NATURE DE L’ANESTHÉSIE HYSTÉRIQUE
I. — Caractères psychologiques de l’anesthésie hystérique. — Tels sont, résumés d'une façon rapide, les caractères principaux des anesthésies hystériques. Mais notre description serait fort incomplète si elle s’arrêtait à ces quelques données. Ce n’est pas seulement leur limite, leur mode de distribution, la participation des sens spéciaux qui caractérisent ces anesthésies. Leur originalité propre se révèle par quelques caractères plus particuliers qui ont été mis en lumière par des recherches récentes et qui ont conduit à une interprétation plus exacte des accidents hystériques. Nous insisterons avec plus de détails sur ces points, qui ont une importance capitale pour l’étude psycho-physiologique de l’hystérie.
1. Les hystériques ignorent leur anesthésie. — C’est ici un des caractères les plus étonnants de ces anesthésies. Nous avons déjà indiqué que les anciens, et Sypenxam luimême, n’avaient pas noté l'existence dezones anesthésiques chez les Hystériques. LASÈGUE le premier a nettement indiqué l’inconscience de ces malades pour un trouble si curieux de leur sensibilité. Pourtant autrefois Pierre DE LANCRE, conseiller au Parlement de Bordeaux, avait indiqué très nettement que les sorcières ignoraient qu’elles fussent marquées avant qu’on les eût examinées (GILLES DE LA ToURETTE, 1, 129). Mais voici ce que dit Laskeue sur ce point : «Il semble que le fait d’être privé des notions que fournit le contact apporte un obstacle aux actes les plus ordinaires de la vie. Si heureusement que la vue supplée au toucher, elle ne peut suffire à tout, et si elle donne la notion, elle ne saurait créer la sensation même du contact. Il suffit d'arrêter un instant sa pensée sur la série de petites misères qui résulteraient de la suspension accidentelle de la sen-
sibilité de la peau, pour qu’on se représente l'étrange impression qu’éprouverait
chacun de nous, si appuyant le coude sur la table, si tenant la plume entre ses mains, si s’asseyant sur un Siège, il n’était averli par une sensation tactile. Et cependant il est d'expérience que les hystériques non encore éclairés par les investigations d’un médecin ne font pas mention de l’anesthésie. J'ai examiné à ce point de vue un grand nombre de filles affectées d’hystérie, d’une intelligence plus que moyenne ; je les ai sollicitées avec de vives instances de-ne rien omettre des incommodités qu’elles éprouvaient, et je n’en ai pas encore rencontré une qui fit spontanément figurer l’anesthésie parmi les accidents dont elle avait à se plaindre. » (LaskGue. Anesthésie el ataxie hystérique. Archives générales de Médecine, 1864.)
Si les hystériques sont tellement indifférentes à leur anesthésie, c est que celte anesthésie n’entraîne pour elles aucun trouble dans la vie de tous les jours. L’anesthésie hystérique la plus profonde ne se complique d'aucun accident. Lorsque j'étais interne de DéJEerINE à la Salpétrière, j'ai observé souvent des hystériques atteintes d’une anesthésie totale à la chaleur et qui pourtant ne présentaient aucune brûlure sur les mains. Je me souviens surtout d’une malade, présentant une anesthésie totale et généralisée, qui exerçait depuis de longues années le métier de cuisinière. Bien qu’à l'exploration il lui fût impossible de distinguer un objet fortement chauffé d’un objet froid, elle ne s'était jamais profondément blessée en maniant les casseroles ou auprès de son fourneau. Les syringomyéliques, qui, elles, ont au contraire une anesthésie
-organique totale à la chaleur, portent presque toujours aux doigts la trace de brûlures profondes. DÉJeRine fait remarquer aussi très souvent dans ses cours la différence qui existe entre une hystérique qui présente un rétrécissement du champ visuel même considérable et un malade qui a un rétrécissement visuel dû à une cause organique. Tandis que ce dernier ne s’avance dans la rue qu'avec mille précautions, ne pouvant jamais voir qu'un espace très limité devant lui et redoutant les voilures qui peuvent survenir à droite ou à gauche, une hystérique, avec un rétrécissement très marqué, s’avance sans hésitation au travers de mille obstacles.
