cc.) et des quantités variables de complément
Dans la partie inférieure, la quantité de globules est la même, les quantités de complément sont constantes (respectivement 0.0135 cc. et 0.018 cc. L’anticorps varie seul. ‘
L'ensemble des résultats de ManwarING est très complet.
L’allure des courbes fait bien ressortir la complexité des phénomènes, la difficulté d’une analyse mathématique. On ne peut qu’'approuver l’auteur quand il les donne | comme un ensemble de résultats objectifs, dont il est actuellement impossible de fournir une explication satisfaisante.
1l est hautement intéressant de constater que les courbes dessinées par ManwarinG ont exactement la même forme en S que celle qui exprime, d'après La- PICQUE et LESAGE, l’hémolyse par l’eau distillée (voir fig. 77). IL est très probable, comme le dit Lapicque, que cette forme très particulière est attribuable aux différences de résistance des différentes hématies contenues dans l’émulsion.
Il existe dans le sang des espèces globulaires de résistances croissantes : r!, r?, rè, r#, etc. Si chaque espèce était représentée dans le sang par un nombre constant d'individus, en d’autres mots, s’il y; avait autant d'individus de résistance r! que d'individus de résistance r?, r#, etc., on observerait probablement la destruction de tous les globules r! daus un milieu contenant la concentration c! d’hémolysine, de tous les globules r? dans le milieu de concentration c?, etc. (à condition de laisser produire à l’hémolysine toute son action), :
de sorte que le degré d’hémolyse croîtrait régulièrement avec la concentration:
Mais il en est pour les cellules du sang , comme pour les individus de toute espèce biologique : les individus de qualités moyennes forment la très grosse majorité, tandis que les formes aberrantes sont de moins en moins nombreuses à mesure qu’elles S écartent qualitativement davantage du type moyen. Dans le sang, les globules de résistance moyenne r" sont de loin les plus nombreux, tandis que les résistances extrêmes (la plus grande et la plus petite) sont représentées par un minimum d’individus. Quand on fait agir l’hémolysine à des concentrations progressivement croissantes
pauvres en anticorps eux pauvres en com-
(abscisses), sur l’'hémolyse dans des milieux
pécifique chauffé (abscisses) sur l’hémolyse dans des mili
La moitié inférieure montre l'in fluence de la teneur en sérum s
F1G. 79. — La moitié supérieure montre l'influence de la t. neur en sérum frais plément.
HÉMOLYSE. | 478
sur un mélange de cette composition, on doit obtenir nécessairement (au lieu d’une augmentation régulièrement progressive de l’hémolyse, figurée par une droite) d’abord une accentuation très lente de l’action hémolytique (zone des hématies de faible résistance), puis une accentuation de plus en plus considérable (zone des hématies de résistance moyenne) et enfin un renversement, une action de moins en moins nette des doses surajoutées (zone des hématies de forte résistance), c’est-à-dire la courbe en S de LaPicoue et de ManwariNG (Nozr).
La dernière figure de ManwaRiNG présente un intérêt particulier, parce qu’elle illustre remarquablement un phénomène très intéressant qu’on a appelé le phénomène de NeIssER- WECHSBERG.
Déviation du complément. — Ngisser et WecusBerG ont publié en 1901 une expérience qui a eu un grand retentissement dans le monde des hématologistes. En voici le principe : |
Si l’on prépare des milieux contenant une même quantité de vibrions vivants, une faible quantité de sérum frais (complément) et des quantités variables de sérum spécifique chauffé (anticorps), on constate, dans certaines limites, que le pouvoir bactéricide augmente avec la concentration de l’anticorps. Mais, passé une certaine concentration, le rapport se renverse : plus on augmente la quantité de sérum spécifique chauffé, moins forte est l’action bactéricide. Erica a immédiatement vu tout le parti que l’on pouvait tirer de cette expérience comme argument contre la théorie de Borper. Aussi s’est-on efforcé de reproduire avec les hématies les observations faites sur les microbes. Les résultats furent négatifs en général. Cependant Bucaner est parvenu à reproduire le phénomène de Nrisser et WECHSBERG à propos d’une hémolyse par un sérum, et Kyes et Sans l’ont également observé avec le cobra-lécithide. ARRHENIUS dit aussi avoir pu, grâce au dosage de l’hémoglobine diffusée, mettre en évidence, dans des expériences d’hémolyse, une influence empéchante des fortes concentrations du sérum spécifique.
