EusaprA PALAniNo à l’âge de 38 ans
Expérience hypnoscopique à droite :
Anesthésie, paralysie, contracture dans toute la main.
Expérience hypnoscopique à gauche :
Mêmes effets, mais plus forts, atteignant aussi l’avant-bras.
Dynamomètre à droite —46, dynamomètre à gauche — 96.
Elle s'endort très facilement, malgré sa volonté contraire. Phénomènes médianiques prépondérants à gauche. Vision dans l'obscurité, ou les yeux fermés, etc.
Les effets furent un peu différents, quand elle eut atteint l’âge de 52 ans (1907).
Expérience hypnoscopique à à droite :
Chaleur, picotement, un peu d’engourdissement, un peu d'hyperesthésie dans le
doigt seulement.
La main gauche, dont Ja sensibilité cutanée est un peu supérieure, n’a pas été examinée à l’'hypnoscope. Mais, même si elle avait donné beaucoup plus, ce serait toujours en moyenne une grande diminution de la sensibilité hypnotique.
Dynamomètre à droite — 39 ; à gauche — #43.
Elle ne peut pas être hypnotisée contre sa volonté, el avec consentement le sommeil est léger ;'1l se dissipe tout seul. Les phénomènes médianiques sont beaucoup plus faibles, sans prépondérance marquée au côté gauche.
6. Jeune fille du service de AuGusTe Voisin à la Salpêtrière.
Expérience hypnoscopique à droite — 0; expérience hypnoscopique à gauche —0.
« Et cependant, je l’ai déjà hypnotisée, me dit-il, en me la montrant : elle présente même une catalepsie très prononcée. » Il lui prend les deux mains et lui ordonne de fixer son regard. Bientôt après la malade ferme les yeux et reste immobile dans son lit. I la pique légèrement, sans réaction. Son bras droit, soulevé, reste en Pair.
Très étonné de cette exception évidente à la règle, et voyant que Vorsix est pressé de me montrer d’autres malades, je le prie de me permettre d'étudier ce cas le lendemain. En quittant la salle, je remarque un sourire sur les lèvres de quelques autres malades. Instinctivement je me retourne, et, à travers la porte vitrée qui vient de se refermer sur nos pas, Je cherche du regard notre jeune cataleptique; son bras droit n'était plus en catalepsie. Mais, voyant que je la regarde encore, elle s’empresse vite de le remettre ‘en cet état, en le soulevant bien haut.
C'était une simple simulation.
Recherches hypnoscopiques de GESsSMANN. — Cet auteur a trouvé le moyen de
contredire mes assertions, en se basant sur une série de 522 cas, série d’ailleurs intéressante en elle-même. Le moyen est bien simple : il considère comme essentiel ce que je considère comme secondaire, et il omet complètement ce qu'il fallait prendre surtout en considération. Nous avons vu que les effets de l’hypnoscope sont doubles, subjectifs et objectifs, et que c’est sur ces derniers qu'il faut avant tout porter son attention, en considérant les sensations subjectives seulement comme des indications supplémentaires, de second ordre. Anesthésie ou hyperesthésie ; paralysie et contracture : tels sont les signes principaux à rechercher. GEssmANN n'en tient pas compte; il sait seulement que le sujet soumis à l’expérience doit éprouver toutes sortes de sensa- . tions, et, s'il ne sent rien (comme mon premier sujet M. B.), il doit être rejeté comme non hypnotisable.
Connaissant l'exactitude qui règne dans l’étude moderne de l'hypnotisme, je ne m'étonnerai de rien; je ne demanderai même pas pourquoi GESSMANN suppose que mes essais ont été fait exclusivement sur des hystériques, et je me contenterai d'examiner les résultats obtenus par lui :
Voici le tableau de cet auteur :
NON HYPNOSE : . IIYPNOTINABLEN. par GENRE à Z n HYPNOTISABLES. L'HYPNOSCOPE.
< > = PE nn Le | SE SENSATION. ri à
Hommes.
Femmes Hommes Femmes Hommes.
Femmes
CE mr LEE RER RESEESRNES
Froid calme, uniforme .
Souffle froid . :
Sensat. d’électrisation .
Tremblement jusqu'au bras. CRE M
Pression générale sur le doigt.
Chaleur.
De sorte que, sur 522 personnes essayées, 344 ont faccusé une action de l'hypnoscope, et 178 rien. Parmi les 344 sensitifs, il y avait 122 hommes et 223 femmes. Sur ces 122 hommes, 58 seulement se sont montrés hypnotisables, et 63 non; sur 225 femmes : 140 hypnotisables et 113 non. « Les essais, dit GESsMANN, ont donné, quant au genre des sensations, un résultat semblable à celui qu’a obtenu Ocnorowicz. Seulement la proportion se montra beaucoup plus élevée deux tiers au lieu de un tiers. » Mais ce qui est plus frappant encore, c'est la conclusion de GEssmAnN, qui dit qu’en somme la valeur pratique des hypnoscopes pour rechercher des sujets est très relative et problématique, tandis qu'ils se sont montrés très utiles pour l’étude de l’influence du magnétisme minéral sur le corps humain’. Pour moi c’est l'inverse de la vérité. Les hypnoscopes ne peuvent servir à une étude sérieuse de ce genre qu’exceptionnellement, car pour Cela il faudrait éliminer complètement la suggestion, en agissant à l'insu du sujet. Cette étude peut être faite plutôt à l’aide des électros, influencés à distance et à l'insu des sujets. Les hypnoscopes ont au contraire une grande valeur pratique, à. condition d’être appliqués conformément aux règles établies par mes expériences, ét non d’après le procédé, purement subjectif, de GEssMAxN ©.
1. G. GESSMANN, Magnelismus und Hypnotismus, Wien, Leipzig, 1881.
2. Pourquoi les hypnoscopes, au pluriel? Parce que, faute de vérificateurs sérieux, j'ai eu des imitateurs, DuRviLLE à inventé son sensitivomètre, qui, au lieu d’un anneau, forme un bracelet — ce qui le rend moins commode dans l'application — et GEssmANN a perfeclionné mon hypnoscope, en prenant, au lieu d'un aimant fort, quatre aimants faibles et en supprimant le contact et la pression du métal. Chose étrange! Vculant éliminer la pression, il a obtenu tout -
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Sur 344 personnes sensibles à l’aimant, il à eu seulement 168 hypnotisables et 178 mon hypnotisables. D’où provient cette grande différence ?
1. Elle provient d’abord de ce fait, que dans la plupart des cas GEssmann se contenta d’un seul essai d’hypnotisation; or chacun sait, et GEssmann le dit luimême, que tous les sujets ne s’endorment pas dès la première séance. Aussi, dans toutes les statistiques, la mienne y compris, ne qualifie-t-on le sujet de réfractaire, qu'après plusieurs essais.
2, Il a éliminé beaucoup de sujets, et des plus sensibles, en négligeant d'examiner la sensibilité de la peau et celle des muscles, après l'expérience hypnoscopique. Le défaut de cette précaution suffit à lui seul pour faire comprendre une grande partie des différences, car, comme nous avons vu, il y a des sujets de premier ordre, qui subissent des effets objectifs, mais qui n'ont.pas de sensations particulières.
3. En revanche, il a augmenté le nombre des sensitifs non hypno- Ti PE ns ai tisables, en ne tenant pas compte ie | ù LD AE #4. des sensations imaginaires (de la || >, N 2 ou 3 expérience) qui ont été f exclues de ma statistique. Lorsque à une 2 ou 3° reprise le sujet ne sentait plus rien, il était déclaré non sensitif, et une tentative d’hypnotisation confirmait que réellement il n’était pas hypnotisable. EAU
Rien d'étonnant qu'avec autant de différences dans les conditions GESSMANN ait abouti à des résullats différents. Je verrais une objection autrement sérieuse contre l'hypnoscope, s’il avait obtenu les mêmes résultats. ‘ F
En somme, GESSMANN, suggestionné par les statistiques de l’École | de Nancy, croit que le nombre des hypnotisables dépasse de beaucoup la proportion de un tiers, indiquée par moi et confirmée par l’hypnoscope. Il dit que cette proportion, admise auparavant, ne peut plus suffire aujourd’hui. A-t-il prouvé qu’elle est en réalité plus grande? Ille dit, mais il prouve en réalité le contraire. Sur 522 personnes examinées, 121 hommes et 223 femmes, il a trouvé 58 hommes et 110 femmes hypnotisables; total 168. Par rapport aux 522, c’est un peu moins d’un tiers.
