‹ Dictionnaire de phrénologie et de physiognomonieChapitre 92 sur 257 · G AL · texte numérisé non relu

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commençaient au côté externe de la racine du nez, s'élevaient obliquement, et en s'écartant, jusque vers le milieu du front.

« Dès-lors , Tidée dut me venir involontairement, que la faculté de se rappeler les lieux pourrait bien être aussi une faculté fondamentale qui aurait son organe dans la région du cerveau dont je viens de parler. Dans cette hypothèse, tout ce que l'on dit de la mémoire locale s'explique parfaitement. Matière abondante à de nouvelles réflexions. »

Historique de la découverte du courage.

« Incertain si je trouverais dans la langue des expressions pour désigner toutes les qualités et toutes les facultés fondamentales , je fus curieux de voir à la manifestation de quelles qualités ou de quelles facultés le peuple est attentif. Je rassemblai donc dans ma maison un certain nombre d'individus . pris dans les plus basses classes, et se livrant à différentes occupations : des cochers de fiacre, des commissionnaires, etc. J'acquis leur confiance, et je les disposai à la franchise en leur donnant quelque argent , et leur faisant distribuer du \in et de la bierre. Lorsque je les vis dans une disposition d'esprit favorable , je les engageai à me dire tout ce qu'ils savaient réciproquement, tant de leurs bonnes que de leurs mauvaises qualités, enfin tout ce qu'il y avait de saillant dans le caractère de chacun d'eux.

« Dans les diverses révélations qu'ils me firent, ils parurent donner surtout leur attention à ceux qui provoquaient partout des disputes et des rixes ; ils connaissaient très-bien les individus pa-x cifiques dont ils parlaient avec mépris, et qu'ils appelaient des poltrons. Comme les plus querelleurs trouvaient grand plaisir a me faire des récits très-circonstanciés de leurs exploits, je fus curieux de voir si dans la tête de ces braves il se trouvait quelque chose qui la distinguât de celle des poltrons.

.« Je rangeai d'un côté tous les querelleurs, et de l'autre tous les pacifiques, et j'examinai soigneusement les têtes des uns et des autres. Je trouvai que tous les querelleurs avaient la tête , immédiatement derrière et au niveau des oreilles , beaucoup plus large

que les poltrons. Je fis venir a une autre séance, seulement ceux qui étaient les plus distingués par leur bravoure, et ceux qui Fêtaient le plus par leur poltronnerie ; je renouvelai mes recherches, et je trouvai mes premières observations confirmées.

« Je ne pus point être dérouté par les fausses idées que se font les philosophes sur l'origine de nos qualités et de nos facultés. Chez les individus auxquels j'avais a faire, il ne pouvait pas être question d'éducation ; et la manière dont leur caractère se prononçait ne pouvait nullement être confondue avec l'influence des circonstances extérieures. Des hommes semblables sont les enfans de la nature ; dans cette classe , chaque individu s'abandonne sans réserve à ses penchans , toutes ses actions portent l'empreinte de son organisation.

« Je commençai donc à présumer que le penchant aux rixes pouvait bien être le résultat d'un organe particulier. Je tâchai de découvrir d'un côté des hommes reconnus pour très-braves , et de l'autre, des hommes reconnus pour très-poltrons. Dans le combat d'animaux . alors encore existant à Vienne, se trouvait un premier garçon extrêmement intrépide, qui se présentait souvent dans l'arêne pour soutenir tout seul le combat contre le sanglier ou le taureau le plus furieux , ou contre un animal féroce quelconque. Je trouvai chez lui la région de la tête que je viens d'indiquer, trèslarge et très-bombée. Je moulai sa tête ainsi que celles de quelques autres braves, pour ne pas être en danger d'oublier ce que leur conformation avait de particulier. »

Historique de la découverte de l'orgueil.

« Un mendiant fixa mon attention par ses manières distinguées. A cette époque , je refléchissais aux causes qui , indépendamment d'une conformation absolument vicieuse ou des coups de la fortune, peuvent réduire un homme à la mendicité. Je croyais avoir trouvé une des causes principales dans l'imprévoyance et la légèreté. La forme de la tête de ce mendiant me confirma dans mon opinion ; car il était 'jeune et de bonne mine , et la région de sa tête dont le développement considérable indique la Circonspection, était très*

étroite. Je moulai sa tête, et en l'examinant avec attention , je remarquai dans la partie supérieure-postérieure de la ligne médiane, c'est-à-dire au-dessous et derrière le sommet de la tête , une proéminence allongée de haut en bas qui ne pouvait provenir que du développement des parties cérébrales placées sous cette région du crâne. Jusque-là, je n'avais jamais remarqué cette proéminence dans d'autres têtes ; et par cette raison je fus très-impatient d'en connaître la signification. Après mille questions que j'adressai au mendiant pour tâcher de découvrir les traits saillans de son caractère , je le priai de me raconter son histoire. Sa tête , du reste $ était petite et n'annonçait ni penchans bien prononcés, ni facultés bien distinguées.

