TROUBLES DIGESTIFS D'ORIGINE HYSTÉRIQUE
Les troubles gastro-intestinaux sont des plus fréquents dans l’hystérie. Sur les 358 hyslériques qu'il a étudiées, BriQueT a relevé leur existence dans presque tous les cas. Pour mettre un ordre relatif dans l’exposé de ces accidents très nombreux et d’apparence si variable, nous les rangerons en trois groupes, suivant qu'ils relèvent d’un trouble prédominant des sécrétions digestives, de la sensibilité ou des mouvements de l’estomac et de l'intestin, classification un peu schématique, car il est bien certain que parfois certains désordres atteignent à la fois les diverses fonclions de l'appareil digestif.
1. Troubles de la sécrétion. — La sécrétion salivaire est parfois augmentée d’une facon ordinaire chez les hystériques, le malade a la bouche constamment pleine de salive et peul en rejeter près d’un litre par jour. L'expérience apprend que l’autosuggestion joue un rôle certain dans cette sécrétion excessive qui cesse toujours pendant la nuit. Assez souvent cet accident se développe sur ;un trouble organique léger moins.
réel; quelque désordre dans les fonctions digestives provoque une sécrétion salivaire plus abondante, maïs sur le malade qui présente les caractères psychiques de l’hystérie, ce symp'ôme sans importance va se transformer en une complicalion qui n’est pas sans danger. L’attention expectante du malade entretient une sécrétion continue. On peut d’ailleurs par une médicalion purement suggestive arrêter rapidem nt cette sécrétion désordonnée.
La sécrétion de l'estomac ne paraît pas modifiée dans les différentes manifestations digestives de l’hystérie.
2. Accident hystérique relevant d’un trouble dans les fonctions motrices de l'appareil digestif. — Le spasme de l’æsophage peut s’observer au cou s de l’hystérie, mais cet accident est relativement assez rare. Il présente dans son évolution l’allure singulière de toutes les manifestations hystériques apparaissant ou s’atténuant d’un jour à l’autre, souvent modifié par une émotion, enfin obéissant d’une façon évidente aux idées de la malade; c’est ainsi que le spasme peut n’exister que pour une variété déterminée d'aliments. Même lorsqu'il est ansolu, le spasme n’est pas en général assez persistant pour entrainer un trouble considérable de la déglutition; la malade parvient à absorber une petite quantité d'aliments sultisante pour entretenir la vie.
Les vomissements hystériques constituent un trouble infiniment plus banal que le spasme de l’æœsophage. Cet accident peut apparaître sous l'influence de causes morales, par exemple par imitation. Mais beaucoup plus souvent, par suite d'une prédisposition nerveuse, les vomissements symptomaliqur, d’une affection gastrique quelconque prennent sous l'influence d’une autosuggestion inconsciente une allure toute différente,
Dans toutes les maladies gastriques accompasnées de vomissements, l’hystérie peut provoquer l'apparition de vomissements incoercibles. Les vomissements normaux du début de la grossesse prennent souvent chez les malades prédisposées le même caractère. :
Quel que soit leur mode de début, les vomissements hystériques ont une allure qui en fait un syndrome des plus nets.
Une tois installés, les vomissements hystériques sont persistants el se reproduisent chaque jour pendant des mois et des années. C’est nn trait comimun à tous les accidents de gastropathies hystériques, dû “ertainement au faible pouvoir d’inhibition de ces mwalades : il suffit en effet par quelques menaces ou par lisolement de réveiller la volonté de ces malades pour arrêter en quelqu::s jours des vemissemen!s qui persistent depuis des mois ou des années.
Le vomissement est facile, il se produit sans effort aussitôt après les repas et souvent la ma ade veut se remettre à table dès qu'il a cessé.
Enfin un autre caractère qui n’est pas sans valeur, c’est la conservalion d’un bon état général. Malgré les vomissements incessauts, la malade présente un aspect florissant, car les vomissements sont toujours partiels.