Je m'empresse d'ajouter que le chiffre de 30 p. 100, ou de un tiers environ, n’a pas. de valeur absolue. C’est une limite moyenne, relative, autour de laquelle les résultats vont osciller, conformément aux influences secondaires, conformément à la conception de l'hypnose, propre à chaque observateur, enfin à sa capacité d'observateur. Car, si BerNueIm prétend que l'éducation d’un hypnotisateur n’est pas achévée tant qu'il n'arrive pas à hypnotiser 4/5 de ses malades, j'ai des raisons sérieuses pour croire que, s’il arrive à hypnotiser les 4/5, son éducation d’observateur est encore loin d’être terminée.
Distinctions à faire dans l'étude de l’action physiologique de l'aimant. — (ESSMANN
F1G. 109. — Hypnoscope de GESSMANN,
de même la sensation de pression !.… Cette élimination était-elle utile ? Amon point de vue, non. Mais, utile ou non, elle a changé les conditions ; car avec mon hypnoscope la pression du métal facilite l'effet obtenu, et fait partie de l'expérience. Et puis GEssmanx n’a pas réfléchi que, l’action du magnétisme diminuant .avec le carré des distances, il n’y a pour supprimer les différénces d’éloignement, inévitables en raison de la grosseur et de l’enfoncement de doigt, qu’un seul moven : le contact immédiat,
an
dentifie à tort les indications empiriques de l’hypnoscope avec les prenves de l’action physiologique de l’aimant. Cela me détermine à ajouter ici quelques observations, qui me paraissent nécessaires.
. L'action de l’aimant sur le corps hamaïn n’est pas encore admise par la science classique, et cela s'explique aisément, par sa subtilité souvent impalpable, et par sa complexité. On facilitera les recherches en distinguant bien ce qui suit :
1° C’est une action physiologique lente sur les fonctions vitales, qui ne se manifeste ni par une sensation quelconque, ni par aucun changement immédiat, vérifiable, mais qui s'accumule et aboutit à une modification réelle. Elle se produit chez tout le monde, ou peu s’en faut. C’est ainsi qu’un petit aimant, placé dans la poche gauche du : gilet, peut supprimer insensiblement uné douleur névralgique du cœur, plus ou moins vite, suivant l'intensité du mal. Cette action peut apparaître a) en dehors de la suggestion, b) compliquée par l’attention expectante ou la suggestion. Elle n’a aucun rapport avec la sensibilité hypnotique, ni avec la sensibilité (dans le plus large sens du mot).
2° C'est une action sur les nerfs, immédiate, mais purement subjective, qui se manifeste par diverses sensations, faibles en réalité, mais quelquefois grossies singulièrement, ou même transformées par l'imagination. Dans ce dernier cas elle dénote une sensibilité hypnotique imaginaire, c’est-à-dire fausse, émotionnelle; dans le premier cas, une sensibilité, réelle peut-être, mais trop faible pour donner lieu à des phénomènes hypnotiques proprement dits.
3° C’est une action immédiate et objective, qui ne crée aucun vrai changement. Ainsi, dans un certain nombre de cas, l’aimant produit par exemple le transfert d'un symptôme déjà existant, mais rien de nouveau. Si les troubles indiqués plus haut : 1° sensations diverses; 2° mouvements involontaires; 3° anesthésie; 4° paralysie; 5° contracture, n'existent à aucun degré, le sujet n’est pas hypnotisable, quoique l’aimant provoque chez lui un transfert.
4° C'est une action immédiate, en partie physique, en partie psychique, mettant en jeu, par l'application de l'hypnoscope, une aptitude subjective (spéciale), à des changements faciles, nets et profonds de toute sorte, (par l'intermédiaire des nerfs vasomoteurs (?)), et que nous nommons la sensibilité hypnotique vraie. Elle signifie une mobilité particulière des réflexes, de la circulation du sang, et un flux nerveux, qui tantôt s’accumule dans un organe, tantôt disparaissant dans un autre (inhibition et dynamogénie). C’est donc une spéciale plasticité à des influences minimes, que laimant découvre de cette façon. Ce qu'on nomme « suggestibilité », n’est qu’une catégorie spéciale de cette plasticité en général.
Par conséquent, si l’on s’imagine que l’action empirique de l'hypnoscope et l’action physiologique de l’aimant sont synonymes, on se trompe. II faut séparer ces Imfluences.
Non seulement l'expérience hypnoscopique dans sa forme type ne suffit pas pour déterminer, ni même pour prouver, l’action physiologique de l’aimant, mais même des. expériences spécialement arrangées à cet effet sont souvent sujettes à caution. Tel est par exemple le cas d’une étude sur ce sujet, faite par des physiologistes distingués, TAMBURINI et SEPrILI, qui ont eu le grand mérite d’avoir abordé hardiment et scientifiquement les problèmes du magnétisme.
En comparant les courbes qu’ils ont obtenues, sur un sujet endormi, en s’entourant de différentes précautions expérimentales, on a l'impression d'un fait absolument prouvé. Il est certain qu’en expérimentant sur des sujets hypnotisables et en état d'hypnose, on obtient des troubles immédiats et beaucoup plus palpables qu'avec des sujets non hypuotisables et à l’état normal. Mais en même temps on s'expose à bien des dangers ‘imprévus. |
Remarquons d’abord que, si l’on s’imagine, comme c'était l'illusion de (Cnarcor, qu'un sujet en léthargie n'entend et ne voit rien, on se trompe énormément. Il entend et voit tout, et il se souvient de tout. Seulement il faut savoir que les découvertes hypnotiques ont donné au pronom personnel « il » une signification fort complexe. La personne normale n’entend rien et ne se souvient de rien, mais en dehors d'elle il y a plusieurs personnes, confondues avec elle à l’état normal, séparées d’elle dans différents états hypnotiques, et qui DAnTenE encore entendre et se souvenir, et cela à iii Le degrés et avec toutes les formes qu’on pourra imaginer.
Ensuite une action physiologique est toujours individuelle. On ne peut la généra- Jiser qu'en fermant les yeux sur les différences personnelles. De sorte que si, chez le sujet de TawBurin et Serpir, l’aimant fortifie et accentue les fonctions du cœur, il en peut être autrement pour un autre sujet et pour le même sujet dans un état différent, dans lequel une autre personnalité, héréditaire, ou artificiellement créée, domine la situation. TamBurINt et Seprici ont eux-mêmes prouvé que le tracé respiratoire est tout à
fait différent pendant la léthargie et pendant la catalepsie. Cette différence est-elle constante? Non, car elle dépend k
encore des impressions et émotions momentanées de ces différentes personnes physiologiques, séparées ou combinées.
Et ce n’est pas tout. Elle dépend encore des idées, des souvenirs, des suppositions, des désirs de l’expérimentateur lui-même. Elle en dépend bien réellement. et objectivement, comme nous allons le x16. 110. — A, Courbe respiratoire pendant l'hypnose avant voir tout à l'heure. Enfin, pour l'application de l'aimant. — B, La même, après l'applicarevenir à l’agent externe physique, Por c'est-à-dire au magnétisme minéral, si l’on veut déterminer son action physiologique, i faut d’abord faire l’expérience avec un aimant en hois; la répéter, pour éliminer l'influence possible de l'émotion; la refaire ensuite avec un aimant non aimanté, la répéter encore, et, alors seulement, préciser comparativement l’action de lPaimant vrai. Si elle donne quelque chose de plus ou quelque chose de différent, ce sera le commencement d’une vérification; car il faudra encore se servir, toujours à l’insu du sujet, d’un électro-aimant, tantôt inactif, et tantôt animé par le courant.
En supposant que cette série d’essais donne des résultats réguliers et favorables à
| l’action du magnétisme, aura-t-on le droit de les attribuer purement et simplement au magnétisme?
