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TROISIÈME PARTIE PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE

Acromégalie. Gigantisme.

L’élude faite dans le chapitre précédent des relations qui existent entre l'hypophyse et d’autres appareils glandulaires tels que la thyroïde, les glandes génitales, les capsules surrénales, montre l'influence que ces divers organes ont les uns sur les autres, l'importance du rôie qu’ils jouent dans l’organisme, et, par conséquent, la nature dystro-

phique des affections qui naîtront à la suite des lésions qui pourront les atteindre, sans:

parler de la gamme des symptômes qui découleront nécessairement de cette influence réciproque.

HYPOPHYSE. 845

Depuis que Pierre Marie, en 1886, a décrit une dystrophie spéciale et bizarre dans laquelle on constate un développement anormal du volume des extrémités, pieds, mains, tête, d’ou le nom d’acromégalie qu’il lui a donné, l'attention a été attirée sur les lésions du corps pituitaire qui paraissent être l’origine de cette dystrophie.

Ce n’est pas le lieu de décrire ici toute la pathologie de cette affection, ni d’analyser tous les travaux parus, mais cependant on ne peut faire dférennont dans cet article, que d'étudier sommairement les troubles observés, cherchant à en tirer profit pour l'explication du rôle physiologique de l'hypophyse elle-même, la pathologie venant bien souvent éclairer la physiologie.

Dans les autopsies d’acromégaliques, P. Marie et MAnriNesco ont constamment trouvé l’hypophyse altérée (augmentation de volume, tumeurs diverses). Aussi, considèrent-ils l’acromégalie comme une dystrophie liée à la diminution ou à l'abolition des fonctions de l'hypophyse.

On en arrive alors à se demander si les symptômes qui caractérisent cette dystrophie ressemblent à ceux qui ont été décrits comme étant la conséquence de la destruction partielle ou totale de l’hypophyse? Que trouve-t-on cliniquement? De vingt à quarante ans, mais surtout de vingt à trente ans, on voit apparaître une hypertrophie des extrémités et une augmentation de volume plus ou moins étendue des os de la face et du crâne. Souvent, le sujet est d’une taille biën au-dessus de la moyenne, et, si l’on étudie le système osseux au moyen de la radiographie, on peut constater un développement exagéré de la selle turcique qui a suivi Le développement de l’hypophyse.

Comme troubles fonctionnels, on constate, au début, de la somnolence, de l’apathie, de la céphalée et avec cela, diminution de l'appétit sexuel, de l'impuissance, des troubles de la menstruation, puis surviennent des douleurs variables. On observe souvent des troubles dans la sécrétion urinaire et quelquefois de la glycosurie. Le malade est mélancolique et d'humeur bizarre et présente parfois une soif très vive et un appétit augmenté. ‘

Ces symptômes peuvent se compliquer de ceux qui accompagnent les tumeurs cérébrales, tels que troubles nerveux et circulatoires dus à la compression des organes qui sont dans le voisinage : chiasma des nerfs optiques, sinus caverneux, carotides, nerfs optiques, nerfs oculo-moteurs, communs et externes, nerfs pathétiques, rameau ophtalmique du trijumeau,. pédoncules cérébraux, base de l’'encéphale, etc.

Quesmontre l’autopsie? Presque toujours on trouve une lésion plus ou moins gravé de l’hypophyse.

Très nombreux sont les auteurs qui ont signalé ces altérations dues, la plupart du temps, à des tumeurs variées (adénomes, sarcomes, épithéliomes, angiomes, gliomes, hypertrophies, hyperplasie, etc.).

Un autre trouble dystrophique doitse rapprocher de l’acromégalie, c’est le giyantisme, caractérisé par un développement précoce du sujet, de quinze à dix-huit ans en moyenne. Ce développement ne se fait pas régulièrement. Ainsi le tronc relativement se déveluppe peu,mais ce sont surtout les extrémités, les membres inférieurs, qui prennent des proportions démesurées. De plus, la croissance peut continuer au delà de vingtcinq ans, jusqu’à trente ans et au delà, sila mort ne survient pas, ce qui se produit généralement sur ces géants qui, alors, deviennent acromégaliques presque toujours. C’est là, pour certains auteurs, la preuve que l’acromégalie et le gigantisme ne sont qu’une même affection, dont l’évolution est différente suivant l’époque de l'apparition des accidents. Si la maladie se développe pendant la période d’accroissement, on constate du gigantisme, si c’est après cette période, ce sera de l’acromégalie. (BrissaUD et MEIGE).

Un fait intéressant, et qui permet en effet de rapprocher ces deux affections, c’est que chez les géants, comme chez les acromégaliques, les facullés mentales sont d’ordinaire peu développées: ils sont apathiques ou emportés, et, s'ils ont de la force musculaire au début, elle disparaît souvent de bonne heure. Ils présentent très fréquemment des troubles urinaires, quelquefois de la glycosurie.

Leurs fonctions génitales sont presque nulles; car la plupart du temps, les testicules, la prostate, les ovaires, l’utérus, les mamelles, sont atrophiés ou rudimentaires. Ils sont

généralement impuissants, sans appétit génésique.

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De plus, il n’est pas rare de constater des signes d’infantilisme, ahsenge de poils au pubis et aux aisselles, pas de barbe, ni de moustaches.

A l’autopsie de ces géants, on a toujours trouvé une augmentation considérable de la selle turcique et des lésions de l’hypophyse.

Même dans certains cas d’infantilisme sans gigantisme, Raymonp et Nazari ont trouvé des lésions de l'hypophyse. Ce qui viendrait corroborer l’idée d’une origine commune pour l’infantilisme et le gigantisme.

Faits négatifs. — Cependant, malgré l'opinion de la grande majorité des auteurs qui considèrent l’acromégalie, Le gigantisme, et même l’infantilisme, comme des lésions dys-. trophiques dues à des altérations de l’hypophyse, on doit noter que, dans bien des cas, on a trouvé des tumeurs de l’hypophyse sans acromégalie ni gigantisme, et cependant ces tumeurs, de natures diverses, étaient bien placées pour donner naissance à ces affections ; car il s’agissait soit de tumeurs telles que des adénomes, des angiomes, des enchondromes, des épithéliomes, des lipomes, des sarcomes, etc.; soit de lésions profondes ayant détruit l'hypophyse (anévrysmes, échinocoques, HÉROS suppuration, syphilis, tuberculose, elc.).

Dans un autre sens, mais cependant beaucoup moins fréquemment, il faut le reconnaître, on à cité des cas d’acromégalie dans lesquels l’autopsie n’avait révélé ni tumeur, ni lésion de l’hypophyse. Mais ces cas sont rares; car, d’après Launois et Roy, on n’aurait pas rencontré de gigantisme sans tumeur hypophysaire, et l’altération de l’hypophyse, presque constante dans l’acromégalie, ne fait jamais défaut dans le gigantisme.

Sans entrer dans une discussion profonde de la question, 1l est permis dese demander, si la physiologie peut s’éclairer de ces divers cas qui viennent d’être résumés ainsi :

Lésions de l’hypophyse avec acromégalie ou gigantisme; lésions de l’hypophyse sans acromégalie ni gigantisme; acromégalie ou gigantisme sans lésions de l’hypophyse.

Pour expliquer la dystrophie de l’acromégalie, on a émis plusieurs hypothèses basées sur les observations pathologiques.

La première considère l’acromégalie comme la conséquence de laltération et même de la suppression de la fonction Oeil

Cette première hypothèse, qui est celle de P. Marie et de MariNEsco et qui a rallié la majorité des auteurs, a pour base des observations très nombreuses, dans lesquelles on a trouvé à l’autopsie des lésions de l'hypophyse ou des tumeurs diverses comprimant ou ayant détruit l’organe.