Voici le protocole d’une expérience faite par lui avec des globules de bœuf, du sérum chauffé de lapin immunisé (anticorps) et du sérum frais de cobaye (complément).
DEGRÉ DE L'HÉMOLYSE DEGRÉ DE L'HÉMOLYSE DEGRÉ DE L'HÉMOLYSE
dans une série dans une série dans une série QUANTITÉ DE SÉRUM dont tous les tubes dont tous les tubes dont tous les tubes chauffé, exprimée contiennent 0.010 de contiennent 0.006 de contiennent 0cc.004 de en unités de 0.001. sérum frais de cobaye. sérum frais de cobaye. sérum frais de cobaye. si 31 10 45 31 30 30 100 81 T1 50 100 81 65 100 100 92 64 200 100 39 15 300 6% 2% j
La figure 79, empruntée aux expériences de MANwaRinG, fournit un autre exemple très net de diminution progressive de l’hémolyse dans un milieu qui contient une petite quantité de complément et des quantités croissantes d'anticorps.
Il est donc bien établi actuellement, par des déterminations rigoureuses et concordantes, que la déviation du complément, découverte à propos de bactériolyse, peut aussi s’observer dans des expériences d’hémolyse.
On a donné de la déviation du complément un grand nombre d’interprétations. Voici l'explication qu’en donnent Nuisser et WecasBerG, en conformité avec la théorie d’'Exruica. Quand un milieu contient, outre les cellules e, un fort excès de anticorps spécifique a, le complément b se trouve sollicité par deux affinités : l’affinité complémentophile des amboceptors restés libres a et celle des amboceptors fixés ea. Si la première est plus forte que la seconde, le complément restera en solution. Il sera dévié.
ARRHENIUS nie la validité de ce raisonnement. Si l'on suppose, dit-il, que les combinaisons ab et ea existent dans le milieu et que la combinaison eab est susceptible d’existence, sa production ne dépend que d’une condition : il faut et il suffit que e ait plus d’affinité pour ab que pour 4. Si cette condition n’est pas réalisée, il n’y aura pas d'hémolyse, même si a n’est pas en excès. Si elle l’est, il y aura hémolyse, malgré l'excès.
476 HÉMOLYSE.
Il semble cependant que dans un système de ce genre, quand e et b sont limités, un large excès de a puisse entrer en compétition avec ea pour la possession de b el Jui enlever.une partie de b (Norr).
Quoi qu’il en soit, ARRHENIUS préfère l'hypothèse suivante : il admet que la paroi globulaire n’est pas perméable à ab, mais qu’elle l’est aux termes isolés a et b.
Quand il y a un large excès de a dans le milieu, tout b est combiné à a :il n'y a plus ou presque plus de b libre, le seul qui puisse entrer dans les globules pour s’y com-
biner à e et à a, de sorte que l’hémolyse serait empêchée ou tout au moins fortement
retardée.
Il faut cependant considérer que, quelque faible que soit la concentration de b libre, la rapide absorption de cette fraction par les cellules aurait pour effet de rompre immédiatement l’équilibre ab. De nouvelles quantités de b seraient mises en liberté, absorbées par les cellules et ce mouvement ne s’arrêterait qu'après fixation totale de b par les cellules. On peut se demander, en raison de la rapidité habituelle de l’absorption du complément, si, par le mécanisme imaginé par ARRHENIUS, une hémolyse peut être fortement retardée, et le phénomène de Neisser-WECusBERG expliqué. Cette interprétation suppose d’ailleurs l’imperméabilité de la paroi globulaire à ab, ce qui est une pure hypothèse.
Gay à émis l’opinion suivante. Il rappelle l'observation de GENGou, d’après laquelle le précipité que donne un sérum avec son antisérum fixe le complément. Il montre que si l’on injecte à des lapins le sang défibriné du bœuf, on obtient un sérum qui précipite le sérum du bœuf et qui hémolyse les globules lavés du bœuf. Quand à un mélange de globules bien lavés et d’un peu de sérum frais de lapin normal (complément) on ajoute de grandes quantités de ce sérum antibœuf, on constate l’hémolyse. Pour empêcher cette hémolyse, il suffit d'introduire en même temps que le sérum antibœuf de très faibles quantités de sérum de bœuf (ou d'employer des globules de bœuf non lavés). On comprend ce qui se passe : le sérum bœuf se combine au sérum aulibœuf. Il se produit dans le liquide extra-globulaire un précipité, qui fixe une partie du complément, et l’'hémolyse n’a pas lieu (ou elle est affaiblie).
