BEAUTE. — HARMONIE
11 existe, dit Lavater , une harmonie sensible entre la beauté morale et la beauté physique, entre la difformité morale et la laideur corporelle.
Nous trouvons dans les écrits embrouillés de M. De la Chambre cette explication de la beauté : « II y a deux sortes de beautés en l'homme, l'intelligible et la sensible. La première n'est autre que la perfection intérieure, c'est-à-dire le juste assemblage de toutes les facultés, qui sont nécessaires à l'homme pour faire les fonctions auxquelles il est destiné : et la beauté sensible consiste dans les dispositions que doivent avoir les organes pour servir à ces facultés ; de sorte que, ce qui rend la figure, la couleur et le mouvement agréables , est la convenance que ces choses ont avec la nature de l'homme. Or, quoiqu'il n'y ait peut-être que Dieu seul qui connaisse le principe de cette conformité, il y a néanmoins dans notre ame des semences secrètes de cette connaissance, qui sont cause qu'elle se plaît en ces objets, sans qu'elle en sache la raisou, etc. »
Quelque confuse que soit cette notion de la beauté , elle indique cependant sa véritable acception.
La beauté , c'est l'harmonie de la forme avec la destination. Aussi , l'idée de beauté a varié parallèlement à l'idée de la destination humaine, c'est-a-dire à la science de l'homme. La beauté, comme on l'entendait au moyen-âge , diffère essentiellement de la beauté payenne. Chez les payens, tous les types de beauté que l'art nous a conservés, se rapportent purement a la vie extérieure. Ainsi, Vénus représente la beauté dans la volupté ; Hercule, la beauté dans la force ; Diane, la beauté dans l'activité physique ; Apollon . la beauté plastique ; le Gladiateur, l'adresse ; le Laocoon , la douleur corporelle, etc. De même pour tous; on pourrait oser dire que toutes les symboîisations mythologiques correspondent a des virtualités instinctives, qui devaient être les premières en relief chez la jeune humanité. Chaque type des dieux ou des idéalisa-
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tiotis antiques serait facilement exprimable par un organe phrénologique de l'ordre physique ou de l'ordre perceptif: Vénus, c'est l'Amativifé; Hercule, la Combativité: Mars, la Destruotivité; Silène. l'Alimentivité ; Plutus, l'Acquisivité. Les Muses aussi sont les identiques de l'Idéalité, de la Musique, de la Mémoire des faits, de la Constructivité, de la Tonalité, de la Configuration ei du Coloris. Nous défions qu'on nous montre, dans tout l'art payen . une seule représentation des hautes qualités morales et intellectuelles. Les chefs-d'œuvre antiques, nous le répétons, ne symbolisent que la vie extérieure; c'est seulement avec la spiritualité chrétienne qu'une nouvelle poésie s'impatronïsa dans le monde, et alors la beauté prit un autre caractère. Ce fut une beauté intime, iïlnnvnée, qui réfléchit la pensée et les facultés supérieures. La beauté devint l'expression des vertus théologales, de la foi, de l'espérance et de la charité, et non plus de la volupté on de la force. La beauté du Christ, c'est l'amour et le dévouement. Alors la mythologie fut transformée; l'art emprunta ses idéalisations, a la pureté, comme dans les anges, h l'abnégation, comme dans les saints, a la chasteté, comme dans les vierges, etc. Il ne se préoccupa de la forme qu'en tant qu'elle était le signe d'une qualité intérieure.
A la renaissance, l'art tenta de concilier la béante plastique des Grecs avec la beauté mystique du moyen-âge, et l'on vit Raphaël créer ses vierges moitié femme, moitié ange. C'est 1 indication de la beauté moderne , qui implique en même temps la perfection corporelle et la perfection spirituelle, si l'on peut encore employer cette division abstraite de la dualité corps et ame. Sans doute, l'art de l'avenir réalisera complètement cette alliance du fond et de la forme, et la beauté sera ainsi l'expression de l'unité humaine, comme la philosophie nouvelle la comprend. (Voyez art. — paganisme , etc.)
BÊTISE.— Voyez idiotisme.