On pourrait, en somme, comparer l’acromégalie à une autre affection dystrophique, le myxædème, qui se développe lorsqu'une autre glande à sécrétion interne, Le corps thyroïde, éprouve une perturbation, la mettant en hybotonedoren

Il est assez difficile, il est vrai, de faire accorder cette interprétation avec les faits négatifs. Mais en présence d’un cas sans tumeur, il est toujours permis de se demander si la dystrophie n’est pas le résultat d’un trouble sécrétoire seulement, et si ce n’est pas la qualité de la sécrétion qui est modifiée.

STERNBERG, dans les cas d’acromégalie maligne à marche rapide, a toujours trouvé l’hypophyse siège d’une lésion. LANCEREAUXx, pour qui l'absence de la fonction hypophysaire est bien HOT de l’acromégalie, donne une explication basée sur les observations de GLEY, Hormetsrer, Moussu, Res et PAuLEsco, etc., relativement à l’arrêt de développement des os, par l’absence de prolifération des cellules cartilagineuses de conjugaison, chez l’homme ou les animaux qui présentent, dans leur jeune âge, de l’absence congénitale de la thyroïde, ou qui sont athyroïdés. Pour lui, le développement exagéré que l’on constate dans’ l’acromégalie tient à une hyperactivité de la glande thyroïde qui ne serait plus modérée par l’hypophyse, dont ce serait le rôle.

Ce qui semblerait appuyer l’hypothèse de LANCEREAUX, c'est que quelquefois on a trouvé la destruction de l’hypophyse accompagnée de l’hypertrophie de la thyroïde avec de l’acromégalie.

Dans la deuxième hypothèse, l’acromégalie serait due : 1° à une hyperfonction de l’hypophyse, qui donnerait lieu au développement exagéré que l’on constate, et, 2° à un arrêt dans le processus ou à la dégénérescence ou à la destruction complète de l'organe, qui produit alors l’arrêt de développement osseux et la cachexie à laquelle succombent les acromégaliques (TAMBURINI),

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Cette hypothèse est appuyée sur quelques faits dans lesquels on à constaté un développement de l’hypophyse, dû à l’hyperplasie des cellules chromophiles (Bexpa, VassALE), et cela même sur un acromégalique mort prématurément, chez lequel l’'hypophyse paraissait normale à première vue, et qui présentait de l’hyperplasie (Lewis).

D'un autre côté, certains auteurs n’ont vu dans l’altération hypophysaire, qu’un phénomène secondaire (STRUMPELL, SCHULZE, VASSALE), L’acromégalie ne serait autre chose qu'une altéralion.de la nutrition générale, dans laquelle on trouverait, parmi les lésions et les troubles fonctionnels signalés, les altérations diverses de l’hypophyse.

Pour d’autres, l’acromégalie serait due à la persistance des glandes fœtales, telles que le thymus et l’hypophyse (MassaLonGo) qui persisteraient à fonctionner chez l’adulte, et qui, ne subissant pas la régression normale, donneraient lieu aux lésions acromégaliques. IT existerait, en outre, un rapport hypothétique de ces glandes avec le grand sympathique, qui expliquerait les troubles nutritifs.

Parmi les hypothèses émises, il en existe d’autres qui ne s'accordent pas précisément avec les faits observés. Ainsi Kiss voit dans l’acromégalie une origine thymique. Pour lui, c’est le thymus qui déverserait dans la circulation des produits spéciaux qui viendraient se fixer au niveau des extrémilés, et donneraient naissance à leur développement exagéré.

Pieces et MENDEL voient dans l’acromégalie une altération générale des glandes dites vasculaires sanguines.

Pour VERSTRAETEN, FREUND, MonTeveRpi et Torrecoui, c’est le résultat d’une altération des organes génitaux.

RECHLINGHAUSEN, HOLSCHEWNIKOFF, ARNOLD, DALLEMAGNE, Tiromirorr, D’ABuNDo, en font une lésion due à diverses altérations du système nerveux.

De toutes ces hypothèses, il n’y en a que deux qui, en présence des faits cliniques, méritent d’être discutées : celle qui considère l’acromégalie comme le résultat de l’hyperactivité hypophysaire, et celle qui en fait au contraire la conséquence de la diminution et même de l’abolition de la fonction hypophysaire; les autres ne sont que des vues de l’esprit, et ne supportent pas un examen sérieux, même celle qui admet que l’hypophyse n’est atteinte que secondairement dans l’acromégalie. Les objections sont trop évidentes, attendu que non seulement les symptômes de la tumeur ont quelquefois précédé de longtemps l’apparition des troubles acromégaliques (MopeNA), mais encore, parce œu’il serait anti-rationnel d'admettre qu’une entité morbide toujours identique comme l’acromégalie, puisse produire tantôt un adénome, tantôt un sarcome, tantôt un angiome, un enchondrome et ainsi de suite, au niveau de l’hypophyse, sans parler des hypertrophies et des hyperplasies observées.

L’hyperactivité de la glande pituitaire suivie de sa dégénérescence, comme la avancé TamBurini, peut-elle être la cause de l’acromégalie? Il faudrait admettre que, sous l'influence de cette hyperactivité, d’abord, il se déversât dans la circulation une abondante sécrétion hypophysaire, qui donnerait naissance à la dystrophie acromégalique, en attendant que, sous l’influence du processus morbide, la dégénérescence ne se produise, l'accroissement des os ne s'arrête et la période cachectique ne se déclare.

Pour que cette hypothèse coïncidât avec les faits, il faudrait que les autopsies eussent démontré ce premier stade d’ hyperactivité. Certains auteurs, ilest vrai, ont signalé, dans quelques cas, des hypophyses qui semblaient répondre à ce premier ctade : Or, un examen sérieux a démontré que cette hypertrophie signalée n’élait pas due à une augmentation de la fonction, mais à la présence d’une tumeur maligne ou à un adénome. Comment comprendre d’un autre côté, que les troubles occasionnés par la présence d’une tumeur commencent par produire l'hyperfonctionnement précédant l’hypofonctionnement.

Et avec cette hypothèse, comment expliquer les cas d’acromégalie sans altération de l’hypophyse et ceux dans lesquels l’hypophyse Si hypertrophiée ou le siège d’une tumeur sans acromégalie ?

Du reste, parce que la glande est hypertrophiée, est-ce un signe d’hyperactivité? On pourra dire que les cellules sont augmentées en nombre. Est-ce une raison pour qu'il y ait hyperactivité sans altération ? Lorsqu'il s’agit d’une sécrétion comme celle de l’hypophyse, comment savoir si elle n’est pas modifiée dans sa composition, justement

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à cause de cette augmentation du nombre et du volume des cellules ? On sait que dans les intoxications expérimentales on détermine des phénomènes qui paraissent être de l’hyperfonction suivie d'hyperplasie. Cette hyperfonction hypophysaire ne paraît cependant pas déterminer aucun symptôme d’ acromégalie.

Il est vrai que cette augmentation fonctionnelle peut être considérée comme une défense de l’organisme, si réellement l'hypophyse est avant tout un organe antitoxique (GEMELLI, GUERRINI, etC.).

D'un autre côté, bien que les expériences ne soient pas encore assez nombreuses, et

n’aient pas été faites d’une manière suivie dans ce but, jusqu’à présent les injections .

répétées d'extrait hypophysaire n’ont donné lieu à aucun symptôme ressemblant à de l'acromégalie expérimentale, et cependant, si l’exagération du produit hypophysaire devait donner naissance à une dystrophie quelconque, les injections répétées d'extrait devraient produire quelque chose de semblable. Or, pour le moment, c’est plutôt Le contraire qui a été observé, retard constant soit dans l’augmentation de poids, soit dans le développement squelettique (CERLETrI).

Enfin, Cacnerro, se basant sur un certain nombre d'examens et ayant trouvé de l’'acromégalie véritable sans hyperplasie du lobe glandulaire de l’hypophyse, avee des cas d’acromégalie associée à un néoplasme hypophysaire privé d'éléments fonctionnant (cellules chromophiles) et enfin des cas de tumeurs de l’hypophyse riches en éléments actifs, et malgré cela sans acromégalie, en déduit que cette affection ne peut pas être le résultat d’une bhyperfonction de lhypophyse.