Cette explication de Gay est-elle applicable à tous les cas de déviation du complément? Cela n’est pas certain. D'après les données mêmes de l’auteur, son explication ne vaut plus pour les expériences faites avec des globules soigneusement lavés. Or les expériences précitées d’ARRHENIUS et de ManwarinG ont été faites avec des globules lavés. Les émulsions employées par ces auteurs contenaient-elles, malgré le lavage, des quantités d’albumines humorales suffisantes pour donner naissance à la formation d’un complexe qui fixe tout ou partie du complément ? C’est un point qui n’a pas été envisagé.
On pouvait d’ailleurs aller plus loin que Gay dans le même ordre d'idées et se demander si les hématies elles-mêmes ne peuvent pas abandonner au liquide 'ambiant des substances précipitables. Les hématies émulsionnées dans le chlorure sodique ne sont pas dans un milieu tout à fait normal. Au bout d’un certain temps, elles doivent s’y altérer. Peut-être cet état de souffrance se traduit-il par l'abandon au milieu ambiant de traces de leur substance cellulaire. Peut-être même cette dissolution très partielle est-elle favorisée par la présence dans le milieu ambiant de grandes quantités d’anticorps. (Cette dernière supposition ne vaudrait que pour le cas où il n’y a pas de précicipation extra-globulaire.) Dans ces conditions, les hématies se trouvent dans leur émulsion un peu comme les bactéries dans leur culture. L’antigène n’est plus exclusivement confiné dans les corps cellulaires : une partie est dissoute dans le liquide ambiant. Quand on ajoute l’anticorps, le complexe antigène-anticorps se fait dans les cellules et hors d’elles, et le complément se partage.
Il y a d’ailleurs encore d’autres explications possibles. Il suffit que l’antisérum contienne, à côté de l’anticorps, des substances empêchantes en concentration déterminée, pour qu’on puisse constater de l’hémolyse aux faibles concentrations et le manque d’hémolyse aux fortes. On peut faire des constatations de ce genre en matière de coagulation du sang. De petites quantités de certains plasmas ou sérums sont agents coagulants, de fortes quantités sont agents anticoagulants (Nozr).
Auxilysines et antilysines humorales. — Dans ses soigneuses déterminations hémolytiques faites avec du sérum de chèvre immunisée contre les globules de mouton,
HÉMOLYSE. 4717
ManwariNG a constaté que le sérum normal de chèvre chauffé à] 56° pouvait avoir sur l’hémolyse produite par le sérum spécifique une influence parfois considérable. Certains sérums rendent l’hémolyse beaucoup plus active, d’autres sérums la retardent, d’autres encore n’ont aucune influence. D’autre part, si l’on chauffe un seul et même sérum pendant plusieurs heures et qu’on l’examine dans son action sur l’hémolyse à différents moments de la chauffe, on pourra constater deux successions de pouvoirs antilytique et auxilytique. Il existe donc dans le sérum, conclut Manwarixé, outre l’anticorps et le complément, un (ou plusieurs) troisième composant dont on ne peut négliger l’action, surtout dans une étude quantitative du phénomène. Et c’est là une des raisons pour lesquelles on ne peut pas interpréter complètement, avec nos connaissances actuelles, les courbes hémolytiques.
Borper et Gay ont étudié un cas spécial où un troisième constituant joue un rôle prépondérant. Il s'agit de l’hémolyse des globules de cobaye dans un mélange de sérum chauffé de bœuf (normal) et de sérum frais de cheval (normal). D'après l’analyse des phénomènes, le sérum de cheval fournit l’anticorps et le complément, qui sont insuffisants pour produire seuls l’hémolyse. Le sérum chauffé de bœuf apporte une troisième substance, qui est un colloïde. Cette substance ne se fixe pas sur les globules normaux, elle est seulement absorbée par les globules qui se sont préalablement chargés de lanticorps et du complément de cheval. Son absorption a pour effet d’agglutiner énergiquement les hématies et de les hémolyser.
