La sensibilité est tantôt active et tantôt
passive.
Si la matière même a de l'activité, on doit à plus forte raison en trouver dans TAme sensitive et intellective. La sensibilité est active de même qu'elle est passive; c'est-àdire qu'elle est tantôt dans un état et tantôt dans un autre. Une entéléchie, comme nous l'avons dit,sommeilIeou elle est éveillée. Dans le premier cas, elle est en puissance ou passive, elle n'est pas en acte; dans le deuxième, elle est en acte. Dieu est la première des entéléchies; c'est une entélécnie toujours en acte. Dieu est un acte pur; il ne sommeille jamais, il ne reçoit aucune influence extérieure. Son essence est son être , dit saint Thomas. On a souvent répété cette phrase, on ne l'a pas assez expliquée. Saint Thomas dit .a L'essence est à l'être ce que la potentialité est à l'acte. L*être, c'est ressence ou l'ensemble des facultés quand elles sont en acte. L'essence présente les mêmes facultés, mais n'agissant pas. L'essence peut différer encore (i^ l'être, comme le pariait de Vimparfait; mais chez Dieu, l'essence, c'est l'être : car chez lui l'essence est toujours en acte, et toujours à l'état parfait. Dieu est, a été, et sera toujours la même chose. »
La sensibilité , pour saint Thomas t^onuné
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poar Aristote, est donc tantftt active, tantôt passive. M. Moutet s* est bien trompé quand il a dit que ces deux auteurs ont regardé la sensibilité comme toujours passive. Bien des écrivains fort distingués ont commis cette faute ; mais saint Thomas ne pouvait la faire en restant conséquent avec ses principes et avec la vérité. L'observation la plus simple montre ce double mode des actes sensitifs. On l'exprime par ces mots : voir et regarder. On voit un objet qui frappe sans diriger sur lui son attention : la sensation est passive, elle est confuse ou mal perçue; quand on regarde, on tend l'organe vers l'objet : la sensibilité est active. Or voici ce que dit Aristote à cet égard {De Vàme, liv. n, part, n) :
<r On demande pourquoi il n'y a pas sensation des sensations elles-mêmes, et pourquoi la sensation ne peut avoir lieu quWec des objets exlérieursT C'est aue la sensation n'est pas toujours en acte; elle peut être en puissance. Sentir a pour nous une double acception. De l'être qui entend et qui voit en puissance, nous disons qu'il voit et qu'il entend, quoiqu'il soit endormi, tout aussi bien que nous le disons de l'être qui agit réellement (78). II faut distinguer aans la sensation ce double sens, et reconnaître d'une part la sensation en acte , et de l'autre la sensation en puissance ou passive. Il en est de même pour sentir : sentir en puissance ou passivement, sentir en acte ou activement. » Voyez , entre autres, les commentaires de Cajétan et de saint Thomas sur ce passage. Ceci se rattache à la doctrine péripatéticienne et thomiste tout entière. L'Ame, étant tour à tour active et passive, ce caractère se retrouve dans tous ses actes : elle est passive dans ce sens que chacune de ses facultés reçoit des impressions; elle est active quand elle réagit sur ces dernières, qu'elle les élabore et qu'elle les transforme.
La doctrine thomiste a, sur bien des doctrines modernes, un grand avantage : elle n'analyse que des réalités, elle n'en sort jamais, elle ne séoare point par l'obserYation ce qui est natureUemenl uni. Le monde entier forme un système coordonné qui s'étend depuis l'être le plus inférieur jusqu'à Dieu. Dans de certaines limites, tous ces êtres peuvent agir les uns sur les autres, l'inférieur recevant surtout de celui qui est placé plus naut. Il n'y a qu'une exception pour Dieu, oui agit sur tout et sur lequel rien n'agit. S'il s intéresse h l'homme, s'il a pour lui des sentiments d'affection, de miséricorde, etc., rien ne l'y contraint; mais il a ces sentiments par lui-même. Il aime l'homme à cause de la bonté et de la miséricorde qui sont en lui, dans son âme divine : Deus hahet régis animum et animam, pa(ji>ixi)v <J/ux4jv xa\ ^ajO.ixbvvoûv. (Platon.) Saint Thomas ne sépare ja-
chalnent ain^i réciproquement. Enfin il ne né-
glige pas les relations de l'âme avec les ôtr supérieurs et avec Dieu. Dans les autres doi trines (celle de Condillac, par exemple), * opère sur de véritables abstractions, sur d hypothèses; on suppose une statue à I quelle on accorde successivement les diiî rents sens, et dont les facultés se créent e suite sous l'influence de la sensation. 11 s'n: donc de deviner ce qui peut avoir lieu d.i un être de ce genre qui n'existe pas et () ne saurait même exister. C'est un rom«3n w génieux, légèrement historique, enfanté ( grande partie par l'imagination : aussi Co' dillac ne nousa-t-il guère donné hm' chose. De même,'Kant étudie les formes d»sensibilité, les^ catégories de rentendernen sans tenir grand compte du corps et « monde extérieur. L'imagination a néces'^aii ment plus de part à ces résultats que Vuh^^ vation, dont il s'écarte souvent. Saint Th< un. voit au contraire. que l'homme constitue \ tout dont toutes les parties agissent et ré.<^ sent réciproquement sur toutes les aulros. ( tout fait partie de l'univers, auquel il imprir une action qu'il reçoit également de lui. C r la réalité. Entin l'univers est dominé p^^r ( Dieu qiii l'a créé et qui le dirige. Voilà i monde réel que le thomisme étudie, en tai sant usage de tous nos mo)[ens de conn.iiti La sensibilité est examinée tour à t(»t comme passive, sous l'influence- du mou extérieur, qui agit sur elle pour produire «i impressions, et comme active, lorsque l'Ai réagit sur ces dernières et s*en sert ])<•: constituer toutes ses idées. Il serait très-im ressaut ici d'examiner avec saint Thonia> » ce qu'il y a d'objectif et de subjectif dans i sensations. On le verrait surtout dans cei < i
f)articulier qu'on appelle le sommeil, et <iii equel la sensibilité ou l'âme sensitive si-» en quelque sorte. Les corps extérieurs sabsents; l'imagination les reproduit av»,M: \\ vivacité, une vérité que l'on ne retrou\« ; dans la veille. Le monde extérieur n'est •,• là; c'est la sensitivité qui le supplée en '^vi que sorte. L'intellectivité intervient peu; actes de conscience, de réflexion, ne se n : contrent presque plus; et cependant qwM ( choses s'opèrent encore 1 Les commeiuiii' de saint Thomas sur le traité De sonxno vigilia offrent à ce sujet bien des choses iiv ressantes et neuves; on doit le lire, car ei sont peu connues.
Nous passerons rapidement sur ce <; concerne la sensitivité interne , les actes . mémoire, d'imagination, etc., pour arriver ceux de l'entendement même.