L'hypothèse qui considère l’acromégalie comme la conséquence d’une insuffisance plus ou moins marquée de l'hypophyse, est encore celle qui semble réunir le plus grand nombre de faits à son actif.

Les observations, en effet, sont très nombreuses dans lesquelles, à l’autopsie d’acromégaliques, on a trouvé l’hypophyse dégénérée ou altérée par tumeur. Simple coïncidence, dira-t-on°? Il serait vraiment. curieux que cette dystrophie si bizarre se développât presque toujours en même temps qu’une tumeur de cet organe encore mystérieux, dont on ne connaît pas bien les fonctions. Aussi peut-on dire que la lésion. hypophysaire est bien primitive et non secondaire.

Cette étiologie serait complètement démontrée, si expérimentalement on avait pu reproduire des symptômes se rapprochant de ceux signalés chez les acromégaliques.

Malheureusement, les ablations d'hypophyse n’ont rien donné de semblable, comme cela a été signalé dans le chapitre précédent. Les animaux hypophysectomisés ne présentent pas une survie suffisante pour que l’on puisse étudier les troubles trophiques qui pourraient survenir, et, lorsque l’hypophysectomie n’est pas complète, ce qui reste de l’organe, en permettant la survie, paraît suffire pour remplacer l’organe dans ses TO Cependant, 1l serait logique de trouver dans les hypophysectomies presque totales, qui sont compatibles avec une survie plus ou moins longue, des phénomènes d'insuffisance hypophysaire, au moins au début. Il y à là un point encore obscur.

On a bien rapporté des cas d’hypophysectomie complète avec survie. Mais il est toujours permis de se demander s’il ne restait pas des parcelles d’organe, et, dans ces

cas, l'insuffisance hypophysaire aurait dû se manifester; car la fonction de l'organe,

par le fait de son ablation plus ou moins complète, devait être fort diminuée. La méme réflexion peut s'appliquer aux observations que ne Cyon a faites sur les chiens de Berne,

qu'il a trouvés porteurs d’ PHP physes atrophiées. Ces chiens devraient être ou acromé-

galiques, ou géants. | D'un autre côté, comment interpréter les cas que l’on a publiés, de lésion de l’hypophyse sans acromégalie et ceux d’acromégalie sans lésion hypophysaire.

En présence de ces faits, on ne peut s'empêcher de songer qu'à côté des altérations :

hypophysaires, que nous connaissons, comme étant Ja cause de dystrophies, il doit yen avoir d’autres qui nous échappent. A côté des lésions dégénératives, il y a les lésions irritaltives sans altérations apparentes, et qui peuvent produire des effets bien différents. |

De plus, les faits signalés antérieurement, concernant les rapports qui existent entre les diverses glandes à sécrétion interne et l’hypophyse, permettent d’invoquer la synergie glandulaire, comme jouant un rôle important dans toute cette pathogénie, et

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alors, dans certaines conditions, la lésion hypophysaire pourrait être compensée par une ou plusieurs autres hyperfonctions glandulaires, ou bien un trouble quelconque dans la physiologie glandulaire spéciale ou générale pourrait modifier la fonction hypophysaire. On aurait alors la clef de ces faits qui semblent négatifs.

Dans l’acromégalie, souvent on trouve la glande thyroïde augmentée de volume, preuve d’un certain effort compensateur. Il serait intéressant de savoir si, dans les cas d’acromégalie sans lésion apparente de l'hypophyse, la thyroïde présente cette hypertrophie compensatrice, car ce serait une nouvelle preuve de cet effort compensateur contre l'insuffisance hypophysaire. Das la thyroïdectomie ou dans l’atrophie thyroïdienne, qui donne naissance au myxædème, 11y à presque toujours hypertrophie de lhypophyse avec des signes d’hyperfonctionnement. Tous ces phénomènes sont des signes très apparents de cette synergie glandulaire, sur laquelle Cu. Livox à attiré l’attention depuis quelques années, en divisant les glandes en deux grands groupes, les hypertensives et les hypotensives, qui doivent se prêter un mutuel appui dans leur rôle important de défense de l’organisme. (V. Glandes, VIT.)

Rien n'empêche donc d'admettre que, malgré un aspect normal, les cellules de Phypophyse ne possèdent. un protoplasma modifié par telle ou telle condition biologique, et dont le fonctionnement sera plus ou moins altéré, au point de vue dynamique.

On pourrait encore émettre l’opinion que l’acromégalie étant la conséquence d'une lésion spéciale de l’hypophyse, tant que cette lésion ne sera pas produite, la dystrophie ne se manifestera pas.

La réfulation d’une pareille hypothèse est facile en présence des lésions si diverses de l’hypophyse, que l’on a trouvées à l'autopsie d’acromégaliques.

11 faut reconnaître que les expériences de Masay, avec un sérum hypophysotoxique, viennent apporter un appoint sérieux à la théorie de l'insuffisance hypophysaire, comme cause de l’acromégalie. A la suite de l'administration répétée de ce sérum, les animaux éprouvent des phénomènes particuliers de cachexie qui les conduit à la mort. Si les animau$ sont jeunes, on observe des troubles de nutrition osseuse et généraie. Les épiphyses augmentent de volume, et les os présentent des déformations diverses. Mais le point capital, c’est qu’en produisant une altération de l’hypophyse on fait naître chez l’animal un état dvstrophique et cachectique qui le mène à la mort, tout comme, en clinique, les altérations de l’hypophyse font naître un état dystrophique el cachectique qui conduit à la mort.

Quoi qu’il en soit, de tout ce qui précède, il parait évident que l’acromégalie reconnaît comme origine une altération de la fonction hypophysaire. De quelle nature est cette altération? C’est ce à quoi il est impossible de répondre pour le moment d'une facon précise. Les faits cliniques bien observés, ainsi que l’expérimentation, finiront par soulever le voile.

Ce qui a été dit pour l’acromégalie, peut s'appliquer tout aussi bien au gigantisme, qui semble lui-même n'être qu’une dystrophie due à une altération hypophysaire, puisque, dans cette affection, les autopsies révèlent toujours une lésion de la glande pituitaire.

L'hypophyse et les maladies.

Si, dans l’acromégalie et le gigantisme, les lésions de l’hypophyse doivent être considérées comme primitives, il n’en est pas de même de celles que l’on observe à la suite de beaucoup de maladies de nature infectieuse. Ces lésions sont réellement secondaires, et viennent prouver le rôle important que l’hypophyse est appelée à jouer, probablement comme organe de défense.

A propos de l’acromégalie, il a été question des différentes tumeurs de l’hypophyse, et des troubles dystrophiques auxquels elles donnent naissance. Il est intéressant de constater que, dans un grand nombre d’affections généralement infectieuses, l'hypophyse est plus ou moins profondément altérée, suivant que la maladie a suivi une marche plus ou moins rapide.

Taaon et GARNIER, qui ont fait une étude spéciale de l’hypophyse dans les maladies, sont arrivés à des résultats fort intéressants. Ils ont trouvé que l'hypophyse réagissait

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on s’altérait très vraisemblablement, sous l'influence des toxines déversées dans l’organisme par les agents pathogènes.

Dans la tuberculose, en éliminant les cas dans lesquels il y a une localisation hypophysaire, cas relativement rares, on trouve l’hÿpophyse non seulement hypertrophiée, dans la plupart des cas, mais encore profondément altérée et dans les éléments cellulaires, et dans sa charpente conjonctive, lorsque l’évolution de la maladie a été lente.

Lorsque l’évolution a été rapide, les cellules présentent des signes d'activité glandulaire, comme du reste dans beaucoup d’autres affections; lorsque, au contraire, la marche a été plus lente, le fonctionnement de l'organe paraît diminué, les éléments cellulaires sont plus pâles : on ne trouve de produit de sécrétion ni entre les travées cellulaires, ni dans les vaisseaux.

