‹ Dictionnaire de phrénologie et de physiognomonieChapitre 66 sur 257 · BES · texte numérisé non relu

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elle change de forme et se renouvelle sans cesse : c'est une vaste métempsycose, une succession continue de mouvement. C'est la vie. Autrement, vous n'auriez que l'immobilité, le néant. Ce que nous appelons destruction , n'est que cette transformation de tous les instans , et , pour employer une expression du dix-huitième siècle, rien ne se perd dans le grand creuset de la nature. Les petits animaux mangent les insectes et sont mangés à leur tour ; l'homme s'assimile continuellement la nature ambiante. Pour vivre, il est obligé de modifier, de changer les substances autour de lui. Il lui fallait un organe qui dirigeât la force destinée à cet échange de tous les êtres entr'eux. C'est ce que Gall appela d'abord instinct carnassier et Spurzheim destructivité.

Il est certain , dit Gall, que le penchant à la destruction , et par une exagération anormale, à l'homicide, exerce un épouvantable empire sur certains individus. Procbaska raconte qu'une femme de Milan amenait chez elle de petits enfans en les flattant , puis les tuait, salait leur chair et en mangeait tous les jours. Une femme enceinte fut saisie d'un penchant irrésistible à tuer son mari et à le manger; elle le sala, afin de pouvoir s'en nourrir plusieurs mois. Un garçon apothicaire éprouvait une inclination si violente à tuer, qu'il se fit bourreau. On rapporte de la Condamine , que faisant un jour des offorts pour percer la foule rassemblée sur la place des exécutions , et les soldats l'ayant repoussé en arrière , le bourreau leur dit : « Laissez passer monsieur, c'est un amateur. » M. Bruggmanus cite un ecclésiastique qui s'était fait aumônier d'un régiment pour avoir occasion Je voir tuer des hommes. C'est ecclésiastique élevait chez lui des femelles de différens animaux domestiques, et quand elles mettaient bas , son occupation favorite était de couper le col aux petits. Il correspondait avec les bourreaux du pays, et faisait des courses de plusieurs jours à pied pour assister aux exécutions; aussi, les bourreaux lui faisaient toujours l'honneur de le placer auprès d'eux. Au commencement du siècle dernier, plusieurs meurtres furent commis en Hollande et l'auteur de ces homicides restait inconnu. Enfin, un vieux ménétrier qui avait coutume d'aller jouer du violon à toutes les noces des environs, fut soupçonné et traduit devant le magistrat. Il avoua trente-quatre meur-

très et assura qu'il les avait commis sans aucune cause d'inimité , sans intention de voler, mais seulement parce qu'il y trouvait un plaisir extraordinaire. Il y a des meurtriers qui, au moment de leur exécution , en repassant dans leur mémoire toutes les jouissances dont ils s'étaient assouvis pendant leur vie , se sont vantés qu'aucune n'égalait celles que leur avait causées la cruauté. Le comte de Charolais, frère du duc de Bourbon-Condé, aimait à ensanglanter ses débauches. Il commettait des meurtres sans intérêt, sans vengeance, sans colère. Il tirait sur des couvreurs, afin d'avoir le barbare plaisir de les voir précipités du haut des toits.

Nous avons reproduit ces passages de Gall , comme de malheureux exemples des anomalies résultant de la Destructivité. Nous pourrions ajouter les délires sanguinaires de l'auteur de Justine (1) et mille autres faits puisés dans l'histoire, dans les annales des tribunaux et des maisons d'aliénés. Il n'en faut pas conclure que la destination naturelle de cette faculté soit l'homicide. Le penchant au meurtre est une véritable aliénation qui rentre dans ia classe des maladies et dans la compétence des médecins (Voyez pénalité). Le but essentiel de cette puissance est, nous le répétons, la transformation incessante du monde extérieur.

Une autre dégénérescence anormale de la Destructivité est le penchant au suicide (voyez suicide) , quand l'organe de l'Amour de la vie n'est pas assez développé pour en contrebalancer l'impulsion.

L'organe de la Destructivité est situé dans la partie inférieure du lobe moyen. C'est une circonvolution allongée, qui s'étend en haut et en arrière jusqu'à la Combativité. (Voyez figure 5 et 7.)

Il se manifeste sur le crâne dans la région temporale postérieure, immédiatement au-dessus des oreilles, par une protubérance allongée presqu'horizontalement. Il élargit donc sensiblement le diamètre bi-temporal. (Voyez figures 2 et 3 .)

Cet organe est très-facilement appréciable a l'extérieur , parce

(1) M. Dumoutier possède le crâne du marquis de Sade, sur lequel on remarque un développement extraordinaire de la Destructivité , de l'Amour physique et des facultés réflectives. Singulière combinaison qui devait enfanter un livre monstrueux,

que la partie de l'os temporal qui îe recouvre est très-mince et presque transparente dans cette partie.

Le type de la tète romaine offre, en général, un grand développement de la Destructivité, et , en effet , ia mission des Romains a été la guerre. La guerre, ce fait universel jusqu'ici, qui a été traduit dans toutes les théogonies par un symbole du Dieu des batailles, et qui a été, dans le passé, un des principaux moyens de civilisation et d'unité, la guerre repose sur la Destructivité.

Les bustes de Caligula , de Néron, de Septîme- Sévère ; de Charles IX. de Catherine de Médicis, etc. , présentent une saillie remarquable a l'endroit de cet organe ; nous possédons nous-même une collection de crânes de meurtriers , dont plusieurs ont une véritable bosse au-dessus du conduit auditif. (Voyez figure 12.)

L'observation de l'animalité confirme pleinement l'existence de la Destructivité. Tous les animaux féroces et carnassiers , les oiseaux de proie , ont la tête élargie dans son diamètre bi-temporal. Les analogies physionomiques sont encore une preuve à l'appui. Charles IX a beaucoup de ressemblance avee le tigre.

La combinaison de la Destructivité avec d'autres organes du clavier humain produit quelquefois de singuliers et déplorables résultats. M. Pinel cite des cas de manie, où les idées religieuses sont mêlées avec l'inclination au meurtre : un vigneron croyait être condamné aux brasiers éternels , et ne pouvoir empêcher sa famille de subir le même sort que par ce qu'il appelait le baptême du sang , ou le martyre ; il essaya donc de tuer sa femme qui parvint a s'échapper de ses mains ; bientôt après, il égorgea de sang» froid deux de ses enfans en bas âge , pour leur procurer la vie éternelle; et durant l'instruction de son procès, il tua encore un criminel enfermé avec lui dans le même cachot, toujours en vue de faire une œuvre expiatoire. Renfermé à Ricètre comme aliéné, il s'imagina qu'il était la quatrième personne de la sainte trinité . et que sa mission spéciale était de sauver le monde par le baptême du sang, etc.

Beaucoup de meurtriers ont des hallucinations et des visions qui sont toujours en rapport avec leur malheureuse propension à l'homicide»

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