Pas encore. Car, suivant mes expériences, 1° la relation des effets obtenus avec la force de l’aimant est très incertaine ; 2° les différents pôles de l’aimant n’agissent pas d’une facon contraire, quoi qu’en disent REICHENBACH, GESSMANN et DURvILLE.
On est donc réduit, pour le moment,à supposer un X, quicomplique l’action simple, que nous connais-
Fr&. 111. — A, Courbe respiratoire pendant l'hypnose avant k application de l’aimant, — B, La même après l'appli- SOns en physique. cation. — C, La même après l'enlèvement. En voici une preuve :
Parmi les effets produits par l’aimant, il y en à un qui m'a beaucoup frappé, d'autant plus qu’il fut tout à fait imprévu et indépendant de la suggestion. Il s’agit de l’attraction que laimant parait exercer sur le corps. J'ai montré cette expérience en 1881 à la Société médicale de Lemberg. Le sujet, M. R., un de mes élèves à l’Université, jeune homme robuste, très fort et bien portant, se trouvait en état aïdéique, absolument inerte. IL avait les yeux fermés, les pupilles cunvulsées en haut : sa tête était recouverte complètement d’uu voile opaque. Si, dans ces conditions, tout en causant d’autres choses, et sans faire le moindre bruit, j’approchais de sa main immobile un aimant fort, à une distance de 45 centimètres environ, la main et le bras tout entier subissaient une influence attractive, et suivaient l’aimant, jusqu'au moment où le bras, devenu peu à peu contracturé et insensible, ne pouvait plus continuer son mouvement. Il manifestait un tremblement,
causé apparemment par la même tendance attractive empêchée dans son action, comme une aiguille en fer, arrêtée dans les mêmes conditions, par un obstacle mécanique. Les deux pôles agissaient de même. Pour recommencer cette expérience, il fallait supprimer j état tétanique par un léger massage. Et alors, dans n'importe quelle direction, l'attrac-
tion se manifestait de nouveau. Cette expérience pouvait-elle être considérée comme une preuve de l’action magnétique ?
Non, et pour une raison bien simple.
Un bloc de métal, une pierre, un verre, un livre, tenus dans ma main, agissaient de même, ou presque.
Croit-on que c'était alors ma main, tenant ces objets, qui attirait ce sujet? Oui et non. Il est vrai que, sans aimant, elle agissait de même :
mais l’aimant tenu par une autre personne, ou posé tout simplement à côté, sur une chaise, agissait encore de même. Et alors ? À cette époque il m’a été impossible d’élucider la question, non seulement à cause de la grande complexité du phé- FiG. 112. — A B, Courbe respiratoire pendant l'hypnose nomène, mais encore à cause de avant l’éloignement de l'aimant.— B C, La même après certaines préventions scientifiques, l'application. — C D, La même après l'éloignement. dont je ne savais pas me délivrer. Je ne croyais pas à la possibilité d'une suggestion mentale, surtout d'une suggestion mentale involontaire, en partie inconsciente, et cependant systématisée, systématisée peu à peu (sans trop de conséquence, grâce à mon impartialité relative), par une combinaison des pensées de deux inconscients : le mien et celui du sujet. Enfin, je ne connaissais pas encore, dans ce temps, la force et l’importance des associations idéo-organiques. Bref, je considère aujourd'hui ce phénomène romme un composé de l’action de plusieurs facteurs associés :
1° Une sensibilité réelle du sujet à l’action de l’aimant à distance:
29 Une association consécutive de l'effet produit par cette action avec les apparences d’une autre action différente, mais semblable ;
3° La possibilité d’une vue anormale à travers certains corps opaques, vue que Je connais aujourd’hui, et que Jjignorais alors;
49° Une action mentale, involontaire de ma part, également étran-
gère à mes idées d'autrefois. F1G. 113. — AB, Courbe respiratoire pendant l'hypnose Aujourd’hui jé saurais peut-être avant l'éloignement de l’aimant. — B C, La même après l'application. — C D, La même après l'éloignement.
mieux disséquer ces influences diverses. Malheureusement, les sujets de cette catégorie étant fort rares, une occasion, tout à fait analogue, ne se présenta plus.
Complications de la sensibilité hypnotique. — Jusqu'à ce moment nous avons considéré, pour plus de clarté, la sensibilité hypnotique, comme une et indivisible. Il s’en faut, et de beaucoup, qu’il en soit ainsi. Dès maintenant, nous pouvons y distinguer quatre aptitudes différentes :
1° La suggestibilité, c’est-à-dire une faculté passive, qui permet de réaliser Les différentes suggestions ou auto-suggestions, positives et négatives. C’est l'imagination,
opposée à la réalité, modifiant la réalité. A l’aide de cette faculté on ne découvre rien, mais on obtient à peu près tout ce qu'on veut. C’est l'arme la plus active, immédiatement active, entre les mains de l'hypnotiseur ; moyen créateur ou du moins modificateur par excellence; preuve d'une prépondérance fréquente de l’esprit sur le corps, du cerveau sur toutes les fonctions, une immixtion de la psychologie dans la physiologie. Mais, comme je viens de le que cette faculté ne découvre rien, et la science hypnotique serait déjà à son apogée, s’il n’y avait que la suggestion.
20 La sensibilité anormale vis-à-vis des influences minimes, généralement considérées comme nulles, mais qui, chez les sensitifs, suffisent pour produire différents effets palpables. Telle est leur sensibilité vis-à-vis de l’aimant, des métaux, des médicaments à distance, des ondes hertziennes, des changements cosmiques et atmosphériques imperceptibles pour la plupart des hommes; enfin vis-à-vis l’action mentale sans signes extérieurs. Cette impressionnabilité non ordinaire permet la découverte de nouveiles vérités ; elle peut servir comme instrument de recherches, instrument excessivement délicat, et malheureusement difficile à manier. Elle ne crée rien; mais prouve l’existence d’influences cachées, obscures, mais réelles.
3° Faculté de dédoublement entre l’action de divers centres nerveux, qui normalement agissent en commun, et principalement entre le cerveau et les centres automatiques. Faculté des mouvements inconscients, plus ou moins compliqués et plus ou moins intelligents; cumberlandisme, écriture automatique, etc. Cette faculté dissèque des actions psychologiques, normalement confondues, ou tout à fait inabordables. Elle peut donc conduire à des observations nouvelles et à une notion moins incomplète des mystères de l’organisation nerveuse.
4° Faculté de dissociation entre les organes et le principe dynamique qui les anime, qui peut aller jusqu’à des manifestations extra-orgatiques, c’est-à-dire en dehors du corps. Faculté des sujets hypnotisables d’un degré supérieur, appelés médiums proprement dits. Cette faculté, encore insuffisamment connue, nous prépare une révolution complète en physiologie, en psychologie et probablement aussi en physique. Je mentionne cette catégorie spéciale des facultés hypnotiques, étant absolument certain de son existence ; mais je m’abstiendrai d’en donner une analyse, encore prématurée dans un dictionnaire de physiologie.
Telles sont les divisions principales de la sensibilité hypnotique. Ce n’est d’ailleurs qu'une esquisse grossière. Dans l'avenir, toutes ces catégories comporteront de nombreuses subdivisions.