« Il me dit qu'il était fils d'un riche négociant dont il avait hérité une fortune considérable, mais qu'il avait toujours été fier au point de ne pas pouvoir se résoudre à travailler, ni pour conserver sa fortune, ni pour en acquérir une nouvelle, et que ce malheureux orgueil était l'unique cause de sa misère. Ceci me fit souvenir des personnes qui ne se coupent jamais les ongles, afin de réveiller l'idée qu'elles n'ont aucun besoin de travailler. Je lui fis cependant plusieurs observations, et je lui témoignai que je doutais de sa véracité; mais il revenait toujours à sa fierté, et m'assura que même maintenant il ne pourrait se résoudre à aucune espèce de travail. Quoique j'eusse peine à concevoir comment par orgueil un homme peut aimer mieux mendier que de travailler, sa persévérance à revenir toujours à la même cause m'engagea à réfléchir sérieusement sur l'orgueil et la fierté.

«Je me rappelai vivement le geste grave et hautain avec lequel l'un de mes cousins tirait son mouchoir, le ployait et le remettait dans sa poche; il avait l'âge de sept ans , et quoique j'en avais tout au plus six , j'étais choqué par ses airs de fatuité et d'orgueil. Ce garçon dédaignait aussi toutes les occupations auxquelles on avait coutume de se livrer dans ma famille, et ne voulait rien apprendre de ce qui s'y rapportait : il voulait être militaire. A Vienne, un prince se faisait remarquer par son orgueil ridicule, par sa démarche guindée, par son habitude de citer à tout propos ses aïeux avec emphase. Heureusement, il était chauve dans la même, région delà

iète où j'avais remarqué la proéminence dans celle du mendiant , et je pus in'assurer qu'il avait la même conformation. »

Historique de la découverte de la vanité.

« Pendant que je m'occupais a vérifier dans les hospices pour les aliénés ma découverte sur l'organe de l'orgueil , je rencontrai une aliénée qui s'imaginait être reine de France. Je m'attendais à lui trouver l'organe de la fierté ; mais au lieu de la proéminence ovale allongée a la partie moyenne supérieure-postérieure de la tête, j'y trouvai un enfoncement très-sensible, et de chaque côté une proéminence ronde et assez grosse. Cette circonstance m'embarrassa d'abord.

» Cependant je m'aperçus bientôt que le genre d'aliénation de cette femme différait absolument de celle des hommes fous par orgueil. Ceux-ci sont sérieux, calmes, impérieux , élevés, arrogans, affectent une majesté mâle. Même dans la fureur la plus prononcée, tous leurs mouvemens , toutes leurs expressions portent l'empreinte du sentiment de la puissance et de lu domination qu'ils pensent exercer sur les autres. Chez les aliénés par vanité, tout porte un caractère différent, qui se manifeste par une frivolité inquiète, un babil intarissable, les prévenances les plus affectueuses, l'empressement d'annoncer une haute naissance et d'inépuisables richesses , des promesses de faveur et d'honneur , en un mot un mélange d'affectation et de ridicule.

» Dès ce moment j'ai rectifié mes idées, relativement à l'orgueil et à la vanité. »

Appuyé sur cette foi dans son idée fixe, Gall prêcha publiquement sa nouvelle physiologie du cerveau. Il transporta ses enseignemens de ville en ville, et l'Allemagne retentit bientôt de son nom. Ce fut a l'occasion d'une lettre de son père qu'il commença ses voyages : «Le premier jour de l'an 1805, mon père qui demeurait a Tiefenbrunn , dans le grand-duché de Bade, m'écrivit ces mots : « Il est tard, et la nuit pourrait n'être pas loin : te verrai-je en- » core?» 11 n'y avait qu'une pareille invitation , jointe au désir ardent que je nourrissais dans mon cœur depuis longtemps de revoir

des parens chéris, après une absence de vingt-cinq ans, qui pouvait seule me décider à abandonner pour quelques mois mes amis et mes malades. Je voulus profiter de cette circonstance pour faire connaître aux savans du nord de l'Allemagne mes découvertes. Pour que mes entretiens avec eux ne se bornassent pas a des propositions et à des discussions sans appui . je pris avec moi une partie de ma collection. J'étais toujours convaincu que, sans ces preuves visibles et palpables, il serait a jamais impossible de militer victorieusement contre tant de préventions, de préjugés et d'opinions contraires, que je devais nécessairement rencontrer. »