Ces malades n’ont donc aucune perception de leur anesthésie et ne la soupçonnent nullement. PIERRE JANET rapporte un exemple qui établit nettement cette différence entre l’anesthésie organique et l’anesthésie hystérique. Une jeune fille, à la suite d’un accident léger (section par un fragment de verre d’un filet du médian au-dessous de l’éminence thénar) se plaignait d’une insensibilité persistante et très gênante à la paume de la main. Cette insensibilité tenait à une section de quelques filets nerveux sensitifs.
Et en examinant la malade, on trouva sur tout le côté gauche, du haut en bas, une anesthésie totale hystérique, dont elle n'avait pas dit un mot. Elle n’éprouvait en effet quelque gêne que de l’anesthésie de la main et ne ressentait aucun inconvénient de, son hémianesthésie hystérique totale. |
2. Caractère paradoxal et contradictoire des anesthésies hystériques. — Les caracières que nous venons d'indiquer sont déjà par eux-mêmes assez extraordinaires. On ne conçoit pas facilement qu'une anesthésie aussi profonde puisse exister sans que le malade en ait conscience. Mais cette anesthésie bizarre devient encore plus curieuse si on l’étudie de plus près.
Il est un fait qui a frappé de nombreux observateurs : une hystérique peut avoir perdu tout sens musculaire, elle peut, les yeux fermés, ne pas connaître la position de ses muscles et n’avoir aucune notion d’un objet que l’on met dans ses mains. Mais cessons l’examen : observons cette malade livrée à elle-même : elle va se servir de ses mains sans les regarder, elle pourra coudre, elle pourra broder, elle pourra se coiffer, levant ses mains au-dessus de sa tête et dirigeant parfaitement leur mouvement sans les voir. Eile se comporte donc comme une simulatrice, et c’est la premiere explication qui vient à l’esprit.
Pierre JANET à bien insisté sur ces contradictions naïves : « Je propose à Isabelle une petite convention pour vérifier rapidement son anesthésie : elle doit me répondre « oui » quand elle.sent, « non» quand elle ne sent pas. Comme elle est fort naïve, elle -accepte sans sourciller, et l’on constate alors une singulière contradiction, quoiqu’elle ait les yeux cachés par un écran, quoique j'évite toute espèce de rythme et pince plusieurs fois irrégulièrement du même côté, avant de passer à l’autre, elle ne se trompe jamais et dit toujours «oui» quand jela pince à droite, et « non » quand je la pince à gauche. La même-expérience répétée sur un homme, P..., donne exactement le même résultat jusqu’à ce qu’il s'aperçoive de la bizarrerie de ses réponses et qu'il cherche à répondre avec attention. Il cesse alors, mais alors seulement, de dire « non » quand on pince son côté anesthésique. » (PIERRE JaNer. État mental des hystériques, 21.)
BERNHEIM à mentionné aussi ces contradictions des hystériques. Lorsqu'on ferme les yeux d’une hystérique anesthésique et qu’on lui dit d'aller tourher avec la main saine Ja main qu’elle est censée ne pas sentir, on la voit diriger sa main tout autour de la main soi-disant anesthésique, mais sans pouvoir la toucher. « Non seulement la main droite sensible ne trouve pas la main gauche anesthésiée, mais elle évite de la trouver, elle tourne autour d’elle, elle la fuit. »
Tous ces malades dans certaines -conditions expérimentales se comportent donc comme s'ils avaient les sansations qu'ils sont censés avoir perdues, et c'est ce qui donne à l’anesthésie hystérique un caractère paradoxal.
3. Dans certaines conditions, la malade sent parfaitement même dans les régions anesthésiques. — Eufin il est possible de prouver que les hystériques sentent parfaitement dans certaines conditions, malgré leur anesthésie, Dès 1878, REGNARD signalait qu'une hystérique amaurotique pour le rouge voit pourtant, après avoir fixé un carré rouge, une image complémentaire verte. Bien mieux : si l’on présente à une hyslerique amaurotique pour.le verl.unidisque formé de rayons rouges et de rayons verts, cette malade
distingue parfaitement le rouge, mais le vert lui paraît blanc. Que l’on fasse alors tourner rapidement le disque de façon que ces couleurs complémentaires se fusionnent pour former le gris, l’hystérique verra une couleur composée. « Quand la vibration verte arrive au centre, elle n’est pas jugée, mais elle agit néanmoins, et la preuve c’est qu'ajoutee à la vibration rouge elle donne la perception du blanc. » (REGNARD, B. B., 26 janvier 1878, 32.)