La tautologie expérimentale. — On nomme en logique tautologie, un vice de raisonnement ou de locution, par lequel:on redit toujours la même chose, tout en ayant l'air de dire quelque chose de nouveau. Tautologie expérimentale, signifiera donc le même vice dans une recherche expérimentale. Une expérience, qui tout en ayant l’apparence d’une preuve, n’est en réalité qu’une redite d’une opinion préconcue. Avant la découverte de l’hypnotisme, une pareille conception n'avait pas le sens commun. L'expérience était toujours considérée comme une vérification suprême. Elle pouvait combattre une thèse, apparemment bien raisonnée; mais elle ne pouvait pas être fausse en elle-même. Parmi les autres vérités inattendues, l’hypnotisme uous à révélé encore l’existence d’une expérimentation qui ne prouve rien, d’une tautologie expérimentale. Les faits de cette nature abondent, et il nous est impossible d'avancer dans cette étude sans en avoir pris connaissance. :
4. Un jour, DumonTPaLLier me montre une de ses malades, M... Je l’essaie à l'hypnoscope : anesthésie, contracture. Par conséquent elle devait être facilement hypnotisable. J'essaye de l’hypnotiser, rien. Voyant mon étonnement, DUMoNTPALLIER dit : « Vous ne pourrez pas l’endormir : elle porte son métal ». À cette époque les plaques métalloscopiques de Buro étaient considérées uniquement comme des moyens esthésiogènes. Un des sujets s’imagina que, puisque son métal reconstitue la sensibilité, il doit s’opposer à une action, qui supprime la sensibilité ; et il se fit cette auto-suggestion, consciente ou inconsciente, qu'il ne pouvait pas être endormi avec son métal sur la peau. Dumoxr- PALLIER, après avoir observé ce fait, le « confirma » ensuite sur d’autres sujets, en les suggestionnant involontairement, et il fit sa communication, dans laquelle il « prouve » expé- M nent cette « découverte ». La vérité est que depuis une trentaine d'années
j'hypnotise sans la moindre difficulté des personnes portant continuellement leurs métaux. On a cru cependant à cet obstacle, car l’idée d’un pareil empêchement confirmait les opinions (en partie justes) de plusieurs magnétiseurs quant aux métaux en général. Donc il fallait les enlever du sujet, et n’en pas porter soi-même, pour pouvoir magnétiser. Une robe en soie empêchait également la production de l'hypnose. Un magnétiseur, dont je ne me rappelle plus le nom, prétendait même qu’il est impossible d’endormir une personne, qui, étant assise, tient les jambes croisées. ;
2. Il en fut de même d’une autre loi découverte par DumonTPALLIER : « La cause qui fait, défait ». Il endormait, contracturait, réveillait et décontracturait par le même moyen. Or, comme ce sont toujours la volonté de l’hypnotiseur et l’idée de l’hypnotisé qui jouent le rôle principal, il a suffi qu’elles concordassent à un moment donné, pour produire l'effet attendu. Je me rappelle une jeune fille, que j’essayai en vain d’endormir : voyant à peine quelques traces d’engourdissement au bout d’un temps assez long, je décide de la déshypnotiser, et je souffle sur ses yeux. À ce moment l’action accumulée produisit son effet : elle tomba endormie. Il se forma, par simple coïncidence, une association idéo-organique entre l’image du souffle et l’état hypnotique. À partir de ce moment il suffisait de lui souffler sur les yeux pour l’endormir, et comme, pour la réveiller, je me suis servi du même moyen, j'aurais eu le droit de dire : « La cause qui fait, défait ».
En réalité, dans la grande majorité des cas, le souffle réveille, mais n’endort pas. Et il en est de même pour tous les autres moyens d’hypnotisation : fixation d’un objet brillant, passes, sensations monotones, vive lumière, musique, etc. Si l’on agit par suggestion, on ne dit pas. : « Vous continuerez à dormir », lorsqu'on veut réveiller, mais on dit : « Réveillez-vous »!
Ce qui n’empêche pas que certains hypnotiseurs ont pris au sérieux cette « découverte » de DumontPALLiER. Elle a même été considérée comme un progrès important. « En démontrant, dit BÉriLLon, dès le début de ces expériences, que tous les agents qui ont déterminé une action, peuvent la défaire, et en insistant surtout sur ce fait, que l'agent mis en œuvre est toujours celui qui défait le plus rapidement son action, Dumonr- PALLIER fournissait aux expérimentateurs un procédé dont la valeur a été immédiatement reconnue par nous. En effet, cette proposition « l’agent qui fait, défait », est une loi qui, en hypnotisme, ne supporte pas d’exception. » (1).
Il en est ainsi de toutes les créations artificielles de la tautologie expérimentale. L'observation vraiment objective donne des résultats moins uniformes.
Il y a cependant une trace de vérité dans l’idée de DumonTPazcier. Comme c’est toujours principalement une association idéo-organique qui produit les différents phénomènes de l’hypnose répétée, c’est comme un instrument à deux tranchants : si A est associé à B, B est associé à A, et par conséquent tantôt À provoque B, tantôt B provoque A. Pour comprendre mieux la réversibilité dans l’action du même moyen, désignons par n l’élat normal, avant ou après l'hypnose, À l'hypnose elle-même, et m le moyen par lequel on endort. Nous aurons une association par contiguité dans le temps :
m, est donc associé d’un côté avec n, et de l’autre avec A; si on l’associe de nouveau avec m.
on fera revivre la tendance à reconstituer n.avec lequel m fut déjà associé, et il se peut (si d’autres influences et surtout d’autres associations le permettent), que l’adjonction de m à h reproduira n, c’est-à-dire le réveil. Il y a, dans les phénomènes hypnotiques en général, une tendance de ce genre. Rien d’absolu dans la suite des états bypnotiques : mais, si un sujet donné entre d’abord dans un état profond, aïdéique (léthargie), pour passer ensuite dans un état relativement moins profond de polyidéisme actif (somnambulisme), il faudra, pour le réveiller, qu'il entre d’abord de nouveau dans
(4) Encarn BérizLon. Hypnotisme expérimental, précédé d'une lettre-préface de Dumonr- PALLIER, Paris, 1884, p. 145. À
l’état aïdéique,-éar c'est lui qui est associé avec l’état de veille précédent, et non le somnambulisme. Cette observation n’est pas théorique; elle m’a été suggérée par un sujet, d'une façon tout à fait inattendue. J'essaie de le réveiller, et je vois que le réveil tarde à se produire. « Pourquoi ne vous réveillez-vous pas? » — « I] faut que je m'endorme d’abord plus profondément, pour me réveiller », répond le sujet. Et il avait raison. Généralement, ce passage inverse s’accomplit si vite qu’on ne le remarque pas: mais, si le sujet est. un peu fatigué (c'était le cas) le passage se ralentit, et on peut l’observer. Ce détail constitue une des raisons pour lesquelles il est toujours préférable de réveiller lentement, prescription que l’on trouvera chez tous les bons observateurs.
Donc il y a du vrai dans la thèse de DumonrTPrALLiER; mais ce n’est pas une loi, et dans la plupart des cas il est préférable de se servir d’une association par contraste, et non par contiguité; d'autant plus qu’elle peut être appuyée par certaines influences rationnelles, objectives.
3. DURVILLE, partisan de la polarité, voit au contraire une efficacité spéciale dans des influences contraires. « Le sujet assis, si on lui présente la main droite au front, la tête se porte légèrement en arrière, les paupières s’abaissent et il s'endort. La main gauche, présentée au même point, le réveille. » (Traité exp. de magn., 1895, p. 104). Je n'ai jamais remarqué une semblable différence dans l’action de la main gauche ou droite ; et il est à remarquer qu'un des magnétiseurs les plus autorisés, Duporer, se servit toute sa vie indifféremment des deux.
Je n’ai pas l'intention d'aborder ici en détail la question de la polarité. Elle est très compliquée; mais il est certain que l’assertion de Durvi£ce, que je viens de citer, ne repose que sur une illusion, systématisée dans l'esprit de l’auteur, et répercutée par ses sujets. Un sujet hypnotisé pour la première fois sera, s’il est hypnotisable, hypnotisé indifféremment par l’application au front de la main droite ou de la main gauche. D'ailleurs, il n’y à pas de concordance entre les différents systèmes de polarité qu'on a présentés. Entre DècLe et CHaAzARiN, qui eux aussi, ont « découvert » la polarité, et Durvizze, il y a même une radicale opposition. Les recherches indépendantes de Baréry ne sont nullement comparables avec celles de A. pe Rocnas : les sujets de ReIcHENBACH voient rouge, où les sujets de DURVILLE voient jaune.
