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» manière dont Gall et Spurzheim développent et rendent sensibles
» les diverses parties de la cervelle fil avait lui-même adopté cette
» méthode ; il la jugeait éminemment propre à faire bien connaîtra
» ce viscère intéressant. Quant à la prétention de juger sur lespro*
» tubérances, des vices, des goûts et des vertus des hommes , il
» la regardait comme une fable ingénieuse ,qui pouvait séduire les
» gens du monde, et ne soutenait pas l'examen de l'anatomiste.-—
» Voilà un homme sage ; un homme qui sait apprécier le mérite
» d'une conception, l'isoler du faux dont la surcharge le charla-
» tanisme : je regrette de ne l'avoir pas connu. Corvisart était grand
» partisan de Gall ; il le vantait, le protégeait, fit l'impossible pour
» le pousser jusqu'à moi ; mais il n'y avait pas sympathie entre
j) nous. Lavater, Cagliostro, Mesmer, n'ont jamais été mon fait;
» j'éprouvais je ne sais quelle espèce d'aversion pour eux ; je n'avais
» garde d'admettre celui qui les continuait parmi nous. Tous ces
» messieurs sont adroits, parlent bien , exploitent ce besoin du mer-
>) veilleux qu'éprouve le commun des hommes, et donnent l'appa-
m rence du vrai aux théories les plus fausses. La nature ne se trahit
» pas par ses formes extérieures. Elle cache, elle ne livre pas ses
» secrets. Vouloir saisir, pénétrer les hommes par des indices aussi
» légers , est d'une dupe ou d'un imposteur, ce qu'est au reste toute
» cette tourbe à inspirations merveilleuses, qui pullule au sein des «grandes capitales. Le seul moyen de connaître ses semblables est
» de les voir, de les hanter, de les soumettre à des épreuves, II faut
» les étudier longtemps si on ne veut pas se méprendre. Il faut les
>; juger par leurs actions ; encore cette règle n'est-elle pas infail-
» lible, et a-t-elle besoin de se restreindre au moment où ils agis-
» sent, car nous n'obéissons presque jamais à notre caractère, nous
» cédons au transport , nous sommes emportés par la passion ; voilà
» ce que c'est , les vices et les vertus, la perversité et l'héroïsme.
» Telle est mon opinion , tel a été longtemps mon guide. Ce n'est
» pas que je prétende exclure l'influence du naturel et de l'éduca-
» tion : je pense au contraire qu'elle est immense; mais hors de là
» tout est système , tout est sottise. »
Paroles étranges dans la bouche de Napoléon, qui possédait un sens si miraculeux des hommes, et qui les jugeait au premier coup-d'œiL
On trouve aussi dans le Mémorial de Sainte-Hélène par le comte de Las-Cases, le passage suivant :
«J'ai beaucoup contribuera perdre Gall. Corvisart était son » grand sectateur : lui et ses semblables ont un grand penchant » pour le matérialisme : il accroîtrait leur science et leur domaine. » Mais la nature n'est pas si pauvre. Si elle était si grossière que » de s'annoncer par des formes extérieures, nous irions plus vite » en besogne et nous serions plus savans. Ses secrets sont plus fins » et plus délicats, plus fugitifs. Jusqu'ici ils échappent a tout. Un » petit bossu se trouve un grand génie ; un grand bel homme n'est » qu'un sot. Une large tête à grosse cervelle n'a parfois pas une » idée, tandis qu'un petit cerveau se trouvera d'une vaste inteliiw gence. Et voyez l'imbécillité de Gall : il attribue à certaines bos- » ses des penchans et des crimes qui ne sont pas dans la nature, qui » ne viennent que de la société et de la convention des hommes : «que deviendrait la bosse du vol s'il n'y avait pas de propriétés? » la bosse de l'ivrognerie s'il n'existait pas de liqueurs fermentées ? » celle de l'ambition s'il n'existait pas de société? »
Toutefois la doctrine de Gall jetait de profondes racines enFrance. Pendant que le public s'emparait de la partie qui explique l'homme à l'extérieur , sous le nom de cranioscopie , les savans ne pouvaient se refuser k admettre la nouvelle anatomie du cerveau. Delà à la physiologie, il n'y avait qu'un pas, qui a été franchi en ces derniers temps. Et il arriva ainsi que la vulgarisation de la science se fit k l'inverse de l'invention, car Gall déclare qu'il parvint k acquérir nne idée plus juste sur le cerveau en s'attachant d'abord aux phénomènes physiologiques. « Il m'a fallu, dit-il, recueillir un grand nombre de faits physiologiques et pathologiques, avant de parvenir à quelqu'induction raisonnable sur les lois de l'organisation cérébrale; je dois presque toutes mes découvertes anatomiques k mes conceptions physiologiques et pathologiques; et ce n'est que d'après celles-ci, que j'ai pu me convaincre de la concordance parfaite des ' phénomènes moraux et intellectuels avec les conditions matérielles de leur manifestation. »