Vitesse de l’hémolyse par un sérum hémolytique normal. — V. Henri et ses collaborateurs ont fait l'étude des conditions de l’hémolyse des hématies lavées de poule par le sérum de chien normal.
Un premier point important, c’est que la quantité d’hémoglobine diffusée après un certain temps pas trop long (1/2 à 1 heure) est indépendante de la richesse globulaire du milieu. De plus, la quantité des globules qui peuvent être hémolysés (dans des émulsions à 10 p. 100 de globules) par une quantité déterminée de sérum est limitée, même si l’on prolonge l’expérience. Comme le fait remarquer Henri, la première constatation établit une analogie entre l’hémolyse par le sérum de chien et les processus enzymatiques, tandis que la seconde constitue une différence essentielle entre eux. Les résultats suivants indiquent le degré d’hémolyse maxima (exprimé en centièmes de l’hémolyse totale) des mélanges de volume constant et de teneur constante en hématies.
Quantité de sérum. . .. . 0°°.3 Occ.4 Déc 09% 45 AC Acc,5 Degré d'hémolyse , : . . 15 19 30 56 92 100
Si l’on recherche le rapport qui existe entre le degré d’hémolyse et la concentration du sérum, on ne constate pas de rapport constant. Dans les premiers temps seulement, le degré d’hémolyse est proportionnel au carré de la concentration du sérum.
CU D D PAS AC O0 2 POS TE OS ANT DE M ST NAS, LA 00 Er; Dco Degré d’hémolyse après 12 min. 8.5 19.5 30 — — 36 min. ÿ 6922710 28.2 66.6 95.6 — — 16 min. 4.1 SNS 19, HAT 18.5 98.3 100 — — 107 min. 3.3 DOME TE et TOR 2550 CDD 85 100 100 — — 200 min. 4.8 19 - 14.4 : 183 : 29 55 90 100 100
Si l’on étudie la marche du phénomène dans le temps, on constate que, pendant les 5 à 10 premières minutes, la vitesse est très faible, souvent inappréciable pour de petites quantités de sérum. Cette première partie correspond à la fixation de l’hémolysine par les globules. |
La courbe qui indique le degré de l’hémolyse en fonction du temps, présente donc une première partie très courte qui s'élève très peu au-dessus de l’axe du temps, puis un point d’inflexion et enfin une partie courbe à concavité tournée vers l'axe du temps. Si l’on prend le point d’inflexion comme origine de la courbe et si l’on calcule le degré d'hémolyse, en prenant comme unité, a, la quantité d’hémoglobine diffusée au moment où l’hémolyse cesse de progresser, on constate que la vitesse de l’hémolyse se produit suivant une loi logarithmique.
= il I RiT log a— x
ATS HÉMOLYSE.,
Si l’on introduit l’hémolysine en une fois dans des milieux, auxquels on ajoute successivement les globules, on constate que dans les premiers temps, l’hémolyse se fait plus rapidement que dans un tube témoin où les globules ont été mis en une fois; mais, au bout d’un certain temps (pour des concentrations suffisantes d’hémolysine, le rapport se renverse : l’hémolyse est plus forte dans le milieu où les globules ont été introduits par fractions, ce qui ne s'explique que par le passage de l’hémolysine des globules décolorés sur les globules intacts. Ce résultat établit une différence avec ce qui se passe pour les hémolysines spécifiques (expérience de Borpgr). Si l’on ajoute de l’hydrate ferrique colloïdal au milieu qui contient les hématies et le sérum, on aura une influence favorisante sur l’hémolyse, si l’addition d’hydrate précède de 10 minutes celle du sérum ou si elle la suit de 10 minutes; empêchante, si elle est faite en même temps. Ce dernier effet est dû à la précipitation de l’hémolysine par l’hydrate dans le liquide extra-globulaire.
Me CErNovoneAnu constate que l’hémolyse produite par un mélange de deux sérums peut être supérieure, inférieure ou égale à la somme des hémolyses produites par chacun des sérums séparés; que deux sérums a et b peuvent s’activer pour l’hémolyse des globules d'espèce G et se neutraliser pour l’hémolyse des hématies d'espèce D.
