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HÉMOGLOBINE RÉDUITE

Il a été dit plus haut, à propos de l’action des agents réducteurs sur l’oxyhémoglobine, comment on obtenait des solutions d’hémoglobine réduite.

Ce fut Srokes (72) (1864) qui,le premier, montra l’action des agents réducteurs sur les solutions d’oxyhémoglobine et détermina les modifications qui surviennent dans leur spectre suivant ces conditions.

L'hémoglobine réduite peut, comme l’oxyhémoglobine, être obtenue à l’élat cris-

tallin. Mais l'obtention des cristaux d’hémoglobine réduite est rendue plus difficile à raison de la grande solubilité de cette substance. Cependant il y a longtemps que RoLLETT (1865), KÜHNE (1865), arrivèrent à en obtenir des cristaux. Le sang de cheval semble se prêter particulièrement à la préparation de cristaux d’hémoglobine réduite. Quand, pendant la préparation de cristaux d’oxyhémoglobine, provenant du sang de cet animal, on ne prend pas soin d’oxygéner complètement la substance colorante, on obtient souvent, d’après HürNER (8), un mélange de cristaux prismatiques et de tabies hexagonales. Si l’on examine au microscope la préparation sans la couvrir, de façon à donner libre accès à l’air, on voit se dissoudre rapidement les tables hexagonales, et à l’endroit de leur disparition apparaissent des faisceaux de prismes allongés d’oxyhémoglobine.

Déjà en 1886, Nenckt et Sie8er avaient décrit un procédé permettant de les obtenir eu grande quantité. Ultérieurement Arraus et Roucuy (7) ont fait connaître une méthode simple d'obtention de cristaux d’hémoglobine de cheval. Iis séparent des globules de cheval par

chlorure sodique et les abandonnent à la température du laboratoire jusqu’à établissement d’une putréfaction intense. On les laque alors par un volume d’eau, on ajoute 1/4 de volume d’alcool à 95 p. 100 et on abandonne la liqueur pendant 24 heures à une température inférieure à 0° dans un vase étroit et profond. Dans le fond de l’éprouvette se sont accumulées après ce temps une quantité énorme de lablettes

“ hexagonales noires et brillantes, de | a ARE APT Te aCB D ASS DE, 2 à 3 rar RUTEN es de diamètre, qui sont : des cristaux d’hémoglobine réduite.

F1G. 64. — Absorption de la lumière du Spectre de l'hémo- Examinés en lumière polarisée, les

globine réduite à différentes concentrations (ROLLETT). . DL 2. : Re 5 cristaux d'hémoglobine réduite pré-

sentent de façon très marquée des phénomènes de pléochroïsme (EwaLp) (11). Certains cristaux sont rouge pourpre à l'instar d’une solution ammoniacale de carmin, d’autres présentent une coloration bleu pourpre, d’autres enfin sont presque complètement incolores. Chaque cristal présente individuellement, suivant la situation du nicol, deux de ces teintes. On trouve ainsi des exemplaires des trois combinaisons de ces trois teintes deux à deux. Le pouvoir dispersif du cristal est différent suivant les axes optiques.

Les solutions concentrées d’hémoglobine réduite examinées par réflexion en couche épaisse apparaissent rouge foncé. En couche mince ou en solution étendue, elles sont verdâtres (Brücke). Ce dichroïsme s’observe également dans le sang veineux ou asphyxique. Il est propre à l’hémoglobine réduite. Ni l'hémoglobine oxygénée, mi les composés avec l’oxyde de carbone ou l’oxyde d'azote ne le présentent.

Le spectre d'absorption des solutions diluées d’hémoglobine réduite diffère essentiellement de celui de l'oxyhémoglobine en ce que les deux bandes d'absorption (« t 8) de celles-ci sont confondues en une seule (y).

Par l’augmentation de la concentration, cette bande s’élargit rapidement vers la partie droite du spectre qui est elle-même obscurcie. Le diagramme ci-dessus, dû à RozLerr, montre bien ces particularités (fis. 64).

