‹ Dictionnaire de physiologie (volume 2)Chapitre 18 sur 212 · DIAGNOSE DES TROIS ESPÈCES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

DIAGNOSE DES TROIS ESPÈCES FRANÇAISES

1° Rana esculenta LINNÉ, 1758. Syn.

: R. viridis RôüsEL; R. aquatica et R. innoæia

GESNER; À. ridibunda ParLas; R. maritima Risso; R. hispanica MicHan:; R. calcarata Micuau; Bi. cachinans ParLas; R. caucasica Parias: R. dentex Krynick1; R. tigrina Eicaw: Pelophylax esculentus KirziG; P. hispanicus Firzinc. Noms vulg. : grenouille verte: grenouille commune; grenouille comestible; Teichsfrosch; grüne Wasserfrosch en Allemagne. .

De couleur verte avec des taches sombres et des bandes jaunes sur le dos. Museau long ; front très étroit. Le mâle possède deux sacs vocaux. Elle habite toute l’Europe, mais ne se trouve pas au Nord, au delà du Danemark; on la rencontre également en Algérie, en Asie Mineure, dans l’Asie centrale, la Perse, la Chine et le Japon. |

Rana esculenta présente de grandes variations de structure et de couleur. Aussi Bou- LENGER propose-t-il de diviser cette espèce en # variétés principales :

1. Var. ridibunda. Syn. : R. ridibunda Parras; R. cachinans PALL.; R. caucasica PALL. ; R. tigrina Eicuw; R. dentex KRyN; R. maritima Risso; R. hispanica Micx.; vars. Latastii, bedriagæ Can., R. fortis Bour., var. PEREZI SEOANE.

Europe (sauf nord-ouest, centre et Italie); Asie occidentale jusqu’au nord du Béluchistan et de l’Afganistan; est du Turkestan; Afrique septentrionale. -

2. Var. typica. Syn. R. esculenta L.; R. viridis aquatica Rôs.; var, silvatica Kocw. Nord-Ouest et centre de l’Europe, Italie, Russie, 3. Var. Lessonæ. Syn. : var. Lessonæ, part. Caw. Angleterre, Rhin, Saxe, Piémont et probablement les autres parties de l'Italie et Malte.

4. Var. nigromaculata. Syn. : R. marmorata HaLLow.; R. nigromaculata H ALLO W, ; Hoplobatrachus Reinhardti Peters; Tomoptema porosa Cope; var. japonica Bour. Corée, Japon, sud de la Chine et Siam.

Je ne donnerai pas ici les caractères de chacune de ces variétés, je me bornerai à reproduire le tableau suivant emprunté à BouLenGEer, bien qu’il ne permette pas, ainsi que le fait remarquer l’auteur lui-même, de distinguer nettement les variétés 2 et 3.

Mesures Mesures en longueur en longueur à partir à partir ee du doigt interne. du tibia.

AÉSRA | alons se © à 4. Var. ridibunda. . . C'ARÉNENT Pas de plis E È 2 1/2-4 9 1/2-14 2. Var. typica. . . | Talons ne se dorsaux. 5 € € 2-3 1-10 3. Var. Lessonæ. , , . ? recouvrant = 3 1 1/2-2 5-8 4. Var. nicromaculata. pas. Plis dorsaux. F5 = | :-1 2/3 5-8

2° Rana temporaria GÜNTHER, 1858. Syn. Ë R. muta Laur; R. gibbosa GESNER; R. flaviventris Mizzer; R. cruenta ParLas; R. alpina Risso; R. scotica BELL; R. platyrrhinus SreensrRuP; R. fusca De L’Isce; R. Dybowskii Günter. Noms vulg. : grenouille rousse; grenouille muette ; ratégaille (Charente-Inférieure); fièvre (Vienne); rosée; muette pisseuse; rene de pra; pisse-chien; etc.; Marzfrosch; braune Grasfrosch en Allemagne.