Gall poursuivit ses études jusqu'à sa mort, avec une foi et une ténacité inaltérables , et son caractère en ce point est aussi admi-
rable que son esprit. Il donne lui-même la mesure de son assurance, dans le passage suivant :
a Je suis l'homme le plus modeste, le plus humble, quand je me vois vis-à-vis de l'immensité des choses que je suis condamné à ignorer , et qui pourtant se rattachent immédiatement à mon état de médecin observateur et praticien. Mais lorsqu'il s'agit de la découverte de Sa structure et des fonctions du cerveau, je me croîs, avec une imperturbable suffisance, au-dessus de tous mes devanciers, et au-dessus de tous mes contemporains. Oui, je suis le premier qui ait établi des principes physiologiques, d'après lesquels la structure du cerveau et ses fonctions doivent être étudiées; je suis le premier qui ait franchi la barrière que la superstition et la philosophie opposaient, depuis des milliers d'années, au progrès de la physiologie du système nerveux ; qui ait conçu l'idée de distinguer les attributs généraux d'avec les véritables qualités et facultés fon* damentales; le premier qui ait déterminé les instincts, les penchans, les sentimens et les talens qui sont affectés à certaines parties cérébrales: je suis le premier qui ait eu le courage, la patience, la persévérance d'examiner et de fixer les rapports qui existent entre l'énergie des qualités morales , des facultés intellectuelles et des diyers développemens des parties du cerveau ; je suis le premier qui ait étendu ces mêmes recherches sur tout le règne animal ; qui ait étudié des miliers d'animaux , sous le rapport de leurs intincts, de leurs penchans, de leurs facultés, les plus saillans, et de la configuration de leur cerveau, soit d'individu à individu, soit d'espèce a espèce ; je suis le seul qui ait trouvé et indiqué les seuls moyens capables de faire découvrir le siège de chaque instinct, de chaque penchant, de chaque sentiment et de chaque talent intellectuel; je suis le seul qui ait découvert ces sièges, et qui les démontre par de nombreux faits physiologiques irréfragables , et par une infinité de recherches d'anatomie et de physiologie comparées de toutes les espèces d'animaux.
» Toutes ces conceptions et toutes ces vérités fondamentales étaient déjà, avant notre voyage entrepris l'an 1805, répandues par mes nombreux auditeurs , dans toutes les parties du monde savant; ci si plus tard Tanatomie et la physiologie du cerveau ont été per-:
feetionnées, c'est encore ou à nos propres travaux, à ceux de M. Spurzheim et aux miens , ou à la seule véritable direction que nous avons imprimée aux travaux d'autres anatomistes, qu'on doit ce degré de perfectionnement. Où est l'auteur qui, sur quelque partie essentielle de ma doctrine , ait jamais manifesté autre chose que des soupçons vagues, conçus avec autant de légèreté que disses avec rapidité! Tous se sont arrêtés à des généralités plus ou moins plausibles en apparence; et tous se sont rétractés dès qu'il s'agissait de fixer un principe, une proposition immuable. Vous me citez, et moi je cite moi-même les Mayer ? les Haller, les Van Swieten, les Hunder, les Vicq-d'Azyr , les Cabanis, les Prochaska, Sœmmerring , etc.; eh bien, tous ont désespéré de la possibilité de découvrir un organe quelconque; tous se sont traînés sur la route de la philosophie stérile de Platon, de Leibnif.z , de Wolf , de DeScartes, de Locke, de Condillac, etc.; aucun n'a eu le plus léger pressentiment de la nullité de toutes ces doctrines ; aucun n'a songé à analyser l'économie morale et intellectuelle de l'homme et des animaux ; k déterminer les instincts, les penchans, les sentimens ,les facultés! Vous me citez le plus célèbre de vos naturalistes, et je le cite aussi, M. le baron Cuvier ; mais lisez ses ouvrages d'un bout a l'autre, lisez son rapport sur notre mémoire présenté, en 1808, à l'Institut; lisez le Dictionnaire des Sciences naturelles; lisez ce que, dans son règne animal 9 il dit sur l'impossibilité de reconnaître les instincts par la forme de leur cerveau : quelle vacillation, quelle tergiversation, quelle incertitude, quels démentis de ses propres opinions d'une page à l'autre ! Et ce naturaliste si distingué a-t-il réussi à faire une seule application vraie de toutes ses connaissances danatomie comparée a la physiologie du système nerveux en général, et surtout du cerveau en particulier ?