Les solutions d'hémoglobine réduites absorbent plus avidement les rayons compris

entre C et D et moins fortement ceux situés entre F et G que les solutions correspondantes d'oxyhémoglobine. “à

La bande d’absorption de Sorer est légèrement déplacée vers la gauche dans és.

solutions d’hémoglobine réduite. (Voir la figure page 328). La détermination des constantes spectrophotométriques de l hémoglobine réduite,

centrifugation, les lavent deux fois au :

Ve

effectuée aux mêmes endroits que pour l’oxyhémoglobine, a donné des valeurs très différentes de celles qu’on a trouvées pour l’hémoglobine oxygénée.

2 Te A',

Au point de vue chimique, les propriétés de l’hémoglobine sont, à beaucoup de points de vue, les mêmes que celles d’oxyhémoglobine.

La chaleur, les acides et les bases ont sur les deux la même action destructive. Mais le noyau ferrique qui est ainsi mis en liberté n’est plus l’hématine, mais l’hémochromogène (Horre-SEycer), dont l’oxydation reproduit l’'hématine. On peut facilement mettre en lumière cette différence d’après une expérience de Hoppe-SeyLer. Dans un tube de verre de large diamètre, on en introduit un autre de volume moindre, également fermé à une extrémité, contenant une solution concentrée de potasse ou de soude ou d’acide tartrique ou phosphorique. L'espace annulaire laissé vide entre le tube intérieur et le tube extérieur est rempli de sang défibriné. On scelle le tube, on laisse s’opérer la réduction totale de l’hémoglobine sous l’action de la putréfaction à 37. Quand toute l’hémoglobine se trouve réduite, on renverse le tube scellé de facon à produire le mélange des deux liquides. L’hémoglobine réduite est décomposée en hémochromogène et en globine, et le liquide, de noir violacé qu'il était, devient rouge pourpre. Vienton à ouvrir le tube scellé et à projeter son contenu sur une surface blanche (papier filtre), on voit immédiatement les taches virer du rouge au brun sale. L’hémochromogène s'est transformé en hématine au contact de l’air.

Les acides forts, en concentration suffisante, font subir à l’hémochromogène une transformation ultérieure en hématoporphyrine et en oxyde ferreux.

Les agents méthémoglobinisants, dont l’action sur l’oxyhémoglobine fut indiquée précédemment, ne font subir aucune transformation à l’hémoglobine réduite. Hoppe-SEYLER constata, d'autre part, que la trypsine était dépourvue de toute action hydrolysante sur l’hémoglobine réduite.

HÉMOGLOBINE OXYCARBONÉE

Cé fut CLaunE BERNARD (26) (1857) qui le premier attira l’attention sur l'influence de l’oxyde de carbone sur la couleur du sang et sa teneur en qExsène La même année Hoppe-SeyLer (73) fit des constatations analogues.

Loraar Meyer (27) démontra de façon décisive, en 1858, un fait très iraportant, déjà signalé par CLAUDE BERNARD. Le sang oxygéné, traité par l’oxyde de carbone, absorbe de ce gaz un volume égal à celui de l'oxygène qui se dégage.

En 1863, Hoppe-SEeyLer isola le premier à l’état: de cristaux l’hémoglobine oxycarbonée, et il montra dès ce moment que, par le vide aidé d’une chaleur modérée, on pouvait extraire difficilement et incomplètement Lenxde de carbone de cette combinaison.