Mécanisme de l’hémolyse par les sérums. — Un grand nombre d'explications ont été données de ces phénomènes obscurs. On se put à caractériser ici, dans leurs traits essentiels, les principales tendances qui se sont fait jour suce et
Théorie de Bucaner. — La plus ancienne ancienne opinion est celle de Bucaner, pour qui les alexines (hémolysines du sérum normal) sont des ferments solubles dont la fonction est de détruire des édifices protoplasmiques structurés,
Ces ferments solubles auraient une origine leucocytaire. A l’heure actuelle, MRTOHNIkorr défend une opinion sembable. Nozr a objecté que, pour faire admettre l'existence d’un processus enzymatique, il faudrait pouvoir caractériser celui-ci, et par son agent, et par ses produits, et par ses modalités.
Son agent (l’hémolysine ou ses deux constituants) a les caractères généraux des colloïdes, ce qui n’est pas suffisant pour en faire une enzyme.
Les produits principaux de l’hémolyse sont un stroma et de l’hémoglobine. Ces mêmes produits, on les obtient par l’action des milliers d'agents hémolytiques dont nous disposons. La séparation de l’hémoglobine et du ‘stroma est une pure action physique, un phénomène de diffusion, comme il ressort de tout ce qui a été dit dans cet article. On pourrait supposer que, si elle n’a pas à opérer la séparation de l’hémoglobine et du stroma, l’hémolysine la prépare peut-être en exerçant une action enzymatique sur le stroma. Pour admettre celle-ci, il faudrait, encore une fois, en trouver les produits. L’hémolyse n’est pas un processus protéolytique ; Nozr, GRUBER ont cherché vainement dans les milieux hémolysés la présence d’albumoses ou de peptones. Elle ne semble pas être davantage un processus lipolitique, bien que NEuBERG ait récemment attiré l’attention sur cette possibilité.
Dans ses modalités, l’hémolyse par les sérums s’écarte essentiellement des 1 tations, en ce que l’hémolysine CE (d’après la plupart des auteurs) consommée ESS l’'hémolyse.
Il est impossible, à l'heure actuelle, de fournir un seul argument one en faveur de l'opinion de Bucaner, mais il est tout aussi impossible de la rejeter définitivement. Nos connaissances sont loin d’être assez complètes.
Théorie de Borpgr : Borpër attribue à l’alexine (complément) l’action hémolytique. Mais l’alexine est, par essence, une substance à affinités peu accusées. Quand elle est seule, l’alexine a peu de tendance à s'attaquer à telle cellule plutôt qu’à telle autre.
C'est ici qu'intervient la sensibilisatrice (anticorps). A l’inverse de l’alexine, la sensibilisatrice est spécifique, Elle est douée d’une affinité très vive pour la cellule à laquelle elle correspond. En se fixant sur elle, elle la rend accessible à l’action de l’alexine. Soit un mélange des hématies À et B, et d’une alexine insuffisante par elle-même pour les détruire les unes ou les autres, Ajoutons de la sensibilisatrice A correspondant aux hématies A ; immédiatement, les hématies A se détruisent, à l'exclusion des hématies B. S1, au lieu d'ajouter la sensibilisatrice A, on ajoute la sensibilisatrice B, ce seront les hématies B qui se détruiront.
HÉMOLYSE. 479
Dans le premier cas, les globules À, après leur imprégnation par la sensibilisatrice À, sont devenus susceptibles d’être attaqués par l’alexine, ils ont été sensibilisés à son action. Dans le second cas, le même phénomène s’est passé pour les globules B.
Cette facon de concevoir le rôle de la sensibilisatrice et de l’alexine découle des recherches de Borper sur l’immunité contre les microbes, d’où sont issus les travaux sur les hémolysines humorales spécifiques. La sensibilisation par le sérum spécifique fut primitivement (1899) concue plutôt comme un affaiblissement de la cellule (microbe ou globule) dans sa résistance à l’alexine.
Ultérieurement (1901), Borper précisa sa façon de comprendre cette débilitation de la cellule vis-à-vis de l’alexine : « La sensibilisation modifie la cellule de manière à lui permettre d’absorber directement l’alexine. L'action de la sensibilisatrice sur les éléments cellulaires serait donc comparable à celle de certains agents fixateurs ou mordançants, lesquels confèrent à certaines substances la propriété d’absorber des couleurs qu’elles refusaient auparavant. »
Nozr exprimait (1900) la même opinion, sous une forme un peu différente : « L’anticorps doit être considéré comme une substance qui augmente, dans des limites plus ou moins étendues, le coefficient d'absorption des globules pour les alexines. »
Dans cette manière de concevoir le phénomène, c’est donc par une action directe de l’alexine sur le globule qu'est opérée la destruction de celui-ci. La sensibilisatrice joue le rôle de simple adjuvant.