On a prétendu que, chez certaines hystériques, les vomissements pourraient vider non seulement l'estomac, mais l'intestin, et que l’on pourrait observer des vomissements fécaloïdes. Jaccoun a rapporté l’histoire d’un malade qui vomissait soi-disant des matières fécales, « non pas les matières fécaloïdes de l’occlusion ordinaire, mais de véritables excréments, condensés, solides, cylindriques, de coloration brune, provenant du gros intestin », Mais, si l’on songe que Nysten a été victime de la super“herie d’une hystérique qui avalait ses excréments pour les rendre sous les yeux étornés du médecin, et que TazLey a observé un cas analogue, on ne peut se défendre d’un certain scepticisme. Nous ferons les mêmes réserves sur les faits rapportés par BRIQUET à propos d’une malade rendant parla bouche un lavement de café 10 minutes après qu’on le lui avait administré.
Le seul trouble moteur de l'intestin bien réel que l’on puisse observer dans l’'hystérie, c’est une exagération des mouvements péristaltiques. Cette activité motrice désordonnée se traduit par une diarrhée incoercible, en tout semblable aux vomissements que nous venons de décrire.
Nous ne ferons que signaler l’aérophagie ou déglutition d'air, et le tympanisme nerveux, accidents fréquents chez les hystériques, mais qui s’observent aussi en dehors de cette névrose et n’en dépendent pas directement.
3. Troubles digestifs hystériques dus à une modification de la sensibilité gastrique. — La gastralgie hystérique a été signalée par la plupart des neurologistes qui ont traité des manifestations organiques de l’hystérie. On désigne sous ce nom un accès douloureux extrêmement violent, traduit en général par la malade d’une façon excessive et qui se termine par une crise convulsive avec larmes abondantes ou par une crise syncopale.
Mais, si l’on étudie ce fait avec grand soin, on voit que la gastralgie hystérique ne s’observe en réalité que dans les affections organiques de l’estomac accompagnées de vives douleurs. L’hystérie donne seulement à l’accès douloureux une allure assez tragique; nous ne nions pas qu'il ne puisse exister des crises de gastralgie hystérique primitive, mais d’après notre expérience, nous pensons, ALBERT MATHIEU et moi, qu’il faut toujours se défier dans ces cas d’une lésion gastrique sous-jacente et en particulier d’un ulcère de l’estomac.
Parfois ces accès de gastralgie ont été suivis d'hématémèses que Caarcor et ses élèves attribuaient aussi à l’hystérie. Mais la lecture des observations semble bien indiquer que dans tous les cas il s’agissait d’un uleère méconnu de l'estomac. ,
Accidents hystériques dus à la disparition de la faim. — L’anorexie hystérique a été décrite à peu près vers la même époque par GALL et par LAsÈGuE.
Cette affection s’observe chez des jeunes filles, prédisposées aux manifestations hystériques, ayant déjà eu souvent des accidents convulsifs. La jeune malade perd à la fois tout appétit et toute volonté de s’alimenter et tombe dans un amaigrissement extrême qui va parfois jusqu’à la mort. Nous ne voulons pas décrire encore une fois ici ces accidents qui ont déjà, à propos de l’article Faim, été longuement étudiés dans ce dictionnaire; on y trouvera toute la description de LASsÈGuE.
Nous dirons seulement que cet état n’est pas spécial aux hystériques. L’inanition est une des complications les plus habituelles des diverses variétés de troubles dyspeptiques nerveux. L'hystérie donne seulement à ces désordres quelques caractères un peu spéciaux qui doivent diriger toutes les méthodes du traitement*. L’inanition progressive résulte d’une autosuggestion de la malade, rebelle à tous les raisonnerents, mais qui cède facilement aux méthodes d'autorité : en quelques jours, avec un isolement très suivi, on obtient une alimentation que la malade était incapable de prendre seule. Il existe en effet ici un défaut de volonté tel que, même le désirant, la malade ne peut plus mettre obstacle à l’évolution des accidents; l’inanition s’accentue chaque jour, et seule l'intervention énergique du médecin et la COR AE que réalise l'isolement peut donner une nouvelle vigueur à sa volonté défaillante.
Comme nous l’indiquerons à propos des troubles’trophiques, la nutrition obéit chez les hystériques anorexiques’aux mêmes règles que chez les autres malades inanitiés.