Où peut mettre en évidence encore plus nettement la persistance de la sensibilité par l’usage de la boîte de Fees. Cet appareil, qui a la forme d’un stéréoscope, GORE à intérieur un jeu de miroirs disposés de telle sorte que l’image droite est vue à gauche et l’image gauche est vue à droite. En étudiant ainsi l’amaurose unilatérale chez les hystériques, on se rend compte très neltement que l’œil dit aveugle voit parfaitement, comme l'ont constaté ParINaAUD, Prrres, BERNHEIM. Les malades se comportent à cet égard entièrement comme les simulateurs, et pourtant, nous le verrons, il ne s’agit pas de simulations.
Cette persistance de la sensibilité est encore plus nette dans les anesthésies suggérées, qui sont en tout semblables à des anesthésies hystériques. C’est ainsi que l’on peut suggérer à un sujet de ne pas voir Lelle ou telle personne : le sujel obéit, se comporte comme s’il ne voyait pas, et il doit pourtant reconnaître la personne qu’il ne doit pas voir. On peut modifier celte expérience de mille façons et, dans un jeu de cartes, lui interdire de voir les cartes sur lesquelles est écrit le mot invisible (Pierre JANET). Tout se passe comme si le sujet ne voyait pas les cartes invisibles. Par la suggestion, on peut faire cesser la surdité en disant au sujet : « Maintenant vous entendez », et aussitôt l’audition revient.
Tout nous conduit donc à celte conclusion : l’anesthésie hystérique est d’un ordre tout spécial. Le sujet reconnaît les sensations pour lesquelles il doit étre anesthésique, et il n'est anesthésique qu’autant qu’il sait ou qu'il se souvient qu’il doit être anesthésique.
Malgré les apparences, il ne s’agit pas d’une simulation d’anesthésie. IL serait curieux d’avoir autant de malades disposés à simuler l’anesthésie, et se prêter d’une façon si bénévole aux petits supplices, piqûres, brûlures, etc., auxquels on doit se livrer pour rechercher l’anesthésie.. D'autre part, quand on a vu une malade supporter sans aucune réaction le passage d’une aiguille à travers le bras ou même dans certains cas une pelite opération chirurgicale, il est difficile de douter de la réalité de l’anesthésie. Mais si l’anesthésie est bien réelle, elle- obéit à une idée. C’est parce qu'il ne doit pas sentir, que l’hystérique ne sent pas : l’anesthésie n’existe guère que lorsqu'on la cherche et vient d'autant plus souvent qu’on la recherche plus systématiquement. Nous devons noter, en effet, que l’anesthésie ne se rencontre pas avec une égale fréquence dans tous les services d’hôpitaux. Rare chez BerNHelm, elle était au contraire à peu près la règle dans le service de CHARcOT.
Il. — Démonstration de la nature de l’anesthésie hystérique. — L'étude des caractères psychologiques de l’anesthésie aussi bien que l’étude de sa distribution conduit à cette conclusion : l’anesthésie hystérique n’est pas organique. Tout l’appareil sensoriel fonetionne parfaitement, depuis l'extrémité périphérique des nerfs sensibles jusqu'aux centres.
La nature puremeñt psychique de ce trouble peut être mise en évidence :
1° Par la pathologie expérimentale, c’est-à-dire qu’elle peut être reproduite de toutes pièces avec tous ses caractères sur certains sujets suggestibles ;
2° Par la thérapeutique; l’étude des moyens de guérison de ces anesthésies nous fournit une démonstration de leur nature psychique que nous jugeons capitale.