En cela, la théorie de Borper se sépare complètement de celle d’Enrzicn et Mor- GENROTH.
Théorie d'EarzicH ef MorGEeNrotTH : L’hémolyse est un phénomène chimique; il résulte de la combinaison chimique entre le protoplasma de l’hématie, l’amboceptor (sensibilisatrice) et le complément (alexine). L’amboceptor est le terme intermédiaire nécessaire entre le protoplasma et le complément. Il est doué d’une affinité bipolaire (d’où son nom). L'un de ses pôles s’agrafe au protoplasma; l’autre fixe le complément. La fixation au protoplasma est purement chimique, elle se fait par l'intermédiaire d’un
chaînon. D’après ExrzicH et MorGenroT, la surface du protoplasma vivant, conçu comme entité chimique, comprend un noyau central hérissé d'une foule de chaînes latérales, pourvues chacune d’affinités spécifiques. Celles-ci se salurent au contact des éléments dissous dans le milieu ambiant. Chaque chaînon peut ainsi fixer chimiquement les substances pour lesquelles il a de l’affinité.
Quand un amboceptor se fixe sur une cellule, c'est que cette cellule contient un chaîinon capable d’entrer en combinaison avec lui. Cet amboceptor se soude alors, par un de ses pôles (pôle cytophile), à ce chaînon. S'il existe dans le liquide ambiant des molécules de complément libres, l’autre pôle (pôle complémentophile) de l’amboceptor se coiffe du complément, et la double union, d’où procède l’hémolyse, se trouve réalisée.
D’après ce qui précède, jamais l’union entre protoplasma, d’une part, complément, d'autre part, n’est directe. L'amboceptor est l’intermédiaire obligé entre les deux.
La fixation sur la cellule d’amboceptors pourvus de leur complément est un cas particulier d’un processus qui assure, dans les conditions habituelles, la nutrition cellulaire.
Pourquoi cette fixation, quand elle porte sur une hémolysine, entraîne-t-elle la destruction de la cellule ? Parce que, dit la théorie d’Exrzicn et MorGenrora, l’hémolysine est un poison cellulaire. Cette explication n’en est évidemment pas une.
Si l’on envisage le fond du problème, on doit reconnaître que les travaux des dernières années ont apporté à la théorie d'Enrzicn et Morcenrorx de nombreux et sérieux appuis. Pour Eurzica et MorGenrote, l’action de l’hémolysine sur l’hématie est essentiellement la combinaison chimique de trois substances : le protoplasma cellulaire, lamboceptor, le complément. Dans la théorie de Borpgr, telle qu’elle fut primitivement énoncée, l’hémolyse est une altération grave de la cellule causée par l’alexine, et facilitée par la sensibilisatrice.
Actuellement, on reconnaît pour ainsi dire unanimement que l’hémolyse est D la fixation successive de l’amboceptor et du complément par la cellule.
Cette explication de l’hémolyse par les sérums d’immunisation a été étendue par
180 HÉMOLYSE.
les travaux d'Enruica et de ses élèves à l’hémolyse par les sérums normaux. L’alexine seule (complément) paraît dénuée de toute action sur la cellule.
Cette fixation est un phénomène chimique irréversible (MORGENROTH, ARRHENIUS) qui consomme les substances participant à la réaction, et qui donne naissance à un produit additionnel dont les propriétés sont différentes de celies des générateurs, comme le prouve le fait que l’organisme vivant réagit différemment à lui et aux générateurs.
Cette conception reçoit un appui très sérieux de la très intéressante observation de GENGOU, suivant laquelle la caséine, mélangée à l’anticaséine et au complément, fixe l’une et l’autre. On ne peut évidemment, sous peine de faire perdre aux mots leur signification, parler d'une sensibilisation de la caséine au complément. L'expérience de Gexcou s'exprime en langage clair, en disant que la caséine s’unit à l’anticaséine et au complément. Et on peut affirmer que la fixation par la cellule de l’anticorps et du complément est de même nature.