Ces diverses séries d’études sont-elles tout à fait ilusoires? Probablement pas tout à fait, maïs le.positif y est caché sous une couche si épaisse d'illusions et de contradictions, que le moment ne me paraît pas proche, où ces questions pourront être analysées avec profit. D’après mes observations personnelles, il y a dans l’organisme humain une tendance à la polarité. Elle découle d'abord de la dualité symétrique du système cérébro-spinal, qui fait qu'on peut souvent distinguer (même en dehors de l’hystérie) les personnes malades d’un côté, ayant une maladie de la moilié droite, ou une « maladie gauche ». Plusieurs organes, situés par exemple à gauche, peuvent paraître affectés de maladies spéciales et locales, tandis qu’en réalité ce ne sont pas le poumon gauche, le cœur, la rate, etc., qui sont malades, mais le côté gauche du système nerveux. Dans les cas d’un équilibre pathologique relatif des deux moitiés du corps, il se peut encore que les symptômes se montrent tantôt à droite et tantôt à gauche. La « somme de la maladie » (qu’on me permette cette expression) insuffisante pour occuper en même temps tout le corps, se déplace par moments, et manifeste ce qu’on appelle un « transfert » : il est donc inexact de considérer ce phénomène comme appartenant uniquement à la catégorie des manifestations hystériques. Un état catärrhal, une douleur rhumatismale, une congestion, peuvent se transférer également (métastase des anciens auteurs). Rien de plus commun, quoique on n’y fasse guère attention, que les transferts spontanés dans le coryza; l’état de la muqueuse du conduit nasal s'améliore à droite, empire à gauche, et réciproquement. Voilà ce qu’on peut appeler une tendance vers la polarité. Ensuite il y a certaines oppositions primordiales entre les deux côtés du corps, entre la tête et les extrémités, entre les bords interne et externe de la même extrémité, etc. C’est ainsi par exemple qu’en essayant l'influence des métaux je trouve souvent une opposition sensorielle constante entre les deux bords de la main. Pour essayer la sensibilité individuelle aux métaux, j’applique un procédé plus court et plus simple que celui dont se servit BurQ. En prenant cette sensibilité dans le
sens favorable à l'organisme, j'ai trouvé que les métaux utiles pour la santé d’un individu lui paraissent plus chauds que les autres. J’examine donc d’abord la première: impression que produisent les plaques, posées sur le dos de la main, séparément, l’une après l’autre, et je les partage en deux catégories ; celles qui paraissent plus froides et celles qui semblent moins froides ou chaudes. Ensuite je compare ces dernières, deux à deux, en les plaçant, tantôt l’une plus haut et l’autre plus bas, tantôt l’une au bord extérieur et l’autre au bord intérieur de la main. Or, dans ce dernier cas, il arrive quela différence des sensations caloriques s’efface sous l'influence de la position, et même se renverse d’une facon constante. Par exemple, Pt, Au, Ag, paraissent froids, et Fe, Zn, So, chauds, tant qu'on les essaie (évidemment à l’insu du sujet) au milieu du dos de la main; mais, si on les applique deux à deux, l’une au bord droit, l’autre au bord gauche du dos de la main, les impressions changent, la différence spécifique disparaît, et ce: n'est plus la nature chimique du métal, c’est l’endroit où il a été placé qui décide de l’impression; toutes les plaques placées à droite paraissent chaudes, toutes les plaques: placées à gauche paraissent froides. Il y a donc une sorte de polarité dans la sensibilité cutanée de certains endroits. Mais ce n’est pas une polarité vraie, dans le sens des pôles de l’aimant. Et si Papus dit : « Le pôle N de l’aimant émane des lueurs blanches, très agréables et fortifiantes pour le sujet » (lequel?) « à l’état de somnam bulisme (Luys, Rocxas). Le pôle S émane des lueurs rouges et désagréables pour le sujet. Le pôle N attire le sujet, le pôle S le repousse » (La magie et l'hypnose, p. 28), je: considère cette assertion comme une simple tautologie expérimentale. Elle appartient à la même catégorie que les études concernant le « pentagramme » magique.
En somme, quaut à la polarité, je crois que, malgré ses ‘exagérations primitives, c'est encore le créateur du magnétisme animal moderne qui en a donné la formule la plus exacte : « Il se manifeste particulièrement dans le corps humain, des propriétés analogues à celle de l’aimant ; on y distingue des pôles également divers et opposés, qui peuvent être communiqués, changés, détruits et renforcés ». (9° Aphorisme ou Proposition de F. A. Meswer). Ce sont donc des propriétés analogues, mais non identiques, et les soi-disant pôles ne présentent pas une stabilité comparable à celle de l’aimant, car on peut les changer et modifier. Rien d’étonnant qu’on en ait créés tant, et de tout à fait différents. On peut les « fortifier » (par suggestion volontaire ou involontaire), mais on n'a pas la moindre preuve qui permette d'identifier leur action, comme le font certains auteurs modernes, avec celle de la polarité magnétique. Et si Durvizce, pour découvrir sa polarité, s’est servi d’une pile électrique (il ne dit pas de combien d’éléments) en approchant du corps du sujet un fil de cuivre, traversé par le courant de cette pile, 1l a
- oublié que les courants électriques qui existent dans le corps sont infiniment plus faibles que les courants d’une pile (même d’un seul élément) et que, par conséquent, s'il y & entre eux une action apparente, analogue aux réactions dynamiques de deux piles, ces. réactions ne peuvent pas dépendre des courants du corps, mais bien d’influences tout à fait étrangères à une action électro-dynamique quelconque.
En 1882, ignorant l'histoire du magnétisme, ignorant également les travaux de Br, CHARCOT imita quelques expériences publiques de DonaTo sur une ou deux hystériques, leur donna l’apparence d’une grande, d’une trop grande exactitude, et ramena
oute la symptomatologie de l’hypnotisme aux trois états : catalepsie, léthargie et somnambulisme. « Le sujet en catalepsie à les yeux grands ouverts », en réalité il peut les avoir demi-ouverts ou tout à fait clos. On obtient l'état léthargique « par un simple passage dans un lieu parfaitement obscur » ou « par la simple occlusion des paupières » (car, l’état léthargique étant le contraire de la catalepsie, si cette dernière se provoque: par une vive lumière: accident arrivé à Lucie pe Donaro, il faut bien qu’une obscurité parfaite provoque la léthargie). » Au moment où le sujet tombe en léthargie, on entend « un bruit Jlaryngé tout particulier » (particulier à Wrrrmanxn), en même temps un peu d’écume se montre sur les lèvres » (je n’ai jamais vu rien de semblable) « l’hyperexcitahilité neuro-musculaire est toujours présente » (chez Wirrmann, spécialement éduquée dans: cette direction. Chez d’autres elle fait défaut ou se montre également dans d’autres états, et même à l’état normal, à divers degrés. Telle qu’elle a été décrite par Cuarcor, elle ne se manifeste jamais spontanément. « La contracture ainsi provoquée se résout rapidement sous l'influence de l'excitation des muscles antagonistes » (ou par-
un autre moyen quelconque : un magnétiseur qui ne connaît pas les muscles antagonistes n’obtiendra rien, en les pressant par hasard, mais il pourra obtenir la résolution en pressant les mêmes muscles, si telle est son opinion personnelle). « On produit l’état somnambulique par une pression ou friction exercée sur le vertex « (C'était une pure coïncidence, que l’on s’empressa d’utiliser pour une association idéo-organique, ne sachant pas ce qu’on faisait). Dans le somnambulisme « les yeux sont clos ou demiclos » (ou tout à fait ouverts) : « l’hyperexcitabilité neuro-musculaire, telle qu’elle a élé définie, absolument caractéristique pour la léthargie, n'existe pas dans le somnambulisme ».) Rien d'étonnant, puisqu'elle n’existe jamais spontanément). Ilsuffit d’abaisser les paupières du somnambule pour le faire passer en léthargie. C'était un écho des anciennes expériences de LaskGuEe (1866), une banalité hypnotique sans importance, élevée par ce dernier à la dignité d’une nouvelle méthode pour produire l’anesthésie. Dernièrement encore on a discuté là-dessus. Beneoixr, de Vienne, vient de publier une lettre (Revue de l'Hypnotisme, novembre 1908), dans laquelle, tout en accordant la priorité de la découverte à LAsèGue, il s’attribue un perfectionnement : « Je veux ajouter, dit-il, que j'ai complété la méthode de LASèGuE par une petite pression sur les yeux, exercée avec les doigts!. De son côté Cnarcor disait : « Lorsque, chez un sujet amené à l’état somnambulique, on exerce à l’aide des doigts appliqués sur les paupières une légère compression des globes oculaires, l’état léthargique peut remplacer l’état somnambulique ». (Ou inversement, suivant les habitudes prises par le sujet). En réalité, ces trois découvertes se valent ; la pression sur les globes oculaires ne produit rien chez les sujets insensibles à l’hypnoscope, et, chez des sujets nettement sensibles, une pression sur les globes oculaires, sur le vertex, sur le front, les tempes, le menton, etc., produira ce qu'on voudra, pourvu qu’on sache créer, entre ce signe et l’état voulu, une association par l'habitude.