De couleur brune avec des taches sombres dans la région temporale. Museau court, tronqué; front large. Cette espèce est plus septentrionale que la précédente; elle est répandue dans toute l’Europe jusqu’au cap Nord et elle monte jusqu’à 2000 mètres d'altitude. On la trouve aussi en Sibérie. En France elle ne se rencontre pas dans quelques départements.

Les grenouilles vendues sur les marchés de Paris, Bruxelles et Genève appartiennent presque toujours à cette espèce.

30 Rana agilis Tomas, 1855. Syn. : R. temporaria Mizets R. temporaria var. arvalis GünTHer; R. temporaria var. agilis SourerB; R. gracilis Fatio; R. oxyrrhinus STEENSTRUr. Noms vulg. : grenouille agile; grenouille pisseuse (quelques départements du centre); pichouse (Gironde); papegay (Charente-Inférieure) ; Springfrosch; Feldfrosch en Allemagne.

De couleur jaune brun ou roux plus ou moins vif, elle est plus petite que les espèces précédentes et ne mesure que 15 à 20 millimètres du museau à l’anus. Sa forme est élancée, sa face allongée et fuyante, son tympan grand; il existe une tache dans la région temporale. Les pattes postérieures sont longues et grêles, et le genou arrive au niveau de l’origine du bras. Elle est cantonnée dans l’Europe méridionale. En France, elle remplace la grenouille rousse dans la Gironde et vit côte à côte avec celle-ci dans les départements plus septentrionaux et dans les Pyrénées.

Il. Mœurs, habitudes, régime. — Les mœurs des grenouilles varient dans une certaine mesure suivant les espèces. Aussi décrirons-nous successivement les habitudes de Rana esculenta, de R. temporaria et de R. agilis, qui vivent en France, laissant de côté les autres grenouilles européennes et les grenouilles exotiques.

1° Rana esculenta. — « Cette espèce, dit Breum t, est essentiellement aquatique; elle ne quitte l’eau, en effet, que pour se chauffer au soleil sur la rive, toujours prête à plonger à la moindre alerte. Au plus léger bruit, elle s'élance à l’eau, s'enfonce dans les herbes aquatiques, et au bout de quelques instants revient à la surface, regardant de ses deux gros yeux dorés l’objet de sa frayeur; si elle prend peur à nouveau, elle replonge et va £ette fois se cacher dans la vase et s’y enfonce la tête la première.

« La grenouille verte habite indistinctement les eaux courantes et les eaux tran-

1. Breum (A. E.).Les merveilles de la nature. Les reptiles et les batraciens, par E. Sauvacs. In-8, Paris, 1876.

LMP. “hr. n° 8 à.

quilles ; elle préfère cependant ces dernières. Les petits étangs entourés de buissons, sur le miroir desquels s’étendent les lis d’eau, les marécages où poussent les roseaux et les plantes sur lesquelles elle aime à s’exposer aux rayons ardents du soleil, sont ses lieux de prédilection; on la trouve aussi dans les fossés, les rivières et même dans les simples flaques d’eau. Cette espèce aime beaucoup la chaleur; elle se tient en général, pendant le jour, la tête hors de l’eau, les pattes de derrière largement étendues ou se pose sur quelque plante aquatique, sur un morceau de bois flottant, sur une pierre qui émerge. Veut-elle s'emparer d’une proie, la grenouille verte s’élance dans l’eau, souvent à une grande distance :elle nage vigoureusement et se dirige vers le fond par des mouvements doux. A moins d’être troublée, elle ne reste jamais longtemps dans l'eau, et après une courte hésitation, elle nage lentement vers la surface, sort la tête hors de l’eau, tourne ses grands yeux dans toutes les directions et cherche à se placer à l'endroit qu’elle occupait auparavant. Lorsqu'elle est à terre, la grenouille verte s’avance rapidement entre les herbes par des sauts puissants. Elle nage plus rapidement à une certaine profondeur qu’à la surface et peut s’élancer hors de l’eau, soit pour s'emparer de l'insecte, qui bourdonne, soit pour atteindre un endroit où elle veut se reposer.