Gependaut on admit pendant longtemps que ni le vide, ni le passage de gaz indifférents ne pouvaient décomposer la combinaison de l’hémoglobine et de l’oxyde de carbone. En 1872, Donvers (74) émit l'idée générale que les échanges gazeux qui s’opèrent entre le sang et l'air des poumons d’une part, le sang et les tissus de l’autre étaient soumis pour une grande partie aux lois simples de la dissociation, sans intervention active de l'organisme. Les idées de Donpers sont à l’heure actuelle MER par presque tous les physiologistes, et le cas spécial de la dissociation de l’oxyhémoglobine discuté plus haut en constitue un exemple. Si cette thèse était exacte, il fallait aussi que la combinaison entre l’hémoglohine et l’oxyde de carbone fût dissociable. Et Donpers trouva en effet que, si Les solutions de cette substance sont traversées par des courants d’un gaz indifférent, tel que l'hydrogène, ou par de l’oxygène ou de l’anhydride carbonique, elles

leur abandonnent petit à petit tout leur oxyde de carbone. La dissociation est fortement influencée par la température. A peine marquée à 0°, elle se fait plus rapidement à 37°. La constatation avait un intérêt pratique, en ce qu’elle montrait la possibilité chez l'animal intoxiqué par l’oxyde de carbone d’une guérison complète par dissociation lente de l’hémoglobine oxycarbonée de son sang et non pas par destruction du pigment altéré.

La même année, les expériences de Doxpers étaient confirmées par Zunrz (75) qui réussit au moyen de la pompe de PrLücer à enlever, très lentement il est vrai, à du sang saturé par l’oxyde de carbone, la totalité de ce gaz. (Confirmé par de Saïnr- MarTiN (30).) |

Préparation. — Pour obtenir une solution d’hémoglobine oxycarbonée, on peut, au lieu de préparer de l’oxyde de carbone pur, s'adresser au gaz d'éclairage qui contient toujours des quantités notables d’oxyde de carbone. On fait donc barboter lentement le gaz d'éclairage au travers du sang ou de la solution d’hémoglobine.

Les cristaux d’hémoglobine oxycarbonée s’obtiennent en appliquant au sang ou à la solution oxycarbonée exactement le procédé servant à l'obtention des cristaux d’oxyhémoglobine. Ils sont isomorphes avec ces derniers et seraient moins solubles dans

G HER SRRTE ENT N O

CO-H ÆMOGLOBIN.

O:H ÆMOGLOBIN.

F1G. 65. — Spectre photographique de l’oxyhémoglobine et de l’hémoglobine oxycarbonée. (GAMGEE dans ScHAFER’S Text-book of Physiology.)

l'eau (Hopre-SEeyLer) (5). Ils présentent un pléochroïsme marqué. Examinés en lumière polarisée, certains cristaux varient, suivant la position du nicol, du rouge au pourpre, d’autres du pourpre à la presque décoloration (Ewazp). Ils présentent, tout comme les cristaux d’oxyhémoglobine, un pouvoir dispersif différent suivant leurs axes optiques. La différence se marque par un léger déplacement de la première bande d'absorption.

Les solutions d'hémoglobine oxycarbonée ont un ton plus bleuâtre que celles d’oxyhémoglobine. Elles laissent traverser plus complètement les rayons bleus. Les bandes d'absorption sont au nombre de deux. Elles correspondent comme situation et intensité à celles de loxyhémoglobine, avec cette différence qu’elles sont toutes deux légèrement déplacées vers la droite. D’après RozcerT, les centres de ces bandes correspondent à 572 et 535 uy au lieu de 578 et 539uu pour l’oxyhémoglobine.

D'après Gaucee, la bande d'absorption de l’ultra-violet est plus étroite que celle de. l’oxyhémoglobine et son centre se trouve un peu reporté vers la gauche (le centre correspond à 420.5 uu), c’est-à-dire que le déplacement s’est ici effectué en sens inverse de celui des bandes « et £. É

Les constantes spectro-photométriques de l’hémoglobine oxycarbonée, déterminées,

par Hürner aux mêmes endroits du spectre que pour les autres pigments du sang sont :

Ac À'e

Propriétés chimiques. — L’hémoglobine oxycarbonée est, comme il a déjà été dit, une combinaison plus stable que l’hémoglobine oxygénée, mais cependant soumise comme celle-ci aux lois de la dissociation.