5°) La preuve hypnotique de la localisation de Broca, donnée par Cnarcor, appartient à la même catégorie. Carcor ignorait sans doute qu’il avait eu un prédécesseur, qui, à l’aide de semblables expériences, avait « prouvé » toute la phrénologie de Gaz. Il s’agit de Brato. Le créateur de l’hypnotisme, qui imita CH. LAFONTAINE, pour démontrer que LAFONTAINE s'était trompé, imita également un autre magnétiseur ambu- Jant et lui donna raison. Cet autre magnétiseur, aujourd’hui totalement oublié, s’appe- - lait SPENCER-HALL. De sa profession, compositeur d'imprimerie, il parcourait l'Angleterre vers 1842, en donnant des conférences publiques avec démonstrations. Il s’intitulait phréno-mesmériste. Également versé dans la doctrine de GazL et celle des magnétiseurs, il les combina spirituellement, et par la netteté de ces expériences réussit à faire de nombreux prosélytes, entre autres ELLioTson, Épuin Lee et James Brain. Ce dernier les confirma pleinement. En pressant le cuir chevelu, à l’endroit des divers organes phrénologiques, par l'intermédiaire d’un bouchon de liège pour exclure l'action du fluide magnétique, il obtint, chez des sujets convenablement sensibles, toutes sortes d'effets correspondant aux organes touchés.
Il a fallu être assez naïf pour croire, d’abord que par ce moyen on élimine l’action du « fluide », et ensuite que la pression du cuir chevelu communiquée à la peau, celle de la peau communiquée au crâne, celle du crâne communiquée aux circonvolutions de la substance grise, peuvent mettre en jeu les diverses facultés psychiques des organes hypothétiques de Gazz et SpurznelM. Mais qu'importe! l'effet était là, et indubitable. L'expérience confirma la doctrine. Seulement, en désaccord avec la « pression » de Brain, SPENCER-HALL perfectionna son système et produisit les mêmes phénomènes sans contact. Une de ses somnambules, exercée à ces expériences, arriva À Paris en
1. Dans uu livre de magnétisme, publié par G. P. Bizcor en 1839, on trouvera entre autres les lignes suivantes : « Vendredi 4 the 1832, à 4 heures du soir, M!'° Laure est endormie de suite par la seule pression de mes doigts sur ses yeux. Ticontinent, elle dit : etc. » (Recherches psychologiques, II, 207). Et si un médecin hypnotiseur quelconque désire perfectionner encore et d’une facon vraiment originale la méthode de LasèÈGuE, n'aura qu’à continuer la lecture du passage cité... « Le soir, à 10 heures précises, M. le médecin m'endormira. Il n’est pas nécessaire qu'il vienne ici, ni qu'il me touche; en quelque endroit qu'il se trouve, à l'heure indiquée, il pressera ses yeux, comme il fait sur tes miens et je m'endormirai. Une demi-heure no il m'éveillera en pressant tout de même ses yeux. J'ai dit que l'intention fait tout en ceci... »
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1845. Elle à été examinée par les magnétiseurs parisiens, qui, plus perspicaces que Brain et CHarcor, et surtout ayant une meilleure connaissance du magnétisme, ne se sont pas laissés prendre aux apparences. Voici comment le Journal du Magnétisme de l'époque décrit ces essais : « La magnétisée est assise, le magnétiseur lui dirige sur la tête, sans contact et à quelques centimètres de distance, un doigt à l'endroit qui correspond à l’organe phrénologique qu'on veut surexciter. Dans le cas qui nous occupe, c'est l'organe de la vénération qui a été désigné, quoique la patiente ne connaisse pas le français : les indications sont données par écrit au magnétiseur (précaution qui n’a jamais élé prise à la Salpêtrière) : la patiente presque instantanémentse jette à genoux. Sur une autre indication, le doigt fut dirigé sur l’organe de la mélodie, et un chant religieux anglais fut aussitôt‘entonné, puis interrompu par un rire immodéré, causé par la stimulation de l’organe de la gaieté. Sur la demande de M. MATHIEU, on fit recommencer le chant pour l’interrompre à volonté. L'expérience réussit. La combativité stimulée fait entrer la patiente dans une colère extrême contre le magunétiseur : elle se lève avec fureur, lui met une main à la gor ge, tandis que de l’autre elle tient une chaise pour l’en frapper. Mais le doigt dirigé sur la bienveillance fait cesser cette exaltation par degrés, jusqu’au calme parfait. Pre de soi vient ensuite; la magnétisée se lève, marche, prend des attitudes dédaigneuses, et critique avec amertume l'exécution d’un morceau de musique, qu’on entend à l'étage supérieur. M. CRuxEN demande à procéder lui-même ; sur l’affirmation qui lui est donnée, il agit sur la destructivité, la magnétisée le saisit aussitôt par l’habit, qu’elle tire avec force en sens divers, de manière à le déchirer. Puis, tout à coup, elle quitte l’habit, porte la maïn à la montre, qu’elle enlève avec une dextérité étonnante. Le docteur dirige alors son action sur la vénération; l'habile voleuse remet la montre où elle l’a prise, se. repent et commence à pleurer, mais, en stimulant la gaieté, le calme revint sur ses traits... » Séance du # septembre. — Relativement aux expériences phréno-mesmériques, qui ont rempli la séance, précédente, l’opinion générale de la Société est que la volonté seule est tout dans le développement de ces curieux phénomènes : qu’ils se produisent indépendamment de toute connaissance phrénologique ou idée de location cérébrale, La direction du doigt sur l'organe phrénologique est insignifiante: bien plus, on peut développer un sentiment, en dirigeant le doigt sur un organe diamétralement opposé. »
Il se peut que le sujet en question füt réellement sensible à l’action de la volonté, non exprimée verbalement. Ce qui est certain (car ce détail est mentionné dans le journal), c’est qu’il fut sensible à l'approche de la main. Or les sujets de cette catégorie ne sont pas bien rares, et une pareille sensibilité suffit, — en supposant la connaissance de la phrénologie — à faire naître une association entre l'excitation d’un point déterminé et un groupe de sentiments. Elle expliquerait alors les phénomènes indiqués, sans une action mentale.
6° À peu près à la même époque, il y eut dans les journaux magnétiques une vive discussion au sujet de l’analgésie provoquée, en somnambulisme. Les uns prétendirent qu’elle persiste après le réveil, d’autres qu’elle disparaît avec le réveil, et que, par conséquent, les expériences d’insensibilité hypnetique constituent une pure barbarie. Il semble qu’une pareille question soit facile à résoudre expérimentalement. Certes : mais le malheur est que les expérimentateurs des deux camps obtenaient constamment des résultats contraires. Les sujets des uns ne sentirent rien, malgré le réveil; les autres se plaignirent de vives douleurs. Pour ma part, je n’ai jamais observé ce dernier cas. Une de mes somnambules, opérée par CHrwarT dans un état aïdéique, ne savait même pas, dans l’état consécutif au somnambulisme, que l'opération fût déjà faite, et encore moins à l’état de veille. Je crois donc que l’analgésie persistante est, sinon la règle, du moins le cas le plus fréquent, et que, si certains hypnotiseurs l’ont vu toujours disparaître après le réveil, c’est uniquement parce que leurs croyances, leurs. craintes surtout, réagissaient sur leurs sujets. « Veuillez et croyez » disait PuyséeuR, et il avait raison. Quoi qu’on en dise, c’est la formule scientifique de l’hypnotisme. Elle m'a paru ridicule dans le temps : je la trouve exacte aujourd’hui.