La charpente conjonctive participe aussi à l dirt, surtout dans les cas à évolution très lente. Elle s’épaissit considérablement et présente fréquemment tous les caractères d’une véritable sclérose de l’organe.

Dans la variole, les lésions portent sur les cellules, qui présentent une vacuolisation intense du protaplasma et des lésions nucléaires (Kar AR

Dans l’érysipèle avec septicémie, à part un peu de congestion, l'hypOReS ne parait pas altérée.

Des signes d’hypersécrétion se remarquent dans la pneumonie et F broncho-pneumonie.

Dans le tétanos, comme dans la fièvre typhoïde, les lésions diffèrent guivant l'évolution de la maladie . Lorsque l’évolution est rapide, on trouve les signes d’une hyperactivité glandulaire, dans les cas à évolution plus lente, l'organe est pour ainsi dire épuisé; à côté de l’hypersécrétion, se voit de l’histolyse des travées glandulaires.

R. PiRowE, dans la rage, a trouvé que l’hypophyse était le siège d’un véritable processus inflammatoire (infiltration périvasculaire et diffuse d'éléments lymphoïdes).

Dans deux cas de diabète, THaon a trouvé un certain degré d'hyperplasie.

Dans la maladie d’Annison, l’hypophyse est en général hypertrophiée et présente un certain degré de prolifération cellulaire.

Dans un cas d’athéromasie généralisée, THAoN a noté une hypophyse hypertrophiée et présentant de la sclérose en îlots avec de très légères lésions cellulaires.

L’hypophyse ne présente pas de lésions dégénératives dans le cancer : il n’y a pas de sclérose de la charpente; l’activité glandulaire seule semble renforcée. .

Dans deux cas de péritonite puerpérale, à côté des lésions hyperplasiques de la

gestation, on a pu constater les lésions cellulaires de l’infection, portant sur le proto plasma etles noyaux, avec augmentation de la sécrétion.

Il y a simplement de la Ve à l’hypersécrétion dans l’urémie.

Dans les intoxications d’origine intestinale, les poisons qui pénètrent dans l’organisme paraissent agir énergiquement sur l’hypophyse qui est hypertrophiée, en hyperfonctionnement et dontles cellules présentent des lésions protoplasmiques et nucléaîres.

Tori, de même, ayant examiné l’hypophyse sur les cadavres de personnes mortes

de pneumonie, de fièvre typhoïde, de tuberculose, de diphtérie, de septicémie, de.

tétanos, a noté, presque dans tous les cas, une hyperplasie des cellules chromophiles et une diminution de la substance colloïde.

Donc, dans ces maladies qui donnent toutes lieu à des intoxications, l’hypophyse réagit assez énergiquement et présente des phénomènes d’hypersécrétion; mais, si la réaction dure trop longtemps, l’organe s’épuise, et ce sont les lésions de la sclérose qui se développent.

Ces phénomènes d’hyperactivité peuvent être considérés comme l’exagération des phénomènes normaux habituels qui se passent dans l’hypophyse, et peuvent jeter un peu de clarté sur la physiologie de l’organe, et sur la nature de la colloïde qui distend les vésicules, colloïde qui doit bien être considérée comme le produit de la sécrétion de la glande pituitaire.

CNE confirmation des faits observés en pathologie humaine, l'expÉrE ES est vènue apporter son tribut.

GUERRINI, GEMELLI, THAON et Garnier, etc., ont étudié sur l’hypophyse l'effet des

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intoxications et des infections expérimentales. Ils ont constaté des lésions analogues à celles qui ont été signalées plus haut, et ont été observées en pathologie humaine. Après injections de poisons divers, endogènes et exogènes, toxine diphtérique, pyocya-: nine, sérum d’anguille, après ligature de l’intestin ou des uretères, ete., on a noté d’abord de l’hyperactivité, suivie ensuite de l’épuisement de la sécrétion. En somme, on observe, au début des intoxications expérimentales, une augmentation de la sécrétion hypophysaire, qui va en progressant, jusqu’à ce qu'apparaissent les phénomènes prémortels, qui indiquent le commencement de l’épuisement cellulaire : pour Guerrini, c'est au moment de l'apparition des phénomènes prémortels que la sécrétion est la plus active.

Si l’intoxication, au lieu d’être aiguë, est chronique, le processus diffère. Il y a d’abord hyperfonctionnement, puis hypertrophie et enfin hyperplasie du parenchyme glandulaire.

Ce que l’on connaît de la corrélation existant entre l’hypophyse et la Lhyroïde dispense de revenir sur les lésions hypophysaires qui accompagnent le myxœæœdème ou la thyroïdectomie expérimentale. Dans les deux cas, la dystrophie semble développer dans l’hypophyse nne hypertrophie compensatrice par hyperactivité, et même, pour Cimorini, cette hypertrophie serait due à l'augmentation de l’activité fonctionnelle d’un groupe particulier de cellules hypophysaires, qui ne deviendraient évidentes qu'après l’ablation de la thyroïde.

L’expérimentation s'accorde donc avec la pathologie, pour démontrer la réaction de l’hypophyse dans les cas d'intoxication et d'infection. Aussi GugrriNi et GEMELLI s’appuient-ils sur ces faits, pour attribuer à l'hypophyse, comme principale fonction, une véritable fonction antitoxique, que la pathologie semble confirmer.

Insuffisance hypophysaire.

L’insuffisance hypophysaire existe-t-elle, et est-on en état de la diagnostiquer ?

Pour J. Azau, elle est caractérisée par de l’abaissement de la tension artérielle et de l’accélération du pouls, qui sont les symptômes principaux, auxquels viennent s’ajouter l’insomnie, l’anorexie, les sudations abondantes et des sensations pénibles de chaleur.

Les faits démontrent que, dans beaucoup de maladies toxi-infectieuses, l'hypophyse réagit énergiquement, peut-être plus que bien d’autres organes, ce qui prouve qu'elle remplit*dans l’organisme un rôle important, soit seule, soit plus probablement avec d’autres glandes semblables, grâce à cette synergie qui existe entre elles. Par conséquent, si sa fonclion ne se manifeste plus d’une façon normale, il peut y avoir insuffisance. D'un autre côté, si l’hypophyse est altérée, si l’intoxication l’a frappée, sa fonction sera éminemment troublée, et il y aura encore insuflisance hypophysaire. Par conséquent, cette question de l'insuffisance hypophysaire doit se présenter à l’esprit du clinicien, en face des données récentes de l’expérimentation et de l’observation clinique, et il est permis de considérer, dans bien des cas, la tachycardie, l’hypotension, l’asthénie, l’insomnie, les troubles psychiques et même les troubles myocardiques, comme la conséquence d’une insuffisance, soit de l’hypophyse, soit des surrénales, glandes hypertensives. :

Depuis que les connaissances sur les glandes à sécrétion interne s se sont accrues, on a de la tendance à mettre sur le compte de l’insuffisance hypophysaire beaucoup de troubles nutritifs qui font partie de ce que l’on appelle, avec juste raison, le syndrome hypophysaire. ;

Aussi doit-on se demander si la glycosurie, l’obésité, l’atrophie générale, peuvent être considérées comme le résultat d’une insuffisance ou d’ une Alter de la fonction hypophysaire.

Parmi les principaux travaux relatifs à cette question, ceux de Frünricx et de Bar- Es ont appelé tout spécialement l’attention sur ce fait, que ces symptômes se rencontraient fréquemment avec des tumeurs de la région Po sans que Phypophyse

soit le moins du monde lésée. Ce ne serait donc qu'un rapport de situation et non le fait d’une lésion? Peut-on dire que ces tumeurs agissent sur des centres trophiques

spéciaux, directement ou indirectement. Dans l’état actuel de nos connaissances sur la physiologie des différentes parties de la base de l’encéphale, la réponse n’est pas facile.