En 1894, Bock (76) détermina le premier la courbe de dissociation de l'hémoglobine oxycarbonée et montra, en la comparant à celle de l'oxyhémoglobine, conibien Ja partie ascendante en était plus verticale. L'année suivante, HÜFNER (77) reprit ces déterminations en se plaçant au même point de vue que pour la dissociation de l’oxvhémoglobine. Au lieu de poursuivre la dissociation, de déterminer directement son degré aux différentes pressions, il détermina expérimentalement à la température 32°,7 le coefficient de dissociation k, entrant dans sa formule générale

VD

a représentant la concentration de l'hémoglobine oxycarbonée, non dissociée, b c celles de l’hémoglobine dissociée et de l’'oxyde de carbone. Ce facteur une fois connu, il est facile de calculer la grandeur de la dissocialion pour chaque pression gazeuse de l’oxyde de carbone, ou de figurer la courbe de dissociation. Ainsi obtenue, celle-ci est absolument analogue à celle décrite par Bock.

Si l’on compare la valeur du facteur de dissociation de l’hémoglobine oxycarbonée à celle de l’hémoglobine oxygénée (dernière valeur de HÜFrNER) on trouve que cette dernière est environ cent F1G. 66. — Courbes de dissociation B de l'oxyhémoglobine et vingt-trois fois plus forte. A de l'hémoglobine oxycarbonée (Bocx) (Centralblatt far

La figure suivante représente Physiologie, 1894, VIIT, p. 386). les deux courbes en regard. Les tensions gazeuses sont portées en abscisses. Les ordonnées représentent les, quantités, en centimètres cubes, des deux gaz qui sont fixées par un gramme d'hémoglobine.

Comme il aété dit au chapitre de l’oxyhémoglobine, la quantité maxima d’oxyde de carbone fixée par un gramme d’hémoglobine serait de 1,338 centimètres cubes.

D’après les recherches calorimétriques du Berraezor, la chaleur de formation de l’hémoglobine oxycarbonée est supérieure à celle de l’oxyhémoglobine. La fixation de 28 grammes d'oxyde de carbone (poids moléculaire) par le sang, produisait le dégagement de 18,7 calories, alors que la formation de la quantité équivalente d’oxyhémoglobine mettrait en liberté seulement 14,77 calories. Ces données sont en plein accord avec l’étude de la dissociation des deux combinaisons.

On comprend très bien, grâce à elles, comment il se fait que des quantités très faibles d'oxyde de carbone répandues dans l’atmosphère suffisent pour chasser l'oxygène de sa combinaison avec l’hémoglobine des globules rouges. Et cela d’autant plus que le coefficient d'absorption des solutions de méthémoglobine semble, d'après les recherches de Hürxer, être plus élevé pour l’oxyde de carbone {002096 à 19°,6; eau 002337) que pour l’oxygène (0 01369 à 37°,5; eau 0 02378).

F2 Co

Horpe-SEyLer avait déjà basé sur cette affinité très grande de l’oxyde de carbone pour l'hémoglobine une méthode destinée à déceler de minimes quantités d'oxyde de carbone contenues dans une atmosphère. GRÉHANT {78) a pu déceler, par un procédé basé sur le même principe, l’oxyde de carbone à la dilution de 1/10000.

Dans l’empoisonnement -par l’oxyde de carbone, la combinaison oxycarbonée va s’accumulant dans le sang à mesure des progrès de l’intoxication, et, d’après DResER (79), la mort survient chez les lapins, quand plus des deux tiers (70-80 p. 100) de l’hémoglo-

bine sont combinés au gaz toxique. L’intoxication est grave à partir d’une proportion de

50 p. 100 d’'hémoglobine oxycarbonée. Si, avant l’empoisonnement complet, c’est-à-dire quand 60 p. 400 de l’hémoglobine sont combinés à l’oxyde de carbone, on replace l’animal dans une atmosphère privée de ce gaz, la dissociation de la combinaison s’effectue rapidement. Après vingt minutes de respiration accélérée, la teneur en oxyhémoglobine s'élève déjà à 73,6 p. 100; après deux heures, à 91,5 p. 100.

