‹ Dictionnaire de physiologie (volume 2)Chapitre 155 sur 212 · HIPPOCRATE · texte numérisé non relu

HIPPOCRATE

à la Soc, Linnéenne de Lyon, 1901, 40-41). — Hausmanx (W.). Ueber den Einfluss der Temperatur auf die Inkubations Zeit, und Antitoxinbildung nach Versuchen an Winterschläfern (A. g. P., 1906, axrx, 317-326). — Koenincx (A.). Versuche u. Beobachtungen an Fledermäusen (A. P., 1899, 389-415). — No (J.). Résistance hivernale du hérisson à la morphine (B. B., 1903, 684-686). — Priser (J.). Ueber den Einfluss des Winterschlafes auf die Schilddrüse (Z. B., 1906, xxx, 482-488). — Picrer (A.). Observations sur le sommeil chez les insectes (Arch. de Psychol., 190%, nt, 327-356). — VALENTIN (G.). Beiträge zur Kenntniss d. Wiäinterschlafes d. Murmelthiere. 17° Abth. Einige Vergiftungswirkungen (Molesch. Unters. z. Naturl. d. Mensch. u. d. Thiere, 1870, x. 616-633). J. ATHANASIU.

HIPPOCRATE. — Ce nom désigne moins un individu qu’une famille, ou plutôt une école. Dans ce qui subsiste des doctrines de la médecine de Cos dont Hre- POGRATE II, né en 460 avant J.-C., est le principal représentant, il est impossible de discerner ce qui fut l’œuvre personnelle du « Père de la médecine » et ce qui doit être attribué soit à ses devanciers, soit, surtout, à ses successeurs.

Nous envisagerons la « collection hippocratique » sans nous arrêter à cette question de critique historique! : elle est secondaire à notre point de vue; car il nous importe moins de savoir quel fut l’auteur de tel ou tel traité appartenant à cette collection que de rechercher quelles notions de physiologie s'y trouvent contenues. La collection hippocratique forme un vaste ensemble dans lequel sont, tantôt résumées avec concision, tantôt développées avec prolixité, des théories médicales et des préceptes de thérapeutique qui n’ont, le plus souvent, que des rapports assez éloignés avec la physiologie telle que nous la comprenons aujourd’hui. Cet ensemble est fort inégal : il contient des discordances et même des données contradictoires, à côté de pensées grandioses, de maximes et d’aphorismes témoignant du génie de celui — ou de ceux — qui les ont inspirés. Aucun des traités de la collection hippocratique n’est spécialement affecté à la physiologie; à vrai dire, ce que l’on désigne du nom de physiologie à cette époque n’est qu'un assemblage mal coordonné de notions imprécises et de développements inspirés par la philosophie de la nature.

Basée sur la religion et sur l’enseignement des philosophes en. même temps que sur l’empirisme traditionnel, la médecine grecque a ses racines dans l’observation clinique. Ce qui fait l’incontestable grandeur de l’œuvre d’Hippocrate, c’est la valeur de sa philosophie morale et celle de ses observations, pénétrantes, profondes, empreintes d’une sagacité si parfaite qu'elle a fait l'admiration des médecins pendant vingt-quatre siècles et qu’elle s'impose encore aujourd’hui à notre respect. Mais la science médicale des Grecs n’a pas trouvé son appui dans la physiologie : elle ne l’a pas même cherché dans l'anatomie. De même que les maîtres de la sculpture grecque ont modelé ou ciselé leurs admirables statues sans avoir jamais scruté l’anatomie du corps humain, de même les maîtres de la médecine, et Hippocrare tout le premier, ont formulé des principes et établi des lois physiologiques sans rien connaître des fonctions des organes. En lisant les différents traités hippocratiques on passe, souvent sans transition, d’une conception juste, grandiose, transcendante, à quelque affirmation puérile trahissant la plus complète ignorance. Au moment de rendre compte des impressions puisées dans cette lecture, il faut se souvenir qu’il est beaucoup plus facile de relever dans l’œuvre d’un grand esprit les fautes et les erreurs que de donner de sa valeur un exposé clair et complet.

L'anatomie, dans Hipeocrare, est tout à fait rudimentaire : le Traité des fractures et le livre Des lieux dans l’homme contiennent quelques descriptions qui s'appliquent surtout aux os et aux articulations ; il n’y a aucune trace de myologie; rien n’indique que quelqu’un des contemporains d’HippocraTe ait connu la disposition ou les usages des muscles, même dans les membres ; on ne distingue pas les nerfs des tendons; quant aux viscères, ils ont été superficiellement observés chez les animaux, sans doute à l’occasion des sacrifices religieux, mais non chez l’homme. L'auteur du traité Du cœur est incontestablement un anatomiste qui à vu et dissèqué cet organe : il connaît les oreillettes, les ventricules, les valvules, le péricarde ; mais que penser de

4. Voir LapouLeëne, Rev. scient., 1881, xxvirr, 641-685, surtout LiTrRÉ, OŒEuvres Complètes d’Hippocrate, traduction en 10 vol., 1840.