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Ces troubles de nutrition, cependant, ont une grande importance, car ils permettent . de faire une localisation plus précise de la tumeur, qui doit siéger entre le chiasma en avant, l’angle pédonculaire en arrière, le diaphragme hypophysaire en bas, le tuber cinéréum en haut.

Glycosurie hypophysaire. — C’est Log, le premier, qui semble avoir attiré l'attention sur la coïncidence de la glycosurie avec les tumeurs de l’hypophyse. Pour lui, cette glycosurie est Le résultat de la compression que la tumeur exerce sur le quatrième ven-. tricule et les régions voisines.

Les observations de glycosurie avec tumeurs de l’hypophyse, ne sont pas rares, et les cas de gigantisme et d’acromégalie avec diabète sont assez fréquents; or le gigantisme et l’acromégalie peuvent bien être considérés comme des syndromes pituitaires. La glycosurie a été signalée chez plusieurs géants (CaseLzci, Bupay et JaAnxso, DaLLe- MAGNE, LauNoôis et Roy, etc.). Dans l’acromégalie elle existerait dans le tiers et même la moitié des cas, pour P. MARi£, tandis que HANSEMANN ne l’aurait trouvée que douze fois sur quatre-vingt-dix-sept cas, et HixspALe, quatorze fois sur cent trente cas. Cependant, les auteurs sont nombreux qui ont observé la glycosurie en même temps que l’acromégalie ou des tumeurs de l’hypophyse (CHapBourNe, Cavosrek, Finzi, KaLINDERO, LANGE- REAUX, SCHÆFFER, CUNNINGHAM THOMsoM, PECHADRE, LATHURAZ, BuRY (Ross), COKE SQUANCGE, DALLEMAGNE, ROLLESTON, Norman DALTON, HANSEMANN, HarLOw Brooks et HINSDALE, STRÜMPELL, RavauT, ARNOLDO CASELLI, P. MARIE, MARINESCO, STATE et FERRAND, LaAUNois et Roy, etc.).

Dans l’acromégalie avec diabète, la lésion hypophysaire ne fait jamais défaut : cependant il peut ne pas y avoir acromégalie, mais lésion de l’hypophyse eFdiabète. Cette glycosurie présente des caractères particuliers. Elle est en général incomparablement plus abondante que dans aucune autre maladie nerveuse, puisqu'elle peut atteindre 700 grammes par jour (DeBove), et, de plus, elle est très souvent intermiltente, proba- Piérient à cause des changements de volume du corps pituitaire, qui est très vasculaire.

Mais comment peut-on interpréter cette glycosurie? Est-ce la conséquence d’une altération de la fonction hypophysaire, ou bien n’est-ce que le fait de la compression des parties voisines? L'explication est pour le moment assez difficile à donner, et les diverses hypothèses émises manquent de précision.

ARNOLD LORAND, rapprochant le diabète, l’acromégalie et la maladie de BAsenow, affections dans lesquelles on trouve des lésions du pancréas, de l’hypophyse et de la glande thyroïde, a donné comme explication de la glycosurie que l’on rencontre fréquemment dans ces affections, que ce diabète n'était qu'un symptôme. et un symptôme de la maladie des glandes sanguines. On pourrait rapprocher de cette explication les faits de DALLEMAGNE, HN et PINELES, qui ont constaté chez leurs malades des lésions du pancréas.

DeBovE considère ce diabète comme dû à un trouble dans le fonctionnement de l’hypophyse, et il s'appuie, d'une part, sur ce que, parmi les lésions de l'encéphale qui donnent le plus souvent lieu au diabète, il faut citer celles de l’hypophyse avec ou sans acromégalie, et d'autre part sur les expériences de BorcHARDT, qui, injectant de l’extrait hypophysaire, a obtenu, non seulement l'hypertension ordinaire, mais encore une forte glycosurie. |

Pour lui cette forme de diabète peut exister sans lésion apparente de l’organe; car il faut établir une différence entre les lésions dégénératives et les lésions 1rritatives qui produisent des effets tout autres : on pourrait donc se trouver en présence d'un réflexe particulier ou d’une altération sanguine.

LÉPINE paraît aussi se ranger à l'opinion que le diabète, dans ce cas, résulterait d’un vice de la sécrétion interne de l’hypophyse. .

Mais une objection capitale peut être faite à toutes ces explications, c’est que toutes les tumeurs de la région hypophysaire, même quand l’hypophyse n’est pas atteinte, donnent naissance à de la glycosurie.

On en arrive alors à voir dans cette glycosurie le résultat d’une influence de voisihage, comme le prétend Lors, et d’une compression exercée sur les parties voisines de l’encéphale. On peut admettre que, dans la région de la base du cerveau qui est en rapport avec le corps pituitaire, il y a un centre glycogénique, qui serait influencé par la

ANMROPHNSE: 853

compression exercée par la tumeur, car il faut retenir, comme le dit Lépine, que l’irrifation de diverses parties du cerveau peut occasionner l'apparition du diabète. Et en effet, en dehors du centre de Cl. BERNARD, Scxirr, EckHaRp, ont produit du diabète expérimental, en agissant sur des parties diverses de l’encéphale.

Aussi CASELLI, se basant sur une de ses expériences de destruction du lobe postérieur de l’hypophyse sur un chien, chez qui il observa de la glycosurie, admet qu'il existe, dans le fuber cinereum, un centre nerveux dont la lésion donne lieu à une glycosurie marquée, s’accompagnant de symptômes propres au diabète sucré.

La fréquence de la glycosurie dans le cas de tumeurs de l’hypophyse, rend très vraisemblable l'hypothèse d’un centre glycogénique voisin, sur lequel la tumeur agirait par compression directe.

Ce que lon peut dire, c’est que, jusqu'à présent, l’expérimentation n'a pas donné de résultats propres à Aéclairee complètement ce point; car, en parcourant les divers travaux publiés, on voit que dans les très nombreuses expériences faites sur l'hypophyse, la présence de la glycosurie est signalée quelquefois et non constamment, ce qui porterait à croire que réellement l'hypophyse n’est pas l’origine directe de la glycosurie observée, et qu’il faut en chercher la genèse dans un point de la région voisine.

Obésité hypophysaire. — La coexistence de l’obésité et des tumeurs de l’hypophyse a été signalée depuis longtemps. Mour dès 1841, puis Frônzicn, BerGer, ERbaEIM, BoycE et BEADLES, VON HiPPEz, GLOSER, PECHKRANZ, SELKE, BARTELS, etc., ont constaté, dans bien - des cas de tumeurs de l'hypophyse, l’existence d’une adiposité prenant quelquefois des proportions considérables.

Ces observations, assez nombreuses pour permettre d'établir un rapport entre les tumeurs de l’hypophyse et l’obésité, ont conduit à faire de cette dernière, un des symptômes de l'insuffisance hypophysaire.

D'un autre côté, Dercum et Burx ont observé, plusieurs fois, différentes lésions de l'hypophyse dans les adiposes douloureuses locales (maladie de DErcu»).

Il est par conséquent naturel de considérer ce développement exagéré du tissu adipeux comme un trouble dù à une perturbation de la fonction hypophysaire.

Il faut encore remarquer que ce développement adipeux a été observé avec l’acromégalie, et même avec le myxœdème, qui n’est pas{rare dans les tumeurs de l’hypophyse ou qui prèsque toujours s’accompagne de son hypertrophie (SCHÜNEMANN, KocHER, COMTE, Pisenri et Vioca, Boyce et BeabLEs, BURCKHARDT, VASSALE).

Certains faits cliniques et expérimentaux semblent confirmer cette manière de voir. Ainsi l’observation de MADELUNG concernant une jeune fille de 6 ans, qui, à La suite d’un coup de feu ayant lésé l’hypophyse, vit se développer une obésité colossale. Mais il faut noter que la balle s'était logée dans la région de l’infundibulum. Puis, le cas’ observé par Rénon, DeLiLce et Monnier-VinaRD, d’un malade de 36 ans atteint d'obésité progressive, d'impuissance, de polyurie avec polydypsie et d'affaiblissement accentué de la mémoire. L’obésité était surtout localisée à la face et à la moitié inférieure du tronc, et avait coïncidé avec l’apparition de la polydypsie et de la polyurie.