Hazpane (80) a trouvé pour l’homme des one approchées :

Pour une tension de 0,021 p. 100 de CO, la fraction d'hémoglobine oxycarbonée s'élève à 43 p. 100; elle devenait 28 p. 100 après 4 heures de respiration d’un mélange à 0,045 p. 100 CO. Pendant l'expérience, il n’apparut aucun symptôme; après, un peu de dyspnée et de palpitations à la montée d’un escalier. Quand la proportion d’hémoglobine oxycarbonée monta jusqu’au tiers, apparurent les premiers symptômes d’intoxication au repos (dyspnée, palpitations).

Ces chiffres sont très différents de ceux notés par GRÉHANT (81) dans des recherches du même genre, d’où GRÉHANT avait tiré la conclusion, certainement fausse, que l’oxyde de carbone est absorbé dans le sang des animaux vivants d’après la loi de HENRy-DALTON.

D’après les recherches du savant anglais, une tension d’environ 0,05 p. 100 d’oxyde de carbone dans l’air atmosphérique est suffisante pour produire, chez la souris et chez l’homme, un empoisonnement faible. Une tension de 0,22 p. 100 tuait'la souris en 2125'. Dans un essai sur l’homme, un air contenant 0,21 p. 100 de CO fut respiré pendant 71 minutes. Il y avait dans le sang 50 p. 100 d'hémoglobine oxycarbonée. A

côté des symptômes de l’empoisonnement faible apparurent de l’asthénie cérébrale avec céphalalgie et de la faiblesse musculaire.

HaLpANE, en accord avec la plupart des auteurs, et à la suite de CLAUDE BERNARD, ramène tous les symptômes de l’empoisonnement par l’oxyde de carbone à l’anoxhémie. La fixation du gaz toxique sur les globules équivaut à une soustraction rapide de ceuxci à l’organisme. La seule thérapeutique rationnelle consistera donc à provoquer le plus rapidement possible la dissociation de la combinaison oxycarbonée. L'organisme pourra y parvenir en accélérant sà ventilation pulmonaire ou sa circulation. Le médecin interviendra en augmentant la tension d'oxygène dans les alvéoles pulmonaires, soit en augmentant la richesse en oxygène de l’air respiré, soit en augmentant la pression de

Pas lui-même.

A côté de cette élimination respiratoire de l’oxyde de carbone, il y aurait, d’après D£

SAINT-MARTIN (82) à l'encontre de ce que pense Donpers, une vérilable oxydation de. l’oxyde de carbone par l'oxygène du sang avec production d’acide carbonique. Dans

des expériences in vitro sur des mélanges de sangs oxycarboné et oxygéné, pE SAINT- MarrTin constala une diminution progressive de la quantité d'oxyde de carbone. Cette opinion est partagée par Wacanozrz (1899), contestée par GRÉHANT (1889), HALDANE (1900).

On sait, d’autre part, que le sang défibriné, même stérile, abandonné à lui-même, consomme son propre oxygène et se retnrt spontanément. L'oxyde de carbone s’ SPEREE jusqu’à un certain point à cette réduction spontanée.

Alors que, pour la souris, l’oxyde de carbone mélangé à l’air atmosphérique commence à être toxique vers 0,05 p. 100, dans l'oxygène pur, la teneur toxique minima s'élève à 0,8 p. 100, et il faut dépasser 5 p. 100 de CO pour mettre l’animal en danger de mort. A partir d’une tension suffisante d'oxygène (2 atmosphères), l’oxyde de carbone, quelle que soit sa tension, n’aurait plus aucune action. HALDANE explique ce fait en admettant que, pour ces tensions élevées d'oxygène, la seule dissolution de ce gaz dans le plasma

accumule dans ce liquide la quantité d'oxygène suffisante pour les besoins de la vie.