De ce que le complément paraît dénué de toute affinité pour la cellule quand il est seul, qu'il se fixe sur elle quand elle a été préalablement pourvue d'anticorps, il est assez légitime de conclure que la fixation du complément sur la cellule se fait par l'intermédiaire de l’anticorps.
Mais il serait imprudent de vouloir définir actuellement plus explicitement cette réaction. Il ne faut pas oublier que les trois termes de cette réaction sont des colloïdes, dont deux sont dissous, dont un est contenu dans une phase solide. Or il ressort de plus en plus des travaux de ces dernières années que la chimie des colloïdes est toute différente de la chimie des corps dissous. L’intensité des phénomènes est fonction de surface bien plus que de masse. Les équilibres s’y établissent suivant des lois encore inconnues et les affinités mêmes sont probablement influencées par l’état colloï-
dal. Vouloir figurer ces phénomènes en des symboles empruntés à la chimie du benzol,.
admettre de plus que toutes ces réactions consomment intégralement les produits de la réaction, sans résidu, et donnent naissance à des produits définis toujours les mêmes, comme le fait Exrzicu, c’est appliquer aux colloïdes les règles de la chimie moléculaire la plus simple, la plus schématique. ARRHENIUS a réagi très heureusement contre cette tendance et il a introduit dans la chimie humorale, dans l’immuno-chimie, comme il l’appelle, la notion très féconde de l'équilibre chimique. Mais il semble que, dans son œuvre réformatrice, il ait lui-même manqué d'audace. Les équilibres qu'il suppose sont encore des équilibres ‘moléculaires. Les réactions qu'il étudie seraient les plus simples de la chimie des molécules : elles seraient monomoléculaires. Mirage des chiffres, qui assimile à la catalyse d’un éther par un acide la mort d’une cellule, l’hémolyse ! Il appartient à l'avenir, aux lois encore inconnues de la chimie des colloïdes, d'apporter les notions et les formules définitives. En attendant, l’étude de ces phénomènes gagnera à se dégager des théories prématurées et à s'inspirer le plus possible des notions déjà acquises de la chimie des colloïdes.
Actuellement on peut admettre, avec Borper contre EurLicx, que, dans le sérum, anticorps et complément se comportent comme s’ils étaient libres de toute union entre eux. L’affinité dominante du complément, celle qui détermine et caractérise sa fonction dans * l'organisme vivant, s'exerce à l’égard de l’hématie qui a préalablement fixé l’anticorps.
La destruction des hématies par les sérums hémolytiques prend donc une place à part parmi tous les exemples d’hémolyse qui ont été étudiés dans cet article. À son origine se trouve une fixation par les cellules rouges de deux albumines humorales, phénomène qui paraît avoir une haute signification biologique. On le retrouve dans les phénomènes d’immunité, dans la défense de l'organisme contre les microbes; on le trouve aussi, avec tous ses détails, dans la coagulation du plasma (P. Nozr).
Cette fixation est suivie de la diffusion du contenu cellulaire. Cela suppose qu’elle perméabilise l’enveloppe cellulaire à l’hémoglobine. Cette conséquence n'est pas nécessaire, Comme il a été dit différentes fois au cours de cet article, une altération de la paroi peut agir aussi bien dans le sens d’une augmentation que d'une diminution de la perméabilité. En ce qui concerne plus spécialement l’hémolyse par les sérums, Muir, Gay, Bonper et Gay ont cité des cas où la fixation d'anticorps et de complément par des hématies, n’était pas suivie d’hémolyse.
Théorie de v. BAUMGARTEN. v. BAUMGARTEN a émis une théorie osmologique de l’hémo-
HÉMOLYSE. 481
lyse, qui a reçu de son auteur successivement deux énoncés. Jusqu'en 1902, v. BaumcAr- TEN à attribué le pouvoir hémolytique d’un sérum à son manque d’équilibre osmotique avec l’hématie. Cette conception ne pouvait trouver aucun adhérent. En effet tous les sérums des vertébrés supérieurs ont sensiblement le même point de congélation; et le chauffage à 56°, qui supprime tout pouvoir hémolytique, n’a aucune action sur la pression osmotique du sérum. En 1902, v. BAUMGARTEN a abandonné cette manière de voir. Dorénavant, il considère que l’imprégnation de l’hématie par l'hémolyse à pour conséquence d’altérer la paroi globulaire et de la rendre perméable à l’hémoglobine.