1. Reproduction de l’anesthésie hystérique par suggestion. — Chez la plupart des sujets sugge»tibles, il est facile par simple affirmation de créer des anesthésies en tout semblables aux anesthésies hystériques. Il suffit souvent d’énonrer au cours d’un examen clinique ce qu’on s'attend à trouver pour que l’anesthésie se crée de toutes pièces sous les yeux de l'observateur. |
La suggestion a une action instantanée, et, si elle doit agir, c’est immédiatement après une simple affirmation que le sujet réalise l’ anesthésie que l’on recherche.
Les anesthésies ainsi créées présentent tous les caractères des anesthésies hystériques : elles sont, à la volonté de l’expérimentateur et suivant la docilité du malade, totales ou
partielles, localisées à la moitié du corps ou sur tel ou tel point, et nous avons déjà indiqué leurs caractères contradictoires qui rappellent trait pour trait l’apparence des anesthésies hystériques.
Mais ces anesthésies suggérées metteni en évidence le rôle important de l’intelligence. C’est l’idée de l’anesthésie donnée au sujet qui crée l'anesthésie. Nous verrons plus loin, à propos des discussions sur la nature de l’anesthésie, que nous trouvons là un argument précieux pour apprécier le mécanisme psychologique de ces accidents.
2. Procédés de guérison des anesthésiés hystériques. — Les anesthésies hystériques peuvent non seulement apparaître par suggestion, mais elles peuvent aussi, dans un. certain nombre de cas, disparaître par suggestion. Ce n’est pas une règle absolue; il est certains malades chez lesquels la suggestion ne parvient pas à détruire une anesthésie profondément créée. Mais toutefois cette éventualité se rencontre assez souvent pour que SOLLiEr ait pu baser sur ce fait une méthode de traitement de l’hystérie. En vertu d'idées théoriques que nous n’avons pas à discuter ici, il pense que l’anesthésie Joue un rôle capital dans la production des accidents hystériques, et qu’une hystérique n'est vraiment guérie que le jour où la sensibilité est revenue à la normale. En vertu de ces considérations, il se borne chez ces malades à rappeler par FR ggsrtion verbale la sensibilité disparue et il y réussit dans la grande majorité des cas.
Cette sensibilité des hystériques à la suggestion explique probablement un certain nombre de phénomènes qui ont autrefois beaucoup intrigué les médecins. BurQ depuis 1849 soutenait que l’application de plaques métalliques à la surface des zones anesthésiques suffisait pour faire reparaître la sensibilité chez un grand nombre d’hystériques. Chaque malade présentait d’ailleurs une idiosyncrasie curieuse; suivant le cas, l'or, le cuivre, le plomb devaient être employés.
Si, au lieu d'appliquer le métal sur le côté anesthésique, on l’applique sur le côté sensible, au bout de quelque temps a lieu le phénomène du transfert, c’est-à-dire que l’anesthésie se déplace : le côté sain devient anesthésique, le côté anesthésique devient sensible.
On crut d’abord pouvoir expliquer ces phénomènes par les courants électriques qui prennent naissance au contact de la peau et du métal. Mais Sourr fit remarquer que cette action est aussi marquée lorsqu'on interpose un corps violent entre la peau et le métal, etc. Lorsque Burver et Hack-Ture eurent montré que l’anesthésie disparaît lorsque l’on emploie au lieu du disque une plaque de bois, il fallut bien reconnaître que la raison de ces phénomènes était dans une suggestion inconsciente exercée par le médecin sur son malade. Il ne faudrait pas croire pourtant que l’on obtient toujours une guérison absolue et complète par simple suggestion. Certaines anesthésies hyslériques sont tenaces, bien que leur nature psychologique soit suffisamment démontrée par les exemples que nous avons rappelés. Certains malades conservent leur anesthésie malgré les affirmations répétées de guérison. On peut avoir alors recours à des moyens détournés qui, par une action psychique, peuvent amener la guérison de l’anesthésie.
Si l’on n’attire plus l’attention de la malade sur son anesthésie, au bout de quelque temps on s’apercoit que l’anesthésie n’existe plus.
On peut aussi, comme le préconise DÉJERINE, user de la claustration absolue, la malade étant prévenue qu’elle ne pourra sortir de l’hôpital ou de la maison de santé que lorsque tous les désordres auront cessé. En quelques jours l’anesthésie disparaît, avec tous les autres accidents.
