CHAPITRE IV
Parasitologie
I. Parasites des grenouilles. — La grenouille verte (Rana esculenta), qui a servi de type à notre description anatomique, héberge dans ses différents organes de nombreux parasites, que je crois intéressant de signaler ici.
40 Tissu cellulaire sous-cutané et muscles. — Sous la peau, on rencontre une filaire : Filaria neglecta Dissine ; dans le tissu cellulaire sous-cutané'et les muscles, destrématodes: Codonocephalus mutabilis Dresine et Distomum diffusocalciferum GasraLpr; enfin, exclusivement dans les muscles, un cestode : Ligula Ranarum GaAstaLDi et deux trématodes : Distomum tetracystis Gasraznr et Tetracotyle crystallina* Diese.
2° Système nerveux et organes des sens. — Dans le cerveau, on trouve Distomum Pelophylacis esculenti Weoz. et dans le canal médullaire, Tylodelphys rachidis Diesine et Distomum acervocalciferum GAsTALDr, qui sont tous des trématodes. On a signalé dans le corps vitré une nématode : Ascaris oculi Ranæ NoRDMANN.
3° Tube digestif et annexes. — Sous la langue on trouve un trématode : Distomum ovocaudatum VuLrran. Dans l’estomac on rencontre plusieurs nématodes, les uns qui vivent libres dans la cavité stomacale, tels que Strongylus bialatus Mon et S. auricularis Zeper, les autres qui sont encapsulés, soit dans la tunique de l’estomac, comme Filaria Ranæ esculentæ VALENTIN, soit dans le mésentère, comme Filaria rubella* Rupozrt. Dans les cellules épithéliales de l’intestin se trouvent deux coccidies : Coccidium Ranarum Laveran et Mesniz et Paracoccidium Prevoti LAverAn et Mesniz. Dans la cavité intestinale on trouve un champignon, Basidiolobus ranarum, des amibes, un flagellé : Cercomonas Ranarum, ainsi que les trématodes et les nématodes suivants : Tylodelphys rachidis* DiesiNG, Monostomum hystriæ Morin, Distomum endolobum* DusarpiN, D. clavigerum* Rupozpai, Nematoxys ornatus* DusarniN, Strongylus auricularis Zeper. Filaria Ranæ esculentæ VALENTIN vit enkystée dans la tunique de l'intestin et F. Rubella Runorpuar dans le mésentère. Dans le rectum, on trouve de nombreux infusoires, surtout des paramécies et des opalines, ainsi que diverses helminthes telles que : Codonocephalus mutabilis Diesine, Diplodiscus subclavatus* Diesise et Nemaloxys commutatus* Runozpi. Signalons enfin dans le foie : Codonocephalus mutabilis Dresine et Distomum diffusocalciferum GAsTALD1; dans la vésicule biliaire : Tetracotyle crystallina Runozpi; dans le péritoine : Echinorhynchus lesiniformis Mon. ;
4° Poumons. — Les poumons peuvent contenir des trématodes : Monostomum ellipticum Rupozpui, Distomum diffusocalciferum Gasrazvr, D. cylindraceum* Zeper, D.variegatum Rupozpær, et un nématode : Ascaris nigrovenosa* RupoLzrui.
5° Appareil urinaire. — Dans les reins on trouve : des sporozoaires, Diplospora Lieberkuhni* (LABBÉ), Leptotheca Ohlmacheri (Gurzev), L. ranæ* Tuér. et un trématode, Codonocephalus mutabilis Diesixe; dans l’épithélium rénal, un sporozoaire, Karyamæba renis G. Tos et, dans la vessie, deux trématodes, Polystomum integerrimum* Rupozrur et - Distomum cygnoïides* LEDER.
6° Sang. — Le sang renferme plusieurs hémosporidies qui sont : Lankesterella Ranarum (R. LANKkESTER), qui habite les hématies, les leucocytes et aussi les cellules du foie, de la rate et de la moelle des os, Lankesterella monilis (LaBeé), Hæmogregarina magna (GRassi et Fecerni), Dactylosoma Ranarum LaBBé el Cytamæba bacterifera LABBÉ qui vivent dans les hématies; cette dernière espèce contient des bactéries commensales. Enfin, c’est dans le sang de la grenouille qu’a été découvert par Gruey, en 1843, l’un des premiers trypanosomes : Trypanosoma sanguinis; on a signalé depuis deux autres espèces : en 1901, T. rotatorium Laveran et MESNIL, et en 1904, T. inopinatum SERGENT.
Les parasites dont le nom est suivi d’un astérisque sont communs à la grenouille
GRUENHAGEN (William-Alfred). 163
verte (Rana esculenta) et à la grenouille rousse (Rana temporaria); on a rencontré en outre chez cette dernière les parasites suivants : dans la peau : une myxosporidie ; dans le tissu cellulaire sous-cutané et les muscles : Distomum squamula Driesine; dans les muscles seulement : Pleistophora Danilewskyi (L. Pr.) et Myoryctes Weismanni Erertu ; dans le canal vertébral : Gordius aquaticus Guen; dans l'intestin : Tænia dispar Gouze, Distomum retusum DusarDin, Echinorhynchus hæruca Rupozpur et Oxysoma brevicaudatum Zeper. Enfin, on a rencontré, encapsulé dans le mésentère : Nematoïdeum Ranæ temporariæ LErpy.
IT. Soi-disant parasitisme des grenouilles chez l’homme. — On à signalé anciennement des cas où des grenouilles auraient vécu plus ou moins longtemps dans le tube digestif de l’homme, y produisant des troubles très variés, après quoi elles auraient été rendues vivantes, soit à la suite de vomissements, soit avec les déjections. R. BLaNcHaRp cite à ce sujet les exemples suivants : Scmenor de Gräfenberg aurait vu un jeune garcon vomir onze grenouilles vivantes; B. Weiss de Temesvar fut appelé auprès d'une femme de vingt-trois ans, qui, après avoir souffert de troubles gastriques, vomit une grenouille vivante. Le Musée zoologique de Gôüttingen contient deux spécimens de Rana esculenta, qui auraient élé rendues par une fille de vingt-sept ans. Comme le fait remarquer R. BLAncHarD, il s’agil dans tous les cas de simulations et de supercheries hystériques. Les grenouilles, pas plus que les autres amphibiens, ne peuvent vivre longtemps dans le tube digestif d’un animal à sang chaud, et, lorsque ces animaux sont expulsés vivants, c'est vraisemblablement aussitôt ou très peu de temps après leur ingestion. Si j'ai cru devoir signaler ces faits, c’est que de nos jours encore on est souvent le jouet de semblables supercheries.
III. Bactériologie. — Divers auteurs ont inoculé à la grenouille des bactéries pathogènes, entre autres les bacilles du charbon (Harny et Boon Kenc, 1894), du tétanos (Courmonr et Doyon, 1898), de la tuberculose (Morer, 1899). Le bacille de Kocx inoculé dans la cavité abdominale de la grenouille est susceptible de la contaminer {Morer). Cette tuberculose expérimentale donne une survie en général très longue, de 127 à 158 jours. Il y a production de granulations sur le mésentère et sur le foie, et l’animal meurt de cachexie progressive. Le bacille tuberculeux aviaire et pisciaire ne détermine pas de lésions chez la grenouille. Dans tous les cas d’inoculation expérimentale de bactéries pathogènes, du bacille du tétanos, par exemple, la température a une grande influence sur la réceptivité de l'organisme (R. DuBois).