1° Ayant mentionné PuYsÉGUR, je ne puis laisser passer sous silence une importante tautologie expérimentale, répandue par cet auteur, qui était pourtant un excellent observateur. Elle persiste encore, et les auteurs, directement ou indirectement sugges:
tionnés par lui, obtiennent des preuves expérimentales en faveur d’une idée fausse. On se rappelle, que, dans ma polémique avec l’éminent professeur Pierre JANET, concernant la nature pathologique de l’hypnose, je lui avais accordé un argument sérieux en faveur de sa thèse. Cet argument, le voici : C’est un « fait », au sujet duquel P.JAxer n’a pas le moindre doute : il le croit seulement insuffisamment connu, quoique de très grande importance : « quand lhystérie guérit sérieusement, et non pas seulement en apparence, le somnambulisme et la suggestibilité disparaissent ». (Automatisme, p. 446).
Voilà réellement une proposition de grande importance. Si elle est vraie, tous mes arguments en faveur de l'indépendance de la sensibilité hypnotique, comme d’une aptitude sui generis, anormale, mais non pathologique, tombent : l'hypnose reparaït de nouveau comme une simple modification de l’hystérie et doit être considérée, sinon comme une névrose toute faite, au moins comme une diathèse hystérique. Je ne vois même pas de raisons suffisantes pour conserver les restrictions de P. Janer lui-même, qui dit : « Faut-il s’arrêter là, et soutenir que le somnambulisme n’est rien d'autre qu’une manifestation de l’hystérie? c’est une opinion qui serait bien exagérée.. » Exagérée ou non;,'elle serait juste en principe, si seulement le fait était vrai.
Mais il n’est qu’une tautologie expérimentale. La disparition de la sensibilité hypnotique après guérison complète de l’hystérie (ou d'une autre maladie quelconque), n’a jamais été observée que par des hypnotiseurs qui se sont imaginé cela. Et c’est un fait extrèmement curieux que cette idéoplastie négative, suggérée involontairement; car elle prouve jusqu'où peut aller là puissance occulte de la tautologie expérimentale.
L’erreur remonte encore à Mesmer. C’est lui qui, le premier, en sa qualité de médecin, jugeait maladif ce qui n’était qu’anormal. Lorsqu'un malade ne réagissait pas à ses manœuvres, il le déclarait exempt d’une maladie nerveuse, et, en conséquence, pensait qu’un homme atteint d'une maladie nerveuse et guéri, ne devrait plus être influencable. Il paraît qu’il modifia ensuite son opinion; mais, considérant toujours le somnambulisme provoqué comme une crise, il croyait que cette crise n’avait plus de raison d’être lorsqu'il n’y avait plus de maladie.
Quoi qu'il en soit, il suggestionna dans ce sens ses élèves, et parmi eux PuyséGuUR, le principal propagateur de cette idée. IL n'avait pas besoin de les suggestionner à son tour dans le sens propre du mot, car, comme nousle savons déjà, le hasard voulut que son premier sujet fut sensible à l’action mentale, et puis il faut savoir que, si une action mentale directe et immédiate est fort rare, une action lente, indirecte, retardée, est très commune dans Fhypnotisme. Une fois que sa conviction fut cristallisée, elle réagissait sur ses malades sans qu’il s’en doutât, lui apportant de nouvelles « preuves expérimentales ».… de son idée préconçue. On la retrouve chez plusieurs auteurs qui ont subi l’influence du sorcier de Busancy. C’est ainsi par exemple que Desrine dit « les effets du somnambulisme sont nuls chez les personnes bien portantes » (Somn., p. 131). P. JANET a-t-1il lu Puysécur? Je ne sais; mais en tout cas il a lu DEsriwe, et, s’il croit tout de même avoir agi en observateur absolument 1mpartial, cela peut tenir à une de ces désagrégations entre le moi conscient et inconscient, qu’il a si bien mis en relief dans son livre sur l’automatisme. Et il ne faut pas oublier qu’un de ses sujets principaux (comme j'ai eu l’occasion de m’en assurer personnellement) était directement et immédiatement influençahle par l’action mentale. D'ailleurs, comme preuve que P: JANET ne fut pas toujours à l'abri d’une influence suggestive inconsciente, qu'il me permette de citer le détail suivant : après la publication des trois états classiques de CHarcor, P. JANET a cru faire mieux, en découvrant l'existence de neuf états différents dont il a publié la description détaillée dans la Revue scientifique. N’y voyant qu’une création artificielle, dans le genre de celle de CHarcor, je priai P. Janer, à l’occasion de mon séjour au Havre, de provoquer chez LéontE un de ces états, dans lequel, suivant lui, la catalepsie est impossible à obtenir. Ce qu'il fit avec complaisance. Prenant alors la main de LéoniE, je soulève son bras, et, sansrien dire, je m’imagine fortement que ce bras va rester en l’air. Quelques secondes ont suffi, pour que la catalepsie se déclarât : le bras resta en l’air, et conserva les positions que je lui imposai. Je n'avais qu'à imaginer le contraire, pour que le bras, légèrement soutenu par ma main, retombât de nouveau inerte. Et il n’est même pas nécessaire d’invoquer, dans tous ces cas, la
suggestion mentale, car le sujet peut êtré suggestionné mécaniquement par l’attitude de la main, que le magnétiseur croie ou non pas à la catalepsie, comme dans les expériences de cumberlandisme.
En résumé, je considère la disparition de la sensibilité hypnotique (en dehors des oscillations naturelles de cette aptitude) comme un phénomène suggéré, ne l'ayant jamais observé dans d’autres conditions. « Les malades nerveux, dit GESSMANN, qui, à l’aide de la méthode hypnotique, ont été délivrés de leur mal, conservent, sans aucun changement, leur aptitude à l'hypnose ». (Magn. und Hyp., p. 68).
Et il a raison. Tant qu'il n’y a pas de suggestion contraire, la sensibilité persiste. Je dois ajouter que, d’autre part, j'ai vu la sensibilité hypnotique s'affaiblir notablement à la suite d’une maladie, ou d’une aggravation dans la maladie existante.