Quel que soit d’ailleurs te procédé thérapeutique employé, qu'il s'agisse a'une suggestion ou d’un oubli systématiquement provoqué des accidents anesthésiques ou d'une contrainte violente exercée par l'isolement absolu, le traitement met en évidence J’influence de l’idée dans la répartition et l’étendue de l’anesthésie. Quand par un procédé quelconque la malade ne se souvient plus de la nécessité de ne pas sentir, l’anesthésie disparaît. Elle ne revient que si on la fait renaître pour ainsi dire en la cherchantet en appelant l’attention du malade.
Par quel mécanisme psychologique peut-on expliquer ces anesthésies hystériques d’un ordre si particulier ?
PIERRE JaNeT, qui en a fait une étude des plus complètes, pense que l’anesthésie est semblable à celle que l’on observe dans les états de distraction. L’hystérique ne sent
pas, parce qu’elle ne peut pas réunir dans le champ rétréci de sa conscience toutes les excitations qui lui parviennent. Cette explication met en évidence la nature psychologique de l’anesthésie. Mais on peut lui opposer une objection sérieuse : l’anesthésie, bien loin d’être créée par distraction, apparaît lorsque la malade songe à son anesthésie. Nous avons déjà insisté sur ce fait. D'autre part, cette anesthésie souvent n'est pas totale, l’anesthésie est souvent limitée à un certain groupe de sensations qui ne sont pas perçues parce que la malade les reconnaît. BERNHEIN nous paraît bien plus près de la vérité, lorsqu'il dit — sans que ce soit guère une explication, il est vrai — que l’idée de l’anesthésie inhibe la sensation.
On observe des phénomènes analogues sur l'individu normal : l'habitude du microscope permet de ne percevoir que les images reçues par l'œil dirigé sur l’oculaire. Toutes les sensations qui arrivent par l’autre œil ne sont plus perçues. Mais cette inhibition volontaire de la sensibilité, peu apparente à l’état normal, joue chez l’hystérique un rôle des plus importants.
LES HYPERESTHÉSIES.
Les considérations que nous a suggérées l'étude des anesthésies hystériques pourraient s'appliquer avec autant d’ nat aux hyperesthésies. Aussi nous étendronsnous fort peu sur ce point : l’exaltation de la sensibilité est d’ailleurs un symptôme moins souvent noté que sa diminution, peut-être parce qu’il est moins souvent cherché.
L'hyperesthésie cutanée peut être répartie sur tout le corps (BRIQUET) ou sur une moitié du corps (Gizces De LA Tourerre). Elle peut être disposée en segments au niveau des membres ou disséminée en plaques. Ces zones d’hyperesthésie siègent parfois au niveau d’un organe malade. Dans toutes les dyspepsies hystériques, il y a une augmentation ou une diminution de la sensibilité cutanée à la piqûre. Ces hyperesthésies, comme les anesthésies, sont de nature psychique. Bropie avait noté « que la douleur est plus forte quand la malade voit l’examen auquel on la soumet; si au contraire quelque chose vient la distraire, c’est à peine si elle profère une plainte ». L’attention paraît y jouer le même rôle que dans l’anesthésie.
On peut d’ailleurs, sur des sujets en état d’hypnose, et chez certains malades par simple affirmation, créer des zones hyperesthésiques présentant tous les caractères observés chez les hystériques. Ces zones hyperesthésiques peuvent apparaître après un traumatisme qui réalise une véritable suggestion à l’insu du patient.
Nous retrouverons tous les caractères des hyperesthésies localisées dans des zones hystérogènes. Nous pourrions en aborder ici l’étude, mais nous préférons reporter leur description et la discussion sur leur nature à la fin du chapitre consacré aux attaques convulsives.
On a signalé également chez les hystériques la possibilité de la perception des viscères. SoLLiEer et BAIN ont publié quelques observations qui laissent supposer que les malades percoivent le cheminement d’un corps étranger dans leur tube digestif. Mais les observations publiées sont loin d’entraîner la conviction.