«Je reçus partout l'accueil le plus flatteur; les souverains, les ministres, les savans, les administrateurs, les artistes, secondèrent dans toutes les occasions mon dessein, en augmentant ma collection , et en me fournissant de nouvelles observations. Les circonstances étaient trop favorables pour qu'il me fût possible de résister aux invitations qui me venaient de la plupart des universités. Par là , mon voyage s'est prolongé bien au delà du terme que j'avais d'abord fixé ; mais aussi il en est résulté tant de discussions privées et publiques sur ma doctrine, qu'elle est parvenue à un degré de maturité que peu de fondateurs de doctrines nouvelles ont pu atteindre de leur vivant.

3> Ce voyage m'a donné la facilité d'étudier l'organisation d'un grand nombre d'hommes à talens éminens et d'hommes extrêmement bornés, pour mieux saisir, par ce rapprochement, la différence de l'une à l'autre. J'ai recueilli des faits innombrables dans les écoles et dans les grands établissemens d'éducation, dans les maisons d'orphelins et d'enfans trouvés, dans les hospices des fous, dans les maisons de correction et dans les prisons, dans les interrogatoires judiciaires, et même sur les places d'exécution ; les recherches multipliées sur les suicides, sur les imbéciles et sur les aliénés, ont puissamment contribué à rectifier et à fixer mes opinions. J'ai mis à contribution beaucoup de cabinets anatomiques et physioîo^ giques ; j'ai soumis les statues et les bustes antiques a mes expériences, et je les ai confrontés aux récits de l'histoire.»

La France, ce foyer de la civilisation européenne sous l'empire, comme elle l'est encore aujourd'hui, ne pouvait manquer d'attirer

l'ardent novateur de l'Allemagne, Gall vînt à Paris , où il fut d'abord reçu avec un grand enthousiasme, mais bientôt la jalousie des vieux naturalistes lui suscita une foule d'obstacles. Napoléon qui n'aimait pas les rêveurs allemands , comme il Ta prouvé aussi à l'égard de madame de Staël . n'appuya pas beaucoup le système révolutionnaire du docteur Gall. L'empereur n'était pas très-poëte dans le sens d'idéaliste, quoique les phrénologistes modernes se soient disputé mal-a-propos pour constater sur sa tête l'organe de l'Idéalité. Dans sa magnifique vie d'action, il n'a eu que deux éclairs d'idéalité, sa campagne d Egypte et son amour avec Joséphine. Le docteur Antommarchi rapporte dans ses mémoires la conversation suivante qu'il eut à Sainte-Hélène avec Napoléon :

«Milady Holland avait fait un envoi de livres dans lesquels se trouvait une cassette renfermant un buste en plâtre , dont la tête était couverte de divisions, de chiffres qui se rapportaient au système crâniologique de Gall: «Voilà, docteur, qui est de votre do- » maine; prenez, étudiez cela, vous m'en rendrez compte. Je serais » bien aise de savoir ce que dirait Gall s'il me tâtait la tête. » Je me mis à l'œuvre ; mais les divisions étaient inexactes , les chiffres mal placés ; je ne les avais pas rétablis que Napoléon me fit appeler. J'allai, je le trouvai , au milieu d'un amas de volumes épars, qui lisait Polybe. Il ne me dit rien d'abord, continua de parcourir l'ouvrage qu'il avait dans les mains, le jeta, vint a moi, me regarda fixement, et me prenant par les oreilles : a Eh bien ! dotto- » raccio di capo Corso , vous avez vu la cassette? — Oui, Sire. — » Médité le système de Gall? — A peu près. — Saisi? — Je le » crois. — Vous êtes a même d'en rendre compte? — Votre majesté » en jugera. — De connaître mes goûts, d'apprécier mes facultés » en palpant ma tête? — Et même sans la toucher. (Il se mit à » rire.) — Vous êtes au courant. — Oui, Sire. — Eh bien! nous en » causerons plus tard quand nous n'aurons rien de mieux à faire. » C'est un pis- aller qui en vaut bien un autre; on s'amuse quel- » quefois a considérer jusqu'où peut aller la sottise. » Il se promena , fit un tour et reprit : « Que pensait Mascagni de ces rêveries » germaniques? Allons, franchement, comme si vous vous entre- » teniez avec un de vos confrères, Mascagni aimait beaucoup la

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