Énoncée de cette facon, la théorie de v. BAUMGARTEN se juxtapose partiellement à l’opinion émise en 1900 par Nozr qui définissait ainsi l’hémolyse: la diffusion de l’hémoglobine à travers une paroi globulaire altérée par l’hémolvysine. Nozr tentait de pénétrer plus profondément le mécanisme du phénomène. Il ajoutait que cette perméabilisation à l’hémoglobine était probablement le résultat d’une augmentation de Pimbibition de la paroi globulaire par l’eau, conséquence de la fixation de l’hémolysine humorale. La perméabilisation peut évidemment reconnaître d’autres mécanismes {une lipolyse par exemple), mais l'influence si nette qu’exercent sur elle les sels neutres, influence que Norr a reconnue le premier, plaide fortement en faveur de sa manière de voir.
Quel que soit d’ailleurs le mécanisme intime de cette perméabilisation, il y a lieu de se demander s’il faut considérer comme une théorie autonome l'affirmation de cette perméabilité. L’enveloppe globulaire n’est pas dissoute par le sérum hémolytique: elle n’est pas non plus détruite mécaniquement par lui, fissurée ou éclatée. En disant qu’elle est devenue perméable à l’hémoglobine, on ne fait donc qu'énoncer un fait. La chose essentielle dans l’hémolyse par Le sérum, c’est reconnaitre la nature des rapports entre l’hématie et les deux termes de l’hémolysine. Une théorie de l’hémolyse par les sérums doit avant tout donner une idée nette de ces rapports, dont la perméabilité à l’hémoglobine est la conséquence. C’est ce que ne fait pas v. BAUMGARTEN. Dans ces conditions, il ne semble pas qu'il faille faire une place à part à une théorie osmologique de l’action hémolytique des sérums.
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HEMOLYSINES. — Ferments ayant la propriété de dissoudre les globules du sang (Voy. Hémolyse).
HÉMOPHILIE. — Maladie du sang caractérisée principalement par des hémorragies incoercibles, spontanées ou traumatiques (Voy. Sang).
HEMORRAGIE, — SOMMAIRE. — $ I. Introduction. — $ II. Les pertes sanguines compatibles avec la vie chez les différentes espèces d'animaux. — $ III. Effets d'une hémorragie unique et non mortelle. — À. Effets immédiats. — B. Effets consécutifs : 1. Modifications qualitatives du sang total; 2. Modifications du plasma; 3. Modifications des éléments figurés : a. Globules rouges (Nombre, Diamètre, Résistance, Constitution intime, Hémoglobine, Gaz du sang, Capacité respiratoire du sang : 6. Leucocytes : c. Les Hématoblastes; 4. Coagulabilité du sang; 5. Influence de l'hémorragie sur la circulation du sang : a, Pression artérielle; &. Rythme du cœur; c. Pouls; d. Vitesse du sang. — 6. Influence de l’hémorragie sur la circulation de la lymphe. — T. Influence de l’hémorragie sur la digestion gastrique. — 8. Influence de l'hémorragie sur l'absorption. — 9. Influence de l'hémorragie sur la nutrition : «. Échanges respiratoires; 8. Échanges d’Az. P. S. et Cl.; y. Température. du corps; à. Poids du corps. — 10. Action de l’'hémorragie sur les sécrétions. — 11. Action de l’'hémorragie sur le système nerveux. — $ IV. Restauration de l'organisme après une hémorragie non mortelle. 1. Réparation du sang. — A. Réparation des substances albuminoïdes du plasma. — B. Réparation des éléments figurés : globules rouges, globules blancs et hématoblastes. — 2. Réparation de la paroi vasculaire; a. Cicatrisation des plaies artérielles; 4. Cicatrisation des veines. — $ V. Effets des hémorragies répétées et non mortelles. — $ VI. Mort par hémorragie. — 1. Mort par hémorragie rapide. — A. Troubles du système nerveux. — B. Troubles de la respiration. — C. Troubles de la circulation. — 2. Mort par hémorragie lente. — $ NII. Traitement des hémorragies. — 1. Transfusion de sang pur. — 2. Transfusion de sang défibrine. — 3. Transfusion des mélanges de sang défibriné el des solutions salines isotoniques. — 4. Transfusion des solutions salines. — 5. La Transfusion en cas d’'hémorragie mortelle.