L'examen du système osseux fit constater une disproportion très nette entre la longueur du tronc et celle des membres, ainsi qu’une augmentation de volume de la selle turcique ; une paroi cranienne d’ épaisseur considérable et inégale; des sinus frontaux agrandis, tous symptômes faisant songer à une lésion de l'hypophyse. Enfin le fait expérimental de Cu. Livon, qui, sur un chien, incomplètement hypophysectomisé et ayant survécu huit mois, constata, à l’autopsie, une adiposité généralisée extraordinaire.

D'une facon cie cette adiposité se développe d’une facon variable ; parfois assez

rapidement, parfois au bout d’un assez long temps, deux ans dans le cas de FrôaLicx. Elle peut atteindre un très grand développement, et, tantôt se localiser à certaines parties du corps, tantôt se généraliser, ce qui est le plus habituel. Elle envahit alors non seulement le tissu cellulaire du tronc et des membres, mais encore l’épiploon, le mésentère et même les organes tels que le foie et le cœur (Boyce et BEADLES, von Hipper, Mour, GLoser, PecakRANz, RÉNON, DeciLe et Moxnien-Vinarp, CH. Livon).

Comment peut-on expliquer cette obésité ?

Pour ERDHEIM, SÉLRE, BarTELs, ce serait le résultat d’une lésion de la base du cerveau.

D ©Oc

HI YPOPEMVSE:

Pour FrôgLzica, Unruorr, il faudrait en chercher la cause déterminante dans une altération de la sécrétion interne de l’hypophyse.

Il est assez difficile, actuellement, de se prononcer entre les deux origines, car, si les tumeurs produisent des lésions de l’hypophyse, elles déterminent en même temps des troubles du côté de l’encéphale. Cependant on a décrit sous le nom de dégénérescence adiposo-génitale un syndrome caractérisé par l'insuffisance génitale, des troubles visuels et une obésité à développement rapide, produisant l’impression d’une infiltration myxædémateuse.

Ce qui semblerait confirmer l’opinion que l’origine de ce syndrome est bien due à la présence d’une tumeur hypophysaire, c’est que Scazœrrer pratiqua l’hypophysectomie sur un homme présentant ce syndrome et trouva une tumeur de l'hypophyse qu’il ne put enlever complètement. Dans deux cas semblables, von Ersezs8erG fit l’hypophysectomie et les troubles visuels s’atténuèrent, l'obésité diminua, les érections apparurent, et les poils poussèrent.

Ces résultats semblent réellement indiquer que IE développement exagéré du tissu adipeux est Le résultat d’une altération profonde de la fonction hypophysaire.

Troubles de développement des organes génitaux. — Les organes génitaux, dans les lésions de l'hypophyse, participent aux troubles trophiques. Dans l’acromégalie, au début, on observe parfois une augmentation de volume de ces organes, mais cette hypertrophie ne tarde pas à faire place à nne atrophie complète. Généralement, le pénis atteint régressivement le volume du petit doigt; les testicules “ont : mous, atrophiés; les poils du pubis sont absents ou clairsemés (BABiNski).

Si la lésion hypophysaire atteint un jeune individu, il y aura arrêt du développement des organes génitaux : si le sujet est plus âgé, on notera des phénomènes régressifs.

Chez la femme, le principal symptôme que l’on observe, c’est la suppression des règles, et cette aménorrhée est précoce. Launois et Roy, dans leur étude, ont attiré l'attention sur l’atrophie génitale des géants et leur stérilité. C’est ce que H. Mæice a appelé le gigantisme infantile.

Mais, ainsi que pour la glycosurie et l’adipose, ces troubles de développement peuvent se produire sur des sujets porteurs de tumeurs de la région hypophysaire, sans que l’hypophyse soit lésée (Scampr, Rimpzer, GœŒTzL, ERDHEIM, BABINSKI, PECHKRANPZ, BarTELs), aussi peut-on se demander s'ils font partie du cortège de l'insuffisance hypophysaire.

Troubles psychiques. — Un fait intéressant et sur lequel la physiologie n’a jeté jusqu’à présent aucun jour, c'est l’existence de troubles psychiques pouvant accompagner les tumeurs de l'hypophyse (Soca, Sonusres, FRôHLICH, CESTAN et HALBERSTADT.

Ces troubles se manifesteraient dans la moitié des cas et présenteraient une grande variété dans la forme : tristesse, délire mystique, irritabilité du caractère, psychose maniaque dépressive, délire de persécution, aliénation mentale. F. Mourier a signalé un cas d’acromégalie amblyopique, avec crises épileptiformes, et, dans les intervalles, absences et troubles intellectuels. D’une facon générale, les malades sont rapidement fatigués. Launois et Roy, étudiant les troubles inteilectuels chez les géants acromégaliques, ont constaté l’affaiblissement des trois modes principaux de l’activité psychique.

Mais il ne faut pas oublier que les troubles intellectuels sont fréquents dans toutes les tumeurs de l’encéphale: il n’y a donc rien d’étonnant qu’une tumeur, ayant son siège dans une région telle que celle dans laquelle se trouve l’hypophyse, ait quelque retentissement sur les fonctions cérébrales.

Ce serait beaucoup s’avancer que d'attribuer ces troubles intellectuels à une altération de la sécrétion hypophysaire; car, dans les cas de tumeurs de l’hypophyse avec ou sans acromégalie, on a constaté des troubles cérébraux dans près de la moitié des cas. Ces mêmes troubles n’ont pas été observés dans les cas où il n’y avait que de l’altération de la sécrétion (hyper- ou hypofonctionnement), sans tumeur pouvant gêner par sa présence la circulation, ou pouvant exercer une compression sur telle ou telle région de l’encéphale et produire ainsi des troubles intellectuels.

Ensuite, ces troubles psychiques n’ont jamais été signalés dans les cas d’insuffi-

HYPOPHYSE: 899

sance hypophysaire manifestée par de l’hypotension, de l'accélération du pouls, etc. (Azam). Ce qui semblerait indiquer qu’ils ne peuvent pas être mis sur le compte de l'hypophyse seule, et qu'ils sont bien le fait d’un: retentissement quelconque sur certains centres cérébraux voisins de la région hypophysaire.

AZAM, qui, sous la direction de ‘RÉNoN, a fait des recherches dans ce sens, dans lès cas d'insuffisance hypophysaire et même d'insuffisance pluriglandulaire, n’a jamais constaté de véritables cas d’aliénation ou de psychose vraie, et cependant ces insuffisances ont pu être améliorées et même guéries par l'opothérapie hypophysaire. Preuve évidente d’une insuffisance vraie.

Autres troubles dus à l'insuffisance hypophysaire. — La maladie de Basupow, pour ALBERTO SALOMON, rentrerait dans le cadre des affections dues à l'insuffisance hypophysaire, car elle serait la conséquence d’une intoxication ayant pour cause {une altération de la fonction de l’hypophyse, qui est essentielle pour la nutrition des éléments nerveux, et qui est intimement reliée, au point de vue fonctionnel, à la thyroïde. Ce rapportesttel que, lorsque l’une des deux glandes est malade, l’autre semble entrer en hyperfonctionnement pour la suppléer. Par conséquent, dans les maladies qui sont accompagnées d'hyperactivité de la thyroïde, il n’est rien d'étonnant qu'on trouve de l'insuffisance hypophysaire.

L’étiologie de la maladie de Basenow serait donc l'insuffisance hypophysaire ayant produit une intoxication des centres nerveux, surtout des centres bulbo-protubérantiels, et secondairement l’hypersécrétion thyroïdienne.

