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C'est au sens du Langage qu'il faut rapporter la mémoire des .mots. Il y a des personnes qui apprennent par cœur avec une facilité extraordinaire. Pic de la Mirandole, l'ami de Montaigne, qui soutint en Sorbonne une thèse de omni re scibili, savait vingtdeux langues à l'âge de dix-huit ans. Il lui suffisait d'entendra trois fois la lecture d'un livre pour en réciter plusieurs pages da suite, ou même pour répéter tous les mots dans un ordre rétrograde.
f, a On présenta un jour à Frédéric II un homme d'une mémoire telle, qu'il récitait par cœur un morceau assez considérable qu'il n'avait entendu lire qu'une fois. Le jour même, Voltaire devait faire lecture au roi dune pièce de vers. Frédéric fit cacher l'étranger derrière un paravent; et lorsque Voltaire eut fini de lire, il lui dit que le morceau n'était ni nouveau, ni de sa composition; et il fit paraître son compère, qui le récita et soutint qu'il l'avait composé lui-même depuis plus de vingt ans. Qu'on juge de la fureur de l'irascible Voltaire et des éclats de rire du philosophe de Sans-Souci* » — Gall.
La mémoire des noms propres tient aussi a cette même faculté. Pour prouver que la mémoire des mots est une qualité fondamentale et distincte, qui résulte d'un organe cérébral indépendant, Gall puise encore des faits daus la pathologie : un notaire avait oublié , à la suite d'une attaque d'apoplexie, son propre nom , celui de sa femme, de ses enfans,de ses amis, quoique sa langue jouit de toute sa mobilité. Un officier blessé d'un coup de pointe immédiatement au-dessus de l'œil , perdit la mémoire de tous le» noms propres. On ne s'aperçut d'ailleurs d'aucun affaiblissement des autres facultés. Un jeune homme, à Marseille, reçut dans le sourcil un coup de fleuret ; il ne pouvait plus se rappeler les noms de ses amis les plus intimes , même celui de son père. Dans la manie, on trouve aussi beaucoup d'exemples de la surexcitation ou de l'obscurcissement de la mémoire verbale.
L'organe du sens des Langues est situé dans le cerveau à la partie inférieure postérieure du lobe antérieur , contigiïe au lobe moyen. Il repose sur le plancher orbitaire et le déprime, quand il est très-développé; de sorte qu'une portion sphénoïde est poussée
en avant, ce qui diminue la profondeur de l'orbite et rend le bulbe oculaire saillant. C'est ainsi que les yeux à fleur de tête , sont ordinairement un signe de la mémoire des mots , comme les yeux creux et enfoncés annoncent le manque de cette faculté, (Voyez Jen° 33,%. 1 , 2 et 5.)
Quelquefois , la dépression du plancher orbitaire ayant lieu surtout en dehors , l'œil se trouve abaissé obliquement vers la pommette de la joue. C'est le contraire des yeux à la chinoise. Le bourrelet qui gonfle la paupière inférieure, indique encore le sens du Langage.