« Cetle espèce développe un certain degré d'intelligence, car elle règle ses actions suivant les circonstances. Là où elle n’est pas d'habitude pourchassée, elle pousse l’audace jusqu'à s'approcher à la distance d’un pied d’une personne, qui ne fait pas de mouvements; si, au contraire, elle est poursuivie, elle s’enfuit au loin par des bonds puissants. Comme tous les batraciens, la grenouille verte est essentiellement carnivore et ne recherche que les animaux vivants; elle se nourrit d'insectes, de petits mollusques aquatiques, de larves, de vers. Aussitôt qu’elle voit une proie à sa convenance, elle s’élance sur elle, ouvre largement la bouche, projette et ramène sa langue avec une rapidité réellement inconcevable. La grenouille verte semble préférer par-dessus tout, d’après GREDLER, les guêpes, les araignées, les limaçons de petite taille; elle rend dès lors de réels services. RoEsEL, qui a longtemps et patiemment observé les grenouilles, assure que les individus adultes ne craignent pas de s'attaquer aux jeunes souris et aux moineaux nouvellement nés et qu’il leur arrive trop souvent d'essayer de noyer des poussins de canards. La grenouille verte est parfois très nuisible dans les étangs, car elle s'attaque aux alevins ou au frai de poisson. »

Cette grenouille passe l'hiver, plongée dans une sorte de torpeur, dont elle sort beaucoup plus tard que la grenouille rousse, Aux mois d'avril et de mai, elle pousse déjà quelques coassements, mais c’est seulement au commencement de juin qu’on entend sa voix. À cette époque, elle forme des bandes nombreuses au milieu des étangs et se dispose à frayer, elle pond des œufs très nombreux réunis en un gros paquet et les dépose généralement au fond de l’eau.

« Le coassement de cette espèce, dit Fario, varie un peu avec les circonstances. C’est quelquefois, chez le mâle, une sorte de ricanement que l’on peut traduire par le mot brekeke, ou bien une exclamation sur deux notes exprimant le mot koaar; souvent, dans les deux sexes, c’est encore un cri rauque, coulé et plus ou moins prolongé, toujours plus puissant chez le mâle, qui, pourvu de sacs, est orné quand il chante d’une vessie blanche grosse comme une noisette de chaque côté de la tête. »

LarasTE ajoute que la grenouille verte est l'espèce dont le chantestle plus compliqué et donnera le plus de mal au musicien qui voudra tenter de le noter.

Dès la fin d'octobre, la grenouille verte se cache dans la vase au fond des eaux, ou même dans un trou pour y passer l'hiver.

« On peut caplurer la grenouille verte, dit Larasre, de plusieurs façons : à la ligne amorcée d’un objet quelconque, d’un morceau de drap rouge, afin qu’il se voie de loin: on trouble l’eau, en raclant la vase dans laquelle elle a piqué une tête à l'approche du chasseur ; à l’arbalète, ou même avec une lance, dont on peut approcher la pointe à quelques centimètres de son corps ; voyant le pêcheur à une certaine distance, elle a l'intelligence trop obtuse pour se méfier de l'instrument, qui doit la transpercer.» Dans le sud de l'Allemagne, en France et dans quelques autres contrées, on s'empare des grenouilles, car leurs cuisses donnent un mets agréable, sain et nourrissant. Dans le Piémont, on mange l’animal entier, après l’avoir préalablement vidé. r

2° Rana temporaria. — La grenouille rousse est l’espèce la plus précoce de nos

pays; elle se rend à l’eau dès le mois de février pour y déposer ses œufs. Ceux-ci sont moins nombreux, mais plus volumineux que ceux de la grenouille verte. Après la ponte, ils tombent au fond de l’eau, se gonflent et remontent à la surface où ils forment de grosses masses mucilagineuses. |

« Cette espèce, dit BrREuu, différente en cela de la précédente, s'éloigne des eaux dès qu’elle a pondu et n’y revient plus que l’année suivante ou bien vers la fin de l’automne pour y passer l'hiver, engourdie dans la vase. Dans l'intervalle de ces époques, elle habite les prairies et les jardins, les champs et les forêts, elle recherche de préférence les endroits un peu humides : aussi peut-on être certain de la trouver au milieu des hautes herbes. Pendant la grandechaleur, elle se cache sousles pierres, entre les racines des arbres, dans les trous du sol, pour ne reparaître que le soir, moment où elle se livre à la chasse.