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sa physiologie, quand il nous dit avoir démontré, par une expérience faite sur le porc, qu'une partie d'un liquide dégluti passe, malgré l’épiglotte, dans le poumon et de là dans le péricarde : le liquide péricardique est « une sérosité filtrée par le cœur qui boit, recoit et consume, lapant la boisson qui arrive au poumon! ». Le cœur est un « muscle vigoureux, de construction épaisse, destiné « à garder la force de la chaleur ». Au milieu de considérations téléologiques, on est surpris de trouver cette anticipation merveilleuse : Le vaisseau qui sort du ventricule droit s'ouvre du côté du poumon pour lui fournir le sang qui le nourrit ?.…

Parmi les traités que les critiques s'accordent généralement à attribuer à Hippo- GRATE et non à l’un de ses disciples, l’un des plus célèbres est celui qui porte pour titre : Des airs, des eaux et des lieux. L’auteur y recherche quelle est, sur le maintien de la santé, sur le caractère des citoyens et sur leurs mœurs, l'influence de l’exposition des pays ou des villes par rapport au soleil et aux vents; comparant l'Europe à l’Asie, il rattache à la nature du sol et aux qualités du climat les différences qu'il constate entre leurs habitants. Ce traité, qui aurait partiellement inspiré à Montesquieu son livre sur l'Esprit des lois, prêtait évidemment, par son sujet même, à des développements physiologiques; mais l’auteur ne s’y abandonne pas ; sans les éviter il les côtoie, s’arrêtant, aussi bien dans ses observations que dans les commentaires dont il les accompagne, au seuil de la physiologie. C’est ainsi qu’à propos des eaux, H1PPOCRATE nous dit :

« Il y a du liquide en toutes choses et dans le corps humain: même le soleil attire la partie la plus ténue et la plus légère de l'humeur. En voici la meilleure preuve : qu'un homme habillé marche ou reste assis au soleil, les parties du corps que les rayons frappent ne sueront pas, car le soleil enlèvera la sueur à mesure qu’elle paraîtra; mais les parties qui seront protégées par les vêtements ou de toute autre manière, se mouilleront : la sueur produite et amenée au dehors par la chaleur du soleil sera protégée par l’habillement, elle ne se dissipera pas; si ce même homme se met à l’ombre, tout le corps deviendra moite également. »

Plus loin, quand il parle des Scythes, HiPPOCRATE rapporte qu'on trouve parmi eux beaucoup d'hommes impuissants, et que les indigènes attribuent la cause de cette impuissance à Ja Divinité. « Pour moi, dit-il, je pense que cette maladie vient de la Divinité comme toutes les maladies, qu'aucune n’est plus divine ou plus humaine que l’autre, mais que toutes sont semblables et toutes sont divines. Chaque maladie a, comme celle-là, une cause naturelle, et sans cause naturelle aucune ne se produit. Voici, selon moi, comment vient cette impuissance : elle est le fait de l'équitation perpétuelle des Scythes.. Ils se traitent ainsi qu’il suit : au début du malils ouvrent la veine placée derrière l’une et l’autre oreille... mais ce traitement même me semble altérer la liqueur séminale; car il y a derrière les oreilles des veines qui, coupées, privent ceux qui ont subi cette opération de la facullé d’engendrer#. »

On trouve dans ces deux passages caractéristiques l’indication des tendances habituelles au médecin de Cos : il ne connaît point la physiologie, et à ce point de vue il n’est pas même un précurseur ; médecin, il ne veut songer qu'au malade; il place toute sa confiance dans l’observation, et, même lorsqu'il envisage une fonction normale, comme la sécrétion de la sueur, il ne s’enquiert pas tant de son mécanisme que de ses effets sur la santé générale; philosophe, il travaille avec prudence, mais avec fermeté, à émanciper la médecine de la tutelle religieuse et des superstitions: c’est ici que l’insuffisance de son anatomie le trahit : il ne lui en coûte pas d’établir une relation, basée sur quelles légendes! entre les veines de l'oreille et les organes génitaux, pas plus qu'ailleurs il n’hésitera à signaler une communication entre le larynx et le sommet de la vessie” ou encore de décrire une veine allant de l’œil gauche au foie et au testicule du côté droitf.

1. Du cœur, Œuvres compl. d’Hippocrate. Trad. LiTrrRé, 1x, 1861, 81.

2. Ibidem, 91. î “ 3. Œuvres compl. d'Hippocrate. Trad. Lirrré, 1840, 1, 33. Traité des airs, des eaux et dés ieux.

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