» Qu'on lise avec bonne foi Ihistoire de la philosophie, des progrès de l'anatomie et de la physiologie comparées du système nerveux ; qu'on lise ce qu'encore aujourd'hui on objecte à la pluralité des organes ; combien on hésite encore a admettre les qualités et le» facultés fondamentales et les sièges de leurs organes, sans quoi la physiologie du cerveau se réduit à une pure chimère. Et qu'on avance encore qu'avant moi des médecins ? des philosophes, des
physiologistes, des naturalistes aient conçu et enseigné une idée claire et exacte sur les fonctions du cerveau et de ses parties constituantes !
» Oui, encore une fois, je suis le premier et le seul à qui là physiologie du cerveau doit son. existence. Je l'ai trouvée sans l'aide de qui que ce soit; l'historique de chacune de mes découvertes vous le prouve. Il en est de la physiologie du cerveau comme de sa structure. Pour débrouiller ce qui par hasard aurait pu se trouver dispersé dans les auteurs, il aurait fallu infiniment plus de perspicacité qu'il n'en fallait pour deviner, par le moyen de l'observation, les mystères de la nature. J'ai commencé, continué et presque achevé toutes mes découvertes, sans aucune érudition préalable; et si plus tard, j'ai compilé des citations, c'était plutôt pour signaler mon point de départ que pour fortifier mes idées par celles de mes devanciers et de mes contemporains. »
M. Hufeiand qui a connu personnellement le docteur Gall en a fait un portrait auquel nous croyons une grande justesse :
« ïl faut le voir et l'entendre , pour apprendre a connaître l'homme tout a fait exempt de préjugés , de charlatanisme, de fausseté et de rêverie métaphysique. Doué d'un esprit d'observation rare, de beaucoup de pénétration et d'un raisonnement juste, identifié pour ainsi dire avec la nature, devenu son confident par un commerce constant avec elle , il a rassemblé , dans le règne des êtres organisés, une multitude d'indices, de phénomènes, qu'on n'avait point remarqués jusqu'à présent, ou que l'on n'avait observés que superficiellement II les a rapprochés d'une manière ingénieuse, a trouvé les rapports qui établissaient entr'eux de l'analogie: a appris ce qu'ils signifiaient, a tiré des conséquences et a établi des vérités d'autant plus précieuses qu'étant uniquement basées sur l'expérience, elles émanent de la nature elle-même. C'est à ce travail qu'est due sa manière d'envisager la nature , les rapports et les fonctions du système nerveux. Lui-même n'attribue ses découvertes qu'a ce qu'il s'est abandonné ingénument et sans réserve à la nature , depuis les résultats les plus simples de sa vertu formatrice jusqu'aux plus parfaits. »
Nous renvoyons pour exposer succinctement la» doctrine de Gall
au mot Phrénologie où nous serons a même d'ajouter les développemens qu'elle a pris jusqu'à ce jour.
Si maintenant nous voulons apprécier, non pas la valeur des travaux de Gall, qui est évidente pour tous, mais la nature de son génie, nous allons en trouver bientôt la circonscription. Après avoir admiré cette subtilité d'observation et cette puissance de logique, nous serons forcés de reconnaître combien l'habitude des sciences positives l'avait rendu étranger aux choses de poésie et de sentimens ; combien sa raison l'avait rendu hostile a la théologie étala métaphysique. Contraint, par son système même, de réagir contre les spéculations abstraites de la philosophie antérieure, il enveloppa dans son animosité toutes les théories qui ne réposent pas directement sur l'analyse et sur les faits. Il nia en quelque sorte l'intuition, la révélation, l'idéalité humaine, lui qui venait révéler aux hommes la loi des phénomènes de la pensée ! Disonsle, il fut injuste, ou mieux , inintelligent en ce qui touche les religions et les philosophies. Pourtant , la religion ou la philosophie ( c'est une même chose ) , est la grande synthèse à laquelle toutes les sciences viennent aboutir, celle de Gall aussi bien que les autres. Le docteur Gall aurait été bien surpris si on lui eut dit que sa doctrine devait être tout simplement une des branches fragmentaires de la philosophie nouvelle, qui est destinée à transformer l'ancienne philosophie chrétienne!
Pour justifier cette imputation d'étroitesse qne nous nous permettons envers Gall , nous devons citer encore quelques fragmens de son grand ouvrage, où il saisit toutes les occasions d'attaquer les penseurs qui ne se fondent pas sur l'observation extérieure de la nature. Après avoir parlé du développement isolé des diverses parties cérébrales antérieures supérieures , il ajoute : « Ces développemens partiels n'embrassent pas encore toute l'étendue de l'intelligence humaine. Les vues, quoique profondes, sont également encore partielles ; toujours encore certains rapports des choses échappent a ces génies intellectuels incomplets. Ce sont les Pythagore, les Heraclite,* les Anaxagore , les Pyrrhon. les Démocrite , les Porta, îesSpinosa, les Locke, les Mal lebr anche, les Beikeley, lesHeîvétius, etc. : et, en général, les auteurs des égaremens les