On se trouverait en présence d’une intoxication par altération d’une sécrétion interne, et,ce fait permet d’entrevoir un vaste champ d’exploration.

une confirmation de l'interprétation de SaLomon, BENDA, dans trois cas de maladie de Basepow, a trouvé deux fois l’hypophyse très petite et dure : dans le troisième cas, elle paraissait normale, mais, dans les trois cas, l'examen histologique a permis de constater une diminution netle des cellules et là rareté des éléments glandulaires.

Cette insuffisance hypophysaire expliquerait les troubles trophiques qu’on observe si fréquemment dans la maladie de Basenow, et qui sont caractérisés par une cachexie précoce.

Dans le myxædème consécutif au goitre exophtalmique, il faut encore songer à l’hypophysé, dont l'insuffisance a peut-être été le point de départ de la lésion.

C’est encore à l'insuffisance hypophysaire que l’on pourrait attribuer les cas d’infantilisme accompagné de lésions de la thyroïde, vu les rapports importants qui existent entre toutes les glandes à sécrétion interne.

Mais c’est dans les affections toxi-infectieuses que cette insuffisance se fait surtout sentir. On sait que, dans ces affections, l’hypophyse, au début, présente des signes de réaction vive et d’hyperfonctionnement; mais bientôt, sous l'influence des toxines contre lesquelles elle réagit, elle s’épuise, s’altère et devient scléreuse. Son insuffisance est dès lors complète. C’est du reste ce que démontrent les observations cliniques, qui permettent de constater que, dans la plupart de ces affections toxi-infectieuses, les principaux symptômes sont ceux qui semblent caractériser la défaillance de l’hypophyse : abaissement de la tension artérielle, accélération du pouls, anorexie, insomnie, sudations abondantes, sensations pénibles de chaleur. Ce qui confirme le fait, c’est que bien souvent, l’opothérapie hypophysaire a donné d'excellents résultats (RÉNON, DELILLE, AZAM, PARISOT). ;

A côté des cas fournis par la pathologie, l’expérimentation a-t-elle apporté quelques données un peu plus précises sur cette insuffisance ?

Il faat reconnaître que jusqu’à présent les résultats obtenus par les hypophysectomies, complètes ou partielles, sont loin d'être concluants.

Dans les hypophysectomies complètes, la survie n’est généralement pas assez grande, et, dans les partielles, on se demande toujours si le fragment qui reste n’est pas suffisant pour la fonction. De plus, dans les deux cas, la suppléance, par les autres glandes, de la fonction, abolie ou diminuée, est une question qui doit se poser.

Mais on ne peut s'empêcher de trouver étrange qu'à la suite d’une ablation presque totale de l’organe des symptômes d'insuffisance ne se manifestent pas. Pau- LESCO, dans ses expériences d’hypophysectomie partielle, ne signale aucun symptôme

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particulier rappelant le syndrome d'insuffisance. Cependant, il ressort de la lecture de ses observations d’hypophysectomie incomplète, que les chiens ayant présenté une survie assez longue, sauf quelques exceptions, avaient augmenté de poids et étaient gras. Or on sait que l'obésité peut être considérée comme un symptôme d'insuffisance hypophysaire. De l’ensemble de tous ces faits, l'existence d’une insuffisance hypophysaire semble une chose évidente. Mais ce qu’il est assez difficile d'établir, ce sont les conditions sous l’influence desquelles elle peut prendre naissance.

On se trouve en présence d’un organe à fonctions mystérieuses; car ni l’expérimentation, ni la clinique n’ont pu, jusqu'à présent, dévoiler son rôle précis, et, en présence des résultats si variés, des faits si divers, on en arrive à se demander si ce n’est pas une altération spéciale des éléments de l’organe qui détermine certains troubles trophiques observés, ou si, dans d’autres cas, ce n'est pas une altération de la sécrétion elle-même qui produit ces troubles. Tout autant de ques ‘ons dont la solution est encore impossible, tant que la fonction de l'hypophyse restera pour nous une fonction entourée d’obscurité.

Cependant il est permis de faire ici un rapprochement entre les sécrétions dites externes et les sécrétions dites internes. Si l’organisme a besoin, pour maintenir son équilibre normal, des sécrétions externes, il n’a pas moins besoin, pour maintenir cet équilibre, des sécrétions internes, ce qui explique la synergie glandulaire. On sait que les glandes du tube digestif se prêtent un mutuel appui. Pourquoi n’en serait-il pas de même pour les glandes à sécrétion interne, qu'elles appartiennent” au groupe des hypertensives (à adrénaline), ou au groupe des hypotensives (à choline)? Il est évident alors que, si l’une d'elles vient- à être altérée, il y aura nécessairement retentissement - sur une ou plusieurs autres glandes, et on aura alors un ensemble de symptômes dus à des lésions polyglandulaires, qui doivent être ‘par conséquent bien plus fréquentes que les lésions uniglandulaires. La conséquence, c’est que la symptomatologie est beaucoup plus compliquée, attendu que l’on ne se trouve plus en présence d’une insuffisance uniglandulaire, mais bien pluriglandulaire.

Opothérapie hypophysaire.

En présence des résultats obtenus avec d’autres organes, l'idée d'employer l’hypophyse pour combattre les symptômes d'insuffisance hypophysaire devait nécessairement venir à l'esprit de tout observateur. |

Mais l’expérimentation n’a pas donné les mêmes résultats qu'avec d’autres organes. Car si, après l’ablation de la thyroïde, du pancréas, on peut arrêter les troubles qui suivent ces ablations par des injections d'extraits faits avec des organes similaires, il n’en est pas de même de l’hypophyse, et tous les auteurs, qui, après avoir pratiqué l’hypophysectomie, ont essayé de retarder les troubles consécutifs par l'administration d'hypophyse, ont échoué dans leurs tentatives.

Cependant l’administration de l’hypophyse, soit sous forme de poudre desséchée,. soit sous forme d'extrait, donne des résultats évidents. Ainsi que dans les expériences sur les animaux, on constate, comme premiers résultats, que la tension artérielle se relève, et que le nombre des pulsations diminue, tandis que leur ampleur augmente. De plus il se produit une abondante diurèse, l’appétit revient, le sommeil est meilleur. Le poids ne subit pas une modification régulière; cependant l’embonpoint a de la tendance à augmenter. Quant à la formule sanguine, les résultats ont été jusqu'ici si variables que les auteurs n’eu tirent aucune conclusion générale. Le système nerveux semble être stimulé.

Quelle est la partie qu’il convient d’administrer?

On sait qu’au point de vue physiologique il y a une grande différence entre l’action produite par l'extrait du lobe antérieur et l’action obtenue avec l’extrait du lobe postérieur, Ce dernier se montre seul actif sur l’appareil circulatoire. Aussi, se basant sur les faits expérimentaux, certains auteurs n’ont administré que des préparations faites seulement avec le lobe postérieur.

I ne faut pas perdre de vue que, si expérimentalement le lobe nerveux produit des modifications de la circulation, c’est le lobe glandulaire qui paraît être la partie la plus

EVDICL PENSE" 897

active de la glande, et le lieu de préparation de la sécrétion, à moins qu’il n’y ait là qu’une prohypophysine, ne se transformant qu’en présence d’une substance particulière, qui se trouverait dans le lobe nerveux ou dans les éléments de la membrane paranerveuse. Les exemples de ces proferments sont assez nombreux dans l'organisme pour qu'on y songe en face de la non-activité de l'extrait de la portion glandulaire, et l’activité de l’extrait de la portion nerveuse.

D'un autre côté, Conri et Curri, dans leurs expériences comparatives avec les deux extraits, ont vu que les animaux supportaient bien mieux des doses fortes d'extrait nerveux, quand ils avaient recu préalablement de l'extrait glandulaire.

On peut donc dire qu'il est plus physiologique d'employer des préparations faites avec l’hypophyse totale : c'est, du reste, ce que font maintenant tous ceux qui ont recours à cette médication.

