S IIL — ÉVOLUTION DE LA GREFFE
La greffe, pratiquée dans de bonnes conditions, se fixe généralement sur le portegreffe. C’est là ce qu’on peut appeler un succès ou plutôt un succès primitif.
La greffe, une fois fixée, peut s’éliminer par suppuration.
Elle peut se résorber plus ou moins complètement (greffes d'os, etc.).
D’autres fois, elle continue à vivre; mais elle a perdu ses propriétés, sa structure et ses fonctions. Un noyau fibreux la représente qui peut s’atrophier à la longue (greffe des nerfs).
Dans un dernier groupe de faits, la greffe garde ses caractères spécifiques. Son existence est liée désormais à celle de l’organisme sur lequel elle est fixée.
On s’explique donc aisément que la greffe et le porte-greffe puissent exercer l’un sur l’autre une influence qu'il s’agit de préciser.
a) Il est hors de doute que la greffe est susceptible de modifier profondément l’état physiologique du porte-gretle.
Voici un animal qui présente des accidents de myxædème. Nous pratiquons une greffe thyroïdienne, Les accidents rétrocédent. La greffe est donc capable de remplir les fonctions du corps thyroïde absent. « Elle sauve l’organisme de la faillite. » Nous extirpons cette greffe : la cachexie strumiprive s’installe de nouveau.
b) L'influence que peut avoir le porte-greffe sur le transplant est des plus mal connues chez les animaux. Le porte-greffe communique-t-il à la greffe des qualités nouvelles ? Modifie-t-il la nature de ses sécrétions? Ce sont là des questions qu’on peut poser, mais qu’on n’est pas encore en état de résoudre.
Je me borne à rappeler que la greffe des glandes sexuelles, pratiquée dans des conditions que CELESIA a tenté de déterminer, nous permettra sans doute de savoir un jour si les caractères acquis se transmettent par la greffe, et s’ils sont modifiés dans une certaine mesure par le porte-greffe.
Il importe enfin de se demander quels rapports peuvent exister entre la greffe et la régénération. DEecAGE pense que les animaux doués d’une grande puissance régénératrice sont incapables de se prêter à la greffe : il conclut donc qu’il existe un antagonisme véritable entre la greffe et la régénération.
Pour Giarp tout au contraire, « les deux processus ne s’observent pas à l'exclusion l'un de l’autre : ils sont des manifestations d’une seule et même propriété : la tendance de la matière vivante à constituer des complexus organiques aussi pie équilibrés que possible ».
En résumé, est une greffe toute soudure qui s’effectue entre un organisme vivant et une partie CRE vivante.
Cette partie est prélevée sur le porte-greffe (autogreffe) ou sur un animal de même espèce (homogreffe) ou d’espèce différente (hétérogreffe).
Elle est représentée par une cellule, par un tissu, par un organe et parfois même par un organisme tout entier.
Que la greffe soit déposée au point qu’elle occupait, que sa situation nouvelle soit différente de sa situation première, il importe peu : la greffe échappe le plus souvent à la loi de polarité.
Avant qu'elle ne soit fixée, la greffe semble vivre à l’état de vie ralentie. C'est secondairement qu’elle est abordée par les vaisseaux et par les nerfs.
La greffe ne s'établit jamais qu'entre tissus dont la structure et la fonction ne sont pas incompatibles.
Sa destinée est subordonnée aux conditions dans lesquelles elle est placée. Pour
avoir chance de vivre, la greffe doit donc trouver sur le porte-greffe un milieu qui lui permette de garder sa structure et d’exercer sa fonction.
Ce milieu modifie vraisemblablement la greffe, mais à son tour la greffe exerce sur l'organisme porte-greffe une influence que nous avons eu l’occasion de mettre en lumière.
La pratique de la greffe procède de l’empirisme. « Née de la thérapeutique, la greffe
retournera sans doute à la thérapeutique, mais elle aura permis d’élucider quelquesuns des problèmes les plus troublants de l’énergétique cellulaire et de la physiologie. »
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