8° La facilité avec laquelle on obtient des contractures, chez des sujets prédisposés, a été un des principaux moyens d’études pour les hypnotiseurs modernes et la principale source de toutes sortes d'erreurs. On pourrait composer un volume, rien qu'en citant les diverses découvertes illusoires auxquelles elle a donné lieu. On a imité les expériences de Doxaro et de Haxsew, en s’efforcant de leur donner plus d’exactitude. Mais, faute d’une connaissance spéciale du terrain — connaissance que possédaient Haxsen et Donaro — et par ignorance de l’histoire da magnétisme, les chercheurs ont été amenés à une tautologie expérimentale sans valeur. « L’aptitude à la contracture par excitation cutanée, disent Bixer et Féré, est en général répandue sur toute la surface du corps. Mais il est possible de la limiter à une région déterminée, en excitant de diverses facons les téguments du crâne » (p. 94). Illusion! Il n’y a aucun rapport entre les téguments du crâne et la contracture de divers membres. |
Mais ‘on peut former une association idéo-organique entre la pression des divers points de la tête (ou de la plante des pieds) avec la contracture d’un muscle déterminé, ou encore avec l'impossibilité de la contracture d’un musele déterminé. C’est aiusi peut-être que Vicouroux, ayant échoué dans un premier essai à produire la contracture du deltoïde (tandis qu’il produisit facilement la contracture d’autres muscles), s’imagina que ce muscle possède une résistance spécifique, et, en conséquence, iln'a plus pu obtenir la‘contracture du deltoïde, qui en général s’obtient plutôt plus facilement que les autres. Nous avons vu que les sujets de DumonrpaLLiER deveraient réfractaires avec leur métal sur la peau. Certains magnétiseurs ne peuvent pas endormir une personne en robe de soie, et DurviLLe ne peut pas contracturer un membre s'il lui présente la main en « position hétéronome ». « Si, pendant qu'une grande hypnotique — continuent BINET et FÉRÉ — est en léthargie ou en catalepsie, on fait la friction du vertex, le sujet entre en somnambulisme total, et loutes les parties de son corps acquièrent l'aptitude aux contractures cutanées » (Il ne l’acquiert pas, il l’avait déjà). « Si on fait la contracture latéralement, sur un seul côté de la tête, on provoque un hémi-somnambulisme, localisé au côté du corps correspondant : l’autre moitié ne change pas d'état; on à un hémi-somnambulisme, associé à l’hémi-léthargie ou à l’hémi-catalepsie ». (C'est vrai : seulement les mêmes phénomènes peuvent être obtenus par une friction du côté opposé, si l’on a la conviction qu’en agissant sur le cerveau on doit obtenir une action croisée et si l’association idéo-organique s'est formée en sens contraire. Tel est le cas de DumonrPaLLiER qui exerçait la pression sur les centres moteurs). « Si enfin, au lieu de faire une friction élendue du vertex, on pratique une forte pression avec le doigt, ou un corps mousse (!), sur certains points du cuir chevelu, qui semblent'en rapport avec les centres moteurs — c’estle phréno-mesmérisme de SPENCER- HazL modernisé) — on détermine le somnambulisme partiel du membre; donc le centre moteur paraît avoir été impressionné. On peut ainsi somnambuliser isolément une moitié de la face, un bras, une jambe, ou les deux bras, les deux jambes, la totalité de la face. Il est même possible de déterminer le somnambulisme isolé de la partie supé-
rieure de la face (!) en excitant un point du crâne situé au-dessus d’une ligne horizon-
tale, passant par l’arcade sourcilière, et en arrière d’une ligne verticale, passant en arrière de l’apophyse mastoïde, etc. » Est-ce assez scientifique, comme précision? Les auteurs en sont enchantés. « Par leur précision, disent-ils, ces expériences sont à l'abri de la fraude ». (De la fraude, oui, de l'illusion, non). Les auteurs n’ont qu'un doute : ils ne savent pas « si ces expériences sont une confirmation des localisations cérébrales,
ou si elles s'expliquent par l'existence de zones réflexogènes; cette dernière interprétation, disent-ils, nous paraît toutefois plus vraisemblable » (malheureusement elles sont fausses toutes les deux). « On rencontre, en effet, chez les sujets hystériques hypnotisés, beaucoup de zones dont l’excitation agit à distance par voie réflexe; d’abord les zones hystérogènes, dont la compression provoque l'attaque d’hystérie et l’arrête, quand elle est lancée ». C’est encore une tautologie de Cnarcor; un point hyperesthésié quelconque, lorsqu'il est fortement excité, provoque une doulenr; cette douleur peut déterminer une attaque, l'hypnose, ou seulement un cri, et quelques mouvements de défense, suivant les dispositions du sujet. Quelquefois une nouvelle pression pourra occasionner, ou un second cri seulement, avec mouvement réflexe de défense, ou le réveil, ou même l'arrêt de l'attaque. Mais ce dernier cas est excessivement rare, même quand on est très fortement convaincu de l'efficacité de ce moyen. Il échoue toujours, lorsque cette condition fait défaut, et la pression ovarienne reste également inefficace pour la production de l’attaque, si l’ovaire n’est pas hyperesthésié, ou bien si, tout en étant hyperesthésié, on le presse immédiatement après l’épuisement de l'attaque. Les zones hypnogènes du professeur PiTREs, n’ont pas d’autres significations. Elles peuvent être plus efficaces, seulement à condition d’une association déjà établie, entre la pression d’un point (quelconque) et la production de l’hypnose. « Puis les zones hypnôgènes, distinctes des premières, comme siège et comme effet, dont l'excitation produit et, suivant les cas, modifie, et même supprime, le sommeil hypnotique : viennent ensuite les zones dynamogènes, signalées pour la première fois par l’un de nous, dont l’excitation produit une exagération momentanée de la force musculaire, mesurable au dynamomètre ; il existe aussi des zones érogènes, dont nous parlerons plus loin ; enfin Heipex- HAIN, Borw, et en France, DuuonrPaLcier et Mani, ont décrit des zones réflexogènes, dont l’excitation produit chez les hypnotiques des effets moteurs, plus ou moins distants du point de la peau qu’on a excité. Chez quelques sujets de HEIDENHAIN, en tirant la peau de la nuque, dans Ja région des vertèbres cervicales, on produit par action réflexe un gémissement, dû à une expiration sonore : c’est la répétition sur l’homme de Ja célèbre expérience de Gozrz Sur les grenouilles... » Malheureusement cette expérience de Her- DENHAIN est impraticable. Jamais un hypnotiseur, n’ayant aucune connaissance de l'expérience de GoLTz, ne provoquera chez un hypnotisé, également ignorant de cette expérience, un gémissement particulier, en tirant la peau de la nuque, dans la région des vertèbres cervicales.
Voilà, je crois, une collection suffisante, quoique incomplète, des différentes zones. illusiogènes. 9° En face de pareils faits, on peut réellement se demander si l’action des idées inconsciemment préconçues ne s'étend pas davantage, si elle ne dépasse pas le domaine propre de l’hypnotisme ?.. Pour ma part, je n’en doute pas. L'histoire moderne de nouveaux médicaments, de nouvelles méthodes et théories thérapeutiques est là, pour illustrer abondamment les surprises que nous procure cette puissance occulte. Et le domaine sévère de la physiologie expérimentale en est-il libre ? Je crois que, dä moment qu’on expérimente sur un être vivant, on n’est jamais à l’abri d’une influence psychique extériorisée. Aujourd’hui encore on ne croit pas au magnétisme, on considère comme des illusions les faits déjà très nombreux d’une transmission mentale, qui, seule parmi les phénomènes hypnotiques, n’a rien à craindre de l’immixtion d’une tautologie expérimentale, pourvu qu’elle soit libre d’une influence suggestive ordinaire. Lorsque ces faits seront enfin reconnus, il faudra bien faire une révision complète de notre savoir physiologique, à ce point de vue particulier, et alors on verra la différence qu’il y a entre une expérimentation vraiment impartiale et une tautologie expérimentale. « Au fond, dit CarLes Rioer, rien n’est plus difficile qu’une impartiale et attentive observation. Pour bien regarder, les expérimentateurs doivent oublier tout ce qu’ils ont appris, et laisser dans l’ombre toutes les théories ». Cela arrive-t-il en pratique? Et puis, en supposant cette condition réalisée, ne courrons-nous pas un autre risque opposé? L’abnégation des théories, conduit à un respect exagéré du fait. « Un fait — dit le même physiologiste — bien et complètement observé dans tous ses détails, vaut toutes les théories du monde ». Cette formule était juste avant la découverte de l’hypnotisme, quand on n'avait encore âucune raison pour soupçonner les faits. Aujour-
d'hui, il faut s’en méfier, autant que des théories. Nous venons de voir qu’un fait « bien et complètement observé dans ses détails », peut être faux, étant réellement et objectivement provoqué par une théorie fausse. Et d'autre part, nous avons vu une théorie relativement fausse, {celle de MEsmer au point de vue de son exclusivité physique et objective) conduire à la découverte d'innombrables faits réels. Cu. RiceT n’ignore pas cette possibilité. En parlant des idées de Mayer, il dit lui-même : « Ce n’est pas la première fois qu'entre les mains d’un homme de génie une erreur d’interprétation conduit à une grande découverte. » Soyons donc indulgents pour les théories; tâchons seulement d’en avoir toujours deux de contraires, pour pouvoir se réjouir également du triomphe de l’une et de la défaite de l’autre. Ge qui est vraiment préjudiciable pour le progrès, c'est cette uniformité des théories qui règne en ce moment, et ce respect exagéré des faits, cherchés toujours dans la même direction. Plus d'indépendance de la routine, plus de hardiesse dans la reconnaissance des faits, aussi bien que des théories, et surtout moins de « néophobie » : telle est, je crois, la formule, après la découverte de l’hypnotisme. Je me hâte d'ajouter, que c'est, au fond, celle de mon savant ami.