; établissons partout i\

côté d'eux une autre série de musées scolaires, mais que ceux-ci soient consacrés à l'art...

» L'enseignement par les yeux a pris, depuis une vingtaine d'années, une importance considérable et qui va sans cesse croissant dan.-: nos méthodes pédagogiques renouvelées. Des globes et des cartes géographiques, des tableaux de système métrique, des tableaux d'histoire naturelle ornent déjà les murailles de presque toutes les écoles, en France aussi bien que dans tous les pays. La Commission pense qu'il y a là encore un puissant moyen de développer le sentiment de l'art. Rien n'empêche que ces tableaux divers réunissent à la fois l'exactitude scientifique, l'élégance de la forme et l'harmonie de la couleur,

» Mais l'une des voies les plus fécondes qui soient off"ertes à l'éducation publique pour répandre le culte du beau, ce sont les bons points distribués chaque semaine aux élèves dont le travail a été satisfaisant; ce sont aussi les prix et les accessits décernés le jour de la distribution solennelle, k la fin de l'année scolaire. Jusqu'ici, comme prix, on n'a guère distribué, tant dans nos collèges et lycées que dans nos écoles primaires, que des volumes dont la reliure était souvent le principal mérite; comme accessits, que des couronnes. Pourquoi ne distribuerait-on pas de temps en temps désormais, comme prix, des albums d'estampes, comme accessits, des estampes? La dépense ne serait guère plus considérable, et ces récompenses ne seraient pas assurément parmi les moins enviées. Déjà les bons points sont partout des images. L'enfant les rapporte à la maison. La famille entière les examine et se réjouit à regarder l'image, en même temps qu'elle s'instruit à lire la légende qui y est jointe. Souvent l'imago est avec un clou accrochée à la muraille blanchie à la chaux : ce n'est pas l'enfant seulement qui profite de cette leçon de goût, c'est la maisonnée tout entière, grands et petits. Le peuple aime naturellement l'art, le dessin, la couleur, la représentation des objets qu'il connaît, des scènes historiques dont le retentissement est venu jusqu'à lui. L'image, même imparfaite, même grossièj'ement bariolée, l'attire et le charme. On a vu l'imagerie la plus médiocre entretenir et fortifier des légendes, exercer une action populaire et même politique. Que n'est-on pas autorisé à espérer, pour la culture intellectuelle du pays, pour son progrès moral, d'une imagerie véritablement artistique, introduite dans l'école et de là se répandant dans toutes les familles, et se servant de l'art, en même temps pour instruire, pour propager les enseignements de la science, de la morale, du patriotisme?

» Ces principes fixés, la Commission avait, pour achever sa tâche, à examiner les propositions faites par des artistes ou des éditeurs, et relatives soit à la décoration de nos écoles de toute sorte, soit aux tableaux et cartes destinés à trouver leur place sur les murailles, soit à l'imagerie scolaire. Cet examen a été patient et consciencieux ; ce n'est pas ici l'occasion d'entrer dans un détail qui serait nécessairement fort long et qui tient une place considérable dans les procès-verbaux de ses séances. Les tableaux du système métrique de la maison Delagrave, les cartes et les bons points de la maison Hachette, des aquarelles et des bons points proposés par la maison Goupil, des photolypies publiées par M. Ravaisson, ont semblé à votre Commission particulièrement dignes d'être encourages par le ministère. Elle s'est trouvée trop souvent dans la nécessité pénible de refuser son approbation aux spécimens qui lui étaiiMit présentés. Tantôt les légendes scientifiques ou historiques renfermaient trop d'erreurs ; plus souvent encore c'était l'exécution artistique qui se trouvait vraiment par trop insuffisante. Les couleurs dos

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