« Sa nourriture consiste en insectes, en vers, en chenilles, en petits mollusques nus. Sitôt qu'elle aperçoit une proie à sa portée, la grenouille rousse fond rapidement sur elle, projette sa langue et avale l'animal; elle sait parfaitement faire la distinction entre la proie, qui lui convient et celle qui n’ést pas à sa convenance; c’est ainsi, diton, qu’elle dévore les abeilles, mais rejette les guêpes.

« La grenouille rousse n’est pas bonne musicienne. Au moment de la ponte seulement, elle fait entendre un coassement sourd et peu prolongé, que A. ne L’Isce rend par les mots : #rouou, grouou, ourrou, rrououou, et Scirr, par les mots: ouorrr, ouorrr. Ce bruit peut se faire entendre sous l’eau ; le printemps passé, la grenouille rousse redevient silencieuse.

« Aucun batracien, peut-être, n’a autant d’ennemis que la grenouille rousse; tous les animaux carnassiers l’altaquent, et sur terre et ‘dans l'eau ; elle n’est réellement à l'abri des poursuites que lorsqu’elle s’enterre dans la vase pour y passer l’hiver. Beaucoup d'oiseaux, la plupart des serpents de nos pays la pourchassent; avec le crapaud, elle est la proie préférée de la couleuvre à collier ; pendant les premiers temps de son existence, la grenouille verte s’en nourrit; les écrevisses recherchent ses larves. Malgré toutes ces causes de destruction, la grenouille rousse est si prolifique qu'un printemps favorable suffit à combler les vides faits par les nombreux ennemis, qui pourchassent celte espèce, sans trêve, ni merci. »

3° Rana agilis. — La grenouille agile apparaît dès les premiers jours de mars; le mâle se réveille, quitte la vase des étangs où il a hiverné et fait entendre le cri par lequel il appelle sa femelle. La ponte a lieu peu de temps après,dans les eaux profondes, et non dans les flaques d’eau comme pour la grenouille rousse. Les œufs sont plus pelits. que ceux de cette dernière espèce et fixés aux brindilles flottantes et au bois mort. « La grenouille agile, dit A. De L’Isce, est une espèce exclusivement terrestre. Hors l’hivernage et le temps des amours, on ne la trouve jamais à l’eau. Elle recherche les frais. vallons au bord des ruisseaux. C’est là, dans les prés, dans l’herbe des taillis ou sous les grands arbres qu’on la trouve Le plus souvent, isolée ou par petites bandes. Elles partent sous les pas par bonds de quatre à cinq-pieds, vont tomber dans le ruisseau ou se dérobent dans l’herbe de la prairie. Une grande partie hiverne à terre sous la feuillée, les autres dans la vase et dans les masses submergées de plantés aquatiques. Les mâles s’écartent beaucoup moins des mares et des ruisseaux que les femelles.

« Le cri du mâle, très faible, ne s'entend guère au delà d’une quinzaine de pas. Il se compose d’une seule note, comme parlée à voix basse, vite articulée et rapidement. répétée; elle peut être exprimée par les sons : cau, au, CaU, CAU, CAu, CAu, Corr, corr, corr, crrro. Ce cri ne peut être confondu avec celui d’aucun autre de nos anoures ; ilest comparable au bruit produit par l’air, qui s'échappe d’une carafe vide, que l’on tient. sous l’eau pour la remplir. La femelle en tout temps, et le mâle, hors le temps des amours, Sont muets. Cependant quelquefois, quand on les saisit et qu’on les pince, ils crient: à, à, , Comme une souris, »

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