Bien entendu l’opothérapie hypophysaire à été employée largement dans les cas où on supposait avoir affaire à une tumeur ou à unelésion de l’hypophyse, et les résultats ont été favorables dans bien des cas. C’est ainsi que, chez beaucoup d’acromégaliques, on à constaté de l'amélioration. Cette amélioration paraît surtout marquée lorsque la glycosurie accompagne l’acromégalie. Pour Marinesco, l’extrait pituitaire exercerait une action élective spéciale sur les cellules restées intactes dans la glande, ou bien exercerait une action sur la pression intra-cranienne, ou sur les vaisseaux de la tumeur pituitaire. à

En présence du syndrôme d'insuffisance hypophysaire, l’emploi de l’opothérapie pituitaire est tout indiqué: il a donné entre les mains de RÉNON, DELILLE, AZAM, SATRE, des résultats très encourageants, surtout dans les affections toxi-infectieuses, dans lesquelles ce syndrome prend quelquefois un développement très évident.

L'action de l’hypophyse se produisant sur la circulation et donnant lieu à des moditications des battements cardiaques, on a songé à l’administrer dans les cardiopathies aiguës et chroniques (J. ParysoT, Trérorozr, RÉNON et DeLiLce). Cette médication parait très favorable dans les toxi-infections, quand le myocarde semble fléchir, lorsqu'il y a abaissement de la tension artérielle, accélération du pouls et diminution de la diurèse, symptômes que l’on peut mettre plutôt sur le compte de l'insuffisance hypophysaire que sur celui d’une myocardite aiguë.

Dans les myocardites chroniques, quand il y a hyposystolie, la médication hypophysaire peut rendre de véritables services ; car, sous son influence, la pression s'élève et la diurèse augmente. Dans les affections mitrales, les résultats sont les mêmes.

Mais, dans les affections aortiques, c’est une médication tout à fait contraire, qui pourrait même être très dangereuse.

Cet emploi de l’opothérapie hypophysaire, basé sur Les effets physiologiques, est tout à fait Judicieux; mais il faut retenir que ce n’est qu’une médication symptomatique, qui devra être continuée et associée à d’autres médicaments. D'ailleurs on sait, d’après les recherches de G. Errenne et J. Parisor, de Rénon et DELILLE, de Canaro, que l’extrait hypophysaire n’a pas, sur l'aorte et les gros vaisseaux, l’action nocive de l’adrénaline ou de l'extrait surrénal.

Marrer et Bosc ont employé l’opothérapie hypophysaire chez des épileptiques, et n’ont pas obtenu d'amélioration dans les crises, qui étaient même parfois augmentées. La médication prolongée a donné lieu à des accès délirants. En revanche, Léoporn Lévi et H. pe Rorascuizn, qui ont soumis au traitement hypophysaire deux idiots et une maladie de Lirrce incomplète, ont obtenu une amélioration extraordinaire.

L’opothérapie hypophysaire peut rendre des services, non seulement dans les affections hypophysaires, avec tendance à l’insuffisance, mais à cause de cette synergie glandulaire, dont il a été souvent parlé, dans les affections ayant pour cause des troubles sécrétoires d’autres glandes, avec lesquelles l’hypophyse est en corrélation. Cette opothérapie par action indirecte peut rendre de réels services. On connaît la parenté réelle qui existe entre l’hypophyse et la thyroïde : cette parenté est encore démontrée par les bons effets que donne l’opothérapie hypophysaire dans certaines affections ayant pour origine des troubles de la sécrétion thyroïdienne. C’est ainsi que, dans la maladie de Basenow, cette médication a donné de très bons résultats; les phénomènes d’hyperthyroïdisme s’amendent, les symptômes s'atténuent, on constate des

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améliorations quelquefois rapides. Le goitre diminue de volume, les battements cessent, les malades augmentent de poids. Cette äction salutaire peut être mise sur le compte de l’effet vaso-constricteur intense que l'extrait hypophysaire exerce sur la thyroïde, et sur la puissance antitoxique de cet extrait sur l’extrait thyroïdien (Parisor, RÉNON et DELILLE). On peut se rendre compte de cette action antitoxique, ensoumettant des lapins à des doses élevées d'extrait thyroïdien; ils ne tardent pas à présenter des symptômes d'intoxication (diarrhée, tachycardie, etc.). Il suffit de leur administrer de l'extrait hypophysaire, pour voir disparaître tous ces symptômes, et la guérison arrive rapidement.

Dans cette question de l’opothérapie, il faut tenir grand compte de l’action des glandes les unes sur les autres; car les extraits organiques possèdent une action énergique, soit en stimulant ou régularisant les sécrétions ou les fonctions des glandes semblables, soit en augmentant ou en modérant les sécrétions ou les fonctions des glandes appartenant à un autre groupe.

Ainsi Rénox et Dezizze ont observé que les injections répétées d'extrait hypophysaire provoquent l’hyperfonctionnement et l’hypertrophie des surrénales; que les injections d’extraitsurrénal provoquentde l’hyperactivilé de l’hypophyse, mais jamais d’'hypertrophie.

L'extrait ovarien développe une congestion considérable de l'hypophyse, avec hyperfonctionnement; l'extrait thyroïdien paraît limiter le fonctionnement de la glande pituilaire, tandis que l’extrait pituitaire paraît limiter le fonctionnement de la thyroïde.

C’est en tenant compte de ces effets indirects que ‘l’on pourra combiner un emploi judicieux des extraits pour faire de l’opothérapie associée, et éviter ceuæ qui pourraient correspondre à une glande en hyperfonctionnement, afin de ne pas aggraver les symptômes que l’on cherche à combattre.

Greffes de l’hypophyse.

Les tentatives de transplantation d’organes ont donné, pour certaines glandes, des résultats fort intéressants au point de vue biologique, et même chirurgical. Mais, en général, les fonctions des éléments greffés sont arrêtées, ou profondément altérées ; et on comprend que, pour les glandes à sécrétion externe, l’empêchement de l’écoulement de la sécrétion doit conduire peu à peu à l’atrophie de la portion greffée.

Aussi peut-on compter sur une réussite meilleure avec les glandes à sécrétion interne, et les faits ne manquent pas de transplantations suivies de succès avec la thyroïde, les capsules surrénales, l’ovaire et le pancréas, en ce qui regarde sa sécrétion interne (MiNrowskI, HÉDON). |

SACERDOTTI a entrepris, avec l’hypophyse, une série de recherches, espérant élucider quelques points obscurs de la fonction de cet organe.

Il a expérimenté sur le lapin, et surtout sur le rat, mais toujours sur le même terrain, c’est-à-dire lapin sur lapin, rat sur rat; sans quoi, il observe que l'organe transplanté se nécrose complètement au bout de peu de jours.

Il à essayé la transplantation dans divers organes : rein, rate, thyroïde, péritoine, mais il a donné la préférence à la voie sous-cutanée.

Les expériences étaient faites avec des hypophyses de fœtus, mais sans résultats différents. ,

Examinant jour par jour ce que devenait l’hypophyse ainsi greffée, il a constaté qu’elle pouvait continuer à vivre, mais que parfois on observait une nécrose de la partie centrale, la partie périphérique restant seule vivante. De tels faits peuvent s’expliquer en admettant que les cellules épithéliales de l’hypophyse ne peuvent pas rester longtemps sans nourriture. Aussi, lorsque, dans des conditions que l’on ne peut éviter, les voies qui portent le sang au delà de la périphérie ne s’établissent pas rapidement, les parties centrales meurent-elles, tandis que survivent les éléments des couches périphériques, qui, au commencement, se trouvent les mieux imbibés de plasma sanguin. Quand l’organe survit, on remarque des cas de régression rapide, à côté d’une vraie régénération dans d’autres cas. Cette régénération est caractérisée par de la caryocinèse dans les cellules propres à la portion glandulaire greffée. La régression se manifeste par de la dégénérescence graisseuse et la caryolyse qui se rencontrent toujours à des degrés divers.

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