Peu importe dès lors la proportion d’hémoglobine oxycarbonée. = | D'autre part, la valeur de la tension de l'oxygène dans un mélange gazeux influence

directement l’état de combinaison de l’hémoglobine avec l’oxyde de carbone. Dans des expériences in vitro, HALpaANE observe qu'une solution alcaline d’hémoglobine agitée dans une atmosphère d'hydrogène, mélangée de 0,16 p. 100 de CO, contenait 95 p. 100 d’hémoglobine oxycarbonée, tandis que, dans un mélange en mêmes proportions d'air et d'oxyde de carbone, il y avait moitié oxyhémoglobine et moitié hémoglobine oxycarbonée. Cette expérience mesure d’ailleurs directement l’affinité des deux gaz, oxygène et oxyde de carbone pour l’hémoglobine (dans les conditions de l'expérience). Elle nous montre qu'à ce point de vue une tension de 0,16 p. 100 de CO équivaut à 21 p. 100 d'oxygène.

Mosso (83) a publié une série de recherches sur l’action de l’oxyde de carbone, dont les conclusions sont en parfait accord avec les travaux de HALDANE.

Hürner (84), lui aussi, est revenu sur la même question. Il s’est placé au point de vue auquel l'avaient amené ses études sur la dissociation des combinaisons gazeuses de l’hémoglobine, et il a déterminé directement le coefficient constant, d’après lequel se fait le partage de l’hémoglobine entre oxyde de carbone et oxygène, quand ces deux gaz se trouvent en présence dans une solution de cette substance.

Dans un milieu de ce genre, l’équilibre chimique s'établit quand

VE NRA EL VEUNS

formule dans laquelle Æ et k! mesurent respectivement l’affinité de l’hémoglobine pour l’oxygène et l’oxyde de carbone, v, et »., les concentrations des deux gaz, het h., celles de l’hémoglobine oxygénée et de l’hémoglobine oxycarbonée. |

Il y a équilibre chimique, quand le nombre de molécules d’hémoglobine oxycarbonée se transformant en un temps donné en hémoglobine oxygénée, est égal à celui des molécules d’hémoglobine oxygénée qui opèrent le mouvement inverse.

On tire de la première formule :

EN ke

Fast d D, he k La valeur de x est facile à déterminer expérimentalement. Après avoir agité à une température donnée une solution d’hémoglobine dans une atmosphère contenant les deux gaz jusqu’à ce que l’équilibre chimique soit obtenu, on détermine au moyen du spectrophotomètre les valeurs de À, et h., tandis que l'analyse gazométrique de

l'atmosphère donne les tensions partielles CT et mn de l’oxygène et de l’oxyde de carbone. On en déduit leur concentration v, et v, à l’état dissous dans le liquide d’après la

f ormule

Ve ar, et Let De Vo Xot D

dans laquelle a et a représentent les coefficients d’absorption des deux gaz dans le liquide à la température de l’expérience.

Dans ces expériences, la valeur de x semble indépendante de la température (? ?). Dans des recherches anciennes faites à 10°, Hürner l’avait trouvée égale à 0,0056. Dans ses nouvelles expériences, faites à 3795, il obtient la valeur æ — 0,00501.

Cette constante étant donnée, on peut, en connaissant la composition quantitative d'une atmosphère contenant en même temps de l'oxygène et de l’oxyde de carbone, déterminer directement le rapport de la quantité d’hémoglobine oxygénée à celle d'hémoglobine oxycarbonée, Le tableau suivant indique la fraction d’hémoglobine ASE pe rapportée à 100 parties d'hémoglobine, dans une atmosphère dont l'oxygène est progressivement remplacé par l’oxyde de carbone:

Tension de l'oexyde Tension de l'oxygène Pourcentage de carbone en centièmes en centièmes de l’hémoglobine d'atmosphère, d'atmosphère. oxycarbonée, 0,005 20,959 3,94 0,010 20,958 6,83 0,025 20,955 15,50 0,050 20,950 21

RTS nr)

Tension de l'oxyde Tension de l'oxygène Pourcentage de carbone en centièmes (en centièmes de l'hémoglobine d'atmosphère. d'atmosphère. oxycarbonée.

