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GALL

La vie du docteur Gall est tout entière dans ses travaux et ses découvertes , comme il arrive à propos de tous les hommes de génie ; et nous ne craignons pas de qualifier ainsi l'inventeur de l'Antropologie nouvelle. En effet , si l'on apprécie la valeur des hommes à l'influence de la pensée qu'ils représentent, Gall doit être considéré comme un des initiateurs du XIXe siècle. L'Europe a été initiée par Gall a une nouvelle vie scientifique, comme a une nouvelle vie politique par Napoléon , à une nouvelle vie religieuse par Saint-Simon, à une nouvelle vie industrielle par M. C. Fourier.

Nous n'avons donc point intention de raconter ici les événemens de la vie extérieure de Gall, puisqu'aussi bien ils ont toujours été dominés par sa vocation. Sa vie entière a été consacrée a élaborer et a vulgariser sa doctrine nouvelle. Voila toute son histoire. Tout le monde sait que Gall a commencé ses observations en quelque sorte dès son enfance ; que ses premières remarques sur lAntropologie furent faites dans sa maison paternelle , entre ses frères et sœurs, et dans son collège entre ses camarades , ainsi qu'il l'a rapporté lui-même. Dès lors son esprit se tourna vers l'étude de la nature et surtout vers la comparaison des manifestations de l'homme et des animaux avec leur organisation physiologique. Il était doué des sens les plus parfaits, d'une aptitude merveilleuse a saisir les rapports des choses , d'un grand esprit d'analyse et d'une sagacité profonde. « Il n'y a guère d'homme , dit-il , dont la vision s'opère d'une manière plus déterminée que la mienne : dans tous les temps, j'ai pu distinguer les uns des autres, a des distances considérables, les oiseaux ou d'autres animaux , et les plantes, à leur seul habitus. Quoique je ne sache ni peindre, ni dessiner, j'ai toujours saisi avec une grande facilité les formes nombreuses de la tête ; et s'il

était question de diriger un peintre, je serais certainement en état de lui indiquer les traits les plus caractéristiques de la personne dont il s'agirait de faire le portrait. »

Avec ces dispositions, Gall ne tarda pas à retirer des fruits immenses de ses études sur l'homme et les animaux. Vivement frappé de l'analogie des facultés avec l'organisation cérébrale des différens êtres , il n'hésita pas à conclure que le cerveau est le centre et le siège des affections et des pensées. Alors il se mit à recueillir des faits, à comparer les degrés de l'échelle animale, et surtout a anatomiser le cerveau et les nerfs. Jusqu'à lui , les anatomistes s'étaient contenté de signaler les parties tout-à-fait distinctes de l'encéphale , comme les hémisphères , les lobes 9 etc., sans en chercher la gêné* ration et la liaison. Gall devina la division des faisceaux nerveux 5 il suivit les fibres depuis leur origine jusqu'à leur épanouissement, et découvrit la structure intime du cerveau.

De cette façon , il arriva bientôt à utie conception générale qui peut être formulée ainsi : le degré des facultés de l'homme et des animaux est en raison directe de leur constitution cérébrale. Ce premier pas fait , il vérifia sa thèse par mille procédés ingénieux et par une multitude infinie d'observations. Ce n'est pas une chose médiocrement curieuse que l'historique de ses découvertes , et je ne puis m'empêcher de rapporter ici quelques passages où il raconte ses tâtonncmens et ses essais. Ces citations donneront une idée de sa persévérance et de sa perspicacité : voici comment il constata le sens des Localités :

«Le goût que j'avais pour l'histoire naturelle me portait à aller souvent dans les bois prendre des oiseaux avec des filets , ou à chercher leurs nids; j'étais très-heureux dans cette dernière re^ cherche, parce que j'avais observé dans la direction duquel des points cardinaux chaque espèce d'oiseaux a coutume de faire son nid ; je réussissais également bien à disposer convenablement les filets, parce que j'avais l'habitude de deviner le canton de l'oiseau par son chant et par ses mouvemens. Mais lorsque je voulais aller chercher les oiseaux qui s'étaient pris , ou m'emparer d'un nid après huit ou quinze jours, il m'était impossible le plus souvent de retrouver l'arbre que j'avais marqué, ou les filets que

j avais placés. Cependant, après avoir posé mes filets, avant de les quitter, je m'en étais rapproché par diilérens chemins qui avaient diverses directions; j'avais planté en terre des branches , et fait des incisions dans les arbres , le tout en vain. Ceci me forçait d'amener toujours avec moi l'un de mes condisciples; ce jeune homme, sans faire le moindre effort d'attention, allait toujours droit à l'endroit où était un filet, quoique nous en eussions souvent placé dix à quinze dans une contrée qui ne nous était pas du tout familière. Comme ce jeune homme n'avait que des taiens très-médiocres, je fus d'autant plus frappé de sa facilité à se retrouver. Je lui demandai souvent comment il s'y prenait pour s'orienter si sûrement : il répondait à ma question en me demandant comment je faisais moi-même pour m'égarer partout.

« Dans l'espoir d'acquérir un jour plus de lumières sur cette matière, je moulai sa tête. Je pris des informations pour découvrir des personnes qui se distinguaient par la même faculté. Le grand paysagiste Schœnberger me raconta que dans ses voyages il avait l'habitude de ne faire qu'un croquis très- peu circonstancié âes contrées qui l'intéressaient , et que plus tard , lorsqu'il entreprenait de faire de ce paysage un dessin plus détaillé, chaque arbre, chaque bouquet de broussailles, chaque pierre un peu considérable se retraçait à son imagination. Je moulai ce peintre, et je plaçai son plâtre à côté de celui de mon condisciple Scheidler. A cette époque, je fis connaissance avec M. Meyer, auteur du roman de Dia-na-Sore ; cet homme ne trouve de jouissance que dans une vie errante. Tantôt il va d'une maison de campagne a l'autre, tantôt il s'attache à quelque homme riche, pour faire avec lui des voyages de long cours ; il a une facilité étonnante pour se rappeler les différens endroits qu'il a vus. Je le moulai également , et je plaçai son plâtre a côté des deux autres. Je comparai alors ces trois têtes avec beaucoup d'attention; elles offraient de grandes différences sous beaucoup de rapports; mais je fus frappé de la singulière forme qu'avait, dans toutes les trois, la région immédiatement au-dessus des yeux, près de l'organe de l'Educabiiitc. Toutes les trois offraient deux grandes proéminences qui

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