IMITATION. THÉÂTRE. ACTEURS. GESTES.— PATVTOMIME
(( Le sage prend son chapeau de l'endroit où il l'a posé , tout autrement que le sot. » La Bruyère.
La pantomime est le langage universel de toutes les nations et de tous les animaux ; il n'y a pas d'homme, il n'y a pas d'animal qui ne l'apprenne et ne l'entende : elle accompagne la parole et en renforce l'expression ; elle supplée aux défectuosités du langage articulé: les paroles peuvent être ambiguës, la pantomime ne l'est jamais.
« ïl n'y a nul doute , dit Gall, que les sentimens et les idées ne soient modifiés différemment dans chaque individu qui les éprouve 9 et que, par conséquent, la pantomime de chacun de ces individus ne doive être modifiée différemment. Cependant , quant à l'essentiel, tous les individus humains sentant et pensant de la même manière , leur pantomime doit donc aussi être la même quant à l'essentiel- Si cette pantomime était arbitraire, comment les enfans, les animaux même la comprendraient-ils?
« Une autre cause encore qui fait que la pantomime des affections, etc., ne peut pas être absolument uniforme dans tous les
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détails, c'est qu'il y a presque toujours complication de différentes affections, et que ce n'est pas, tant s'en faut, la complication des mêmes affections quia lieu constamment. La jalousie, par exemple, s'exprime différemment selon qu'elle est compliquée de colère , d'un désir comprimé de vengeance , de confusion et d'orgueil , de douleur de se voir trahie, de mépris, d'ironie, etc. La pantomime doit nécessairement se compliquer de l'expression des différens sentimens , des différentes idées, des différentes passions, qui viennent assaillir l'individu simultanément.
» Mais comment se fait-il que chaque affection , chaque passion, chaque sentiment, chaque idée produise une pantomime particulière et propre? Comment se fait-il que l'homme humhle marche courbé et les regards attachés à la terre, tandis que l'orgueilleux s'avance la poitrine en avant et la tête haute? que pendant les jouissances de l'amour nous retirons la nuque en arrière? que le dévot relève la tête en avant et porte ses regards et ses mains vers le ciel ? »
Et plus loin Gall détermine les principes généraux de la manifestation extérieure de l'action des organes :
a 1° Les organes qui ont leur siège dans les régions inférieures du cerveau, lorsqu'ils agissent avec énergie, portent de haut en bas la tête, dépriment et raccourcissent le corps.
2° Ceux des organes qui sont placés dans les régions supérieures du cerveau, lors de leur action énergique, élèvent la tête et tout le corps.
3° Les organes placés dans les régions supérieures-postérieures du cerveau , dépriment la tête et tout le corps en arrière de haut en bas.
4° Les organes placés dans les régions inférieures-antérieures du cerveau , dirigent la tête et tout le corps en avant et vers le bas.
5° Les organes placés dans les régions supérieures-antérieures du cerveau , élèvent la tête et tout le corps , et les portent en avant.
6° Les organes placés à la partie supérieure-postérieure du cerveau, élèvent la tête et le corps . et les portent en arrière.
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7° Les organes placés dans les régions inférieures du cerveau , en ligne perpendiculaire avec le grand trou occipital, abaissent perpendiculairement la tête et tout le corps.
8. Les organes placés dans la région supérieure du cerveau, perpendiculairement au-dessus du grand trou occipital , élèvent perpendiculairement la tête et tout le corps.
9° Lorsque les organes jumeaux de chaque fonction agissent simultanément , la tête et tout le corps se meuvent symétriquement d'avant en arrière, de haut en bas, etc., suivant que l'organe qui agit est placé dans la région antérieure-postérieure, supérieure ou inférieure du cerveau.
10° Lorsqu'il n'y a que l'un des deux organes pairs qui agit, la tcte et le corps se meuvent du côté où est placé cet organe, de haut en bas, de bas en haut, d'avant en arrière, d'arrière en avant? selon que l'organe agissant est placé dans la région inférieure-supérieure, antérieure ou postérieure du cerveau.
11° Lorsque les deux organes pairs agissent alternativement, la fête et le corps font alternativement les mouvemens conformes à leur action tantôt d'un côté , tantôt de l'autre.
12° Lorsque les organes pairs, ayant leur siégfe dans Taxe perpendiculaire du cerveau, agissent alternativement, la tête se meut sur son pivot de droite a gauche , et de gauche à droite, de haut en bas, ou de bas en haut, selon que l'organe agissant est situé dans la partie supérieure ou dans la partie inférieure du cerveau.
C'est en conséquence de ces lois que lorsque dans l'homme ou dans l'animal une force fondamentale est fortement en action , les sens , les membres et la tête exécutent certains mouvemens déterminés, sans que l'animal ou l'homme en ait aucune conscience réfléchie. Ces mouvemens sont donc un langage purement automatique, et par cela même généralement intelligible. »
Après avoir établi ces lois pour ainsi dire mécaniques , Gaîl en fait l'application en particulier à tous les organes du cerveau, avec une logique profonde et une merveilleuse sagacité. Nous renvoyons les lecteurs a la fin du cinquième volume de son ouvrage sur les Fonctions du Cerveau.
Le talent d'imiter, pris d'une façon spéciale, le talent pour la
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Mimique, c'est-à-dire la faculté de traduire avec justesse les sentimens et les idées par des gestes . est une faculté fondamentale propre qui se fonde sur un organe particulier. Cet organe est essentiel aux poètes dramatiques, aux comédiens, aux orateurs. Il contribue à donner l'expression dans les ouvrages de l'art. C'est lui qui inspire aux peintres et aux sculpteurs la vérité des mouvemens et des attitudes.
On raconte de Garrick qu'il possédait une faculté d'imitation si étonnante, qu'il n'avait rien perdu du cortège de la cour, composée de Louis XV, du duc d'Aumont. de Brissac, de Richelieu, le prince de Soubise, etc. Tous ces personnages qu'il vit passer une seule fois, furent placés dans sa mémoire. Il invita a souper les amis qui l'avaient accompagné; Garrick , impatient d'amuser ses amis, leur dit : « Je n'ai vu la cour qu'un instant, mais je vais vous prouver combien j'ai le coup d'œil sûr et la mémoire excellente. » Il fait ranger ses amis en deux files, sort un instant du salon, et y rentre un moment après. Tous les spectateurs s'écrient : « Toila le roi! voilà Louis XV ! » Il imita successivement tous les personnages de la cour ; ils furent tous reconnus. Non-seulement il avait imité leur marche, leur maintien, leur maigreur, leur embonpoint , mais encore les traits et le caractère de leur physionomie.
Cabanis, dans son livre du physique et du moral de Y homme 9 rapporte l'histoire d'un homme si mobile, qu'il se sentait forcé de répéter tous les mouvemens et toutes les attitudes dont il était témoin. Si alors on l'empêchait d'obéir a cette impulsion, soit en saisissant ses membres, soit en lui faisant prendre des attitudes contraires, il éprouvait des angoisses insurmontables. Ici, comme l'on voit, ajoute Cabanis, la faculté d'imitation se trouve portée jusqu'au degré de la maladie.
Gall semble avoir confondu l'organe de la Mimique avec les circonvolutions qui ont été reconnues depuis par Spurzheim appartenir à la Merveiîlosité ; c'est, sans doute pour cette raison, qu'il attribue en partie a la Mimique les phénomènes des rêves et des visions. (Voyez Visions.) 11 semble aussi l'avoir étendu jusque dans les circonvolutions qui président a l'Idéalité. C'est pourquoi il donnait une extrême importance aux manifestations de la Mimique