L'hémoglobine oxycarbonée n’est pas transformée en hémoglobine réduite par les agents réducteurs, tels que le réactif de Sroxes, le sulfure ammonique, etc. (Hoppe- SeyLer). Les agents de réduction, la putréfaction à l'abri de l’air n’ont sur elle aucune action.

Les solutions d’hémoglobine oxycarbonée se différencient encore par quelques autres signes de celles d’oxyhémoglobine. Tandis que ces dernières, additionnées d’un égal volume d’une solution saturée de tanin, donnent rapidèément un précipité brun verdâtre, celles d’hémoglobine oxycarbonée gardent pendant des années leur coloration rouge rosé. Il en est de même de l’action d’un mélange de soude caustique et de chlorure calcique, ou de ferrocyanure de potassium et d’acide acétique, ou des sels des métaux lourds et terreux (chlorure d’or, chlorure de zinc). La soude caustique fortement concentrée (densité — 1,3) ddr bee d'un demi-volume de sang traité par l’oxyde de carbone, le colore en rouge écarlate avec’précipitation rouge ini Le précipité est d’abord constitué d’ hémoglobine oxycarbonée, se ton ultérieurement en hémochromogène oxycarboné (Hoppe-Seycer). Dans ces conditions, le sang normal devient noir verdâtre.

Soumises à l’ébullition, les solutions neutres d’hémoglobine oxycarbonée donnent un coagulum rouge vif formé d’un mélange d’albumine coagulée et d’hémochromogène oxycarhoné (HOPPE-SEYLER).

Additionné du 1/% ou ‘du 1/5 de son volume de solution d'acétate basique de plomb et agité après mélange, pendant une minute au moins, le sang contenant de l’oxyde de carbone reste rouge, alors que le sang normal est coloré en brun. La différence de teinte va s’accentuant (RUBNER).

L'acide phénique à 5 p. 100 précipite les solutions d’hémoglobine oxycarbonée en

rouge carminé, celles d’oxyhémoglobine en rouge brun (85).

Additionnées de sulfure ammonique et d'acide acétique, les premières se colorent en rouge rosé, les secondes en vert-gris (88). A la longue, l’hémoglobine oxycarbonée, traitée par l’acide sulfhydrique en excès, se transforme en sulfhémoglobine (Harnack), mais beaucoup plus lentement que l’oxyhémoglobine (Sazkowsx1) (87).

Les agents méthémoglobinisants habituels comme le ferricyanure, le permanganate, etc., transforment plus lentement l’hémoglobine oxycarbonée en méthémoglobine que l’oxyhémoglobine. Lors de cette transformation, il y a mise en liberté d'oxyde de carbone (BerriN-Sans et Moiressier (88), HALDANE).

WeyLz et Anxrep (89) avaient admis que l’hémoglobine oxycarbonée pouvait se transformer en une forme stable, la méthémoglobine oxycarbonée, qui, sous l’action du sulfure ammonique, subirait la transformation inverse. Actuellement personne n'admet plus cette manière de voir, condamnée expressément par Brrrin-Sans et Morressier (88). Traitée par l’oxyde azotique, lhémoglobine oxycarbonée se transforme en hémoglobine oxynitrique, en même temps ques ACER l’oxyde de carbone (HERMANN). à

Recherche de l’hémoglobine oxycarbonée. — Pour différencier rapidement l'homoglobine oxycarbonée de l’oxyhémoglobine, on aura recours aux différentes

réactions différentielles qui ont été indiquées plus haut. Les plus usuelles sont l’action de la soude (Horre-SEYLER), qui donne un précipité rouge; la coagulation par la chaleur (Horrg-Seyrer), qui fournit également un précipité rouge; l'indifférence des agents réducteurs : hydrosulfite de soude, hydrate d'hydrazine et de la putréfaction {épreuve du tube scellé); et enfin la détermination de la constante spectrophotof

métrique

On peut aussi, à l'exemple de Berrix-Sans et Morressier (88), ajouter au sang oxycarboné du ferricyanure de potassium en poudre, de facon à transformer l’hémoglobine oxycarbonée en méthémoglobine ; extraire les gaz du sang par le vide et les faire agir sur une solution diluée d’oxyhémoglobine qui sera examinée au spectroscope. On concentre de cette manière, dans cette solution diluée, la quantité d'oxyde de carbone qui était contenue dans le sang primitif.

Dans un échantillon de sang dont l’hémoglobine était saturée au 1/15° d'oxyde de carbone, l’épreuve faite sur 400 centimètres cubes fut affirmative. Cette méthode a été perfectionnée par DE SAïNT-ManTiN (30).

HÉMOGLOBINE OXYNITRIQUE.

HERMANN a démontré que, si l’on fait passer un courant d'oxyde nitrique à travers une solution d'oxyhémoglobine ou d’hémoglobine oxycarbonique, le composé azotique se substitue à l'oxygène et à l’oxyde de carbone dans leur combinaison avec l’hémoglobine. D’après des mesures récentes de Hürwer et REeinBozp (90), la mélhémoglobine traitée par l’oxyde nitrique fixe 2,685 par gramme, c’est-à-dire le volume double de celui d'oxygène ou d'oxyde de carbone que fixe l'hémoglobine. Quand on fait agir l’oxyde nitrique sur l’oxyhémoglobine, il faut neutraliser l’action des acides nitreux et mitrique qui se forment par combinaison secondaire entre l'oxygène mis en liberté, et l'excès d'oxyde nitrique. On y parvient en ajoutant à la solution d’oxyhémogiobine un peu de baryte (HERMANN) ou de l’urée (HürxEr et Küzz). Ces précautions sont inutiles dans l’action de l’oxyde nitrique sur l’hémoglobine oxycarbonée.

HERMANN obtint des cristaux de l’hémoglobine oxynitrique et les trouva isomorphes avec ceux de l’oxyhémoglobine.

Les solutions présentent un ton rouge vif. Elles ne sont pas dichroïques.

Le spectre de l’'hémoglobine oxynitrique présente deux raies d'absorption entre D et E, qui occupent, d’après GAMGEE, exactement la même place que celles de l'oxyhémoglobine. Au contraire, la raie ÿ dans le violet correspond exactement à celle de l’hémo- £globine oxycarbonée

L'hémoglobine oxynitrique se forme encore par l’action de l’oxyde d’azote sur la méthémoglobine (Hürxer). Les agents réducteurs et la putréfaction ne l’influencent pas.

SULFHÉMOGLOBINE.

Hoppe-SEYLer fait une distinction nette entre l’action du sulfure ammonique et des sulfures alcalins sur l’oxyhémoglobine, quand leur concentration n’est pas trop forte, el celle de l’acide sulfhydrique. Tandis que les premiers réduisent simplement l’oxyhémo: globine, l’action de l’acide est plus profonde. La solution devient rouge sale, si elle est concentrée, vert olivâtre, si elle est diluée. Elle absorbe fortement le bleu et le violet du spectre et présente une raie d’absorption dans le rouge, raie comparable à celle des solutions de méthémoglobine, mais siégeant un peu plus à droite. La putréfaction en vase clos ne la transforme pas en hémoglohine réduite.

La coloration verte de la viande putréfiée lui serait due. Elle se formerait dans le sang des animaux à sang froid empoisonnés par l'acide sulfhydrique, mais n'aurait pas le temps de se produire dans le même empoisonnement des animaux à sang chaud, à cause de leur mort rapide par arrêt du cœur.

Cependant Brouarpez et Love (91) avaient déjà pu déceler par l'emploi du spectroscope l’altération de l’hémoglobine d'animaux empoisonnés lentement par l’acide sulfhydrique, et plus récemment Bingr et Meyer (92) ont décelé le spectre de la sulfohémoglo-

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Fi. 67. — Partie gauche des spectres d'absorption de la sulfhémoglobine (a), de la méthémoglobine (b). de l’acidhémoglobine (c), de l'hématine acide (d) (HARNACK).

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